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Les compositeurs de musiques de films

Musiques de films

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La critique de film d'Alix

Critiques de films

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Le Top 100 des plus belles musiques de films

Les 100 + belles BO de films

Est-ce possible ? Possible, oui bien sûr mais raisonnable, beaucoup moins.

La critique de films d’Auregane (III)

Le cinéma d’Auregane

  young beauty girl in red fur isolated on black

Les critères de film d’Auregane (et de ses nombreuses amies) sont les mêmes que ceux d’Alix et d’Aanor :

young woman with veilParfait, Très bon (les films dont on se souviendra toujours)
– Bon (le cinéma existe grâce à eux)
– Moyen (on n’a pas perdu son temps pour autant)
– Insatisfaisant ou Raté : non, non et non, il ne faudra plus financer un tel navet. À ce point de nullité, mieux vaut tout recommencer. Le réalisateur doit acheter une caméra pas cher, recruter des comédiens amateurs et reprendre son cycle d’apprentissage. Comme on le dit usuellement, c’est en forgeant que l’on devient forgeron !

Pour la musique du film :

– Parfaite ou Excellente (on achètera le C.D. les oreilles fermées)
– Bonne (on en fera de même)
– Discrète (difficile de juger…)
– Mauvaise (aucun scrupule à le dire, quand c’est mauvais, cela s’entend. Le compositeur devrait peut-être envisager une reconversion professionnelle…)

Les photos d’Auregane sont de @ Vasiliy Koval – Fotolia.com

 

 

Ces enfants qui pensent, que l’on panse et qui aiment

 

Science-fiction

À la poursuite de demain - Les Mélodies ModernesÀ la poursuite de demain/Tomorrowland, un film de Brad Bird (2015) avec Brittany Robertson, Raffey Cassidy, Tim McGraw, George Clooney, Judy Greer… Musique de Michael Giacchino. Un film Walt Disney pictures.

Ce film a un gros problème : son scénario. L’impression d’Auregane est à la fois Très positive (images époustouflantes, jeu des acteurs brillant avec une révélation, la jeune Raffey Cassidy) et Négative (quel ennui) ! En assemblant plusieurs pièces rapportées ici et là dans plusieurs films de référence, en rajoutant bêtement des effets spéciaux à des vues de parcs d’attraction existants, cette production annoncée à grands renforts de pub s’avère décevante, un peu comme un « fourre-tout » dans lequel on ne retrouve plus rien. Quel gâchis ! En ayant censément coûté 190 millions de dollars pour peu de spectateurs en salle, l’empire Disney subit un nouvel échec commercial après « John Carter » et « Lone ranger », deux films qui souffrent des mêmes caractéristiques conceptuelles. D’autres reprises de l’année chez les concurrents connaissent un sort identique, « Mad Max fury road » ou des comédies françaises d’un niveau affligeant par exemple alors messieurs les producteurs mondiaux, peut-être faudrait-il changer de politique ? Il manque à « À la poursuite de demain » un montage plus simple (certaines scènes sont longues et redondantes, on se noie entre passé et futur), une musique plus accrocheuse (reste-t-il un mélodiste chez Disney ?), enfin et c’est le plus important, une mise en valeur du rôle prépondérant de l’androïde joué par Raffey Cassidy. Avec ses grands yeux bleus, son visage expressif et sa gestuelle tantôt délicate tantôt très sportive, la jeune actrice anglaise pouvait devenir une héroïne incontournable du cinéma. Le rôle principal lui était dévolu et il fallait articuler le film autour de son personnage attachant en gardant la même équipe et l’humour assez fin qui sied si bien à George Clooney, intelligemment distillé tout au long des scènes. Enfin, en donnant à l’histoire un sens sortant des clichés habituels (l’homme est fou et court à sa perte), « À la poursuite de demain » faisait à coup sûr un carton. Une nouvelle fois, la démonstration est faite que ce sont d’abord les acteurs et les actrices qui font un bon film et non l’inverse (la recherche de la perle rare pour interpréter un rôle). Un bon film avec des acteurs qui jouent mal et votre film est raté. Un mauvais film avec de bons acteurs, il en restera toujours quelque chose. Un bon film avec de bons acteurs devient une œuvre primordiale. Pourquoi ne pas avoir demandé son avis à Auregane avant même le tournage ? S’il ne fallait, un jour, qu’une seule bonne raison à l’entreprise Disney pour remonter le temps et recommencer l’aventure futuriste sur une meilleure base avec une opinion autorisée, ce serait de contacter Auregane qui répondrait « présente » !

 

N’importe quoi

Demi-tarif -Les Mélodies ModernesDemi-tarif, un film d’Isild Le Besco (2003) avec Kolia Litscher, Lila Salet et Cindy David. Pas de compositeur. Un film distribué par Karedas.

La réalisatrice de « Demi-tarif », Isild Le Besco, est née en 1982 et sa sœur, l’actrice et réalisatrice Maïwenne, s’est faite remarquée pour son film « Polisse ». Isild Le Besco réalisera en 2007 « Charly » mais c’est son métier d’actrice qui va occuper le plus clair de son temps. Son premier grand rôle, un rôle difficile, fut pour «Sade » avec Daniel Auteuil en l’an 2000. Son style de cinéma ? Le réalisme, encore et toujours le réalisme, dans son côté sombre et glauque : les bas-fonds de la ville et ses quartiers malfamés, la zone, la banlieue dans ce qu’elle offre de plus laid, la prostitution, l’abandon, la délinquance juvénile, la solitude, la déprime, le suicide, la perversité, le désœuvrement, la guerre, bref, que des sujets positifs et réjouissants. C’est là que le bât blesse : rien ne se dégage de son œuvre « Demi-tarif » sinon l’impression désagréable que trois enfants insupportables, difficiles à cadrer dans tous les sens du terme, passent à côté d’une bonne fessée ; devenus des louveteaux livrés à eux-mêmes dans un appartement transformé en capharnaüm, leurs activités régulières consistent à ne faire que ce qu’ils veulent quand ils le veulent et comme ils le veulent. Joué très naturellement par le demi-frère de la réalisatrice et deux fillettes complices devant la caméra, l’absence de scénario dérange et finit par lasser. Réalisé et filmé comme un reportage dans un prologue et un épilogue censément poétiques, la caméra bouge trop, les cadrages sont approximatifs, l’ensemble de la technique (éclairage, montage etc.) ne semble Pas vraiment au point. L’absence de musique de film dédiée achève le constat, amère : un bon sujet ne fait pas forcément un bon film et pour un ticket « demi-tarif », vous avez une moitié de film. C’est toujours ça de pris. Na na na na nère !

