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Les compositeurs de musiques de films

Musiques de films

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La critique de film d'Alix

Critiques de films

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Le Top 100 des plus belles musiques de films

Les 100 + belles BO de films

Est-ce possible ? Possible, oui bien sûr mais raisonnable, beaucoup moins.

La critique de films d’Alix (VII)

Le cinéma d’Alix

 

 Le cinéma critiqué positivement, c’est le pari que nous propose Alix. Et si les critiques sont négatives, elle s’en expliquera. Le sérieux et la justesse de ses commentaires n’engagent pourtant qu’elle-même : voici quelqu’un qui assume enfin ses responsabilités ! Rappel des critères d’Alix :

Pour le film :

Exceptionnel (un film de référence, sans contestation possible)

Parfait ou Excellent (à voir et à revoir sans modération)

Très bon (les films dont on se souviendra toujours)

Bon (le cinéma existe grâce à eux)

Moyen (on n’a pas perdu son temps pour autant)

Insatisfaisant (aïe, de grosses faiblesses mettent Alix mal à l’aise) / Raté (il faudra revoir sa copie, toujours selon les critères subjectifs d’Alix) / Nul (aucun espoir car un film nul le restera. Mais s’il n’y en avait pas de temps en temps, on ne pourrait plus désigner les meilleurs…).

 

Pour la musique du film :

Parfaite ou Excellente (on achètera le C.D.)

Bonne (on en fera de même)

Discrète (difficile de juger…)

Mauvaise (aucun scrupule à le dire, quand c’est mauvais, cela s’entend).

 

Les photos d’Alix sont de @ Serguei Kovalev – Fotolia.com

 
 

 

Tranches de vie

LES ALLUMETTES SUÉDOISES, un téléfilm de Jacques Ertaud (1995) avec Naël Marandin, Robert Sabatier, Anne Jacquemin, Olivier Sitruck, Sylvain Thoirey, Adriana Asti, Isabelle Leprince… D’après les romans de Robert Sabatier. Musique de Bernard Gérard. Un dvd France 2.

La Butte Montmartre, l’Auvergne, les années 30, des gosses plus ou moins livrés à eux-mêmes, une dramatique histoire d’adoption : les ingrédients sont presque tous réunis pour nous faire vivre une saga Passionnante comme en raffolent les français (et les allemands qui ont beaucoup apprécié ce téléfilm en trois parties après sa diffusion sur la chaîne Arte). Presque, car le téléfilm se focalise sur le jeune héros joué par Naël (contraction du prénom Nathanaël) Marandin, un comédien très intéressant par son jeu varié et expressif mais dont on n’entend pas beaucoup parler, curieusement, depuis quelques années. Sa prestation en tant que rôle phare dans la pièce de théâtre « La ville dont le prince est un enfant » aura pourtant marqué les esprits. Liée au parcours de Robert Sabatier qui joue son propre rôle une fois devenu adulte, cette omniprésence de l’acteur à l’écran sous différents cadrages ne permet pas à l’histoire de se renouveler, comme s’il manquait une respiration ou un quelconque souffle épique. Par un manque de moyens sans doute, par une retenue dans le traitement du scénario ou par le jeu des acteurs trop discret peut-être, Alix reste sur sa faim. Les noisettes sauvages n’ont jamais fait un repas complet.      

 

Fantastique

 

Black moon - Les Mélodies ModernesBLACK MOON, un film de Louis Malle (1975) avec Cathryn Harrison, Alexandra Stewart, Joe Dallesandro, Thérèse Giehse… Musique de Diego Masson. Un dvd Arte vidéo.

Louis Malle, pour Alix, aura alterné le meilleur et le moins bon ; pourtant ses chefs-d’œuvre sont nombreux : « Le monde du silence, Ascenseur pour l’échafaud, Zazie dans le métro, Le voleur, Lacombe Lucien, La petite, Atlantic city, Au revoir les enfants… » ; tous conservent la patte indélébile du réalisateur. Non incorporé dans l’équipe symbolique de la « Nouvelle vague du cinéma français » il en possédait pourtant toutes les caractéristiques à tel point que sa version d’ « Alice aux pays des Merveilles », en cette année 75, laisse encore septique aujourd’hui : qu’a-t-il voulu raconter ? Une licorne (un animal cher à Lewis Caroll), une jolie jeune fille perdue qui cherche refuge dans un monde de violence (c’est la guerre mais laquelle ?), plus bizarroïde, un cochon n’en finit pas de courir et poursuivi par une petite bande d’enfants nus surexcités on se demande bien pourquoi (curieusement, ils ont la même couleur de peau que l’animal, est-ce un message ?) ; encore mieux, ils se ruent sur la jeune fille jusqu’à l’étouffer (est-ce un justificatif pour expliquer l’évolution de la société avec la simulation d’un viol collectif par des enfants qui n’en seront plus dans le futur ?) et une grand-mère qui se nourrit au sein (vive la nourriture bio…) par la poitrine de fait très généreuse de la superbe actrice québécoise Alexandra Stewart, très connue en France pour sa participation à de très nombreux films, téléfilms, séries, feuilletons (L’homme qui revient de loin avec Louis Velle) et émissions-jeux (L’académie des neuf…) de la télé nationale, l’égérie de Louis Malle avec lequel elle donnera naissance à Justine Malle en 1974. Bref, les divagations cinématographiques du cinéaste se voulaient conceptuelles en suggérant dans « Black moon » un monde futuriste sans nous donner un mode d’emploi rationnel. En clair, il faut ne pas se poser de questions en visionnant le film et se laisser emporter par son ambiance follement décalée. Pas facile pour Alix qui déplore déjà une première scène rebutante d’une longueur interminable : une voiture va écraser une pauvre bestiole qui n’aurait jamais dû passer par là (un premier message à décrypter ?). Alors on pardonnera ces excès de divagation paraît-il contrôlés, issus de l’esprit fécond d’un réalisateur sûr de son fait mais un peu moins de la réaction unanime du public. Sa vision des gens et du monde tout au long de sa vie restera tout de extrêmement passionnante et instructive en témoigne ses films, tous plus Remarquables les uns que les autres. La preuve, même en restant déconcerté, on ne peut pas ne pas remarquer « Black moon » avec sa musique atonale déconcertante rivalisant avec un Wagner imposant… Cathryn Harrison, personnage central du film, est la petite fille de Sir Rex Harrison (My fair Lady, Docteur Doolitle…) qui réalisera l’essentiel de sa carrière à la télévision anglaise dans une multitude de téléfilms, séries et feuilletons.

 

Drame/Psychologie

Brecha - Les Mélodies ModernesBRECHA, un film d’Iván Noel (2009) avec José Ramón Lafita, Francisco Alfonsin, Lola Mendoza, Carmen Caro Quiñones… Musique d’Iván Noel. Une autoproduction Noel Films.

