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Les compositeurs de musiques de films

Musiques de films

Pour en savoir plus sur les compositeurs de musiques de films et leurs créations, parcourez les pages suivantes !

2
La critique de film d'Alix

Critiques de films

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Le Top 100 des plus belles musiques de films

Les 100 + belles BO de films

Est-ce possible ? Possible, oui bien sûr mais raisonnable, beaucoup moins.

Les 100 plus belles musiques de films, 2e partie

 

Note importante !
Aucun système de notation n’a été mis en place pour constituer ce classement, aucun avis extérieur n’a été sollicité, aucun sondage n’a été utilisé, aucune référence à d’autres classements similaires n’est pratiquée. Une seule musique est retenue par compositeur qui ne sera donc représenté qu’une seule fois dans la liste malgré, pour certains, l’abondance de leurs compositions toutes aussi remarquables les unes que les autres. Retenez tout de même le fait que cette liste est probablement unique dans sa conception, pour l’instant du moins !
Les 100 plus belles musiques de films, de feuilletons, de séries et d’émissions télévisées sont listées à partir des critères objectifs et subjectifs suivants :
- Intérêt musical dans sa globalité
- Qualité de la mélodie
- Qualité de son accompagnement et/ou richesse de l’orchestration
- Rapport avec le film dont la musique est rattachée
- Accessibilité au plus grand nombre et/ou sophistication de l’œuvre
- Qualité de l’interprétation
D’autres critères peuvent être retenus :
- Originalité de l’œuvre (on n’avait jamais entendu cela auparavant)
- Impact de l’œuvre sur l’évolution de la musique de film en général
- Qualité(s) mélodique(s) et/ou harmonique(s) et/ou rythmiques(s) inoxydable(s)
- Succès populaire avéré à l’époque et/ou indéfectible
- Charme dégagé et/ou efficacité des compositions par rapport au film
Autre critère très subjectif retenu occasionnellement :
- Envie de mettre la musique du film dans la liste un point c’est tout
100 musiques mais il y en a tellement d’autres… !

Classement de 51 à 100


N° 51


LE RANCH L/Lancer (tv, 1968), musique de HUGO FRIEDHOFER

Une musique de série ou de feuilleton télévisé peut créer une émotion aussi forte qu’une musique de film élaborée pour le grand écran. La technique d’écriture musicale ne diffère pas, seule la perception du public peu être différente : devant son écran à son domicile, selon la programmation et les contraintes de la diffusion (nombre d’épisodes, pub prévue pour charcuter l’œuvre etc.) l’impact ne sera pas le même. Au cinéma comme à la télévision, la collaboration entre le réalisateur et le compositeur est essentielle même si l’on sait qu’en France, les nouveaux réalisateurs dédaignent beaucoup trop facilement la démarche artistique, certainement à cause d’un pathétique manque d’éducation artistique remontant à l’école primaire publique qui méprise totalement l’enseignement musical spécialisé. En prévoyant comme toujours dans le cas d’un générique répétitif une mélodie très facile à mémoriser avec son arrangement adapté au contexte, Hugo Friedhofer travaillera dans le détail en rajoutant « sa patte » (mélodie efficace, orchestration riche et très élaborée). En compagnie d’autres collègues prestigieux, Max Steiner ou Ernest Korngold par exemple, ses moments de rencontres et de travail confraternel passées à Hollywood seront certainement les plus belles années de sa vie…

N° 52


JEAN DE FLORETTE (1986), musique de JEAN-CLAUDE PETIT

L’opéra de Giuseppe Verdi « La force du destin » composé en 1862 aura inspiré bien des générations de musiciens. Avec son thème romantique évoquant la tragédie, il n’en fallait pas davantage à Jean-Claude Petit pour l’adapter au drame subit par Manon des sources et toute sa famille. L’ambiance des pays du sud est évidente dans le film de Claude Berry (c’est du Pagnol !) du coup l’arrangement se devait de faire la part belle à l’orchestre symphonique pour évoquer les magnifiques paysages de la Provence. En revanche le thème joué à l’harmonica fut une audace payante en matière de musique de film car l’utilisation d’un thème d’opéra classique archi connu ne peut que déboucher sur la fronde des extrémistes de la musique classique qui ont l’esprit fermé. Le risque du reproche d’un travail facile était grand, la démarche de Jean-Claude Petit semblait perdue d’avance. Il n’en sera rien. Le talent du compositeur aura fait son oeuvre : la mélodie convient parfaitement à « Jean de Florette » et son imbrication dans les pathétiques scènes du film est plus que spectaculaire, elle est miraculeuse. Seule la musique de film peut permettre la réunion de tous les genres musicaux et nul doute que Verdi approuverait l’emprunt de son thème. Jean-Claude Petit, par son talent, aurait pu à son tour composer un thème utilisé par Verdi – à charge de revanche – mais le destin en aura décidé autrement. C’est ce qui fait sa force.