 

Tranche de vie

Elvis ! Elvis ! - Les Mélodies ModernesElvis ! Elvis !, un film de Maria Gripe et Kay Pollak (1976) avec Allan Edwall, Kent Andersson, Kim Anderzon, Lele Dorazio… Musique de Ralph Lundsten. Un film Moviemakers/Sandrews/I-fonden (SFI/SR/TV2).

La vie d’Elvis Karlsson, un roman suédois, a été déclinée en cinq livres de 1972 à 1979 par Maria Gripe avec des illustrations de son mari Harald Gripe qui fit don de son œuvre, à son décès, à la Ville de Nyköping, une charmante bourgade proche d’un archipel réputé de la mer Baltique, un contexte environnemental magnifique qui permet de situer le cadre des aventures (ordinaires) du petit Elvis. Sa mère est tellement folle du « King » (Elvis Presley) qu’elle lui a donné son prénom mais sans don artistique décelable, l’enfant ne saura pas lui donner satisfaction ; son père non plus n’aura pas la chance de voir son rejeton devenir un grand sportif lui qui ne jure que par le football. Alors quel est le rêve d’Elvis ? Certainement, de continuer à voir son grand-père (qu’il aime peut-être plus que ses parents) à la campagne où il s’épanoui heureux et libre et plus encore, de nager tout nu sur son dos dans les eaux froides d’un lac suédois bienveillant en été ; le mal-aimé ressent alors cette magnifique sensation d’exister et de compter, enfin, pour quelqu’un. Pour Anna Rosa, la petite copine de son école, Elvis compte beaucoup aussi mais hélas, c’est dans le béton qu’il demeure, dans la banlieue sud d’une ville de 30 000 habitants qui possède de beaux atours. Le premier film « Elvis Karlsson » date de 1972 et celui-ci, de 1976 ; il est sorti sous le même titre que son prédécesseur avec la même démarche, celle d’un enfant délaissé à la recherche du bonheur et d’une motivation, aidé dans sa quête par une amie ou par un ami dans le cadre des rôles inversés du roman « Hugo et Joséphine ». L’écrivaine Maria Gripe conservera une motivation identique dans l’ensemble de son œuvre, la perception des enfants sur « les choses de la vie » et ses incidences sur les adultes. Pour parvenir à trouver sa voie, il faut qu’Elvis se fixe un objectif, se motive pour l’atteindre et croit fortement en son avenir mais sur ce point précis, un jeune d’aujourd’hui vaut-il vraiment mieux que son aîné ? Cette question déjà soulevée à plusieurs reprises dans les Mélodies Modernes mérite d’être posée car la réponse engendre l’espoir… « Elvis ! Elvis ! » est un Bon film qui reste à doubler en français !

La Ville de Nyköping : Elvis n’est pas le seul à vouloir y prendre son envol car les compagnies aériennes « low cost » s’y posent pour se rendre à Stockholm. À l’occasion, sachez donc prendre le temps d’y séjourner et d’y flâner pour passer, certainement, de très bonnes vacances d’été !

 

Tranche de vie

Halfaouine - Les Mélodies ModernesHalfaouine, l’enfant des terrasses, un film de Ferid Boughdir (1990) avec Selim Boughedir, Mustapha Adouani, Rabia Ben Abdallah, Mohamed Driss, Hélène Catzaras, Fatma Ben Saïdane, Abdelhamid Guayas, Jamel Sassi, Carolyn Chelby… Musique d’Anouar Brahem. Un film présenté par Ahmed Baha, Hassen Daldoul et Eliane Stutterheim/Cinetelefilm/La Sept.

Le deux termes qui viennent à l’esprit d’Auregane après avoir vu ce premier long-métrage de Ferid Boughdir, ce sont richesse et justesse. Richesse d’un pays magnifique avec ses habitants hauts en couleur, richesse de la culture tunisienne avec son passé remontant à plus de quatre mille ans avant J.C., richesse de sa musique envoûtante, justesse des propos échangés, justesse du montage pour un film Excellent très bien joué et parfaitement réalisé. Auregane est grandement enthousiasmée par cette œuvre artistique particulièrement attachante. On se met à aimer durablement ce pays et sa vie telle qu’elle est décrite, sans concession ni parti-pris mais avec beaucoup d’affection, à travers le parcours initiatique d’un jeune garçon encore admis au hammam pour son innocence mais qui ne va peut-être plus la garder longtemps (son regard sur la gente féminine commence à changer). Le réalisateur nous dresse un portrait de la société tunisienne telle qu’il l’a connue enfant, épanoui en plein cœur de la médina historique de Tunis. Construits en fonction des influences (mosquée, palais, boutiques, familles..), les rues des quartiers typiques sont, en fait, un prolongement des maisons dans lesquelles il fait bon vivre portes et fenêtres ouvertes : la communication en est facilitée à condition de respecter son statut. L’intérieur des demeures est l’affaire des femmes où elles règnent en maître, dehors, c’est le territoire des hommes et les terrasses, celui des légendes qui font rêver les enfants. Une place pour chacun et chaHalfaouine - les Mélodies Modernescun à sa place, du moins, c’est ainsi que l’on concevait la communauté, autrefois. Ce film mérite nettement d’être vu deux fois : une première fois pour le plaisir de découvrir une histoire passionnante (malheureusement, la version française n’est pas réussie au niveau des voix) et une deuxième fois avec les commentaires du réalisateur qui nous inculque, si l’on est ignare sur la question, toutes les subtilités des règles communautaires en usage dans la société tunisienne majoritairement musulmane, avec ses charmes et ses obligations parfois difficiles à supporter comme, par exemple, la circoncision d’un enfant suffisamment âgé pour être conscient de ce qui lui arrive et qui ne comprend pas les raisons de la peur et de la souffrance (toutes passagères ?) qu’on lui inflige.

