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Les compositeurs de musiques de films

Musiques de films

Pour en savoir plus sur les compositeurs de musiques de films et leurs créations, parcourez les pages suivantes !

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La critique de film d'Alix

Critiques de films

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Le Top 100 des plus belles musiques de films

Les 100 + belles BO de films

Est-ce possible ? Possible, oui bien sûr mais raisonnable, beaucoup moins.

Les 100 plus belles musiques de films, 1e partie

EST-CE POSSIBLE ?
Possible, oui bien sûr mais raisonnable, beaucoup moins. Une idée germe et la voilà qui prend forme grâce au précieux concours d’Alix et d’Aanor pour leur connaissance de l’art de la composition pour films : dresser une liste des plus belles mélodies et musiques de films de l’histoire du cinéma. Vaste programme ! Les deux critiques de films se demanderont souvent si elles ne commettent pas une erreur de jugement : il existe des dizaines de milliers de musiques de films toutes aussi exceptionnelles les unes que les autres alors comment en sélectionner seulement une petite centaine ? Le classement qui vous est proposé est aléatoire car il est lié à des critères subjectifs autant que techniques ; il repose essentiellement sur les films français, européens de l’ouest et américains. Les films russes, d’Europe de l’est, asiatiques, de Bollywood, africains, australiens, sud américains qui produisent des musiques de films magnifiques ne figurent pas dans ce classement très restreint. De plus, nos deux critiques Alix et Aanor ont une connaissance limitée de l’art musical en question : qui oserait en effet prétendre connaître tous les films et toutes les musiques de films composées depuis les origines du cinéma ? Comment peut-on comparer une musique symphonique avec une musique intimiste conçue à cinquante années de distance sur deux continents différents, en somme, comment est-il possible de mettre en opposition l’incomparable ? La Nouvelle vague du cinéma français aura engendré l’émergence de nouveaux compositeurs aux nouveaux comportements inédits tout comme le cinéma muet puis l’avènement du dessin animé lancèrent un concept révolutionnaire, l’association de la musique aux images avant même leur réalisation. Que dire alors de l’explosion électronique des nouveaux sons aseptisées sortis des synthétiseurs dans l’antre des apprentis sorciers manipulateurs de curseurs et d’autres techniques électroniques, de nouvelles sonorités artificielles pour l’écran qui n’auront jamais (non jamais ?) le goût ni la suavité d’une mélodie inventée par un artisan accroché à son instrument acoustique… Pourtant l’une et l’autre se valent, elles sont simplement très différentes malgré leur incroyable point commun : ce sont des musiques de films. En cela, elles restent magiques. Nées de la pellicule, elles perdurent dans les esprits autant que les images qu’elles véhiculent à moins que ce ne soit l’inverse. Peu importe, la fusion des talents et des compétences s’exerce depuis plus d’un siècle à travers le cinéma et la musique, deux arts majeurs qui ne pouvaient que s’associer. Les sociétés actuelles en pleine crise de déshumanisation auraient peut-être intérêt à ne pas l’oublier trop vite. Ne brûlons pas ce que nous avons adoré, ne méprisons plus ce que nous avons enfanté. Longue vie au cinéma et à la musique de film bien au-delà de cette simple liste très exhaustive. Et n’oubliez jamais de garder en toute occasion un esprit critique constructif !

Classement de 1 à 50

N°1 – AUTANT EN EMPORTE LE VENT

AUTANT EN EMPORTE LE VENT/Gone with the wind (1939) musique de MAX STEINER

Victor Fleming va réaliser le plus beau et le plus grand film de tous les temps. Qui ne connaît la vie mouvementée de l’impulsive et caractérielle Scarlett O’Hara, une femme inflexible soumise au charme dévastateur de l’aventurier machiste Rhett Butler ? Les acteurs principaux de cette superproduction (Vivien Leigh, Clark Gable, Olivia de Havilland, Leslie Howard…) feront merveille dans un tournage parsemé d’embûches en tous genres, à commencer par la musique qui ne plaisait pas à l’insupportable producteur coléreux David O’Selznick. Le travail effectué par Max Steiner atteindra pourtant des sommets artistiques par la réunion de thèmes traditionnels des États du sud (représentatifs des confédérés) et du nord (les yankees tant détestés par Scarlett) sur une orchestration symphonique bouleversante. Mélodiste de naissance, Max Steiner concevra un thème principal qui ne manque pas de dimension par sa succession d’octaves et ses nombreux changements de tons, une musique aux couleurs sonores riches et orchestrales évoquant la grandeur et la décadence de toute une population… Sur les 13 nominations aux Oscars et les 8 obtenus par cette production monumentale, pas un ne fut prévu pour récompenser la musique du film le plus regardé de tous les temps y compris en France où le public s’en souvient encore et toujours. Première grande musique de film populaire de l’histoire du cinéma moderne pour un film hors normes, cette place en tête de liste est amplement justifiée. Autant en emporte la mélodie !

N°2 – BELLE ET SÉBASTIEN

BELLE ET SÉBASTIEN (tv, 1965), musique de DANIEL WHITE

Cela peut vous paraître assez extraordinaire de placer la musique d’un feuilleton télévisé français en noir et blanc à la deuxième place d’un classement regroupant les cent plus grandes musiques de film. Pourtant c’est dans la simplicité que l’on produit parfois les plus belles choses : un thème dans la tonalité mineure, simple et superbe qui évolue vers l’aigu en s’ouvrant à la tonalité relative Majeure avant de se reposer en point d’orgue pour s’éteindre autour de la note tonique sans sensible. Ce cheminement mélodique et harmonique évoque à lui tout seul le film. Quant aux paroles très simples qui y sont associées, on les doit aux talents multiples de Cécile Aubry la réalisatrice et maman du jeune héros Mehdi El Glaoui, des paroles touchantes qui n’en finirent pas de faire pleurer la France entière peuplée de gamins complètement bouleversés par l’histoire d’amitié et d’amour entre un enfant et une chienne (par chance en 1965, elle n’était pas encore de garde). Une mélodie belle, « si belle qu’on aime tant, je t’entendrai en te rêvant… Et si tu le veux nous serons deux ! ». Composée à l’âge de 53 ans, Daniel White était loin de débuter en matière de composition pour le grand et petit écrans. L’efficacité dans la simplicité n’est-elle pas l’apanage des vieux briscards ? Bravo Daniel, ta mélodie inoubliable est imprégnée dans notre mémoire. Elle est vraiment trop belle.

N°2 ex aequo – Le avventure di Pinocchio

PINOCCHIO/Le avventure di Pinocchio (tv, 1972), musique de FIORENZO CARPI

Tout comme Daniel White l’aura fait pour le générique du feuilleton « Belle et Sébastien », n°2 ex aequo de notre classement des 100 plus belles musiques de films, l’italien Fiorenzo Carpi aura composé de superbes musiques pour le feuilleton « Pinocchio ». Sur une utilisation mélodique de la flûte à bec comme symbole de l’enfance, sujet privilégié du réalisateur Luigi Commencini, le musicien confiera l’accompagnement au piano mécanique pour évoquer l’ambiance des rues et de la fête foraine ; Fiorenzo Carpi développera de surcroît un thème très chantant aux violons, probablement pour illustrer cette fois-ci la douceur et les bonnes intentions de la fée interprétée par Gina Lollobrigida qui lui aura donné vie. Un autre thème – notre compositeur n’en manque pas – réuni le saxophone ténor, l’accordéon, deux guitares, la contrebasse et l’orgue. Clarinette, basson, guitare électrique avec pédale wa-wa, ses choix sont extraordinaires ! Un film pour le cinéma effectué à partir du feuilleton sur un montage plus « serré » permettra de réentendre ces fameuses compositions toujours aussi émouvantes. Le thème principal a été repris plus récemment par des groupes pop ou rock modernes. Composer pour la télévision ne répond pas tout à fait aux mêmes critères que pour le cinéma. « Zazie dans le métro » ou « Un enfant de Calabre » pourraient nous en dire plus !

N°4

LA LISTE DE SCHINDLER (1993), musique de JOHN WILLIAMS

Aucun doute possible sur le bien-fondé de ce choix : la musique de John Williams restera comme l’une des plus grandes et des plus belles musiques de films de tous les temps. Totalement insérée dans l’œuvre cinématographique qu’elle illustre efficacement, la mélodie fait pleurer par la grande tristesse qu’elle engendre (la tonalité mineure) mais elle est aussi génératrice d’espoir (ouverture vers la tonalité Majeure relative) ce qui soutient d’une part, le drame historique de la Shoah – la déportation et l’extermination systématique et organisée de millions de victimes dont une majorité de personnes juives persécutées par un régime nazi atroce – et d’autre part, l’espoir de ne plus jamais avoir à revivre de tels évènements. Lorsque l’on entend pour la première fois la musique de « La liste de Schindler », on comprend immédiatement les qualités inoubliables de la composition et les raisons de son imprégnation dans la mémoire auditive et collective. Le procédé orchestral avec le violon en soliste a déjà été mis en valeur par Vladimir Cosma dans « La septième cible » ou plus récemment par Christian Henson dans « La rafle » mais aucune composition n’atteindra l’émotion ressentie dans le travail de John Williams. Admiration, force et respect, il s’agit probablement ici de la plus belle musique de film jamais composée par un musicien génial.