Prenez un réalisateur espagnol qui n’a pas de sous mais un réel talent pour évoluer avec bonheur dans tous les métiers du cinéma (scénario, réalisation, montage, son, musique, acteur…) : comment doit-il s’y prendre pour financer son travail et pour assurer la distribution de son œuvre en marge des codes usuels de la production commerciale internationale ? Né en Espagne, Iván Noel a séjourné en France avant de s’installer en Argentine. Pas aux États-Unis car il apprécie peu la production cinématographique qu’il estime trop aseptisée et sans saveur, ce qui est parfois vrai. Ses films, on peut les visualiser, les acheter et l’aider à les réaliser à partir de son site Internet (voir lien ci-dessous), une démarche originale et salutaire pour alimenter sa capacité créatrice. En réalisant déjà trois long-métrages avant la sortie du quatrième prévu en 2014, « Limbo », l’homme aux multiples talents (dont le trilinguisme) défend sa vision du cinéma dans un entretien peu commun (voir lien ci-dessous), une manière de se justifier sur son choix artistique fondamental, la mise en scène de thèmes traitant des problèmes et des joies du monde enfantin et de l’adolescence, une manière de se projeter sur l’évolution du métier : l’explosion des moyens audiovisuels changent inexorablement notre manière de procéder et les salles obscures n’ont peut-être plus de beaux jours devant elles… Ses films coûtent mille fois moins cher qu’une production américaine ; tourné avec une simple caméra et un micro, « Brecha » maintient le spectateur dans une ambiance fortement psychologique favorisée par le climat lourd, chaud et coloré d’une région magnifique, Séville, tout au sud de l’Espagne. La tenue légère du gamin (il déambule souvent en slip) pourrait déranger ceux qui ne savent pas qu’avec un thermomètre souvent plus proche des 40 degrés que des températures négatives, les vêtements collent à la peau et franchement, de manière plus générale, la nudité sans perversité doit-elle encore demeurer un problème à l’écran ? Les rôles sont dévolus aux habitants de Lebrija tous bénévoles et amateurs hormis le rôle principal du père de famille traumatisé (Aanor ne vous dira pas par quoi) confié à Francisco Alfonsin ; c’est sans doute ce choix qui donne un sentiment de justesse de ton au jeu des acteurs et une crédibilité au scénario. Tout semble si évident et naturel… Une appréciation tout de même difficile à affiner sans doublage ni sous-titres français, quel dommage ! Enseignant en école maternelle, le réalisateur côtoie presque quotidiennement le monde de l’enfance et il sait de quoi il parle lorsqu’il aborde les relations entre adultes et enfants, parents et enseignants, maîtres et élèves… Sa conception moderne et progressiste de ce devrait être une société évoluée avec ses membres solidaires transparaît dans ses films. Que l’on partage ou non ses convictions, sa vision humaine hors norme ne peut laisser indifférent. Qu’il dérange ou qu’il rende admiratif, on ne va plus pouvoir se passer de ses films. C’est cela, le talent. Mieux encore, il devient un exemple permettant d’atteindre les objectifs ambitieux d’une population mondiale démunie face à l’avenir assombri par les grands problèmes planétaires (surpopulation, raréfaction des ressources naturelles, malnutrition, « mal bouffe »,  nouveaux virus, pollution…) : les films d’Iván Noel doivent nous divertir, évidemment, mais aussi nous aider à apprendre à devenir meilleurs et plus compréhensifs, plus ouverts aux autres. Voilà son crédo cinématographique. Pour Aanor, « Brecha » reste une Très bonne production avec sa musique Adaptée (quelques accords simples à la guitare classique accompagnement très agréablement les images, des sonorités très typiques de l’Espagne composées et jouées par le réalisateur lui-même). Alix vous le dit, tout respire le talent. Une mention spéciale pour l’emploi de quelques « fondus enchaînés » (superposition de la fin d’un plan avec le début du suivant), une technique tombée dans l’oubli mais qui reste très artistique. Alix attend impatiemment « Limbo » avec un doublage français, cette fois-ci ?! Ce serait tellement génial…   

* Interview du réalisateur sur ses choix et ses orientations artistiques, cliquez ici (info Rue des hommes) / * Le site officiel du réalisateur, cliquez ici

 

Tranche de vie

MontageCiderRosieDéfinitifCIDER WITH ROSIE, un film de Charles Beeson (1998) avec Juliet Stevenson, David Troughton, Con O’Neill, Emily Mortimer… Musique de Geoffrey Burgon. D’après le roman de Laurie Lee (Le goût du cidre). ITV dvd.

Ce film est attachant comme toutes les descriptions sentimentales d’une tranche de vie ordinaire et rustique. Le poète, romancier et scénariste Laurie Lee nous raconte en narrateur (voix off) sa jeunesse visiblement heureuse dans un charmant village anglais du nom de Slad avant, pendant et après la Première guerre mondiale, une histoire qui ne néglige en rien les difficiles relations entre humains : un soldat (qui plus est déserteur ?), de grandes passions amoureuses ou la découverte de l’amour pour les plus jeunes, les crises familiales ou entre communautés, les déchirures, les secrets, les révélations, les bagarres de bistrot….  Ainsi va la vie à Slad dans le sud-ouest de l’île. Bien filmé avec de superbes plans (dont certains sont la copie conforme de la première version télévisée de 1971, voir article ci-dessous), bien joué, bien monté sur une musique bucolique et symphonique adaptée, le film n’a jamais été doublé en français. Dire qu’il existe des productions remarquables impossibles à découvrir dans de bonnes conditions… Déjà réalisé une première fois en 1970 car les ouvrages de Charles Beeson sont très populaires chez nos amis anglo-saxons, cette seconde adaptation de « Cider with Rosie » rend hommage à l’auteur disparu un an plus tôt, en 1997, un homme qui se sera courageusement engagé en 1936 dans les Brigades internationales aux côtés des Républicains espagnols pour combattre l’insoutenable… Ceci explique certainement cela. Pour Aanor, ce film est Très Bon. À quand un doublage en français ?

 

Cider withe Rosie (1971) Mélodies ModernesCIDER WITH ROSIE, un téléfilm de Hugh Whitemore (1971) avec Rosemary Leach, Stephen Grendon, Philip Hawkes, Peter Chandler, Andrew Webber, Jonathan Green, Frances Lee, Tania Robinson, Helen Thornhill… Musique de Wilfred Josephs. D’après le roman de Laurie Lee (Le goût du cidre). Une production BBC, THE distribution.

C’est toujours décevant de s’apercevoir qu’il existe une version plus ancienne d’un film ou d’un téléfilm surtout lorsque ce premier jet demeure supérieur à sa copie ! Ce qui est vrai pour « Pelle le conquerant » par exemple, Palme d’or à Cannes en s’étant largement inspiré d’une réalisation précédente, l’est également pour « Cider with Rosie », réalisé en 1971 puis en 1998 (voir article ci-dessus) on se demande bien pourquoi : les plans identiques jalonnent les deux versions, inutile de se demander qui a poignardé l’autre (exemple dans la photo ci-contre) ! Il est donc vain de s’étaler sur un fait certain : le jour où les producteurs français voudront bien nous doubler ces deux belles réalisations, chacun pourra comparer. En sirotant un bon bol de cidre breton !

 

Drame

affiche-coeurs-perdus-en-atlantideCŒURS PERDUS EN ATLANTIDE/Hearths in Atlantis, un film de Scott Hicks (2001) avec Anton Yelchin, Anthony Hopkins, Hope Davis, Mika Boorem, David Morse… D’après la nouvelle de Stephen King. Musique de Mychael Dannah. Un dvd Warner Bros.

Stephen King  (encore lui !) ne reconnaîtrait pas ce qui fait l’essence même de son roman car le réalisateur Scott Hicks a éliminé ou transformé ce qui ne lui plaisait pas. En conservant la forme mais pas le fond pour son scénario, « Cœurs perdus en Atlantide » est moins fantastique qu’il n’y paraît et le film n’arrive pas à marquer durablement le spectateur. Dommage. Une collaboration entre auteur, adaptateur et réalisateur peut devenir un enchantement, une réussite extraordinaire à l’image du formidable « Misery », voir ici. Mais quand ça ne marche pas, ça ne marche pas… La faute à qui ? La musique du film, très agréable, mélodique et symphonique avec des reprises des années 60, ne pose aucun problème. Côté acteurs le jeune Anton Yelchin fait lui aussi une bonne prestation. Anthony Hopkins, à son tour, est parfait. Alors pourquoi le charme, l’angoisse, le suspense ne prennent-ils pas ? Un scénario édulcoré et une touche trop personnelle du réalisateur sont à l’origine du malaise. En nous faisant voir à travers les yeux d’un enfant ce que l’on ne voit pas mais que l’on devrait voir, un enfant qui ne voit que ce qu’il veut bien voir à travers les vitres de sa maison ou d’un prisme quelconque, le spectateur finit par ne plus rien voir venir. Vous saisissez ? Eh bien, Alix non ! Notre critique de film n’a Pas compris les tenants et aboutissants de l’histoire. La confusion des genres (tranche de vie, thriller, fantastique, étude de mœurs, de comportements, nostalgie d’une époque…) et la distance prise avec les évènements par des personnages isolés en manque total d’affection (une caractéristique des personnages mis en scène par Scott Hicks) font de cette production un ovni du cinéma. Justement, on, aurait bien aimé les voir débarquer, ces extraterrestres du roman, tous habillés de jaune. Dans le film ils broient du noir… et nous on est perdus !