Taoufik, le père du réalisateur Ferid Boughedir, était un homme célèbre aux multiples talents : critique à la radio tunisienne, visionnaire, intelligent, il fondera un journal en langue arabe ; journaliste, rédacteur en chef d’une agence de presse, nouvelliste connu et reconnu, secrétaire général de plusieurs troupes théâtrales, il militera sans cesse, contre vents et marées, pour la libéralisation des droits de la femme dans une société plutôt conservatrice influencée par les préceptes religieux peu favorables à son émancipation. Son grand-père, Ali Boughdir, un homme cultivé lui aussi, était libraire dans les ruelles en briques blanchies de la médina dans cette première moitié du XXe siècle bouleversée par les guerres. L’aspect des us et coutumes de la collectivité tunisienne, développé dans le film « Halfaouine, l’enfant des terrasses », repose sur ces gens simples, bons et peu fortunés mais formidablement solidaires et attentionnés les uns vis-à-vis des autres ce qui marquera à vie le réalisateur, imprégné de manière indélébile par une culture tunisienne quHalfaouine - Les Mélodies Modernesi sait se montrer tolérante et compréhensive (la manière élégante dont l’on peut contourner les interdits est remarquable sur le plan relationnel), une conduite respectable et enviable qui aura doté le réalisateur de références et de fondements humains très puissants dont il nous fait l’honneur de partager.

La musique du film est composée par Anouar Brahem, un excellent instrumentiste qui aura modernisé l’oud par le mélange des cultures musicales (musique traditionnelle et contemporaine arabe, jazz, musique classique…) en lui permettant de se faire connaître au niveau mondial. L’oud, c’est un luth à manche réduit avec différentes versions au niveau de la facture selon les pays et les musiques interprétées : la dimension de la caisse est fonction de l’avantage donné aux sons aigus ou graves, le nombre de cordes et leur tension étant également dépendant de la forme musicale employée et du style recherché. L’irakien Mounir Bachir était un virtuose de l’instrument qui a tout fait pour la diffusion de son instrument et de sa popularisation dans les supports de diffusion (disques, médias) dans la deuxième moitié du XXe siècle. Musicien inspiré, il aura perfectionné l’oud en lui rajoutant une corde grave afin de donner de la profondeur à son jeu apprécié pour sa très grande maîtrise technique et hautement musical. Auregane est dithyrambique pour « Halfaouine, l’enfant des terrasses » (film et musique du film), une œuvre dont elle avait déjà entendu parler depuis longtemps ici et là mais qu’elle n’avait pas encore eu la chance de voir : sa culture cinématographique atrophiée vient d’en prendre un sacré coup, quel bonheur !

Photo anti-circoncisionQuestion très sérieuse : la circoncision (chez les garçons) et l’excision (chez les filles) sont des actes de cruauté indigne d’une civilisation évoluée. Près de 30% de la population masculine mondiale aurait subit l’ablation du prépuce qui recouvre le gland du pénis et deux millions de fillettes subiraient l’ablation du clitoris tous les ans, sources : Droit au corps (attention, images choquantes mais tristement réalistes) et Wikipedia, laissant pour la vie entière la victime sans possibilité de retour en arrière, à quelques rares exceptions près. Si une telle mutilation n’engendrait pas de problèmes médicaux majeurs pouvant entraîner la mort de l’enfant circoncis pour de très nombreuses raisons connues dont les risques infectieux, même quand toutes les conditions d’hygiène semblent respectées (ce qui est loin d’être le cas dans la circoncision pratiquée dans « Halfaouine, l’enfant des terrasses » !), la question ne serait probablement pas aussi cruciale. Mais la mutilation provoque toujours des troubles psychologiques graves et l’incidence sur une vie sexuelle contrariée, pénible ou impossible après l’acte de mutilation, deviennent des raisons primordiales qui doivent passer avant toute autre considération y compris les sacro-saints principes religieux et le poids monstrueux de la tradition devenues causes indéfendables au XXIe siècle sur cette question-là. Mutiler de force (ou de manière plus ou moins consentie c’est la même chose) l’organe sexuel d’un enfant, conçu tel quel par la nature pour fonctionner normalement, reste un acte de barbarie que rien aujourd’hui ne peut justifier sinon une impérieuse nécessité de santé rencontrée dans de très rares cas médicaux. Les pratiques religieuses sont plus qu’honorables et ne doivent pas être remises en cause mais la foi peut se concevoir sans la circoncision dans le respect de l’intégrité d’un être humain, fût-il adulte et responsable. Les croyants de toutes les religions, qu’ils soient pratiquants ou non, devraient le comprendre et accepter ce fait dans leur grande mansuétude et leur infinie bonté… Il faut dire « NON  à la circoncision ! »

 

Tranche de vie

Jacquot de Nantes - les Mélodies ModernesJacquot de Nantes, un film d’Agnès Varda (1991) avec Philippe Maron, Edouard Joubeaud, Laurent Monnier, Brigitte De Villepoix, Daniel Dublet et JAcques Demy. Musique de Joanna Bruzdowicz. Un film distribué par Marie-Josée Audiard/Ciné-Tamaris/Aritificial eyes/Fusionmediasales.