N°5

L’AFFAIRE THOMAS CROWN/The Thomas Crown Affair (1968), musique de MICHEL LEGRAND

Le thème de la musique du film est caractéristique de l’œuvre de Michel Legrand, un musicien extraordinaire qui aura fortement et durablement marqué les cœurs et les âmes en obtenant l’Oscar pour sa composition avant sa seconde récompense quelques années plus tard pour « Un été 42 ». Sa technique fondamentale repose sur un usage parfois immodéré de la marche harmonique (voir ici l’explication détaillée), une manière élégante chez lui de ne jamais laisser la mélodie mourir. À l’origine le thème de « L’affaire Thomas Crown » était chantée en anglais mais les paroles françaises lui donneront une seconde vie en tant que chanson de variété : « Comme une pierre que l’on jette dans l’eau vive d’un ruisseau et qui laisse derrière elle des milliers de ronds dans l’eau… », des mots et des phrases éloignées du scénario reposant sur un cambriolage pas banal mais qui fusionnent parfaitement avec la musique : il s’agit en fait d’une histoire d’amour terriblement romantique et ça, Michel Legrand sait parfaitement le mettre en musique. Calme, plus agitée, marche harmonique ascendante en crescendo, point culminant, marche harmonique descendante en decrescendo, retour au calme, la musique du film possède les qualités de base d’une composition classique qui évoque d’une certaine manière la vie (de la naissance au décès), un roman (du prologue à l’épilogue) ou pourquoi pas l’acte sexuel… Les deux acteurs principaux très à l’aise dans leur rôle n’en demandaient pas tant : Steve Mac Queen et Faye Dunaway s’embrasseront à l’écran jusqu’à s’en étouffer, une rencontre mise en image sur plusieurs fenêtres exposées simultanément, une technique innovante à l’époque mais qui n’a pas retenu bien longtemps l’attention des réalisateurs : loin de décupler l’intérêt de l’action, elle démultiplie son impact sur le spectateur qui ne dispose en effet que d’une paire d’yeux et d’un seul cerveau. De deux oreilles et d’un jugement honnête sur la définition de ce qu’est une grande musique de film aussi : Michel Legrand est bien « le monstre sacré » que l’on connaît.

N°5 ex aequo

LE GRAND BLOND AVEC UNE CHAUSSURE NOIRE (1972), musique de VLADIMIR COSMA

Yves Robert (réalisateur) n’est pas le seul à avoir terriblement bien travaillé sur ce film : Danièle Delorme (son épouse), Francis Veber (co-scénariste), Vladimir Cosma (compositeur), Gérard Majax (magicien), Guy Laroche (couturier) et bien d’autres partenaires encore ont apporté leur pierre à l’édifice. Désaccords, discussions, prises de tête, choix cruciaux, rien n’aurait été épargné aux bâtisseurs de ce chef d’œuvre du cinéma comique français. Ours d’Or au Festival du film de Berlin en 1973, c’est une nouvelle fois le public qui décidera de son succès par un phénomène curieux, le « bouche à oreille ». La musique de Vladimir Cosma passera souvent à la radio et servira de porte-bonheur au musicien roumain Gheorghe Zamfir : après cette formidable mélodie d’autres compositeurs de musiques de films feront appel à ses services pour sa maîtrise extraordinaire de la flûte de pan (Il était une fois en Amérique, par exemple). Le génie inventif de Vladimir Cosma trouve ici sa meilleure forme d’expression : il ne suffit pas de savoir composer encore faut-il d’abord pouvoir exprimer les idées qui jaillissent d’un cerveau bouillonnant. Musique oblige, c’est toujours le bon moment pour composer une superbe mélodie qui sera parfaitement bien orchestrée dans tous les registres même si l’on a cantonné trop souvent le compositeur à des films comiques ou « légers ». Le talent, il en possède à revendre dans tous les registres. C’est une certitude reconnue chez l’un de nos meilleurs compositeurs de musiques de films. Vous savez, le grand Cosma avec un étui noir… !

N°7

LA CONQUÊTE DE L’OUEST/How the West was won (1962), musique d’ ALFRED NEWMAN

Un thème conquérant, une orchestration rythmée, des musiques riches, entraînantes ou mélancoliques, des instruments jamais utilisés avec autant d’à propos (l’accordéon, par exemple), des mélodies inoubliables… La multitude et la diversité des compositions originales d’Alfred Newman pour le cinéma en font l’un des plus grands compositeurs de musiques de films de tous les temps et assoie sa légitimité de père de la génération moderne : John Williams par exemple a rétabli la mode de l’orchestration symphonique dans la série des « Star wars » en prenant comme référence l’œuvre d’Alfred Newman. Sa sixième place à notre classement pour l’incroyable orchestration de « La conquête de l’ouest », le film évènement de l’année 1962 est amplement méritée et tout à fait indiscutable. Traduire en musique plus de cinquante années de colonisation de l’Amérique dans un film gigantesque était une tâche très complexe. La réussite, ça se mérite toujours !

N°8

LES ÉTOILES DU CINÉMA (tv, depuis 1976), musique de FRANCIS LAI

Patrick Brion est le créateur de cette émission de la télévision française qui arrive à se maintenir avec brio malgré son concept peu moderne : la diffusion d’œuvres du répertoire cinématographique mondial en version originale sous-titrée (pour les films étrangers), dans leur intégrité originelle (format de l’image, noir et blanc ou couleur, son d’origine…) à une heure tardive, bien après le passage du marchand de sable. Le générique de Francis Lai qui perdure sur les écrans, une mélodie superbe et vivante conçue à époque de ses autres musiques tout aussi extraordinaires pour les génériques de la chaîne naissante France 3 télévision, est interprétée au violoncelle sur un accompagnement de guitare classique. La version d’origine est orchestrale avec un mélange d’instruments acoustiques et de synthétiseurs sur un tempo léger déposé par les balais du batteur effleurant la caisse-claire avec des perles de cordes au piano… Cette partition subtile et gracieuse pourrait elle aussi faire partie du patrimoine musical mondial tant elle symbolise le génie créatif du compositeur et l’esprit chaleureux et sentimental des mélodies à la française. Du très grand art.

N°9

À L’AUBE DU 5e JOUR/Dio è con noi (1969), musique d’ENNIO MORRICONE

« Mon nom est Personne » ne peut pas s’adapter à l’étiquette fabuleuse qui colle à la peau de ce compositeur : son nom n’est pas Personne, son nom est Tout. Ennio Morricone aura tout inventé, tout imaginé, tout produit. Ses énormes connaissances en matière de musique classique particulièrement dans les domaines symphoniques et contemporains (atonalité, musique dodécaphonique, musique sérielle…) sans oublier son immense talent de mélodiste lui auront conféré l’ouverture d’esprit nécessaire à la réalisation de sa merveilleuse vocation : composer pour le cinéma. « Mon nom est Personne », justement, deviendra un énorme succès populaire mais aujourd’hui encore le film subit la foudre de certains critiques mal lunés qui le descendent en flammes. Novateur, pratiquant la dérision et la parodie, humoristique, cinglant, porteuse d’un messages philosophique fort, la musique d’Ennio Morricone s’adaptera toujours à ses films pour fusionner dans la perfection. « Il était une fois dans l’ouest » un duo exceptionnel formé par un réalisateur (Sergio Leone) et « son » compositeur, son frère d’armes, donnera l’exemple à suivre aux nouvelles générations. « À l’aube du 5e jour » pour sa part permettra à Ennio Morricone de produire une musique de film intemporelle, magique, délicieuse, davantage que le film de guerre de Giuliano Montaldo mal connu dans sa globalité. Réutilisée à de nombreuses occasions pour les génériques de la radio et de la télé (Italiques par exemple), la musique est devenue très populaire pour un film resté dans l’ombre. L’air y était sans doute trop lumineux…

N°10

LES CONTREBANDIERS DE MOONFLEET (1955), musique de MIKLÓSRÓSZA

Une musique peut être triste mais rarement un compositeur aura globalement orienté son travail vers la noirceur et le côté sombre de l’instrumentation symphonique. La musique du film « Les contrebandiers de Moonfleet » nous donne des sueurs froides en dégageant un sentiment d’angoisse totale : oui, une musique peut faire peur et pas qu’un peu ! Miklós Rósza aime cela, il faut dire que le film s’y prête très bien. Presque entièrement tourné la nuit dans des décors superbes (de cinéma, évidemment), l’aventure humaine est passionnante et tient bon le poids des années. Psychologique, dynamique, original, ce film de Fritz Lang possède une musique extraordinaire que l’on remarque instantanément. Moins longue mais plus mélodique que son travail fleuve (près de deux heures quarante cinq de musique symphonique) pour l’énorme « Ben-Hur », la composition de Miklós Rósza pour « Les contrebandiers de Moonfleet » reste un diamant pur à l’état brut. L’interprétation tout en finesse d’un orchestre de musiciens aguerris sur une orchestration complexe, variée et extrêmement musicale d’Eugène Zador est bouleversante ; le hautbois et la clarinette basse sont si peu employés dans la musique de film ! Les longues phrases de gammes chromatiques dévolues aux cordes des passages agités alternent avec des périodes mélodiques apaisantes d’une sérénité étonnante. Les violons ne chôment pas quant aux bois et aux cuivres, ils crépitent… Le disque compact de la musique du film est par conséquent, on s’en doute, excellent, surtout pour exciter votre hypophyse si je ne m’abuse, docteur !