 

DES AVENTURES  EXTRAORDINAIRES

CRIN BLANC, un film d’Albert Lamorisse (1953) avec Alain Emery, Laurent Roche, Clan-Clan, Pascal Lamorisse, Jean-Pierre Grenier (voix off)… Musique de Maurice Le Roux. Une production Les films Montsouris/Films production/Malavida/Actes sud.

Ce film est un bijou, une perle rare du cinéma français, à (re)voir absolument. En noir-et-blanc ce qui renforce la démarche artistique, le cadre de l’histoire ne peut pas laisser indifférent(e) : La Camargue, les cavalcades, le cheval blanc qui n’aimait pas les hommes jusqu’à ce que Folco, 11 ans, noue une profonde amitié avec l’animal rebelle. Sous la forme d’un conte, le film s’adresse en fait aux adultes : écologiste, il revendique la liberté, le droit à la différence, il valorise l’esprit d’indépendance, glorifie l’amour… Albert Lamorisse marque de toute son empreinte humaine une fable issue d’un autre monde, celui d’un cinéma parlant très proche du cinéma muet, descriptif et explicite avec un côté certes désuet mais idéalement véridique. Son travail est artisanal, à l’image de ce caméraman allongé dans une barque tirée par des chevaux pour un long et brillant travelling, terriblement beau par sa photographie. Habile dans sa mise en scène, le film est rendu très crédible par le jeu triste et prenant – tout à fait de circonstance – du jeune héros, acteur débutant qui n’oubliera jamais cette expérience. Seule la musique de Maurice Le Roux a prit un coup de vieux. Plutôt simple dans sa conception (un oiseau = des trilles à la flûte traversière), comme si les images ne parlaient pas déjà suffisamment d’elles-mêmes (les cors de chasse au moment de la poursuite, on se croirait dans la Moldau de Smetana) ; la guitare classique, les tambourins et le fifre évoquent la Camargue et c’est tout de même bien vu et bien entendu. Le compositeur apprendra ensuite le métier et apportera sa contribution à l’évolution de la discipline musicale. Maurice Le Roux n’était pas fondamentalement un compositeur pour l’image malgré plusieurs réalisations remarquables pour « Le ballon rouge » par exemple (délicieusement mélodique et finement orchestrale), voir ci-dessus. La qualité de son travail ne doit donc pas être mise en doute un seul instant. Disons que son cheval de bataille, son dada à lui, c’était la musique électronique. Formé à l’école d’Olivier Messiaen à l’instar de Pierre Boulez, ardant défenseur d’un mode musical unidirectionnel imposé avec un certain snobisme dans les années 50-60 ce qui n’est que le point de vue personnel d’Alix… Inutile de se focaliser sur la question. L’important est de (re)découvrez d’urgence « Crin blanc ». Vous non plus, vous n’en reviendrez pas.

Le ballon rouge - Les Mélodies ModernesLE BALLON ROUGE, un film d’Albert Lamorisse (1956) avec Pascal et Sabine Lamorisse, Georges Sellier, Wladimir Popof, Paul Perey, Renée Marion, Michel Pezin, les enfants de Ménilmontant et les ballons de la région parisienne… Musique de Maurice Le Roux. Une production Les films Montsouris/Films production/Malavida/Actes sud.

Sur une idée extraordinaire, Albert Lamorisse va échafauder une nouvelle fable bercée de nostalgie dans un Paris de la Butte qui n’existe plus. Celles et ceux qui ont connu l’ambiance, le climat, l’environnement unique de Montmartre des années 30 à 50 comprendront le propos. Tout les éléments qui ont contribué à la réussite de « Crin blanc » se retrouvent amplifiés et sublimés dans « Le ballon rouge ». Le concept du film, construit sur le mime et le comique de situation, Charlie Chaplin et Jacques Tati ne l’auraient certainement pas renié ; d’ailleurs, on ne les sent jamais bien loin dans l’esprit. Quant à la musique de Maurice Le Roux, légère, aérienne et très joliment mélodique, on entre de plain-pieds, ou plutôt à pleines oreilles, dans l’univers sonore fantastique de la musique de film, ce qui apporte un + important dans le soutien des images qui n’en avaient pas totalement besoin vu leur force. Cette aide musicale renforce tout de même le climat poétique de l’histoire mais un enfant jeune = un arrangement de boite à musique, une montée vers l’église = un orgue, c’est un petit peu simpliste mais c’est du Maurice Le Roux, on ne lui en veut pas, inutile de voir rouge. Quoi qu’il en soit, ce film et sa musique sont très réussis. Il faut reconnaitre que le compositeur, comme le réalisateur, n’en étaient plus à leur ballon d’essai.

02_BALLON_120X160.inddLE VOYAGE DU BALLON ROUGE, un film de Hou Hsiao-Hsien (1993) avec Wladimir Yordanoff, Anne Jacquemin, Françoise Seigner, Briac Barthélémy, Renan Mazéas… Simon Iteanu, Juliette Binoche, Hippolyte Girardot… Pas de compositeur attitré. Distribution Bac films.

Un film même pas regardable, à fuir de toute urgence. Et Juliette Binoche, ce qu’elle est antipathique !

 

 

 

 

Dans les trois histoires suivantes toutes bien différentes les unes des autres, ce sont des gamins qui jouent les vedettes (désolé les filles, ce sera pour une autre fois !). Alix vous livre ses impressions : les chutes en « queue de poisson » ne doivent pas vous faire oublier à quel point le cinéma sait rester accessible à tous en nous informant des us et coutumes de nos compatriotes par le divertissement, un peu moins par l’information mais quelle chance nous avons de pouvoir bénéficier du cinéma, nous, les êtres humains, pauvres bêtes que nous sommes… Et comme Brendan, en toute situation, sachons rester zen !

 

LES AVENTURES DE TSATSIKI, un film d’Ella Lemhagen (1999) avec Samuel Haus, Alexandra Rapaport, Jacob Ericksson, Joans Karlsson, Sam Kessel, George Nakas, Minken Fosheim, Maria Bonnevie et Helge Jordal. Élu meilleur film européen pour enfants / Prix Eurokids. Un film Ivâst / Nosk Films sa. Distribué par la CIC / Aventi Best play.

Le petit garçon suédois n’a pas connu son père qui vit à l’étranger, un pêcheur de poulpes qui plonge en apnée quelque part dans le Paradis grec (du moins vu des glaces de Suède). En clair, le film n’est pas fait pour aider à la protection animale. Mais il met en avant des qualités humaines (affectives et liées à l’environnement) qui le rendent attachant. En l’absence de message écologique fort, le thème du film s’articule autour des relations parents-enfants grâce à la bonne bouille expressive de Tsatsiki (pas facile à prononcer, à ne pas confondre avec le tsatziki, un yaourt grec comme par hasard), un gamin bien déterminé à retrouver son père à partir d’une photo qui trône comme une icône dans sa chambre. Va-t-il y parvenir grâce à son entraînement régulier à la piscine municipale ou n’est-ce qu’un fantasme de plus d’un gosse à l’esprit trop imaginatif ? Le père de substitution, un policier gentil et attentionné contrairement à l’image des motards que l’on véhicule trop facilement (sans jeu de mot) pourrait-il l’en dissuader ? On ne s’ennuie pas beaucoup dans cette gentille production parfois un peu longuette aux trucages parfois ratés et aux accompagnements de musique rock amateur ; la production intéressera les adultes à l’âme d’enfant tout comme les enfants eux-mêmes à condition qu’ils ne soient pas déjà accrocs aux jeux vidéos violents et débiles : le charme qui se dégage du jeu de Tsatsiki (décidément c’est imprononçable) et les situations volontairement contrastées du film rendent ses aventures bien éloignées d’un contexte plus guerrier. Les larmes et les situations dramatiques ne manquent pas pour autant, les rires et sourires non plus, le gamin a la pêche ! Tant mieux car « Les aventures de Tsatsiki » est une Bonne pioche.