Ce film est réalisé par Agnès Varda en hommage à son mari décédé un an plus tôt, Jacques Demy, lui aussi réalisateur des célèbres « Parapluies de Cherbourg, Les demoiselles de Rochefort, Peau d’âne… », une œuvre Rare qui montre la naissance et le développement d’une passion chez un enfant investi par le cinéma. C’est la Seconde guerre mondiale et les loisirs ne sont pas la préoccupation essentielle des adultes, comme on peut s’en douter. Pourtant, la magie du théâtre de Guignol, l’opéra, la fascination qu’exerce sur le petit Jacquot le dessin animé de Walt Diney « Blanche neige et les sept nains », la volonté de créer un spectacle pour ses amis du quartier et le désir immense de projeter la vie – sa vie – sur un simple drap vont le motiver à l’excès malgré l’incompréhension totale de son père, bien plus pragmatique avec son garage « à faire tourner ». Il aura également étudié la musique par l’apprentissage du violon pendant cinq ans d’où sa capacité à travailler par la suite avec le grand Michel, notre fameux compositeur de musiques de films (Michel Legrand). À l’adolescence, sûr de son choix et de son orientation artistique, le parcours de Jacques Demy lui permettra de devenir l’assistant de Lamorisse pour « Le voyage en ballon » en  1960, quatre ans après « Le ballon rouge », musiques de Jean Prodromidès. Question musique de film justement, le travail effectué par Joanna Bruzdowicz pour « Jacquot de Nantes » laisse à désirer ; il consiste davantage à superviser la gestion des vingt-six musiques additionnelles (!) plutôt que de composer directement pour le film, une démarche peu créatrice que n’apprécient pas les Mélodies Modernes. Jacques Demy, imprégné par la musique dans son enfance, saura compenser tout cela dans son œuvre favorisant de manière remarquable, le développement et l’intérêt mondial du public pour la musique de films et de comédies musicales. Quant à Agnès Varda, l’une des dernières représentantes de ce que l’on a appelé « la nouvelle vague du cinéma français », aussi à l’aise dans les courts-métrages et les documentaires que dans les longs-métrages et la photographie, elle fait preuve de « résistance et d’endurance » comme elle aime à le répéter. Et comme Auregane l’aime à voir et l’entendre en parler.

 

Drame

King of Thielves - Les Mélodies ModernesKing of Thielves, un film d’Ivan Fíla (2004) avec Jacov Kultiasov, Lazar Ristovski, Khatharina Thalbach, Julia Khandieva, Oktay Özdemir, Paulus Manker… Musique de Michael Kocàb. Un dvd Picture.this ! (USA).

Pourtant coproduit par Arte France, ce film Formidable n’est pas encore édité en français, il n’aurait même pas été diffusé, à la connaissance d’Auregane, dans les salles hexagonales. Qu’est-ce que les distributeurs ont dans le crâne ? Ce film est un chef-d’œuvre artistique ! L’histoire est passionnante, dure et cruelle ; les acteurs sont géniaux ; la mise en scène, les cadrages, la lumière, les couleurs, la musique, tout n’est que réussite. Le scénario ? C’est une description cinglante de la vie du petit Barbu qui n’est pas vraiment « au poil » avec un père charmeur hautement manipulateur et l’enfant va se laisser entraîner dans une aventure qui le conduira au bout de l’horreur, lui et sa jeune sœur peut-être moins naïve mais tout aussi victime d’un père envoûteur. Problème, il sait se montrer violent et faire preuve, paradoxalement, d’une grande faiblesse en étant très mal intentionné ; l’Enfer sait apprécier ses disciples. Filmé sans retenue dans la beauté comme dans la laideur de situations enviables ou très peu recommandables, le réalisateur,né à Prague en 1956, est un spécialiste des courts-métrages réalistes. Pourtant son premier grand film de fiction date de 1996, « Léa » et cet homme aussi talentueux qu’inspiré à obtenu de très nombreuses récompenses internationales. En dmontrant la barbarie dont l’être humain peut faire preuve envers ses semblables, Auregane dénonce la frustration du spectateur français privé du travail d’un artiste génial du cinéma, sans diffusion ni doublage de ses œuvres dans le berceau du cinéma. Pourtant, il y aurait grandement matière à justifier la dépense financière par une adhésion forte du public, à ne pas en douter. Gageons que cette absence de jugeote des diffuseurs n’est que partie remise.

 

Drame

Mondo - Les Mélodies ModernesMondo, un fim de Tony Gatlif (1996) avec Ovidiu Balan, Philippe Petit, Pierrette Fesch, Jerry Smith, Maurice Maurin, Schahla Aalam… D’après la nouvelle de J.M.G. Le Clézio. Musique de Tony Gatlif. Un film KG productions.

Tony Gatlif est « un cas à part » dans le cinéma français. Enfant de la Méditerranée par ses attaches ensoleillées, le défenseur de la cause de tous les Roms de la planète n’en finit pas de produire des œuvres artistiques fortes, sensibles et très dérangeantes par leur intelligence. Son film « Mondo » est d’une beauté rare, un bijou cinématographique d’une bonté et d’une horreur absolues à la fois, des ambiances émotionnelles très contrastées qui honorent sa démarche artistique grave, profonde et puissante. Les scènes sont très soignées, terriblement réalistes parfois mais toutes empruntes de poésie ; les portraits sont magnifiques, on en prend plein la vue, c’est la patte de l’œil du photographe confirmé qui s’expose. En ce sens, il a tout compris du cinéma et de la musique qui doivent faire rêver mais aussi véhiculer des messages d’humanité impossibles à déchiffrer dans la vie courante, peut-être parce que la presse et les médias ne savent pas rendre compte du statut parfois peu enviable des personnes et des communautés qui veulent vivre autrement, de manière plus libre et plus généreuse que le traditionnel « français moyen » cantonné à son rituel « boulot, métro, dodo » comme on le disait autrefois. La musique de style « Manouche », jouée et composée par Tony Gatlif, se fait entendre entre une dizaine de musiques additionnelles adaptée au contexte. Récemment honoré Chevalier de la Légion d’honneur, Philippe Petit - Les Mélodies modernesson œuvre de référence date de 1983 et s’appelle « Les princes ». Réalisé dix ans plus tard, l’histoire de son petit prince « Mondo » n’a rien à lui envier. Le parcours du pauvre orphelin dans les rues de Marseille, méprisé et désœuvré, est magnifiquement adaptée par Tony Gatlif qui trouve son inspiration dans les contes de l’écrivain Le Clézio dont on pourrait à l’infini y puiser des scénarios passionnants. Quelques bonnes âmes vont pourtant lui redonner espoir… dont le funambule Philippe Petit dans le rôle du magicien libre, un artiste enthousiaste et philosophe qui vit de ses prestations dans la rue en contact direct avec le public et non dans un cirque qu’il n’affectionne pas particulièrement pour ses aspects trop fortement structurés, enfermés et prévisibles. L’artiste est bien connu pour ses exploits audacieux entre les tours jumelles du Word trade center à New-York en 1974, un exercice sportif de haut niveau relaté dans un film oscarisé de 2008 puis cette année 2015 par le réalisateur de l’extraordinaire saga « Retour vers le futur », Robert Zemeckis qui nous élève avec ce remake « The walk, rêver plus haut ». Avec tous ces hommages et compliments, force est de constater que la Magie de « Mondo » ne tient pas qu’à un fil.