N°11


CENT DOLLARS POUR UN SHÉRIF/True grit  (1969), musique d’ELMER BERNSTEIN

Elmer Bernstein est l’un des plus grands compositeurs de tous les temps et les Mélodies Modernes adorent son style. Mélodiste, arrangeur, chef d’orchestre, ses propres enfants (Émilie et Peter) marchent dans les traces de pas de leur père génétique pendant que la communauté des passionnés de musiques de films vénèrent leur père spirituel ! La musique du film « Cent dollars pour un shérif » d’Henry Hathaway est une musique caractéristique du travail en profondeur d’Elmer Bernstein : mélodique, orchestrée magistralement avec légèreté dans une grande richesse de l’harmonisation, le rythme et les sonorités choisies comblent les oreilles de l’auditeur pourtant concentré sur les images et l’action. Être musicalement très présent à l’écran quand la scène le réclame sans occulter une seconde l’impact des images, voilà bien le secret du talent quand on se prétend compositeur de musiques de films. Prenez-en de la graine, vous les nouveaux qui connaissez à peine vos classiques… Prenez-en au moins pour cent dollars. Pardon, pour cent euros étoilés.

N°12


LE VIEUX FUSIL (1974), musique de FRANÇOIS DE ROUBAIX

Robert Enrico signe avec « Le vieux fusil » un film remarquable en tous points. Philippe Noiret et sa voix inoubliable, Romy Schneider et sa beauté inégalée, tous deux excellents comédiens, une histoire dramatique, des décors, une ambiance… La musique de François de Roubaix sonne juste dans le contexte dramatique avec un thème devenu plus que jamais nostalgique car personne n’oubliera ces trois vélos sur un chemin de campagne. En recherche constante de la bonne sonorité pour coller à l’histoire (en désaccordant un piano ou en mixant des sons nouveaux pour les associer au lance-flamme par exemple), l’investissement personnel du compositeur dans l’expérimentation sonore témoigne du talent immense de l’autodidacte (Alix adore rappeler que les études de conservatoire c’est bien joli mais qu’elles ne mènent parfois à rien surtout quand on est dépourvu de talent). Quel dommage d’avoir plongé en cette année 1975, François, car dix années seulement auront suffit pour te révéler au grand public avec tes capacités novatrices, aidé dans ta démarche par ton ami et collaborateur Jean-Pierre Pellissier . Les compositeurs internationaux de musiques de films et bon nombre de musiciens actuels te doivent tout dans la forme et dans le style. Te sont-ils reconnaissant pour autant ? Les rapaces !

N°13


DANSE AVEC LES LOUPS/Dances with wolves (1990), musique de JOHN BARRY

Ambiance garantie dans ce western pas comme les autres, d’abord parce qu’il intègre la vie des indiens Sioux et Pawnee dans les décors naturels magnifiques des plaines et vallées américaines qu’ils occupaient avant l’arrivée des colons pour la plupart européens. Ensuite parce qu’il ne fait pas de concessions : il existait des gens formidables et dégueulasses dans un camp comme dans l’autre ; malheureusement le choc des cultures aura triomphé sur l’incapacité de l’homme à s’entendre sur des règles communes permettant la cohabitation dans un même territoire. En imposant par la force leur « civilisation » aux tribus amérindiennes, les « visages pâles » ont massacré et pillé le patrimoine naturel (les bisons puis l’or et le pétrole) et chassé de leurs terres les premiers habitants américains. La musique devait restituer cette atmosphère tour à tour pesante, dramatique et grandiose car tout est immense dans le film : les sentiments, les guerres, les paysages… La béatitude de Kevin Costner (acteur, réalisateur et producteur du chef d’œuvre) devant la beauté du milieu est parfaitement illustrée par la sérénité dégagée par la musique de John Barry. Danse avec les loups, petite Christine dressée avec le poing !

N°14


LA PARTY (1968), musique d’HENRY MANCINI

Il y a du Jacques Tati dans ce film, d’ailleurs, le réalisateur Blake Edouard tout comme l’acteur principal Peter Sellers en étaient fans. On rit et on s’amuse beaucoup en suivant les aventures de Baakshi dans une réception guindée où il n’avait résolument pas sa place… La chanson interprétée par Claudine Longet est d’une beauté rare ; non pas que l’actrice soit particulièrement douée pour cet exercice artistique mais la mélodie et son arrangement superbes d’Henry Mancini s’adaptent au filet de voix de l’actrice qui chante doucement : cette rencontre feutrée et harmonique provoque une émotion musicale et sentimentale exceptionnelle, il suffit de se rappeler Bakshi en arrière plan qui n’en peut plus… Impossible de retrouver l’enregistrement original de la chanson pour l’écouter en disque compact malgré les efforts gigantesques de Stéphane Lerouge, le découvreur de trésors sonores cachés. Dommage mais c’est un moindre mal, il faut se repasser une nouvelle fois le film pour s’en remettre. Les mélodies d’Henry Mancini sont connues du monde entier et valent toutes un diamant sur canapé !

N°15


PSYCHOSE (1960), musique de BERNARD HERMANN

Vouic, vouic, vouic, vouic, les sons stridents des violons rythmant les coups de couteau de la mère de Norman Bats ( !) sur la pauvre Marion en train de prendre sa douche reste l’exemple parfait de la collaboration souhaitable entre un réalisateur inspiré (Alfred Hitchcock) et un compositeur qui l’est tout autant. Bernard Hermann aurait pu composer pour les dessins animés car les films du maître du suspense l’amèneront à de nombreuses trouvailles sonores ; il inventera des accords et des phrases nouvelles en soutien aux scènes dramatiques ou comiques (de l’humour noir, évidemment). « Psychose » est un monument du 7e art. Non conformiste dans ses arrangements pour son époque, novateur dans sa capacité à trouver le bon accompagnement musical, Bernard Hermann mérite d’apparaître en bonne place dans cette liste des 100 plus grandes musiques de films. Avec un travail de recherche basé sur l’atonalité, la remise en cause des concepts classiques déroute toujours l’auditeur (répétition de la basse et/ou des formules rythmiques sous la forme de l’ostinato, utilisation d’un enchaînement d’accords interdit en composition classique, une suite de quintes par exemple…). Avec ses bandes magnétiques tournant à l’envers pour créer des effets particuliers, Bernard Hermann est le spécialiste de la musique contemporaine à dominante « minimaliste » alors sans entrer dans les considérations de spécialistes un peu trop occupés à se regarder le nombril, retenons que Bernard Hermann est l’un des plus grands compositeurs modernes de musiques de films. Un maximaliste, en somme…

N°16


IRMA LA DOUCE (1963), musique d’ ANDRÉ PREVIN

Les thèmes sont superbes, les orchestrations excellentes, André prévin et la grosse machinerie d’Hollywood (arrangeurs, conseillers, directeur artistiques etc.) nous gâtent dans une comédie sentimentale de Billy Wilder complètement dépassée car Paris vu par des américains de 1963, ça vaut quand même le détour ! Compositeur atypique pour avoir « retourné sa veste » dans le mauvais sens (le jazz et la musique de film l’ont converti à la musique classique, en général, c’est plutôt l’inverse), André Previn et ses compositions du duo au symphonique sont jouées partout dans le monde, plus rarement en France comme on peut s’en douter car nous avons toujours un train de retard sur la reconnaissance du talent surtout lorsqu’il explose ailleurs. Combien d’années a t-il fallu avant que l’on s’intéresse sérieusement et largement au génie créatif de François de Roubaix ? Combien en faudra t-il pour faire connaître aux petits français des écoles primaires tous les musiciens extraordinaires générateurs du plus beau genre musical ayant jamais existé, la musique de film ? Du haut de ses 80 ans, André Previn doit bien se marrer d’un tel propos en supposant qu’il puisse un jour en avoir connaissance ce qui nous étonnerait beaucoup. Les dons exceptionnels d’Irma la douce en matière relationnelle aurait peut-être pu nous faire connaître du compositeur…

N°17


LES GRANDS ESPACES/The big country (1958), musique de JEROME MOROSS

Impossible d’oublier la musique du générique reprise tout au long du film. Fougueusement interprétée par les deux pupitres de violons soit vingt quatre musiciens motivés, le thème de Jerome Moross déchire l’écran. En une fraction de secondes, le spectateur est cloué dans son fauteuil la tête plongée dans la sierra californienne. En se basant sur les rythmes populaires américains, en utilisant la gamme pentatonique pour créer des effets mélodiques plus que surprenants, le compositeur a frappé un grand coup. Descendue en flèche par les critiques musicaux français pour peu qu’ils se soient intéressés une minute au sujet, ils en ont seulement vu les symboles républicains, patriotiques et terriblement américains. Il s’agit bien sûr d’autre chose. Les films de l’alsacien William Wyler (il est né à Mulhouse), violoniste de formation et ceci explique certainement cela, reposent sur une trame psychologique élaborée, les personnages sont étudiés de près et leur comportement dans les situations exceptionnelles rencontrées est décrit avec intelligence ce qui fera la réputation du réalisateur. La musique suit le même cheminement : elle est composée avec tact, discernement et intelligence. Quand les talents se réunissent, que forment t-ils ? Un chef d’œuvre à redécouvrir d’urgence. Sol Mi So-ol Do-o Ré Do Ré Mi Do-o…

N°18


MAN TROUBLE (1992), musique de GEORGES DELERUE

C’est la dernière composition pour le cinéma de Georges Delerue et probablement l’une des plus conformes à son style. Le thème principal est très mélodique et l’accompagnement reste d’une grande richesse harmonique. Les sonorités musicales utilisées par le compositeur français, attiré un moment par le bruit des sirènes d’Hollywood, baignent dans l’esprit hexagonal de la musique classique du début du XXe siècle : Debussy et toute la bande des novateurs ne sont pas loin. Hautbois, basson, flûte traversière… Chaque instrument rythme l’action avec délicatesse comme le souhaitait d’emblée le réalisateur Bob Rafelson. Le résultat fourni par Georges Delerue dépassera toutes ses espérances. Cette musique de film doit être considérée comme l’une des plus belles jamais composée pour le cinéma, c’est du moins l’avis de l’ensemble des professionnels qui furent présents aux séances d’enregistrement. Les deux acteurs principaux, Jack Nicholson et Ellen Barkin féliciterons le réalisateur pour son choix excellent : tout ce beau monde gardera à l’esprit le charme troublant de la musique de « Man trouble ». Ce fut une appréciation directe et sincère qui devint un jugement sans appel. Qu’on se le dise !