 

L’ENFANCE NUE, un film de Maurice Pialat (1969) avec Michel Terrazon, Raoul Billerey, Maurice Coussoneau, Pierrette Deplanque, Linda Gutemberg, René Thierry… Musique de  . Un dvd Eureka ! Collection « Masters of cinema ».

Premier long-métrage de Maurice Pialat sur un sujet délicat, celui du placement d’enfants abandonnés (ou plutôt « recueillis temporairement » comme le souligne le réalisateur) dans une région naturellement hospitalière et sympathique, le nord-est de la France avec ses mines de fer et ses bassins houillers. Le jeune François est caractériel et très instable mais rien d’étonnant à cela puisqu’il est balloté d’une famille à l’autre : la maison de pépère et mémère va lui apporter de la sécurité, du réconfort et de la tendresse… Pour un moment seulement ; le film se termine néanmoins sur une note d’espoir. Fréquemment analysé dans les collèges et lycées français, le film de Pialat se rapproche du documentaire, conséquence de sa manière de diriger les acteurs amateurs tout en cherchant à tirer le maximum des professionnels  « au feeling », sans plans longtemps étudiés et répétés à l’avance. Dans une ambiance nostalgique, ce Bon film n’est peut-être pas un chef-d’œuvre mais on ne peut pas s’en passer pour autant. On se dit juste que l’on a beaucoup de chance de connaître le petit François et de posséder ce dvd précieusement rangé auprès de ses illustres compagnons, « Les 400 coups », « L’enfant sauvage » ou « L’argent de poche » d’un autre François, Truffaut, celui-ci.

 

 

LE LIVRE DE JÉRÉMIE/The hear is deceitful above all things, un film d’Asia Argento (2005) avec Asia Argento, Jimmy Bennett, Peter Fonda, Ben Foster, Marylin Manson, Ornella Muti, Kip Pardue, Michael Pitt, Jeremy Renner, John Robinson, Dylan et Cole Sprouse, Wynona Ryder… D’après le roman de J.T. LeRoy. Musique de Marco « Morgan » Castoldi / Sonic Youth. Un film Palm pictures.

Réussi et dérangeant, voici ce qui pourrait résumer le film. L’actrice principale (qui se trouve être également la réalisatrice, une performance !) dirait plus exactement que son film est « bon et dur » tant elle aime le sexe : la mère de Jérémy, Sarah, une prostituée complètement déjantée, traîne sur les parkings des autoroutes américaines et dans les hôtels miteux pour assouvir son addiction au sexe offert sans retenue ni tabou ; son lot quotidien sont l’alcool, la drogue, le vagabondage et la violence, mais quel programme ! Le parcours de l’auteure du roman ayant servi de base au scénario d’Asia Argento connaît visiblement bien la chanson. Son livre plus ou moins autobiographique décrit des situations souvent impossibles à admettre tant le jeu des personnages est stéréotypé ; pourtant, ce Bon film est une sorte de témoignage sur l’errance d’une frange abandonnée de la population, livrée à son propre sort dans une société de surconsommation déshumanisée et complètement invivable. Le problème de fond qui se pose c’est l’enfant : le petit Jérémy va être directement impliqué dans la vie de sa mère et subir de plein fouet ses relations perverses ; les amants mal intentionnés vont s’en prendre au gamin, une horreur. Certaines scènes relatent des faits atroces de manière peu accessible au plus grand nombre d’où l’interdiction du film au moins de seize ans, les scènes les plus dures étant heureusement suggérées. La lumière du film est Exceptionnelle, certains portraits relevant du grand art, idem pour les cadrages très imaginatifs qui surprennent par leur beauté. Un contraste voulu et assumé par la réalisatrice. Ce qui accroche le plus l’attention du spectateur et provoque une angoisse lancinante du début à la fin de l’histoire reste le devenir du gosse : comment Jérémy va-t-il survivre à son cauchemar tout en gardant sa part d’innocence et de naïveté ?

 

Reconstitution historique

Danton - Les Mélodies ModernesDANTON, un film d’Andrzej Wajda (1983) avec Gérard Depardieu, Wojciech Pszoniak, Anne Alvaro, Patrice Chéreau, Lucien Melki, Angela Winkler, Jacques Villeret… D’après la pièce de théâtre de Stanislawa Pryzbyszewska. Un film Gaumont/Film Polski/TF1.

Danton, Robespierre, Camille Desmoulins, les Sans-culottes, la Révolution, la Convention, la Terreur, la Compagnie des Indes… C’est tout un pan de l’histoire de France que le réalisateur polonais Andrzej Wajda nous raconte avec gravité et liberté. Polonais jusqu’au fond de son âme car la manière dont il aborde le scénario de « Danton » trahi sa vision de la Pologne des années 80 : un pouvoir stalinien (le général Jaruzelski et les militaires gouvernent le pays d’une main de fer), les denrées alimentaires de base dont le pain sont rationnées, le Parti au pouvoir contrôle tout y compris la presse, les enfants sont embrigadés, les procès expéditifs condamnent des innocents, la répression est féroce et terrifie la population… Le contexte est favorable à une transposition (parfois fantaisiste) en l’an 1794 à Paris sous le régime de la Terreur ! Associé à Jean-Claude Carrière dans la démarche, le réalisateur n’hésitera pas à faire appel au « monstre sacré » naissant du cinéma français, Gérard Depardieu, admirable dans un rôle qui lui convient parfaitement car il venait d’interpréter le personnage dans la pièce de théâtre qui inspirera à son tour le film. L’œuvre fut d’ailleurs commandée par le gouvernement français de l’époque mais Jack Lang, ministre de la culture, fut déçu par le film qui dénigrait un peu la période en question, à son goût… Lumière, cadrages, mise en scène, tout est pourtant remarquable dans cette production hautement intellectuelle. Seul point déficient, la musique de Jean Prodromidès, horrible, rebutante et terrifiante. C’est probablement la musique qui convenait le mieux à l’ambiance pesante du film (donc bravo au compositeur !) mais le style déplaît trop fortement à Alix, notre critique de film totalement allergique à la musique atonale carrément insupportable à ses oreilles. L’évaluation du film permet de le hisser au titre d’œuvre Remarquable mais très particulière, on aime ou on n’aime pas. C’est le propre des chefs-d’œuvre…

 

Drame

LE DROIT DE TUER ?/A time to kill, un film de Joël Schumacher (1996) avec Matthew McConaunghey, Samuel L. Jackson, Sandra Bullock, Oliver Platt, Kevin Spacey, Donald Sutherland, Patrick McGohann, Ashley Judd, Kurtwood Smith, Rae’Van Larrymore Kelly… D’après le roman de John Grisham. Musique d’Elliot Godenthal. Un film Warner Bros.