Mondo - Les Mélodies Modernes

 

Fantastique

Olle Hexe - Les Mélodies ModernesOlle hexe, un téléfilm de Günter Meyer (1991) avec Tobias Gottschlich, Anne Szarvasy, Joachim Kaps, Klaus Pontiek, Hajo Müller… Musique de Johannes Schlecht. Une prodcutionde la DEFA (Deutsche film AG).

Le petit Paul et la petite Anna ne sont pas d’accord sur tous les sujets qui les concernent et leur différence de point de vue va les amener à vivre de grandes aventures fantastiques. Conçu pour un public (très) enfantin, ce téléfilm de la télévision allemande (anciennement est-allemande du temps de la séparation du pays par le mur de la honte – le mur de Berlin – détruit deux ans avant la sortie du téléfilm) est sacrément Bien fait mais l’histoire reste inconnue des petits français. L’absence de doublage ne permet pas de saisir fondamentalement les messages positifs véhiculés par un scénario intelligent et très original, celui d’un ascenseur qui n’en finit pas de descendre jusqu’au sous-sol… en fait, vers une décharge à l’air libre. L’air de rien, les deux personnages se complètent et vont affronter ensemble les difficultés d’un monde hostile ; ils finiront par s’aimer après avoir reçu (la démarche est pédagogique) plusieurs messages quasiment subliminaux sur l’importance de la lutte contre la pollution, la dépendance à la télévision et aux jeux vidéo (déjà) et autres préceptes négatifs ce qui explique un succès immédiat : les critiques allemands et le public ont su se montrer enthousiastes. La musique reste simple avec quelques thèmes agréables aux génériques, quelques accords ici et là puis une chanson romantique interprétée par un homme en armure ! L’orchestration simpliste s’avère néanmoins efficace dans la légèreté, elle est entraînante et assez accrocheuse… comme la sorcière-araignée ! L’originalité ne se trouve pas de ce côté là mais plutôt du cheval qui parle ou du réveil qui danse. Le compositeur n’en voudra pas à Auregane qui n’est pas dithyrambique. Il pourra toujours lui renvoyer l’ascenseur…

 

Comédie

Le temps des vacances - Les Mélodies ModernesLe temps des vacances, un film de Claude Vital (1979) avec Éléonor Klarwein, François-Éric Gendron, Bernard Ménez, Lionel Melet, Nathalie Delon, Daniel Céccaldi, Jean-Loup Lafont, Dorothée Jemma, Jacques Monod… Musique de Jean-Jacques debout. Un film Gaumont de la collection « Gaumont à la demande ».

Dans les années 70, de nombreux films français avaient pour scénario le déballage des états-d’âmes des uns et des autres dans une société en pleine mutation. Guerres et conflits au niveau mondial, crises politiques dans l’hexagone, chômage, avènement du disco, émancipation des femmes, pub pour l’usage de la cigarette, expansion des autres drogues, la délinquance juvénile, les préoccupations habituelles sur l’école et sur les vacances, tout était bon pour « faire un film ». Certains seront réussis, d’autres moins. L’avantage de ces productions sans prétention repose aujourd’hui sur la puissance de leur témoignage troublant. « Le temps des vacances » fait partie de ces films incitateurs de nostalgie pour les anciens et les plus jeunes le trouveront complètement dépassé sur le plan des sentiments : les relations entre enfants et parents, les tensions ou amours naissantes entre ados et adultes, tout cela semble surréaliste, voir « Trocadéro bleu citron » ci-dessous. Impossible de s’ennuyer dans ce Divertissement léger, une (re)découverte de la vie française au temps reculés de la « préhistoire » (l’animateur d’Europe n°1 à la voix inoubliable, Jean-Loup Lafont, est décédé ce 18 septembre 2015 à l’âge de 75 ans). La présence de Jean Lefebvre, Bernard Ménez et Daniel Céccaldi étonnamment accompagnés par Chantal Goya et Thierry Le Luron, aide à oublier l’insignifiance du propos et le scénario inconsistant… Éléonor Klarwein, remarquée dans le film de sa vie « Diabolo menthe » de Diane Kurys sortit un an plus tôt, démontre dans « Le temps des vacances » l’étendue de ses capacités créatrices : la jeune fille joue avec naturel, sobriété et conviction. En poursuivant une brillante carrière dans le mannequinat, le cinéma aura perdu un nouveau talent. La musique de Jean-Jacques debout s’avère, elle aussi, stupéfiante de spontanéité, de classe, de Le temps des vacances - Les Mélodies Modernessimplicité et d’efficacité. Très mélodique avec des arrangements de très haute tenue (harmonisation, rythmique, mélange du timbre des instruments sélectionnés avec beaucoup d’application), le compositeur va marquer pour longtemps encore la musique de variété et la musique dite « de genre » (la musique instrumentale) avec ses tubes intemporels joliment chantés par son épouse Chantal Goya. Que l’on aime ou que l’on n’aime pas le style, là n’est pas la question : le travail gigantesque de création effectué par ses deux êtres fusionnels restera un exemple de la qualité artistique majeure pouvant être produite en France sur une longue période – et cela n’est pas fini -. Espérons également que le cinéma continuera à réaliser des films aussi élégants que « Le temps des vacances » au lieu de nous servir des navets lamentables uniquement axés sur les aspects négatifs, sombres, noirs et tristes de notre (pauvre) société humaine. L’espoir ne fait-il pas fait vivre ?

 

Horreur

Possession meurtrière - Les Mélodies ModernesPossession meurtrière/The possession of Joey Delaney, un film de Waris Hussein (1972) avec Shirley MacLaine, Perry King, Michael Hordern, David Elliott, Lisa Kohane… D’après le roman de Ramona Stewart. Musique de Joe Raposo. Un film Paramount.