N°19


HELLO, DOLLY ! (1969), musique de JERRY HERMAN

Faut-il avoir une âme d’enfant, des yeux émerveillés et un esprit naïf pour pouvoir apprécier ce film extraordinaire ? Le scénario devenu puéril sur le plan sentimental et psychologique (les femmes ont gagné des batailles pour leur libération depuis les années 60) n’en reste pas moins très divertissant et très satisfaisant sur le plan musical : les chansons arrangées par Don Costa et basées sur les mélodies inoubliables de Jerry Herman sont interprétées par des artistes aguerris, Barbra Streisand en tête de liste. Quelle interprète talentueuse ! Sa voix chaude et colorée trouve dans « Hello, Dolly ! » les refrains parfaits pour sa mise en valeur en ayant fait preuve de prouesses techniques : il s’agit sans aucun doute ici de sa meilleure prestation. La longueur de la scène finale (près de cinq minutes ininterrompues au montage) réunissant danseurs et chanteurs sur des mouvements de caméra difficiles à gérer démontre la richesse de l’expérience d’Hollywood en ce domaine. Quant à la présence de Luis Armstrong elle renforce le plaisir musical intense et la richesse harmonique incomparable d’une comédie musicale pas comme les autres : Jerry Herman et sa compagnie de grands professionnels ont écrit une page artistique de toute première importance. Chapeau, les artistes !

N°20


L’ARNAQUE/The sting (1973), musique de MARVIN HAMLISH

Enfant et adolescent, Marvin Hamlish a baigné dans une atmosphère musicale propice au développement de ses dons et de son intérêt évident pour l’art musical. Pour assurer le travail sur « L’arnaque » il suggéra au réalisateur George Roy Hill de s’orienter vers le rag, un style de musique caractéristique du XXe siècle naissant, une anicroche à la période du film dont l’action se déroule en 1925 soit postérieurement à l’explosion populaire du rag. L’intérêt de Marvin Hamlish pour la musique de Scott Joplin proviendra des archives de son père musicien amateur féru des mouvements de la basse, des notes fondamentales qui permettent de plaquer les autres notes des accords à contretemps ; les rythmes syncopés sont la marque de fabrique du ragtime, des enregistrements régulièrement effectués par divers artistes nostalgiques sur disques microsillons qu’il se passera et repassera pour bien s’imprégner du style. Quelques compositions fameuses en sortiront dépoussiérées grâce à « L’arnaque » et son célèbre thème très populaire chez les pianistes en herbe des années 70. La version orchestrale est également superbe. Un film passionnant avec Robert Redford et Paul Newman. Et ça, ce n’est pas une arnaque.

N°21


LE ROI ET MOI/The King and I (1956), musique de RICHARD RODGERS (compositeur) et OSCAR HAMMERSTEIN II (parolier)

Юлий Борисович Бриннер, voici le nom de l’acteur Yul Brynner né à Vladivostok (Владивосток) (*), un parcours exceptionnel pour un acteur exceptionnel. En se retrouvant roi de Siam sur les planches de Broadway dans son premier grand rôle de comédien, Yul Brynner connaîtra un succès fou ce qui lancera sa carrière internationale. Il en sera de même pour le compositeur Richard Rodgers qui fera la fortune de ses enfants, petits-enfants et pourquoi pas ? Arrières petits-enfants (les droits d’auteur, quelle chance pour eux !). Avec son collègue parolier Oscar Hammerstein II ils enfanteront dans la foulée « La mélodie du bonheur ». Réalisé d’après les mémoires d’Anna Leonowens publiée en 1870, Deborah Kerr sera la partenaire de Yul Brynner dans le film de Walter Lang et Samantha Eggar lui donnera quelques leçons bien méritées à la télévision (sans remuer le bout de son nez de sorcière bien aimée). À noter qu’un passage relevé dans « Le roi et moi » de Richards Rodgers se retrouve tel quel pendant deux mesures et demi dans la musique d’Elmer Bernstein pour « Les quatre fils de Katie Elder ». À quelques années près, s’agit-il d’une influence, d’un clin d’œil, du hasard des talents réunis ? L’émoi des rois et moi, et moi…
(*) Source Wikipedia

N°22


POLTERGEIST (1982), musique de JERRY GOLDSMITH

Les phénomènes extraordinaires sont une source inépuisable de scénarios (scénarii pour faire snob) et « Poltergeist » reste le fer de lance du cinéma fantastique. Avant le film de Tobe Hooper, on s’était habitué à toutes les frayeurs possibles et imaginables véhiculées par des personnages peu recommandables (vampires, créatures horribles, possédés, fantômes, tarés, réincarnés, transplantés, mutants, extraterrestres…) puis vint Steven Speilberg qui se sera investi à titre personnel dans le film. La musique de Jerry Goldsmith est exemplaire avec sa mélodie à la flûte traversière magnifiquement orchestrée. En dépassant le cadre habituel des films fantastiques et/ou d’horreur, « Poltergeist » renouvelle le genre par le mélange des thèmes : pas aussi horrible que « Massacre à la tronçonneuse » entièrement réalisé cette fois-ci par Tobe Hooper, pas aussi effrayant que « L’exorciste », moins dépaysant que « The thing », la trame passionnante vers les mystérieux et inquiétants univers parallèles amène le spectateur vers une situation familiale extrême dépassant les limites du film : plusieurs décès accidentels ou meurtriers jalonneront le tournage des trois volets et la vie des acteurs principaux sera soumise à la malédiction. En planant sur les films, elle finira par choisir ses victimes dont la petite actrice Heather O’Rourke qui décèdera à l’âge de douze ans contrairement à Carol-Anne, son rôle difficile dans « Poltergeist » qui la faisait survivre au cauchemar cinématographique. La réalité sera allée au-delà.

N°23


LE MAGICIEN D’OZ/The Wizard of Oz (1938), musique d’ HAROLD ARLEN

Judy Garland gardera toute sa vie la chanson « Over the rainbow » comme symbole de sa réussite artistique. Alors jeune débutante à l’écran, son ascension l’amènera aux sommets de la célébrité après cette comédie musicale phare dans le genre. Le compositeur bénéficiera du même enthousiasme de la part du public qui réservera à ses compositions tout l’intérêt qu’elles méritent. Harold Arlen était un mélodiste né. Capable de faire la synthèse de toutes les influences musicales de son époque folle (des années 1910 aux années 30 avec le classique, le lyrique, le ragtime, le blues…), ses compositions pour les théâtres de Broadway et leurs adaptations au cinéma place l’artiste à cette vingt-troisième place du classement. Ses mélodies sont devenues de véritables standards de jazz pour les connaisseurs, « Stormy weather » ou « That old black magic » pour n’en citer que deux. Les musiques de films et de comédies musicales d’Harold Arlen dans leurs versions originales méritent l’estime des musiciens alors à vos CD ou MP3 pour se tourner la tête comme dans une tornade !

N°24


SAYONARA (1957), musique de FRANZ WAXMAN

En ces années-là rien n’était simple dans la réalité comme au cinéma. Décrire de manière tragique l’amour interdit entre un occidental et une asiatique, à plus forte raison entre un américain déjà fiancé dans son propre pays et une coréenne très traditionaliste (donc anti-occidentale) en pleine guerre rendait la tâche du réalisateur Joshua Logan insurmontable. Pour rajouter à la difficulté, le roman de James Michener à qui l’on doit « Colorado saga » (voir la musique de film n°65 au classement) affublait l’ami et confident de Marlon Brando du costume de hors-la-loi à cause de son mariage avec une coréenne… La musique très belle de Franz Waxman, d’une force mélodique et d’une puissance harmonique extrêmement rares, s’adaptera au contexte délicat du film pour aider grandement les deux amants : le compositeur fusionnera la gamme tempérée telle que nous la connaissons en Occident avec la gamme pentatonique utilisant cinq sons, une gamme pratiquée de manière usuelle en Asie. La réunion de deux genres musicaux très différents préfigurera la rencontre improbable entre les deux acteurs principaux. Lorsque la musique devance l’activité amoureuse en anticipant le déroulement d’un scénario, qui dit mieux ?