Ce film est Excellent malgré la polémique qui aura éclaté lors de sa sortie, certains estimant qu’il faisait l’apologie du droit à la vengeance personnelle. « Le droit de tuer ? » (avec un point d’interrogation pour adoucir la phrase on se demande bien pourquoi) a été affublé de tous les noms par le site des Inrockuptibles, des critiques souvent dans l’erreur dans leurs jugements. C’est vrai, la violence est très présente dans « Le droit de tuer ? » et le parti pris, celui d’un père qui va assassiner les deux violeurs de sa gamine (la Loi du Talion), reste impossible à contester car c’est le choix du réalisateur. Les protagonistes appartiennent à la communauté noire dans un pays, le Mississippi, où subsiste encore des pensées sectaires et des agissements racistes, un « problème » central autour duquel s’articule le roman et le film. Un avocat et ses associés, blancs de peau, vont œuvrer pour défendre une cause perdue d’avance dans une ambiance sulfureuse et la musique d’Elliot Godenthal alternera les passages mélodiques, harmoniques et rythmiques très adaptés au contexte : tout est fait pour créer un climat lourd et fortement dérangeant. Ce film noir est donc d’une grande clarté. Le grand compositeur Aaron Copland, à la base de l’orientation prise par la musique classique américaine depuis plus d’un siècle, aura prodigué ses leçons à l’élève Elliot Godenthal lui qui aura fortement inspiré un autre géant de la composition, Elmer Bernstein (voir ici). Les vents (les cuivres et les bois) prédominent donc l’orchestration mais les cordes se font remarquer dans de somptueux enchaînements de notes tenues. Une suite de trois accords rappelle la fin du Concerto n°6 de Beethoven dans un mouvement contraire : tonalité de DoM, mouvement lent binaire à quatre temps, descente mélodique avec La, Lab et Sol à l’aigu en même temps que la montée de la basse avec La, Si et Do. Il est possible d’entendre cette technique d’écriture à la fin de la séquence du film « Soleil vert » lorsque Edward J. Robinson s’endort sur son lit de mort dans le Foyer sur des images superbes de la vie sur Terre). Une autre belle référence !

 

Policier

IL ÉTAIT UNE FOIS UN FLIC, un film de Georges Lautner (1972) avec Michel Constantin, Mireille Darc, Hervé Hillien, Michel Lonsdale, Daniel Ivernel, Venantino Venantini, Guiliano Disperati, Robert Dalban, Henri Guybet, Phyllis Major, Jean-Jacques Moreau, Charles Southwwod, Robert Castel, Ddao Crostarosa… D’après le roman de Richard Caron TTX75 en famille. Un dvd Gaumont.

Dire que ce film est dépassé est une évidence : les comportements, les attitudes, les dialogues, les mœurs… Tout est devenu bien différent. Tout ? Des meurtres, deux tueurs, la mafia, un flic qui n’est pas corrompu, une affaire de gros sous, des poursuites, une intrigue, un gamin à la fois attachant et insupportable, une mère belle comme un cœur mais dure comme le fer… Finalement, rien n’a changé. Les paysages, peut-être, le style clinquant des années 70, sûrement. À part les décors et l’enrobage donc, le fond de l’histoire pourrait être transposé aux années 2010. Par des dialogues percutants de Francis Veber ce qui lancera sa carrière au cinéma, « Il était une fois un flic » nous réserve bien des surprises à commencer par la présence de nombreuses vedettes (même Alain Delon nous fait coucou, cigarette au bec). Parodique, maladroit dans le montage de certaines scènes, Georges Lautner sait mener le spectateur et l’intéresser à une histoire rocambolesque qui maltraite autant l’image de la police nationale que la décontraction de façade des truands… La musique d’Eddie Vartan est très mélodique et joliment orchestrale, parfois atonale avec une chorale « à la Moriccone» empruntée à un western spaghetti et une chanteuse-égérie des années 60, Nanette Workman. Le talent infini de notre compositeur né en Bulgarie lui vaudra de participer à la réussite de sa sœur Sylvie Vartan (qui n’aura jamais su chanter juste, elle, mais ce n’est pas de sa faute si son frère a hérité de la totalité du talent artistique de ses parents). Après la disparition prématurée de son frère, malheureusement, peu de personnes se souviendront de son existence. Pourtant, Eddie Vartan a fourni un travail phénoménal accompli pendant toute une vie de compositeur et d’arrangeur extrêmement doué, de chef d’orchestre inspiré, également. Le showbiz hexagonal lui doit tellement… Ce milieu reste ingrat envers ses fils comme Alix a pu encore le constater à l’enterrement récent de Jean Ferrat (voir ici) ! Pour notre critique de films, « Il était une fois un flic » doit être (re)vu car il fait passer une soirée « à la constantine » Très agréable, si vous appréciez cet acteur dévolu aux rôles de méchants (il est excellent « Les grandes gueules », voir ici). Ce dvd est à rajouter à votre collection de film français décalés et passionnants. 

 

Comédie

DrameINTOUCHABLES, un film d’Olivier Nakache et d’Éric Toledano (2011) avec François Cluzet, Omar Sy, Anne Le Ny, Audrey Fleurot, Clothilde Mollet, Alba Gaïa Kraghede Bellugi… D’après l’ouvrage de Philippe Pozzo di Borgo « Le second souffle ». Musique de Ludovico Einaudi. Un film Gaumont.

Plus de vingt millions de français se sont rendus dans les salles obscures pour apprécier ce film courageux mettant en scène un homme à la peau de couleur noire et un homme se déplaçant en fauteuil roulant, chose extrêmement rare pour le cinéma hexagonal. Pour dire les choses simplement, les noirs, les handicapés, les nains, les femmes âgées, bref, tous celles et ceux qui ont un aspect physique sortant des critères subjectifs déterminés on ne sait trop par qui ni pourquoi pour apparaître dans un film, ont peu de chances de faire entendre leur voix et surtout de mettre en avant leurs qualités artistiques. Il n’est un secret pour personne qu’un acteur à la peau noire a intérêt, dans un premier temps, à « faire le con » pour se faire connaître dans le milieu très fermé du spectacle avant que l’adhésion du public ne lui permette de s’affirmer tel qu’il est – et non tel qu’il se présente -, sa notoriété lui permettant d’ouvrir le champ de ses investigations dans l’interprétation. Ce sera le cas d’Eddy Murphy et de bien d’autres acteurs noirs contraints de passer par la case « amuseur public » avant de démontrer l’étendue de leur talent surtout dans le registre dramatique. Coluche, Louis de Funès et Muriel Robin eux aussi suivront un parcours de moins en moins atypique, celui des passerelles dressées entre la scène des théâtres et le cinéma « tout public ». Aujourd’hui l’évidence s’impose à tous : Omar Sy est un excellent comédien, c’est la grande surprise de « Intouchables ». Totalement crédible dans un jeu utilisant toutes les palettes du meilleur des mailleurs artistes de la Comédie française par exemple, Omar Sy permet d’adhérer à une histoire humaine formidable et passionnante. Sans être pour autant doté de qualités cinématographiques nouvelles ou exceptionnelles, « Intouchables » touche à cœur les français généreux en témoigne leur participation hebdomadaire aux associations de type Loi 1901 et les dons versés chaque année à une multitude d’organismes à but caritatif. Le français est ouvert à la diversité et accepterait bien plus volontiers des situations humaines anachroniques si le thème du film ne servait de prétexte unique : quand va-t-on revoir une personne clouée dans son fauteuil ou visiblement handicapée dans un rôle de premier plan et quand va-t-on revoir Omar Sy à l’écran ? Alix trouve l’histoire vraie d’« Intouchables » Excellente et la musique spécialement composée pour le film malheureusement trop Absente (le style du compositeur italien est taxé de « minimaliste » par les spécialistes ce qui n’explique certainement pas tout). L’opposition entre musique classique, jazz et de variété comme le tube du groupe « Earth, wind and fire » au demeurant excellent, est très habilement dénoncée par les réalisateurs du film qui ne sont plus à une démarche heureuse et inhabituelle près. Qu’ils en soient chaleureusement remerciés. C’est du grand art !

 

Comédie

MontageJevoustrouvetrèsbeauJE VOUS TROUVE TRÈS BEAU, un film d’Isabelle Mergault (2005) avec Michel Blanc, Medeea Marinescu, Wladimir Yordanoff, Eva Darlan… Musique de Bob Lenox et Alain Wisniak. Un film Gaumont.