Ce film peu connu en France dégage une Puissance rarement égalée au cinéma ; bien entendu, la question mériterait d’être approfondie en revoyant ses classiques mais de mémoire, les récents « Apocalyse now », « Le parrain » ou « L’exorciste » (récents par rapport à la naissance du cinéma cent ans plus tôt) n’étaient pas mal non plus dans le genre agressif. Il faudrait ne pas aimer le 7e Art pour oublier l’exceptionnel « Vol au-dessus d’un nid de coucou » avec sa violence psychique insoutenable. Ces films violents, par conséquent remplis de scènes horribles, ont tous une justification méritoire : dénoncer les ravages de la guerre ou de la maffia, des carences du système psychiatrique, démontrer la corruption de l’âme par le Diable comme dans  « L’exorciste » sortit un an plus tard et « Possession meurtrière » reste tout aussi dérangeant. Peut-être parce la violence gratuite, issue du cerveau d’un homme malade, est dirigé contre une gentille famille, celle de sa sœur jouée par la formidable Shirley MacLaine l’année ou ses collègues Liza Minnelli sortait dans « Cabaret », Burt Reynold dans « Delivrance », Robert Redford dans « Jeremiah Johnson », Gene Hackman dans « L’aventure du Poséidon » et Orson Welles dans « L’île au trésor », des films qui n’engendraient pas eux non plus la monotonie avec de fantastiques musiques de films… « Possession meurtrière » n’est donc pas comme les autres, peut-être à cause de cet enfant de treize ans qui va devenir la victime maltraitée et humiliée d’un fou en liberté : contraint de se déshabiller puis de danser nu sur la table sous la menace d’un couteau d’une longueur forcément symbolique, la scène provoque l’émotion et la révolte du spectateur : quel message le réalisateur vaut-il véhiculer ? Simplement celui du roman, la description d’un homme simple et sympathique de prime abord mais de plus en plus agité par de profonds dérèglements cérébraux ; on nous laisse à penser qu’il est un homosexuel refoulé (!) et plus sûrement encore, que nous serions tous capable de lui ressembler (!). L’être humain est doté d’une part de folie que quelques rares personnes – trop nombreuses – n’arrivent pas à maîtriser, c’est la différence entre la normalité (avec ses excès) et la folie (furieuse). Rassurons-nous, la censure américaine est passée par-là postérieurement à sa sortie et la scène de nudité traumatisante, sujette à critique, a été recadrée pour la sortie du film en dvd après la vhs ; aujourd’hui, les censeurs considèrent que l’on ne peut plus montrer ce qui était montrable auparavant. Après avoir éjecté certaines scènes sexistes dans les Tex Avery, les comportements raciaux dans « Mélodies du sud », il faudra bientôt ramer pour pouvoir apprécier les œuvres originales sans leurs coupures intempestives car on prend de plus en plus le spectateur pour un enfant débile à maintenir sous cloche. C’est affolant sur le principe mais Auregane ne pas nous piquer une crise de nerf pour autant. Ce serait de la pure folie…

 

Catastrophe

San Andreas - Les Mélodies ModernesSan Andreas, un film de Brad Peyton (2015) avec Dwayne Johnson, Carla Gugino, Alexandra Daddario, Ioan Gruffudd, Art Parkinson, Paul Giamatti, Archie Panjabi, Hugo Johnstone-Burt, … Musique d’Andrew Lockington. Un film de la Warner Bros.

En réussissant une nouvelle fois le couple de « La montagne ensorcelée » version (Dwayne Johnson et Carla Gugino), le réalisateur a su diriger les deux acteurs dans une production d’envergure à l’image de la terrible faille de San Andreas qui traverse la Californie de haut en bas, une population menacée par le « big one » prévu avant l’année 2030, c’est-à-dire demain, un séisme qui devrait ravager la région en détruisant Los Angeles et San Francisco ! Voici la base du scénario simpliste de « San Andreas », un film sans valeur ajoutée contrairement aux anciens films catastrophes des années 70 comme « L’aventure du Poséidon, la tour infernale, Tremblements de terre… » ou plus récemment « Twister » ou « Volcano » qui savaient faire la part belle à la psychologie des personnages, à leurs amours comme à leurs fractures. Peu importe, le plaisir des effets spéciaux extraordinaires et la crédibilité des acteurs font passer un excellent moment de cinéma, les émotions sont fortes et excessives sur la fin, comme toujours, avec ce crédo de vouloir à tout prix reconstituer la famille américaine. Côté musique, c’est tristounet, les compositions de Lockington deviennent rapidement pénibles (pas de mélodie, note grave persistante, sons de synthés entendus dans une multitude de films d’action sans âme) mais reposent tout de même sur un vrai travail de fond : en cherchant la manière de superposer sa musique aux sons d’un tremblement de terre, il a trouvé la faille dans les vibrations proches des infrasons, des ondes souterraines émises par la rencontre des plaques terrestres américaine et du Pacifique ; c’est la tectonique des plaques comme nous l’expliquait si bien notre regretté Haroun Tazieff. Ce film au scénario pas déplacé du tout (le public l’a plébiscité sur la planète) peut se déguster plusieurs fois pour ses effets spéciaux avec le même enthousiasme, sans faillir sur la peur que la réalité ne dépasse un jour la fiction.

 

Tranche de vie

Trocadéro bleu citron - Les Mélodies ModernesTrocadéro bleu citron, un film de Michaël Schock (1978) avec Lionel Melet, Anny Duperey, Bérangère de Lagatinerie, Henri Garcin, Martine Sacey, Frank Fitoussi, Cem Aycak, Stéphane Leborgne, Patrice Melennec… Musique d’Alec R. Costandinos. Un film Gaumont.