N°25


DEAD ZONE/The dead zone (1983), musique de MICHAEL KAMEN

Exceptionnelle composition pour un film, par la richesse de ses thèmes et par la couleur sonore particulière des arrangements, c’est ainsi qu’il convient de qualifier l’œuvre de Michael Kamen pour le film passionnant « Dead zone », certainement le meilleur rôle jamais offert à Christopher Walken. D’après une nouvelle de l’inspiré Stephen King, le réalisateur David Cronenberg en tirera un film culte pour les connaisseurs et amateurs du genre même si le film demeure insuffisamment apprécié et connu des spectateurs, malheureusement. Il faut dire que ce film mélange les genres : sentimental, dramatique, fantastique, politique, policier, psychologique, philosophique, d’action, rien n’échappe à l’intérêt du réalisateur canadien, une spécialisation qui multipliera considérablement les difficultés de Michael Kamen : la synthèse de toutes les orientations du scénario permettant la création musicale fut difficile à gérer, une épreuve désirée autant que redoutée des vrais compositeurs. Pourtant on en connaît le résultat : « Dead zone » reste l’une des meilleures musiques de films pour une production exceptionnelle, la présence de Martin Sheen n’ayant d’égal que celle de Christopher Walken et leurs voix de doublage français extraordinaires, évidemment. L’angoissant « Dead zone » est une zone cinématographique de bonheur total.

N°26


LAWRENCE D’ARABIE/Lawrence of Arabia (1962), musique de MAURICE JARRE

En utilisant l’intervalle de seconde augmentée emprunté par les occidentaux à la musique arabo-musulmane, Maurice Jarre signait une musique de film idéale pour un film d’envergure se déroulant essentiellement sur le continent africain. La mélodie est basée sur la gamme tempérée dans le mode Majeur et harmonique en mineur mais le compositeur n’empruntera pas les quarts de tons ni les ornements nombreux des œuvres musicales classiques et traditionnelles pratiquées dans le monde arabe. Le mélange de deux influences musicales sera, une nouvelle fois, un travail compliqué pour Maurice Jarre, une recherche conceptuelle qu’il apprendra à perfectionner dans ses compositions suivantes, « Le docteur Jivago » ou « Paris brûle t-il ? » par exemple. En s’appuyant sur la technique éprouvée des violons chantants, le timbalier de formation n’hésitera pas à charger l’écriture sur les percussions afin de donner une dimension symphonique nécessaire à l’ensemble compte tenu de la magnificence des images sans oublier de donner un bon paquet de rythmes à démêler à l’orchestre tout entier afin qu’il soutienne les images parfois explosives. L’orchestre national philarmonique de Londres en aura vu d’autres, lui qui s’est spécialisé depuis longtemps dans l’enregistrement de musiques de films. La musique classique n’a jamais été aussi proche de la musique populaire, une démarche à peine entamée en France. Messieurs les français, pour une fois, tirons (l’archet) les premiers !

N°27


ANGÉLIQUE, MARQUISE DES ANGES (1965), musique de MICHEL MAGNE

La ressemblance mélodique et harmonique reste frappante entre le thème principal d’une œuvre de Beethoven et la composition de Michel Magne pour les cinq films « Angélique » mais la comparaison tourne court : la version orchestrale exceptionnelle du compositeur français pour le film de Bernard Borderie ne permet plus de superposer les deux œuvres ; les contre-chants égalent en beauté la mélodie et permettent d’apprécier leur originalité. Les multiples arrangements romantiques et entraînants très variés de la musique du film égrènent les étapes rocambolesques de la vie trépidante d’Angélique imaginée par Anne et Serge Golon sur des faits essentiels et avérés de l’histoire de France, du vrai grand travail de romanciers et on ne s’ennuie pas une seconde ! Michèle Mercier y trouve son plus grand rôle : spontanée et investie par le personnage qui lui collera un peu trop à la peau pendant longtemps, sa prestation reste unique, fraîche et parfaite, c’est ce que retiendra l’histoire. Robert Hossein en grand seigneur comme à son habitude, en rajoute des tonnes pour se faire remarquer dans le rôle de Joffrey de Peyrac. Normal, il devait compenser la vision de son horrible balafre pour mettre en avant ses qualités humaines afin de s’attirer les bonnes grâces de la jeune femme et le pauvre, il aura dû y mettre le prix. Revoir cette saga apporte beaucoup d’exaltation tout en ne coûtant rien ou pas grand-chose à votre porte-monnaie sur une musique de Michel Magne qui elle, n’a pas de prix. On est aux anges.

N°28


VOL AU-DESSUS D’UN NID DE COUCOU/One flew over the cuckoo’s nest (1975), musique de JACK NIETSCHE

Voici le chef d’œuvre de Milos Forman entouré pour l’occasion d’acteurs à la performance exceptionnelle, Jack Nicholson en tête de peloton. La production du film fut laborieuse et traîna sur des années quant à la réalisation, elle fut tout aussi compliquée à mettre en place. Par chance, tout se déroula au mieux pour produire cette œuvre admirable. La musique intimiste de Jack Nietsche est conçue très intelligemment par l’emploi de la scie musicale : un son pur, tremblotant et approximatif illustre parfaitement les troubles psychologiques graves ou simulés servant la cause du film réalisé d’après le roman de Ken Kesey « La machine à brouillard ». La valse entendue lors de la prise de pilules délivrées par Miss Ratched possède un très beau thème et les pêcheurs occasionnels en possèdent également un. Avec neuf thèmes originaux et une reprise de « Charmaine » de Rapee et Pollack, Jack Nietsche a réalisé un travail créatif « de dingue ». Aujourd’hui, la folie humaine ne s’exprime plus dans les asiles et c’est tant mieux pour les malades mais en revanche il suffit d’ouvrir son journal ou sa télévision, pire, de regarder autour de soi pour se demander s’ils ne sont tous lâchés dans la nature… Peut-être serait-ce un bon scénario de film : une société de fous qui enfermerait les gens équilibrés pour les protéger de leur environnement hostile voire d’eux-mêmes. En effet, la folie (contrairement au talent) est contagieuse.

N°29


MISSION IMPOSSIBLE (tv, 1967), musique de LALO SCHIFRIN

Lalo Schifrin aura composé une musique géniale pour cette série très orientée années 60 : par le thème du générique mais aussi par la musique entendue lors des missions de l’équipe d’agents secrets dirigés par Jim Phelps, l’orientation de l’arrangement demeure très rythmique. Le compositeur argentin étudiant un temps à Paris y construira ses inventions mélodiques, le rythme définissant le mieux l’ensemble de son œuvre. Très orienté jazz et musique classique, Lalo Schifrin saura résister aux contraintes terribles d’Hollywood où tout doit être contrôlé par un responsable lui-même contrôlé par un autre responsable. Ses musiques, il les composera seul et assurera les arrangements et la direction d’orchestre seul. En somme, ce musicien est devenu un extraterrestre qui ne communique plus qu’avec d’autres congénères. Hélas, le savoir-faire de ces artisans disparaît chaque jour davantage au profit d’une musique de film usinée et très économique : moins de bonnes notes à entendre correspondent à une meilleure rentrée d’argent. Il est clair que la caisse claire est passé à la caisse… En matière de démarche commerciale justement, il faut noter la sortie en 2011 d’un quatrième volet cinéma de « Mission impossible » avec le missionné Tom Cruise. Encore une affaire à suivre…

N°30


ROCKY (1976), musique de BILL CONTI

Le thème de Bill Conti démarre comme une introduction de fanfare et l’on s’attend à voir entrer sur scène les gladiateurs. La basse martèle ensuite les secondes pendant que le chant passe des cordes aux vents sur des percussions qui marquent les coups… Puis la victoire s’exprime avec les violons déchaînés dans l’aigu et les chanteuses évoquent la foule en délire. Le saxophone rappelle les quartiers populaires de Manhattan et la trompette le coup de blues de Rocky déambulant dans les rues sombres… Quant à la guitare électrique au contre-chant, c’est peut-être Adrian ou Mickey qui disent à Rocky « Allez, vole de tes propres ailes, maintenant… ». La présence de Talia Shire et du sympathique Burgess Meredith présent depuis longtemps dans les téléfilms et séries américaines apporte un plus au film de John G. Avildsen. La musique de Bill Conti est devenue célèbre dans tous les pays du monde et dépasse, par son dynamisme et sa légitimité, le cadre symbolique et étroit de la culture américaine. Cette musique à moitié chanson est devenue universelle en illustrant la ténacité, l’effort et la victoire, des qualités que l’on retrouve dans le film de Clint Eastwood avec Hillary Swank. Mais ne vous laissez pas compter jusqu’à dix pour vous en remettre !

N°31


RÈGLEMENT DE COMPTES À OK CORRAL/Gunfight at the OK Corral (1957), musique de DIMITRI TIOMKIN

Spécialiste de la mélodie et de l’orchestration symphonique, Dimitri Tiomkin pourrait se retrouver à la tête de cette liste tant ses compositions demeurent excellentes : comment choisir entre « Le train sifflera trois fois », « Les canons de Navarone », « Alamo », « Les 55 jours de Pékin » ? Sa partition pour « Règlement de compte à OK Corral » est tout de même significative de son immense talent. Personne n’oubliera la chanson du film après l’avoir entendue, un refrain inoubliable calqué sur les paroles qui sonnent comme un coup de feu. OK, Corral, OK, Corral…, le thème est composé de deux notes répétées en écho, une astuce musicale qui illustre la forte amitié entre deux hommes : la présence charismatique de Burt Lancaster et de Kirk Douglas dans leurs rôles respectifs de Wyatt Earp et Doc Holliday, deux légendes de l’Ouest américain, renforcent l’impact des scènes de Georges Sturges ; l’intensité dramatique de l’action est due à sa manière de filmer simultanément une scène avec plusieurs caméras, le montage s’en trouvant ainsi renforcé (plus de choix dans l’enchaînement des angles de prise de vue ce qui donne une grande fluidité et beaucoup de vitalité à la scène). Mais tout est dans la tête et dans la poussière alors ambiance garantie avec ce western aux thèmes vieux comme le monde, vous savez, les trois La que forment la vie, l’amour et la mort. Toutes les Coralie sont OK pour ce film !