La première très bonne surprise de cette comédie, c’est la grâce de l’actrice roumaine Medeea Marinescu : cette jolie femme populaire en Roumanie et jusque là inconnue en France illumine le film, elle rayonne, elle est resplendissante, je vous trouve très belle, Madame ! Son jeu très expressif mais jamais caricatural donne le change à un vieux routier du cinéma hexagonal rompu à toutes les situations : Michel Blanc en agriculteur replié sur lui-même et plutôt inculte rend son personnage à la fois insupportable et touchant ; l’acteur réalise lui aussi une excellente performance. En rajoutant les autres rôles tous à la hauteur des situations extravagantes rencontrées, le bilan s’impose : Isabelle Mergault a réalisé un très bon premier film drôle, tout en finesse. La qualité des images (cadrages, couleur, costumes, décors, lumière…) comme celle des dialogues passionnants, des bruitages, de la prise de son et de la musique du film très bien adaptée avec le cymbalum cher à Vladimir Cosma dans sa musique du « Grand blond» (ils sont fous ces roumains) forcent l’admiration, le spectacle demeure entier jusqu’au bout. Certaines mauvaises langues vous diront peut-être que la réalisatrice s’est laissée emporter par ses bons sentiments avec une fin bien gentillette. Et bin c’est bin vrai et c’est tant mieux, merci les vedettes ! Comment ne pas espérer un épilogue heureux dans la logique du film rythmé par des scènes d’un grand professionnalisme ?! Quel dommage de ne pas retrouver cette équipe dans une autre œuvre originale, amusante et pleine de tendresse ! Merci Isabelle and Co pour ce Très Bon moment de cinéma dans les paysages magnifiques de la Drôme provençale. Alix en redemande, nous aussi !

 

Thriller

LA PETITE FILLE AU BOUT DU CHEMIN/The little girl who lives down the line, un film de Nicolas Gessner (1976) avec Jody Fostern Martin Sheen, Scott Jacoby, Alexis Smith, Mort Shuman… D’après le roman de Laird Koenig. Musique de Mort Shuman et Christian Gaubert. Un dvd L.C.J.
 
En voyant évoluer à l’écran Jody Foster alors âgée de 13 ans, le moins que l’on puisse dire, c’est que le talent n’attend pas le nombre des années. Prodigieuse dans un rôle difficile qui nécessitait une comédienne expérimentée et complètement mature, la jeune actrice américaine donne le change de manière époustouflante à Martin Sheen et au jeune Scott Jacoby dans une horrible histoire policière. Motivée par deux années de plein emploi avec des succès qui deviendront planétaires notamment la série télé « Mais qu’est ce qui fait courir papa ? » suite au film « La barbe à papa » et surtout « Taxi driver » de Martin Scorsese avec un Robert de Niro qui lui apprendra toutes les ficelles du métier, la gamine surdouée va devenir une grande professionnelle en cette année 1976. Ses études supérieures à l’université de Yale en littérature, son intelligence bien au-dessus de la moyenne et sa maîtrise de la langue de Molière au lycée français de Los Angeles vont naturellement la rapprocher de l’hexagone avec deux tubes très années 70 dont le fameux « Je t’attends depuis la nuit des temps », extrait du film « Moi, fleur bleue » avec Bernard Giraudeau et Jean Yanne. Une nouvelle fois, son talent s’affichera par sa grande crédibilité. Différentes interprétations cinématographiques de personnages à la réputation sulfureuse vont décontenancer une petite partie du public qui ne parviendra pas à traiter Jody Foster avec tous les honneurs qu’elle mérite. Mais cela ne durera qu’un temps. Son assurance doublée d’une capacité intellectuelle déconcertante peuvent parfois déranger certains, du moins en décontenancer plus d’un… Aucune importance pour l’intéressée, Jody Foster tracera sa voix contre vents et marées, un comportement né d’une grande force de caractère et d’une conviction inflexible : le cinéma (et particulièrement le cinéma américain qu’elle a dans la peau), c’est son truc et c’était sans doute écrit ainsi ! Tantôt actrice, réalisatrice ou productrice, sa carrière inachevée est parsemée de réussites artistiques exemplaires et de quelques petits échecs commerciaux (il en faut de temps en temps pour rebondir), un parcours admirable qui peut finalement se résumer par le titre d’un de ses succès sonores (plus parlé que chanté) du bon vieux temps : « La vie, c’est chouette » ! Rajoutons qu’ avec Jody Foster, la vie est vraiment, vraiment Très chouette.

Retrouvez page XXVIII des compositeurs la liste des films de et avec Jody Foster (Kung fu, Contact, À vif, Le complexe du castor…), cliquez ici

 

Mélodrame

MontagePoilCarotteIVPOIL DE CAROTTE, un film de Julien Duvivier (1932) avec Robert Lynen, Henry Baur, Catherine Fonteney, Christine Dor… D’après le roman de Jules Renard. Un dvd René Château vidéo/TF1.

Il faut regarder ce film avec compassion, admiration et respect. Compassion car il s’agit d’un film de 1932 et le cinéma n’était pas le même qu’aujourd’hui, une remarque idiote mais qui veut bien dire ce qu’elle veut dire : on ne peut juger une œuvre cinématographique mélodramatique avec notre vision actuelle. À son corps défendant, l’enfant du spectacle Robert Lynen « en fait des tonnes » comme s’il jouait, du haut de ses 12 ans, dans un film muet. Indépendamment de son jeu exagéré néanmoins intéressant car le jeune acteur est visiblement investi par le rôle, sa bonne bouille sera remarquée par Marc Allégret (le frère d’Yves et l’oncle de Catherine) qui lui confiera deux ans après « Poil de carotte », le rôle de Rémy dans une nouvelle adaptation ciné du chef-d’œuvre d’Hector Mallot « Sans famille ». Admiration, car cet enfant issu d’une famille d’artistes entrera à l’âge de vingt ans dans la Résistance française avant d’être arrêté par la Gestapo. Torturé, déporté, évadé puis exécuté, il ne pourra plus exercer son art après 1944. Respect enfin, pour le réalisateur Julien Duvivier qui fera très tôt preuve d’un grand professionnalisme qu’il confirmera par la suite avec « La belle époque, Pépé le Moko, La fin du jour » et le célébrissime « Petit monde de Don Camillo » y compris lorsque le curé sera sur le retour… Alix donne une Très bonne appréciation à « Poil de carotte » version 1934 !

 

Comédie

THE ARTIST/L’artiste, un film de Michel Hazanavicius (2011) avec Jean Dujardin, Bérénice Bejo, John Goodman, Penelope Ann Miller et le chien Uggy… Musique de Ludovic Bource. Un film distribué par The Weinstein company et Warner Bros.