N° 53


L’ÎLE AU TRÉSOR/The treasure island (1973), musique de NATALE MASSARA

Les européens auront co-produit ce film qui sent bon la distribution internationale. Côté musique du film l’italien Natale Massara a composé une très jolie mélodie interprétée à la guitare classique ; l’accompagnement léger et « senti » de l’orchestre symphonique (l’interprétation est chaleureuse, les accords de septième et les longues notes tenues y sont pour beaucoup) apportent le soutien nécessaire aux diverses actions d’un film peut-être pas très spectaculaire en soi mais qui reste néanmoins très agréable à suivre par ses aspects didactiques (la voix off) : pour s’en souvenir plus sérieusement ne pourrait-on pas enfin sortir une version française en dvd et tant qu’à faire, nous faire profiter du cd de la musique du film ? Le doublage français des acteurs n’est pas non plus exempt de tout reproche, par exemple pour le personnage de Jim Awkins enfant-héros du roman de Robert Louis Stevenson que l’on a affublé d’une voix d’adolescent élàoignée du personnage immature. Jean Lefebvre fidèle à lui-même et Orson Welles dans un rôle visiblement alimentaire rendent par leur seul présence le film plaisant et intéressant. La musique de Natale Massara reste certainement le seul chef-d’œuvre artistique de l’entreprise avec une mélodie incomparable de beauté, la fusion des sonorités donnant à l’ensemble une simplicité toute cinématographique. Une nouvelle fois, la simplicité et le talent seront gratifiants.

N° 54


ZORRO (1957, 1965 en France), musique de WILLIAM LAVA

Un générique d’une force et d’une vitalité exceptionnelles, voilà ce qu’à réussi William Lava. Parfaitement bien doublée en français (on a beaucoup de chance en France d’obtenir la perfection sur les doublages de films étrangers), la chanson phare de « Zorro » demeure une valeur sûre de la musique pour séries télés. En faisant appel aux instruments à sonorité « chaude » (la famille des violons en prise de son intérieure, la trompette, la guitare classique) représentatifs de l’influence musicale des pays hispaniques, le compositeur utilisera la technique d’écriture en vigueur dans les dessins animés : un thème leitmotiv par personnage (Zorro, le sergent Garcia…), des notes ou des phrases à chaque mouvement de caméra qui mérite d’être soutenu par la musique, des effets humoristiques très à la mode dans les années 50/60 (les glissandos, les gammes chromatiques rapides etc.). Le thème lié aux apparitions du sergent Garcia se fait remarquer par son originalité : à trois temps rapides (armature à 3/8), il se joue du physique « enveloppé » du militaire gaffeur, pataud et naïf malgré son rôle qui n’est pas de tout repos. Gare à tes fesses, Zorro veille au grain !

N° 55


LA HORDE SAUVAGE/The wild bunch (1969), musique de JERRY FIELDING

Terrible, ce film est terrible. Il dévoile la violence et la cruauté dont l’homme fait son pain quotidien lorsqu’il n’est pas cadré. S’il existe des lois et des règlements, c’est bien pour définir les droits et les devoirs de chacun dans le respect de l’autre. Toute société dite civilisée doit s’attacher à les appliquer et à les voir être respectées, sans despotisme ni manque de tolérance dans un esprit d’apaisement pour des faits sans grandes conséquences ; c’est pour y voir toujours plus clair que la justice aux yeux bandés balance et tâche de concilier au mieux les intérêts communs ou contradictoires, publics ou particuliers. Malgré sa vie difficile parsemée d’embûches, le réalisateur Sam Peckinpah aura été élevé dans le respect de ses concitoyens et de la nature qui nous entoure. La société américaine des années 50 et 60, elle, n’aura pas eu les mêmes égards à son encontre par manque de recul et de discernement. Au pire, le réalisateur règle ses comptes. Ses films souvent remplis de violence parfois extrême sont le fruit d’une intelligence subtile car non dévoyée d’hypocrisie. Montrer à l’écran la cruauté des hommes pour ne pas avoir à la subir est très une démarche très difficile qui ne peut pas être comprise, encore moins acceptée, par les personnes qui manquent d’ouverture d’esprit. Si l’on montrait la manière dont sont traités les malheureux animaux élevés en batterie, leur transport plein de souffrance et leur abattage dans l’odeur ensanglantée qui oserait encore en manger ? Si l’on demandait aux taureaux ce qu’ils ressentent dans l’arène pendant leur lente et cruelle mise à mort, tolèrerait-on encore ces boucheries en plein air ? Pourtant nos enfants mangent de la viande d’animaux martyrisés et se régalent du spectacle giclant de la corrida. En ce sens le film « La horde sauvage » ne montre rien de moins ni rien de plus que l’horreur des conflits, des guerres et de ses assassins. La scène finale de « La horde sauvage » est monumentale et tout au long du film, la musique de Jerry Fielding ne fait pas de concessions. Tuer ou être tué n’est-elle pas la dure loi de la nature ? Tuer par plaisir ou être tué par vengeance, par cupidité ou par méchanceté, n’est-ce pas en revanche le propre de l’homme ? Est-ce une concession à la violence que de la dénoncer de manière réaliste, c’est-à-dire dans son horreur pleine et entière ? Il n’y a pas qu’aux chevaux que l’on aimerait maintenir des œillères…