N°32


LA GUERRE DU FEU/Quest for fire (1981), musique de PHILIPPE SARDE

Jean-Jacques Annaud aura réalisé plusieurs chefs-d’œuvre dont « Sept ans au Tibet » et « La guerre du feu ». Il fallait pour ce dernier un compositeur capable de s’adapter à l’histoire incroyable de ces hommes des cavernes à la recherche du bien le plus précieux pour l’humanité naissante : le feu. Censé représenter la vie au Paléolithique, ce film de fiction n’en est pas moins passionnant et alterne les scènes d’action, de réflexion et d’amour si l’on peut dire. Et c’est ici que la polémique engendrée par les scientifiques qui savent tout et qui ne savent rien aura gâché l’existence même du film. Considéré comme une œuvre très éloignée de la réalité, la critique du monde autorisé à parler de leur os à substantifique moëlle a fusé : l’être humain n’était pas encore à la recherche du feu, il ne savait pas encore rire (on est content de savoir que ça s’est amélioré depuis), il n’avait pas cette tête-là, il ne pensait pas, il était anthropophage etc etc etc. Les tentatives de faire communiquer les hommes par l’utilisation d’un langage inventé pour les besoins du film et par des attitudes très sérieusement travaillées le rendent in fine si crédible que même la musique semble d’époque : les scientifiques sont incapables – à part Yves Coppens – de nous informer ou de nous divertir aussi bien que l’ont fait Jean-Jacques Annaud et Philippe Sarde. Tant pis si rien n’est vrai dans ce film. Bien entendu, les scientifiques et autres spécialistes disposent d’éléments qui corroborent telle ou telle versions de ce que pouvait être la vie des hommes sur Terre entre moins 3 millions d’années et moins 12 000 ans avant J.C. mais les grottes magnifiques de Lascaux et Cosquer étaient-elles le résultat d’individus aussi primaires que l’on veut bien nous faire croire ? Vive le bon cinéma, vive les bonnes musiques de films et pour le reste, pas de guéguerre philosophique, « Y’a pas le feu au lac » et laissez-nous rêver encore un peu !

N°33


LA SOUPE AUX CHOUX (1981), musique de RAYMOND LEFÈVRE

Prévue à sa conception pour être interprété par un quatuor à cordes puis par l’orchestre à cordes, Raymond Lefèvre constata le décalage entre la couleur sonore très campagnarde de sa composition et le thème du film lié à une rencontre improbable entre un auvergnant assez spécial et un extra-terrestre qui l’est encore plus. Tiraillé entre deux positions à savoir, privilégier la consonance « musique traditionnelle » ou favoriser « l’électronique », le compositeur superposa les deux (il faut dire mix’ pour faire jeune) : sur un rythme de bourrée la mélodie se décline au synthétiseur. Pari osé, pari gagné. La musique est devenue un succès davantage que le film. Dommage, cette comédie écologiste avant l’heure révèle de nombreuses subtilités intellectuelles véhiculées par le jeu limpide des vieux de la vieille, Louis De Funès et Jacques Villeret, fidèlement au roman de René Fallet. Une plongée dans l’univers poétique du film menée à une heure pétante et trébuchante vous comblera de bonheur comme une visite du triporteur à Paris au mois d’août. Bravo à Jean Girault pour ce film, pour le choix judicieux des acteurs comme pour celui du compositeur. Sans eux « La soupe aux choux » nous manquerait cruellement et ne garderait pas ce parfum si délicieux de la parodie grinçante et inoubliable « à la française » ce dont nous envie jalousement Hollywood. Bien fait pour eux.

N°34


LE FLIC DE BEVERLY HILLS/Beverly hills cop (1984), musique d’ HAROLD FALTERMEYER

Les nouveaux compositeurs « tout synthés » tel Hans Zimmer par exemple se seront formé à l’école Harold Faltermeyer ; son style populaire des années 80 aura bien servi la cause de nombreux chanteurs et surtout chanteuses de variété en donnant la marche à suivre, modernité oblige. Oui, depuis le travail en profondeur de ce compositeur sur la recherche du son artificiel à partir de synthétiseurs et autres appareils insolemment électroniques, la musique de film a changé, on pourrait presque dire évolué. Précurseur en la matière il sera également l’un des premiers à comprendre l’avenir des jeux vidéos pour lesquels il laissera vagabonder son imagination musicale. Le thème principal du film « Axel F » c’est-à-dire Axel Foley joué par le remarquable Eddie Murphy aura fait le tour du globe en tête des Top 50 et classements divers de popularité. Voici un exemple de recette miracle pour réussir son tour : un bon film, de bons acteurs et un bon doublage français (mais ça on sait très bien le faire ici), une bonne mélodie et l’affaire est dans le sac. En théorie bien entendu car dans la pratique, cela ne suffit pas. Quoique…
P.S. À quand « Le flic de Beverly hills IV » sur une nouvelle musique d’Harold Faltermeyer (en réintroduisant le thème d’Axel F bien sûr ?! L’arrangement effectué sur ce thème fétiche pour le troisième volet à « Wonderworld » est absolument grandiose (une musique de film non éditée en cd, c’est la dure loi de l’insuccès vu du côté des requins du financement à l’américaine parfois très éloigné des considérations purement artistiques).

N°35


NIMITZ RETOUR VERS L’ENFER/The final countdown (1980), musique de JOHN SCOTT

Charmante, la musique de John Scott l’est, assurément. La mélodie jouée à la flûte traversière puis à la clarinette de manière classique (sans vibrato) provoque l’ambiance mystérieuse nécessaire au déroulement de l’histoire. Non présente au générique, chose rare car les compositeurs adorent exposer leur thème chéri le plus tôt possible, la mélodie réapparaît dans un même état d’esprit tout au long de ce film sous-estimé que l’on doit au réalisateur Don Taylor. Afin de prendre de la distance avec les forces surnaturelles, le déplacement du porte-avions dans le temps est doublé d’un voyage dans la mélodie. L’orchestration imposante et très énergique du thème principal, celui représentant la force militaire, ne déçoit pas malgré la difficulté de l’entreprise. À l’instar de ses collègues Bill Conti pour « L’étoffe des héros » ou John Williams pour « La guerre des étoiles » par exemple, John Scott compose une entrée en matière impressionnante, les images ne lui laissant pas trop le choix : puissance et efficacité à bord d’un navire de guerre (même en temps de paix) exige un son à la hauteur avec un orchestre symphonique non soumis à l’arrêt de rigueur ! Bras droit de quart, Alan Howarth, un compositeur oeuvrant dans l’ombre des plus grands, participera aux trouvailles sonores de John Scott pour la partie du film où le porte-avions est déplacé d’une décennie à l’autre ; avec des effets spéciaux visuels limités, le son compense les trucages par un mixage bruyant et horrible à la fois, c’est génial. L’intérêt de la scène réside d’ailleurs dans l’impact de la musique. Après un combat pour prendre le contrôle de la modernité, qui oserait prétendre que les compositeurs de musiques de films ne sont pas avant tout des créateurs ?

N°36


ALIENS, LE RETOUR/Aliens (1986), musique de JAMES HORNER

Définir le travail de James Horner relève de l’exploit. Sans style particulier qui le ferait avoir un son, une technique d’orchestration reconnaissable entre mille ou une créativité mélodique débordante, les musiques de films de James Horner laisse toujours l’auditeur exigeant sur sa faim. Ses orchestrations pour « Aliens, le retour » sont excellentes et soutiennent parfaitement les images ; de plus il reprend l’effet d’écho produit par les flûtes traversières créé par Jerry Goldsmith pour le premier volet « Alien, le 8e passager ». Mais le succès mondial de « Titanic » ne relèvera pas l’impression générale dégagée par son œuvre : James Horner n’est pas un mélodiste. Innovant dans l’utilisation des synthétiseurs et dans la production de musiques se ressemblant toutes dans un but d’efficacité et de rentabilité forcée (les producteurs américains ne sont pas réputés pour leur finesse artistique), son incroyable production qui débouche sur les plus gros succès commerciaux de ces dernières années force le respect et l’admiration. Techniquement parfait, le musicien possède les défauts de ses qualités : l’originalité, c’est pas toujours son truc. Et pourtant il ne manque pas de potentiel en témoigne son formidable travail pour « Aliens ». En fait, son avenir est conforme à celui qu’il s’est donné : Professionnel, ni plus, ni moins.
P.S. Pour entendre la version sonore de ce texte, appuyez sur Ripley !