Que dire de ce film sinon qu’Alix l’a vu sans grand enthousiasme : on s’y ennuie assez vite car il est trop long, les scènes sont répétitives. Il est étonnant que cette œuvre à la fois originale et tellement conventionnelle soit reçue avec les honneurs à tous les festivals du monde entier, à croire que l’on ne produit plus rien de bon… Les principaux intéressés sont d’ailleurs les premiers à s’étonner d’un tel succès, leur Oscar à la main, que ce soit Dujardin le cabotineur ou Bource le compositeur. La musique, justement, n’a pas beaucoup d’intérêt : elle ressemble à tant de musiques exemplaires qu’il est difficile, à chaque morceau différent, de ne pas tomber dans la comparaison, toutes sont clonées sur les grandes musiques de films du cinéma hollywoodien. Même la musique de Bernard Herrmann composée pour le film d’Hitchcock « Sueurs froides/Vertigo » et parfaitement adaptée à cette œuvre inoubliable est reprise quasiment telle quelle par Ludovic Bource dans « The artist » avec une légèreté dérangeante : où se trouve la création dans cette démarche si facile ? Assisté de sept arrangeurs car il y avait du boulot à fournir, c’est à Bruxelles que le chef d’orchestre débutant a enregistré proprement mais froidement ses compositions avec un certain Lei Wang comme Premier violon solo. Le choix de délaisser les orchestres français ne fait pas très plaisir à Alix, du moins, elle se rassure en pensant que l’entreprise artistique ne s’est pas déplacée trop loin… Quant au film en lui-même, globalement, on peut s’amuser un moment du jeu décontracté et expansif de Jean Dujardin mais il devient un peu lourd et grassouillet dans un rôle qui rappelle Gene Kelly, une belle référence tout de même pour l’amuseur public français number one (pour Alix qui n’oubliera jamais l’excellence de la série « Un gars, une fille »). Le petit chien est dans sa fonction, impeccable. Finalement, la vraie surprise du film, c’est Bérénice Bejo : délaissée en Amérique mais césarisée en France (ouf, justice est faite !), la belle actrice très photogénique au visage expressif crève l’écran par un jeu tout en finesse et en subtilité. Difficile de ne pas en tomber amoureux : son mari de réalisateur a fait un travail remarquable, certains plans sont inoubliables (clin d’œil, sourire, la scène du porte-manteau est formidable). Alors pour résumer la pensée d’Alix, Jean Dujardin est bon mais il lui manque quelque chose, Bérénice Bejo est extraordinaire, le compositeur n’est pas convaincant malgré ses efforts mélodiques et le film demeure Pas trop mal, il dure simplement une demi-heure de trop (il aurait fallu raccourcir certaines scènes ici et là). Le pari du film muet en noir-et-blanc est en tout cas gagné. De là à avoir envie de le revoir sans tarder…

 

Science-fiction ?

UN ENFANT PAS COMME LES AUTRES/Martin child, un film de Menno Meyjes avec Bobby Coleman, John Cusak, Amanda Peet, Sohie Okonedo, Oliver Platt… D’après le roman de David Gerrold. Musique d’Aaron Zigman. Un dvd Metropolitan film & video/New line cinema.

Le titre du roman et celui du film sont très évocateurs : « L’enfant de la planète Mars ». Tout est dit. Si vous ne souhaitez pas qu’Alix vous raconte le film ne craignez rien, sachez simplement qu’il est très Original et très intéressant d’un bout à l’autre malgré son traitement typiquement américain. L’ouvrage de David Gerrold, grand spécialiste des romans de science-fiction (il a collaboré aux Star Treck) est beaucoup plus riche et varié que le film bourré de bons sentiments, de gentilles institutions que l’on respecte, de morale, de mièvrerie et tutti quanti… Bref, vous passerez sur ces aspects habituels du cinéma familial d’Outre-Atlantique pour passer un bon moment en présence d’acteurs tout à fait crédibles dans leurs rôles sur une musique instrumentale et orchestrale très réussie d’Aaron Zigman. Le petit Bobby Coleman, présent dans « La prison de verre 2 », tient ici le rôle principal : quel talent ! Il sera présent sur les écrans en 2013/2014 dans un autre film de science fiction, « Robosapiens ». Alix vous en reparlera sûrement, surtout si la musique est bonne ! Ah, ne vous attendez pas non plus à de grands effets spéciaux ou à des trucages formidables, le film repose sur la psychologie et le relationnel…

 

 

Drame

LA VIDA DE NADIE, un film de de Eduard Cortés (2002) avec José Coronado, Adriana Ozores, Marta Etura, Roberto Àlvarez… Musique de Xavier Capellas. Un film distribué par Sogepaq/20th Century Fox/Canal+ Espagne.

Surprenant, envoûtant et terrifiant, voici comment décrire cette histoire hors du commun. Un homme marié et père d’un petit garçon va passer son temps à mentir. Le problème, c’est que son entourage familial et professionnel le place sur un piédestal : l’homme est brillant dans sa double personnalité et il possède un aplomb indestructible. Vous le croyez médecin très compétent, membre éminent de l’OMS (Organisation mondiale de la santé), père aimant et attendrissant et grand spécialiste des bons plans de la Bourse ? Votre excellent ami et fin conseiller en amour va vous berner. Le film espagnol s’inspire de l’histoire vraie du français Jean-Claude Romand connu du public en 1993 après avoir commis l’irréparable. Mentir pendant dix-huit ans à son entourage est une chose, vouloir en finir à n’importe quel prix avec sa propre duperie en est une autre. Plusieurs parcours pour le moins tordus de personnalités maladives existent de par le monde et l’être humain n’est-il pas fourbe de naissance ? L’hypocrisie, exploitée allègrement par tous les hommes et femmes politiques depuis des siècles, n’est-elle pas devenue une maladie contagieuse et universelle ? Les acteurs sont Excellents dans « La vie de Nadie » qui se traduit littéralement par « La vie de personne », un film qui n’est pas doublé en français ; pourquoi, mais pourquoi donc ? La musique est Très agréable : orchestrale sans être tout à fait mélodique (une suite de notes ne fait pas un thème mémorisable), pour Alix, c’est toujours ça de pris. Sur le fond, la vie professionnelle du compositeur Xavier Capellas est sans surprise : jazzman autodidacte puis étudiant en musique classique avant d’être admis à la Berklee college of music de Boston aux USA (à ne pas confondre avec l’Université de Berkele en Californie) dans une des classes de musiques de films avec tout ce que cela comporte comme travail passionnant (le travail en studio, l’enregistrement…). Avec son taux élevé d’étudiants étrangers dont beaucoup d’hispanophone (+ de 4 000 étudiants annuels), la mégastructure est constituée d’une multitude d’enseignants multi-linguistes. Notre compositeur saura évoluer et se sortir à temps, métier et contacts professionnels (et personnels) plein la poche, indispensable pour évoluer dans ce qui ressemble à « un panier de crabes » (un nido de viboras, en espagnol)… Avant de composer pour le cinéma une bonne dizaine de film, le compositeur interviendra sur les arrangements de plusieurs productions espagnoles d’un autre compatriote, ambitieux et chanceux lui aussi, Alejandro Amenábar dont les célèbres « Les autres » avec Nicole Kidman et « Mar Adentro » avec Javier Bardem (musique d’Amenábar composée en collaboration avec Carlos Nuñez). La vida de Capellas es tan bonita…

 

Amour

YOU ARE NOT ALONE/Du er ikke alene/Tu n’es pas seul, un film de Lasse Nielsen et Bent Ernst Johansen (1978)  avec Agens Anders, Peter Bjerg, Ove Sprogoe, Elin Reimer, Jan Jergensen, Jørn Faurschou, Merete Axelberg, Hugo Herrestrup, Béatrice Palne, Jacoby Aske, Ole Meyer… Musique de Sebastian. Un film produit par Steen Herdel Filmproduction. Un dvd Independant classics collection/tla releasing.