N° 56


3615 CODE PÈRE NOÊL (1990), musique de JEAN-FÉLIX LALANNE

La violence est une nouvelle fois le fil rouge couleur sang de ce film exceptionnel. Donner au Père Noël le rôle d’un assassin présenté sous les traits d’un malade mental et lui donner comme adversaire redoutable le petit Thomas qui lutte pour sa survie et celle de sa famille, franchement, il fallait oser. De même confier la musique du film à un non spécialiste de la discipline, Jean-Félix Lalanne, relevait également du pari audacieux. Un pari merveilleusement bien réussi. Le réalisateur René Manzor et le guitariste Lalanne forment un duo familial d’artistes complets qui permet le mélange des talents : ce film d’une très grande originalité mériterait très nettement d’être redécouvert et reconnu comme un modèle du genre. Sa sortie dvd ne se fait toujours désirer et les mélodies doublées d’une orchestration très professionnelle de Jean-Félix Lalanne n’existent pas en cd. Pourquoi tant de frustration ? La disparition prochaine du Minitel pourtant précurseur d’Internet indique la direction prise par les producteurs français : ne pas faire de vagues et surtout ne pas sortir d’une ligne sans prise de risque, c’est cela, devenir « politiquement correct ». « 3615 Code Père Noël », par son réalisme et la maîtrise de toutes les composantes dues à un excellent film, reste trop dérangeant dans une époque aseptisée et uniformisée. C’est qu’il ne faudrait pas choquer une nouvelle fois les pauvres petits bouts d’choux afin de les protéger le plus possible de leur environnement hostile ! Dans ce cas la Mère Noël a encore beaucoup de pain sur la planche…

N° 57


BYE BYE BIRDIE (1963), musique de CHARLES STROUSE

Dès que démarre le film, la musique de Charles Strouse explose aux oreilles avec ses jeunes plus occupés à danser qu’à étudier, ses enseignants qui déchantent sur une chorégraphie très rétro, son ambiance très kitch qui sature dans les couleurs, une musique extraordinaire avec de très belles mélodies parfaitement synchronisées aux paroles, des changements de tonalités toujours surprenants, des contre-chants ingénieux, tout est débordant d’un dynamisme extraordinaire. Les arrangements sont grandioses par le mélange de l’orchestre symphonique, des interprètes très pros dans leur jeu en soliste, des instruments modernes utilisés dans la musique de variété (guitares électriques, batterie, saxophones, percussions, instruments « exotiques ») et surtout, les chansons sont délivrées avec une énergie et des timbres de voix absolument superbes : Janet Leigh, quel timbre de voix magnifique parfaitement maîtrisée dans la nuance ! Dans le genre comédie musicale, on est « au top ». Malgré le fait que cette création soit peu connue en France et même en Europe à cause de ses aspects trop américains (la vie universitaire, les relations spéciales entre profs – élèves – parents, la mentalité et les comportements stéréotypés des uns et des autres dans une société organisée différemment), il faut néanmoins reconnaître l’excellence du travail fourni par Charles Strouse ; certaines de ces chansons seront reprises par les vedettes de l’époque (Sinatra, Elvis…) et continuent toujours de faire le tour du monde en tant que standards de jazz, principalement. Cette comédie musicale est donc souvent rejouée par les étudiants américains à l’occasion des spectacles de fin d’année scolaire. Des mélodies qui ne sont donc pas prêtes à tomber dans l’oubli, n’est-ce pas, « Annie » ?