Ce film sortit en 1978 est à replacer dans le contexte de toute une époque ; des noms fusent à force de les entendre à la radio et à la télé ! Anouar el-Sadate et Menahem Begin obtiennent le prix Nobel de la paix ; Botha en Afrique du sud, en plein apartheid, et Hissène Habré, au Tchad, sont l’un et l’autre nommés premier ministre ; « La légion saute sur Kolwezi » et Houari Boumédienne décède en Algérie ; le satellite russe Cosmos s’écrase au Canada ; Jimmy Carter justifie ses fonctions de président américain exemplaire par l’accord de Camp David et le général Pinochet se fait remarquer, lui, par ses fonctions dictatoriales au Chili ce qui donne l’exemple aux militaires du Honduras (déjà) au pouvoir par la force. Les Quilapayuns, un groupe formidable aux mélodies chiliennes, ère de petites M.J.C. en salles immenses à la poursuite d’un exil perdu dix ans plus tard grâce à la démocratie qui fera son grand retour. Les premiers « boat people » quittent le Viêt Nam et le Dalaï Lama, lui aussi en exil, refuse de regagner le Tibet, sa patrie. Hélas, les Kmers rouges ne vont pas tarder à perpétuer un massacre contre la population vietnamienne du Cambodge qui fuira en Chine, pour les plus chanceux… Vroum vroum, la dernière Coccinelle sort des usines de Volkswagen alors que Choupette connait toujours un joli succès en France avec « La Coccinelle à Monte-Carlo ». Peugeot dit à son tour « moteur ! » et rachète Chrysler avec sa fameuse « 2 litres automatique ». Autres « boum ! », celui de la bombe du F.L.B. dans la galerie des batailles (ça ne s’invente pas) du prestigieux Château de Versailles : il ne faisait pas bon être un enfant de province chantant par provocation « Parisiens tête de chien, parigots tête de veaux » dans les avenues du Roi soleil en ce temps-là ! En Espagne aussi, ça pète de tous les côtés dans le camping de Los Alfaques et Paul VI préfère gagner les voies célestes bien plus paisiblement, contrairement à son successeur qui ne connaîtra que 33 jours de pontificat : ça fume pas mal dans la cheminée du Vatican surtout à l’annonce d’un petit nouveau plein de promesses, un certain Jean-Paul II (Karol Wojtyla). La Grande-Bretagne, toujours aussi fière de son économie et de son indépendance, compte les sous des bas de laine de Trocadéro bleu citron - Les Mélodies Modernesses concitoyens pendant que l’U.R.S.S., fière de son empire, compte la population de ses navires et de ses chars. À chacun ses valeurs. Un déçu du socialisme et des socialistes, Mario Soares, démissionne de ses fonctions au gouvernement du Portugal pendant qu’en France, un autre socialiste plus confiant en son étoile, François Mitterand, prépare sa prise du pouvoir. Dans tout ce remue-ménage, le « français moyen » vaque à ses occupations quotidiennes sous l’œil vigilent de Bison futé.

Balavoine fait le chanteur et emmène Michèle Torr danser ce soir, Émilie Simon voit le jour sans fièvre un samedi soir, Dalida triomphe à New-York mais pas Starmania avec un Michel Berger qui ne laissera pas béton pour autant ; il aurait tant aimé avoir le succès du Stayin’ alive des Bee Gees (géniale, la version du duo comique Sim / Topaloff). Quant au regretté Claude François peu habitué au Y.M.C.A. américains, il redécouvre les joies de la fée électricité après son voyage au bout de l’Enfer de la célébrité ; il s’est mis à tendre la main à Nabokov et Khatchaturian morts sur le Nil suivis de près par Charles Boyer, Jacques Brel et Claude Dauphin qui n’en font pas tout un cinéma. Il ont reçu les conseils avisés de Derijcke, Speicher, Girardengo, Santhià, Ridolfi, Hansen, Fussien, Sercu et Rinaldi pour gravir la côte du Paradis sur la petite reine en faisant des passes de foot (sans filet) à Bernabéu. Toutes ces vedettes, à l’exemple d’Alain Colas qui chantait Rasputin, ont mis les voiles en 1978. La piste aux étoiles éteinte, ce sont deux héros solitaires, « Starsky et Hutch », qui débarquent un samedi qui n’est plus à nous (ah ! L’excellent Bernard Golay) avant les dimanches pluvieux aux nuages qui font Grease mine, illuminés par un Jacques Martin triomphal et son école des fans juvénile (avec la visite de Lionel Melet !) qui nous faisaient rêver au temps de « L’âge de cristal ». « Serpico, Goldorak, Arnold et Willy » n’étant pas tous « Médecins de nuit » , préfèrent jouer aux reines de Babylon. Ils se prennent tous pour des champions la nuit d’ « Halloween » avec la (très) belle Jaimie Lee Curtis à peine majeure et démasquée : elle sera actrice comme son père, une chance pour nous. Marie Dubois n’était plus une menace car sa rencontre du troisième type dans le « Midnight express » de « Dallas » n’engendrait pas « La zizanie » avec un Louis de Funès devenu l’acteur préféré des français avec Lino Trocadéro bleu citron - Les Mélodies ModernesVentura, Philippe Noiret, Annie Girardot, Marlène Jobert et tant d’autres amours inoubliables…

En 1978, le concept de la famille monoparentale fait de plus en plus d’adepte car il est accepté dans la société et défendu par les institutions ; les enfants se démarquent encore des « vieux » (adolescents, parents et grands-parents) en portant systématiquement des jeans « à pattes d’éph » (éléphant), en écoutant du disco et en se marrant sur cette éducation sexuelle dont on parle beaucoup au collège depuis quelques années, une information obligatoire bâtie sur une pauvre série de diapositives bien gentillettes ou sur des croquis techniques qui font se tordre de rire tous les gosses. Les photos, franchement plus excitantes, s’échangent encore sous le blouson un mercredi de sortie en vélo dans la campagne ou s’achètent librement dans les sex-shop des villes, des magasins banalisés en France depuis le début des années 70. Les films classés X, avec leurs affiches aux titres bourrés de jeux de mots débiles sur des titres de films célèbres qui frisent l’indécence, n’ont jamais été aussi nombreux et c’est dans cette ambiance particulière, noircie par le pétrole échappé de l’Amoco Cadiz, qu’évolue un médecin psychiatre très médiatique, le docteur Gilbert Tordjman ; son action de vulgarisation, soutenue par de nombreux confrères engagés, provoquera la sortie en librairie et sur les stands du Prisunic d’une nouvelle édition de son encyclopédie ambitieuse prévue pour être lue par tranches d’âge. La couverture savait capter le regard des enfants auxquels les ouvrages étaient destinés mais aujourd’hui, compte tenu de la lutte engagée contre les images d’enfants nus pouvant être exploitées à des fins vicieuses surtout sur Internet, cette photo ne pourrait probablement plus être choisie par un éditeur dans le contexte de la lutte internationale contre les images alimentant les réseaux de pédophiles (voir couverture ci-contre). Savamment illustrés dans un but évidemment pédagogique, l’un de ses livres, présenté dans « Trocadéro bleu citron » qui en fait une très bonne publicité c’est dire sa réputation, aura rendu des services à toute une génération mal instruite par des parents restés bouleversés par « l’effet de mai 68 » et les changements de mentalité qui allaient suivre. Le (pauvre) homme était loin d’imaginer que sa fin serait moins glorieuse avec un scandale lié à son activité professionnelle et une maladie incurable qui choisit rarement ses victimes. Une proie facile sur la croix ou un abuseur de confiance délinquant, cela n’est pas la question.