En 1978, la vision que l’on pouvait avoir du monde dépendait étroitement des informations transmises par les médias, beaucoup moins diversifiés qu’aujourd’hui. Télévision, presse, radio, la « cibi » et le « téléphone arabe » fonctionnaient parfaitement. Cette année-là (comme ne le chantera plus l’électrique Claude François), les nouvelles étaient toujours rassurantes et très rafraîchissantes, on vivait heureux en 1978 ! L’armée française sautait sur Kolwesi au Zaïre d’où le film « La Légion saute sur Kolwesi » de Coutard (musique de Serge Franklin) et de l’autre côté de l’Atlantique, d’autres militaires réalisaient un coup d’état au Honduras. Le général Pinochet, lui, s’enlisait dans sa dictature malgré les pressions internationales ; Sadate et Begin comme pain et chocolat signaient les accords de Camp David sous l’œil bienveillant de l’ami américain (!) le président Jimmy Carter. Cette année-là, le Viêt Nam envahissait le Cambodge après le massacre des Khmers rouges et les paysans chinois commençaient à voir pleuvoir des yens. Comme d’habitude, l’armée israélienne tapait sur tout ce qui bougeait autour d’elle, en représailles d’actions meurtrières terroristes d’activistes palestiniens pendant que l’O.L.P., défendue en France par un débatteur intelligent et très convaincant, défendait comme d’habitude et du mieux possible les intérêts de son peuple et de son représentant si médiatique, Yassert Arafat. Il n’était pas le seul à pédaler en cette année 1978 : Bernard Hinault venait de remporter son premier Tour de France et Rocheteau, Janvion, Curkovic, Piazza, Lacombe et les autres continuaient de nous faire rêver en vert (ah, les veillées foot devant la télé !). Coluche, lui, nous faisait apprécier la vie « en verve ». Les actualités nous parlaient du milicien Bachir Gemayel qui prenait le contrôle du Liban où pullulait des armes bénies car chrétiennes dans une guerre civile qui ne se cachait plus sans dentellière. Dame nature s’y mettait également de son côté, histoire de montrer qu’en matière de destruction, elle restait la meilleure, en déclenchant sans menace un séisme ravageur en Iran (plus de 15 000 morts en l’espace de quelques minutes, quelle journée particulière !). Devant son poste de télé sur Antenne 2 car la première chaîne, la plus puissante et la plus regardée du pays, n’était déjà plus sous la providence de l’O.R.T.F. depuis trois ans, l’homme qui aimait les femmes, l’Ayatollah Khomeyni, jouait aux crabe-tambour avec la diplomatie française depuis sa résidence de Neauphle-le-château (mais il n’y avait pas planté sa tente). Stone, le monde est stone. Dans les jardins de Versailles en revanche, on entendait parler de l’A.R.B. (Armée révolutionnaire bretonne) qui pensait que l’on avait tous la vie devant soi en plastiquant le château de Versailles en chantant l’hymne breton sur des échos de vagues mazoutées par l’Amoco Cadiz : et vous, « allez dire à la ville » que Dan Ar Braz sortait son deuxième album vinyl et dites-lui que je l’aime ! Côté campagne, un camion-citerne prenait les chemins de traverse pour un barbecue géant au camping de Los Alfaques en Espagne (plus de 210 morts) quant aux Peugeot, elles faisaient l’amour avec Chrysler Europe : la 2 litres automatique, quand même, c’était une sacré voiture ! À Rome, Jean-Paul 1e acceptait de nouvelles responsabilités célestes au bout de 33 jours seulement de papoté (papotons, papotons, nous irons tous au Paradis) avant la prise de fonction du très communicant archevêque croate Wojtyla qui ne s’était pas encore fait tirer dessus. Annie Hall, l’obscur objet du désir, s’affichait sur les murs des cinémas et Les Quilapayún nous enchantaient toujours. Bref, tout le monde suivait son petit bonhomme de chemin, le juge Fayard en embuscade !

You are not alone (Tu n'es pas seul) - Les Mélodies ModernesDans ce contexte pour le moins mouvementé, le sociologue Pierre Bourdieu philosophait sur la définition du mot « jeune » (voir lien ci-dessous). Les étudiants danois par exemple, vivaient la même révolution sexuelle que les français, un bouleversement des us et coutumes d’une vie familiale bien cadrée mais déjà fortement remise en question par les hippies des années soixante. Peace and love (and sexe). Les mouvements féministes rejoignaient sur la ligne de front les défenseur des droits des homosexuels et « Play boy » n’était plus une revue pornographique mais dite « de charme ». Brigitte Bardot s’en donnait à cœur joie dans la défense des bébés phoques en restant pour toujours, dans le cœur des français, la plus belle femme du monde. Les salles de films X et les magasins très orientés sur « la chose » fleurissaient en France mais les images de plus en plus illicites mettant en scène de très jeunes acteurs nus se vendaient « sous le manteau », par correspondance ou sur les étagères du haut de librairies parisiennes, totalement infréquentables. Les nouvelles éditions des ouvrages d’éducation sexuelle du docteur Gilbert Tordjman pour ados s’étalaient, eux, en toute légalité sur les rayonnages des supermarchés et David Hamilton continuait sa carrière artistique controversée aux États-unis et en Grande-Bretagne, beaucoup moins en Europe, fort heureusement. Ce qui amène à la question délicate qui dérange encore aujourd’hui, celle de la nudité des mineurs portée à l’écran : la Loi ne permet pas tout et c’est heureux. De plus, la population a été informée, parfois bien, parfois mal, parfois à tort ou à raison, sur les problèmes liés à la pédophilie, un mot devenu courant depuis l’Affaire du criminel Dutroux. L’amalgame n’est pas loin : les critères qui définissent une action justifiée par la création artistique, par exemple, un mineur filmé nu à un moment évident de la scène d’un film comme dans « You are not alone », ne sont pas les mêmes qu’une entreprise honteuse et fortement répréhensible de pornographie infantile strictement interdite à l’écran, on est tous bien d’accord. Dans le domaine de la nudité exposée au cinéma, l’évaluation de ce que l’on peut faire et montrer est évidemment laissé à l’appréciation de chaque créateur (photographe, peintre, sculpteur, chorégraphe, réalisateur…) sous le contrôle de la législation des pays concernés ; des images choquantes pour les uns ne le sont pas nécessairement pour les autres, tout dépend au final de la nature de la démarche et du résultat occasionné. Certaines affiches de films exposées à la vue de tous ont ainsi été détruites par des personnes intolérantes (qui ne l’étaient pas, d’après elles) : elles ne supportaient pas l’exposition des sacro-saints critères religieux revisités… Pour abonder dans leur état-d’esprit, tout le monde n’est effectivement pas obligé d’apprécier la photo d’une religieuse à la poitrine dénudée ! La distribution en salles de « You are not alone » aura, dans ce contexte, souffert du doute des professionnels du cinéma, légitimer un sujet peu abordé qui révèle les sentiments homosexuels naissants entre deux mineurs de 12 et 15 ans dans un environnement favorable, l’internat et sa grande liberté de mouvement des jeunes, un comportement de permissivité pourtant réclamé par une Françoise Dolto dont les arguments sont de plus en plus « à côté de la plaque » aujourd’hui (voir ici). À noter le doublage français qui n’aura pas toujours épargné les homosexuels (conformément ou non aux dialogues d’origine) : Charlton Heston dans « Un tueur dans la foule » en 1975 (musique de Norman Gimble) se demandait ce qu’ils avaient tous, ces « pédés de terroristes » et Peter Weller dans le « Robocop » de Verhoeven en 1987 s’en prenait ouvertement aux « pédés tueurs de flics »… Belle moralité ! Sorti en France dans une grande confidentialité, le film charmant de Nielsen et Johansen, totalement maîtrisé au (très) petit budget, mériterait aujourd’hui une édition dans la langue de Molière : les images très soignées et l’ambiance générale non sulfureuse réclament des dialogues qui rendraient le tout très professionnel. Comme d’habitude…

JEU : Retrouvez dans la première partie du texte ci-dessus (en marron) le nom des longs-métrages présentés à la cérémonie des César en 1978. Réponses en bas de page.

Pour parcourir le texte de Pierre Bourdieu sur la définition du mot jeune, voir ici (infos Le magazine de l’homme moderne, en français)

 

 

 

 La musique de film, la photographie… Alix l’artiste vous remercie pour votre soutien et vous souhaite une très bonne balade sur les Mélodies Modernes !  

À SUIVRE…

 

Aanor, la collègue d’Alix, vous attend page suivante pour la suite de la critique de films, cliquez ici !

Réponses au jeu : Providence (Alain Resnais), Le Crabe-tambour (Pierre Schoendoerffer), La dentellière (Claude Goretta), Nous irons tous au Paradis (Yves Robert), L’ami américain (Wim Wenders), Annie Hall (Woody Allen), Pain et chocolat (Franco Brusati), L’homme qui aimait les femmes (François Truffaut), Dites-lui que je l’aime (Claude Miller), Le juge Fayard dit le shériff (Yves Boisset), La vie devant soi (Moshé Mizrahi), La menace (Alain Corneau), Cet obscur objet du désir (Luis Buñuel)…

 

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