N°37


L’ÂGE DE CRISTAL/Logan’s Run (tv, 1978), musique de LAURENCE ROSENTHAL

Le principe du générique d’un téléfilm, d’un feuilleton ou d’une série télévisée est simple : racoler. La musique doit délivrer un message clair du style « Ramenez vos fesses devant l’écran, je commence ! ». Une musique douce, inaudible, sans signe distinctif pour nous faire savoir que l’on va regarder « Daktari » et non pas « Derrick » supprimerait l’effet d’appel que se doit d’avoir un bon générique de télévision. La deuxième démarche consiste à nous (re)plonger dans l’ambiance générale du téléfilm ; on ne se prépare pas à regarder de la même manière une série policière et une comédie délirante, la musique doit nous préparer à ce qui va suivre. La troisième consiste à fidéliser l’auditeur : si vous vous souvenez de la mélodie, vous vous souviendrez de la musique toute entière et donc du climat qu’elle véhicule ce qui vous amènera forcément au téléfilm et à l’intérêt qu’il représente pour vous : en cas de rappel pour l’achat de sa sortie en dvd, en BluRay ou pour toute autre raison, vous deviendrez aussi réactif que le chien de Pavlov qui remue la queue au moindre stimuli. À l’écoute de la musique extraordinaire composée par Laurence Rosenthal pour « L’âge de cristal » vous replongeriez immédiatement dans la fuite de Logan, de Jessica et de Rem l’androïde qui ne veulent pas retourner au Dôme pour y subir le Carrousel… La musique de Laurence Rosenthal y compris les arrangements intégrés aux épisodes est exceptionnelle et digne des plus belles musiques de films.

N°38


CONAN LE BARBARE/Conan the barbarian (1981), musique de BASIL POLEDOURIS

De l’avis général des amateurs de musiques de films, la composition de Basil Poledouris pour « Conan le barbare » de John Milius avec la complicité d’Oliver Stone (à ne pas confondre avec son ersatz « Kalidor » sorti quatre ans plus tard) est sa meilleure prestation. En intégrant l’atmosphère particulière des productions d’« héroic fantasy », en fait, des films fantastiques sur des faits historiques remontant aux Calanques grecques, Basil Paledouris mélange tout les styles possibles et imaginables. Sa musique structurée pour orchestre philarmonique auquel il rajoute pas mal de choses (probablement des cors alpins, des klaxons, des trucs et des machins) provoque une surexcitation auditive par les instruments tonitruants aux allures d’Apocalypse. En ce sens le compositeur se rapproche des partitions de son collègue Miklós Rózsa ou de Carl Orff et son très pénible « Carmina Burana » joué et chanté par tous les orchestres symphoniques et chorales du monde étudiant. Dans « Conan le barbare », les quelques phrases prononcées en langue peghpiejbnaljkab (c’est-à-dire que l’on ne comprend rien) n’occultent pas la musique ininterrompue, un travail colossal « à l’ancienne » de l’avant-gardiste Basil Poledouris qui en aura inspiré plus d’un. Seule la musique de film peut vous faire devenir aussi génial !

N°39


À L’EST D’EDEN/East of Eden (1955), musique de LEONARD ROSENMAN

Au détour d’une scène jailli une superbe mélodie et on ne peut que regretter son absence à divers moments du chef-d’œuvre d’Elia Kazan. À l’opposé du thème « leitmotiv » réutilisé en permanence, le travail de Leonard Rosenman pour le film est plutôt restreint comme s’il ne souhaitait pas interférer sur les discussions, conflits et états d’âme compliqués d’une famille en pleine déliquescence. Paradoxe supplémentaire, l’orchestration du thème ne provoque pas une émotion aussi forte que son arrangement entendu sous diverses formes hors contexte du film, un indice fort de la qualité mélodique extraordinaire insuffisamment exploitée dans « À l’est d’Eden ». C’était à l’âge de trente ans sa première composition pour le cinéma avant « La fureur de vivre » et ses partitions suivantes toutes aussi remarquables les unes que les autres. Il était impossible, à ce stade de la liste des 100 plus belles musiques de films, de ne pas honorer ce pilier de la composition avec son sens inné de la mélodie et ses interventions musicales justifiées… Parfois atonales à l’excès et exagérément chantantes dans l’aigu, les violons savaient jouer sans retenue sur de grandes envolées lyriques ou dramatiques qui feront corps avec le style des film d’Elia Kazan. Sa grande réputation se forgera très à l’ouest d’Eden.

N°40


MAIS OÙ EST DONC PASSÉE LA 7e COMPAGNIE ? (1973), musique d’ HENRI BOURTAYRE

C’est une sacrée bonne question mais par chance, Robert Lamoureux va nous la retrouver « pas si vite, mais pas si vite ! ». Film très apprécié des français – et pas seulement – lors de sa sortie en salle, les répliques percutantes d’une grande drôlerie sont devenues cultes. « Du à l’ail, je feux du à l’ail », « Le fil rouge sur le bouton rouge, le fil vert sur le bouton vert » du deuxième volet justement, « Ce qu’il faut maintenant, c’est pas rattraper les allemands qui sont devant… Sans se laisser rattraper pas les allemands qui sont derrière », « Hein, chef ? », « Si j’connaissais l’con qu’à fait péter l’pont », « Si on saute pas, on saute ! » , « J’ai glissé, chef », « J’chuis assis sur l’ancien maire »… L’esprit de dérision et la moquerie grinçante restait une pratique en vigueur jusqu’au début de nos années « sérieuses » où on ne peut plus se moquer de rien ni de personne. C’est à se demander comment un Robert Lamoureux avec sa verve extraordinairement dérangeante n’a pas été expulsé de France depuis longtemps par ceux qui voudraient voir développer cette pratique indigne d’un pays dit civilisé, à savoir, interdire les humoristes, les chansonniers et les empêcheurs de tourner en rond par leur esprit ironique, satirique et dérangeant. La musique d’Henri Bourtayre ne suit pas la même définition : elle est carrée, sa mélodie est mémorisable pour tous les défilés de France, l’arrangement est de style « militaire » et tout ça, c’est farpait, chef !

N°41

LES ENVAHISSEURS/The Invaders (1960), musique de DOMINIC FRONTIERE

Six notes bien appuyées aux trombones et trois notes aux flûtes traversières suffisent à créer le climat angoissant et terrifiant de la série culte des années 60. Tout le monde se souvient de la course folle de David Vincent pour débusquer les extra-terrestres avec un trucage de film très simple à réaliser mais qui se sera avéré terriblement efficace lorsque l’envahisseur blessé à mort se désintègre… Les musiques composées par Dominic Frontiere pour soutenir l’action des différents épisodes reprennent souvent le thème du générique avec son arrangement ingénieux. Parfois, certaines interventions semblent superflues dans un style de réalisation qui a évolué mais pour avoir su illustrer un cauchemar qui vient à peine de commencer, le compositeur tombé dans l’oubli et quelque peu méprisé par ses collègues mérite amplement cette place d’honneur dans le palmarès des 100 plus belles musiques de films et de séries télévisées. Si je mens, croix de bois de traverse, croix de cheval de fer, j’vais en Enfer !

N°42


BORSALINO (1970), musique de CLAUDE BOLLING

Claude Bolling, talentueux touche à tout musical, se fera remarquer très tôt dans tous les genres en vigueur à son époque : l’orchestre de variété, le jazz band New orleans, le big band, l’accompagnement de grosses pointures du jazz qui ne veulent plus jouer à Paris sans sa collaboration, la composition pour films, téléfilms, publicités, jazz, vedettes du showbizz, l’écriture pour ensembles classiques (mais avec toujours une dominante harmonique puissante proche du jazz), la radio, les disques, ses concerts en tant que pianiste virtuose, bref, le musicien complet mène son allure à un train d’enfer. Lancé très tôt sur les rails du succès, Claude Bolling n’en fini pas d’épater ses admirateurs. Mélodiste, arrangeur, chef d’orchestre, conseiller pour les plus jeunes qui sollicitent ses conseils (l’école intercommunale de musique de Deauville porte son nom), l’homme pas si tranquille que cela reste toujours en éveil pour ne pas louper le prochain train ; il symbolise le mieux le courant musical « à la française » ayant engendré des musiciens motivés aux talents multiples, une présence hélas malmenée depuis les multiples réformes imbéciles de l’enseignement musical en France (abandon de l’étude du solfège pourtant indispensable dès le début de la scolarité, mépris pour l’apprentissage de la composition et des règles élémentaires de l’harmonisation, superficialité dans l’enseignement instrumental dispensé par des animateurs de garderies incompétents sur le plan de la technique musicale). Point positif malgré tout : les petits français sont éveillés et initiés… Les plus motivés arriveront dans le meilleur des cas à prendre le train de l’orchestre en marche en s’accrochant au wagon de queue jusqu’à épuisement total de la locomotive Bolling… Gare à nos oreilles !
P.S. Claude Bolling adore les chemins de fer.

N°43


KUNG FU (tv, 1972), musique de JIM HELMS

Dans la dentelle, c’est ainsi qu’à travaillé Jim Helms pour la célébrissime série « Kung Fu » avec David Carradine. Légère, aérienne, fluide, évanescente, la musique du compositeur fantôme (impossible d’obtenir la moindre info sur ce compositeur !) rassemble la flûte traversière et les violons, la flûte à bec et la harpe d’un usage évident pour créer le climat nécessaire à la spiritualité du Petit Scarabée. Sans aucune violence mais avec fermeté, le thème reste définitivement ancré dans la mémoire collective tout comme l’esprit bon enfant du feuilleton bien éloigné des états d’âmes de l’actuel téléspectateur. En effet, les sociétés se sont orientées vers une recrudescence de l’agressivité, la montée en puissance des actes de violence et les dures contraintes quotidiennes d’un monde en pleine déshumanisation rendent la série complètement dépassée. Il serait impossible de la recréer telle quelle aujourd’hui ni même de l’envisager sous cette forme. Les apparitions du jeune Harrison Ford et de la toute jeune Jody Foster agrément certains épisodes avec un aspect positif à long terme : le temps aura permis à ces vedettes en herbe de réussir un parcours exceptionnel. Pour avoir commencé tôt, ils seront finalement payés de leurs efforts. La flûte de leur aîné Kwai Chan Caine ne jouait certainement pas le même air que celle du joueur de flûte de Hamelin.