Encyclopédie de la vie sexuelle de Gilbert Tordjman - Les Mélodies modernesLionel Melet, le blondinet rebondissant de « Trocadéro bleu citron », si mignon qu’il faisait craquer toutes les filles de son âge avec ses cheveux « à la Mireille Matthieu », une coupe très à la mode autant chez les filles que chez les garçons ce qui est plus étonnant, tournera à la suite « L’hôtel de la plage » puis, un peu plus tard, « P.r.o.f.s. » en 1985. Spécialisé dans le doublage de films et de séries télé, il continue à évoluer professionnellement dans le milieu du cinéma sans tapage. Bérangère de Lagatinerie joue l’un des rôles principaux auprès de Lionel Melet et décèdera très jeune à l’âge de 23 ans en ne tournant qu’un seul film. C’est bien dommage de ne pas avoir pu mettre en valeur, au cinéma, le talent de cette gamine qui n’en manque visiblement pas malgré la réalisation du film qui laisse un peu à désirer mais c’est volontaire ; le metteur en scène souhaitait donner du mouvement à des situations plutôt statiques (le scénario est pauvre, si pauvre) ! Son père, Marc Porel, était le fils de la comédienne Jacqueline Porel et il avait François Périer comme beau-père. Marc PoTrocadéro bleu citronrel aura beaucoup tourné en Italie, on se souvient de lui dans le célèbre « L’emmurée vivante » de Lucio Fulci mais de gros problèmes personnels l’empêcheront de faire une grande carrière dans le cinéma malgré toutes les promesses de la profession qui voyait en lui un brillant « jeune premier » comme le fut son prédécesseur Gérard Philippe. Jacqueline Porel a doublé, avec sa voix ferme et élégante dans le médium-aigu, les comédiennes américaines Deborah Kerr dans « Les mines du roi Salomon » (1950), Katharine Hepburn dans « L’odysée de l’African queen » (1951), Shelley Winters dans « La nuit du chasseur » (1955), Lana Turner dans « Les plaisirs de l’Enfer » (1957), Audrey Hepburn dans « Diamants sur canapé » (1961) et Maureen O’Hara dans « Big Jake » (1971)… Quel aperçu percutant de sa longue filmographie !

« Trocadéro bleu citron » au final, c’est dépaysant et Rafraîchissant comme un bon souvenir familial qui vous envahit dans la nostalgie des copain(e)s perdus depuis 1978.

 

Comédie

Le Petit Nicolas - Les Mélodies ModernesLes vacances du Petit Nicolas, un film de Laurent Ticard (2014) avec Mathéo Boisselier, Kad Mérad, Valérie Lemercier, Dominique Lavanant, Bouli Lanners, Luca Zingaretti, Judith Henry, Erja Malatier, François-Xavier Demaison, Francis Perrin, Daniel Prévost, Christian Hecq… D’après la bande dessinée de Sempé et Goscinny. Musique d’Éric Neveux. Un film Wild Bunch distribution.

Au vu de la distribution impressionnante et du contexte humoristique, on se dit que le film ne peut être que distrayant, marrant, dynamique, plein de subtilité et de richesses… Que nenni ! Lent, poussif, prévisible, pas dérangeant, avec des gags récupérés dans d’autres comédies et des scènes issues de films plus prestigieux, la musique aseptisée s’adapte au contexte et s’étale sans enthousiasme avec des réminiscences complices perturbantes : Morricone, Cosma, Mancini… ils sont tous copiés ou parodiés. Très joliment et artistiquement mais tout de même, bonjour la création ! Espérons qu’il ne s’agit pas d’un manque d’imagination du compositeur. Et du réalisateur : y-a-t-il un pilote à la barre ? Autre point horripilant : la musique est enregistrée à Londres. Bravo MM. les producteurs qui n’arrêtez pas de soutenir la décentralisation sous la bienveillante complaisance de la SACEM qui récolte, dès qu’elle Les vacances du petit Nicolas - Les Mélodies Modernesle peut, des euros bien français ceux-là… Les réalisateurs hexagonaux savent faire d’excellents films et en matière de comédie, nous sommes les champions du monde. Alors ce Petit Nicolas, un personnage censé être attachant comme l’Élève Ducobu (interprété lui aussi dans deux films d’un même niveau désespérant), N’arrive pas à convaincre Auregane, encore moins pendant sa période de vacances où son esprit et son humeur sont pourtant bien mieux disposés. La bonne bouille du jeune acteur Mathéo Boisselier, qui ressemble à Ike Eisenmann enfant, est très bien choisi mais trop sagement dirigé ; si on lui avait appris un tant soit peu à jouer la comédie, à s’exprimer avec théâtralité, peut-être serait-il parvenu au niveau de son confrère américain mais cela n’est pas facile à savoir, Ike étant particulièrement doué. La démarche est tout de même caractéristique du film : il ne faut perturber personne ; le personnage du petit Nicolas restant lisse, sans relief et sans dimension, ne peut sauver du naufrage une production ambitieuse tristement ennuyeuse. Mimiques académiques sans musique fantastique, ça rime pas avec Belle réussite…

 

Auregane IV, ici la suite

 

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La critique de films d’Auregane, page 1

La première page consacrée aux compositeurs de musiques de films

La page XXVIII des compositeurs avec les listes des films présentés dans le site

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