N°44


DELIVRANCE/Deliverance (1974), musique d’ ÉRIC WEISSBERG

Le compositeur Éric Weissberg n’est pas compositeur de musiques de films de métier mais en tant que joueur professionnel de banjo, il est intervenu dans le film de John Boorman « Delivrance » avec panache. Son arrangement, basé sur le développement d’un thème en de nombreuses variations qui favorisent l’improvisation, est issu d’une chanson patriotique traditionnelle sudiste. Le décor est planté. « Dueling banjos » est un ravissement total pour les oreilles car le cerveau humain est très sollicité pour bien saisir toutes les finesses du jeu instrumental des deux interprètes, Mike Russo et Ron Brentano. Le dialogue entre les deux joueurs est époustouflant, et impressionnent les auditeurs les plus récalcitrants par leur musicalité et leur virtuosité. Conçue à partir du scénario, les images ont été tournées d’après l’enregistrement et le montage s’est effectué à la note près. Cette musique de film spécialement composée pour le film « Delivrance » peut être inscrite au Patrimoine mondial de l’humanité. Elle est trop coule…

N°45


LA CHASSE AU TRÉSOR (tv, 1981), musique de JOËL FAJERMAN

Jacques Antoine aura imaginé une émission extraordinaire utilisant le principe de la caméra subjective : le téléspectateur a le sentiment de vivre ce qui lui est montré à l’écran. De plus les moyens techniques rendaient le jeu compliqué par la prise de son séparée de l’enregistrement différé des images (bonjour le montage !). La personnalité attachante et très sympathique de l’animateur (un peu surexcité pour l’époque) Philippe De Dieuleveult aura beaucoup contribué au succès fabuleux de ces aventures passionnantes ; sa disparition au Zaïre reste une énigme insupportable pour le peuple français même s’il semble avoir été éxécuté par des bourreaux sans noms. Pendant le jeu, le candide Philippe Gildas, bien tranquillement installé dans les studios parisiens, saura calmer les ardeurs de « l’homme en rouge » et se montrer complice, une nouvelle fois, d’une équipe de remarquables professionnels. La musique de Joël Fajerman est d’une très grande beauté et demeure exemplaire par la maîtrise des sons électroniques pourtant nouveaux à l’époque ; le thème, les accords, les percussions lancinantes imitant le son des balais de la caisse-claire et les notes tenues finales qualifient le musicien pour le titre de « Meilleure musique de générique d’émission télévisée jamais composée avec des instruments électroniques ». À quand la sortie des épisodes en dvd ou Blu-Ray avec la musique superbe (ça au moins ce n’est pas un secret) de Joël Fajerman ? Par cette attente insoutenable, de qui continue t-on à se moquer et pourquoi ?

N°46


LES GASPARDS (1974), musique de GÉRARD CALVI

Ironie, quand tu nous tiens ! Pierre Tchernia le « Monsieur cinéma » de la télévision française saura nous divertir et nous instruire sur le Septième art comme personne ne l’aura jamais fait avant lui. Mais son talent d’animateur des « Disney dimanche », très appréciés par les familles, et de concepteur de jeux télévisés est doublé de celui de réalisateur : « Les gaspards » est un film formidable avec une pléiade d’acteurs connus ou pas encore sortis de l’anonymat (Gérard Depardieu par exemple qui n’avait pas encore sorti ses valseuses). La musique de Gérard Calvi est sensationnelle pour illustrer le dessin animé du générique : le compositeur très imaginatif aura inventé un nouveau concept sonore, la musique symphonique urbaine. En mélangeant sa partition classique avec les effets comiques des dessins animés, il aura certainement inspiré ses collègues compositeurs de musiques de films et les groupes de musiciens de rue, les artistes du macadam. D’ailleurs, sous les pavés ne se trouvent pas la plage mais les Gaspards. Catacombes la nuit…

N°47

L’EMPEREUR DU NORD/Emperor of the North (1973), musique de FRANCK DE VOL

Attention, chef d’oeuvre ! Un trio d’acteurs brillants illumine les rails de cette histoire vécue. Sur une musique instrumentale et chantée de Franck De Vol, sur des arrangements à dominante « variété », cet américain polyvalent car acteur, compositeur et arrangeur trouvera le ton orchestral parfait pour soutenir les images du film. La chanson du générique évoque l’atmosphère particulière de l’époque traversée, celle des années de la Grande dépression. En revanche pour faire avancer le convoi et lui permettre de respecter les horaires, Ernest Borgnine saura mettre la pression sur les hommes : les tribardeurs n’ont qu’à bien se tenir. Film de référence longtemps mis de côté, sa sortie en dvd aura permis au public de s’y intéresser à nouveau et de redécouvrir un compositeur talentueux. Le thème principal est inoubliable et une fois entendu, vous aurez envie de le ressortir au détour d’une traversée de voie… En route pour de nouvelles aventures sur une mélodie sortie de l’oubli !

N°48

CHANTONS SOUS LA PLUIE/Singin’ in the rain (1952), musique de NACIO HERB BROWN
« I’m singin’ in the rain », lorsqu’il faisait son numéro sous la pluie artificielle du studio, Gene Kelly avait-il conscience qu’il était en train de réaliser l’une des plus belles et des plus grandes scènes de l’histoire du cinéma ? Perfectionniste, il l’était sûrement. Tyrannique sur le plateau, également. Talentueux, n’en parlons même pas mais contrairement à son collègue Fred Astaire qui possédait une grâce et une facilité naturelles, Gene Kelly reflétait le travail immense d’un homme soucieux de parvenir au résultat parfait. Son passé de sportif complet antérieur à son parcours de danseur pourrait-il expliquer son excès de méticulosité ? Ses capacités de réalisateur n’auront pas été reconnues à leur juste valeur. En dirigeant de main de maître « Hello, Dolly ! » il ne s’attendait pas à un échec terrible pour preuve les commentaires aujourd’hui encore peu flatteurs émis par des critiques incompétents. On peut alors comprendre, dans un système hollywoodien qui ne fait aucun cadeau, que l’on puisse devenir irascible en ayant toujours peur du jugement de ses pairs. Gene Kelly aura effectué les bons choix musicaux en s’associant à ses autres collègues et amis Stanley Donen et Nacio Herb Brown avec sa chanson fétiche qui fit le tour du monde. Les nombreux numéros de danse et les exploits acrobatiques cachent des trucages originaux et font de « Chantons sous la pluie » l’œuvre artistique la plus complète et la mieux aboutie du cinématographe. Preuves à la pluie !

N°49

BUTCH CASSIDY ET LE KID/Butch Cassidy and the Sundance kid (1969), musique de BURT BACCHARAH
Une mélodie chantée sans paroles mais sur des onomatopées pendant une scène d’action importante du film de George Roy Hill classe le compositeur dans la catégorie des génies de la musique de film. Parfois, un titre mondialement célèbre comme « Toute la pluie tombe sur moi » interprétée par un chanteur de variété du style Sacha Distel peut donner à penser que le compositeur de la musique du film d’où est extirpé la chanson « ne vaut pas un clou »… Les musiciens classiques très critiques sur tout ce qui ne sort pas de leur maffia auront longtemps dénigré la musique de film pour cette raison. Récupérer et transformer à des fins essentiellement commerciales les meilleurs moments d’une musique spécifiquement conçue pour un film ne donne pas une image conforme à la réalité : les mélodies et les arrangements très fins de Burt Baccharah sont grandioses et exceptionnels. Le musicien aura pourtant délaissé la profession pour s’orienter vers la chanson de variété, justement. Le talent ne s’exprime pas toujours dans les meilleurs conditions requises ni dans les endroits adaptés. La musique de film méritait de se le garder. Il n’y a pas que la fin du chef d’œuvre de George Roy Hill qui donne envie de verser une larme.

N°50

WARGAMES (1983), musique d’ ARTHUR B. RUBINSTEIN

La mélodie du film est superbe. Créée dans de la dentelle harmonique, les arrangements sont d’une grande finesse intellectuelle. Tantôt interprétée par un soliste (harmonica, guitare classique, clavier…) l’orchestre symphonique prend la relève pour faire chanter le thème sur des arrangements très riches (guitare basse, batterie, cors, tous les pupitres d’un orchestre jouant une très bonne musique de film sont représentés). Les nombreux changements de ton sont remarquables, l’alternance tierce Majeure/tierce mineure provoquant l’intérêt harmonique et les interventions musicales bien ciblées font de « Wargames » une référence en matière de musique de film. Malheureusement, la perfection ne pourra être atteinte car le réalisateur John Badham refusera au moins deux arrangements extraordinaires : l’interprétation de la mélodie par une chorale de jeunes filles à la voix superbe dans un tempo lent (dans ce que les anglo-saxons appelle un Love theme) les paroles explicites de la chanson apportant alors une crédibilité supplémentaire aux images, et une autre version chantée par une artiste en solo. Le réalisateur estimera sans doute à tort (mais il est seul maître à bord) que ces apports musicaux apportaient trop de divergence, éloignaient le spectateur du fil conducteur. Rien n’est moins sûr mais ce qui l’est certainement, c’est un manque cruel pour nos oreilles. Un repli stratégique sur le cd s’impose d’urgence… Avant la fin du monde !

La suite du classement des 100 plus belles mélodies du cinéma (de 51 à 100).

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