N° 58


L’HOMME TRANQUILLE/The quiet man (1952), musique de VICTOR YOUNG

Victor Young est l’un des piliers de la musique de film. Comme souvent dans la réussite des musiciens de la spécialité, ses origines sont européennes et l’Amérique de l’Oncle Sam aura ouvert une nouvelle fois ses portes et son cœur aux immigrés – avant de leur ouvrir ses oreilles – : Victor Young composera quelques unes des plus belles pages mélodiques et symphoniques du XXe siècle. Homme tranquille, il le restera toute sa carrière fort de l’appui d’autres monstres sacrés du cinéma, John Ford par exemple ; en poursuivant une carrière multiple très enrichissante intellectuellement parlant (copiste, arrangeur, compositeur, orchestrateur, chef d’orchestre, superviseur, directeur musical), en s’investissant à 150 % dans ses travaux, le monde professionnel très fermé du cinéma lui permettra d’atteindre les sommets de l’Art en raison de ses qualités humaines et personnelles appréciées de tous. Pour arranger les thèmes traditionnels irlandais et composer les airs de « L’homme tranquille » il fallait ce musicien compétent au nom impossible à oublier pour le Top 100 des plus belles musiques de films. La mélodie très gaélique au tempo lent très récitatif de cette comédie bon enfant demeure intemporelle et d’une extraordinaire beauté. De quoi rester jeune toute sa vie.

N° 59


ABYSS (1989), musique d’ ALAN SILVESTRI

Un film catastrophe bien fait reste un délice pour le spectateur. Avec James Cameron difficile d’être déçu. Son exemple à suivre et celui de ses collègues sont impressionnants de grandeur, de « L’aventure du Poséïdon » à « Titanic » en passant par « La tour infernale » et « Twister », impossible de ne pas crouler sous les émotions fortes de ces films « à grand spectacle ». Le compositeur devra lui aussi trouver l’énergie et l’inspiration nécessaires à l’accomplissement de sa mission périlleuse : la technique d’écriture et la cadence de travail sont sensiblement différentes dans les productions d’un autre genre. Illustrer les situations très variées, soutenir l’action par définition très mouvementée en créant, en développant et en maintenant le suspense reste une démarche très lourde à assumer. Souvent les compositeurs ne travaillent pas seuls sur de tels projets ce qui est pratiquement toujours le cas aujourd’hui : les films possèdent tous de grandes scènes d’action et incluent les spécificités du film catastrophe (changements de rythmes, de personnages, d’atmosphère…) de plus, le travail s’est accéléré par des contraintes de rentabilité réduisant à une peau de chagrin le temps de préparation d’une bonne musique. En collectivisant à l’excès la création, les compositeurs se regroupent au sein de « studios à tout faire ». Sans entrer dans les détails, le travail du « musicien de papa » penché sur son clavier de piano à queue avec un crayon, une gomme et ses feuilles d’orchestre, c’est totalement terminé, en fait depuis l’exemple donné par Hans Zimmer créateur du studio « Media Ventures » à la fin des années 80. La caractéristique des nouveaux compositeurs de musiques de films issus de cette formule est simple : pas ou peu de mélodies, hégémonie des sons électroniques et nivellement par le bas dans un style « passe-partout ». Parfois très efficace, parfois médiocre, le talent du compositeur se retrouve toujours à l’arrivée et le spectateur reste le seul juge. Du talent justement, Alan Silvestri n’en manque pas. Abyss à la population !

N° 60


FAUBOURG 36 (2008), musique de REINHARDT WAGNER

Un film français chanté (à ne pas confondre avec une comédie musicale) reste un pari fou qu’aura osé le réalisateur Christophe Barratier ; grâce à sa formation de musicien classique qui explique pas mal de choses, il réussira un chef d’œuvre. « Faubourg 36 » doit être classé dans la catégorie des films les plus remarquables de ces dernières années. La révélation de talents cachés parmi les comédiens (chanteuses, chanteurs, ils l’étaient sans trop le savoir) mais également la mise en valeur sur le devant de la scène de Reinhardt Wagner permettent tous les espoirs : quand renouvelle t-on l’heureuse expérience ? Malheureusement les investisseurs financiers dont le réalisateur Christophe Barratier font leur compte et ne s’y retrouvent pas : le public a boudé un peu trop son plaisir. La faute à qui ? À la très mauvaise critique journalistique. À force de piquer comme des moustiques sur une peau fragile car très sensible, les « mal embouchés » étouffent la création artistique en tentant parfois, après coup, de se faire pardonner mais trop tardivement, bien entendu car le mal est fait. Pour ne parler que des gens sérieux à savoir le compositeur Reinhardt Wagner, les acteurs, les collaborateurs et toute l’équipe du film, les Mélodies Modernes souhaitent transmettre leur affection certaine illustrée par ce classement dans le Top 100 des plus belles musiques de films. C’est véritablement un enchantement pour le môme Jojo…

N° 61


LE PETIT MONDE DE DON CAMILLO Don Camillo (1951), musique d’ ALESSANDRO CICOGNINI

Fernandel et Gino Cervi sur une musique d’Alessandro Cicognini : le réalisateur Julien Duvivier et « la voix off » du Seigneur ne pouvait espérer mieux. L’Italie d’après guerre, les rivalités politiques et les querelles de clocher battent le pavé. Pour l’honneur ou pour la gloire tout de même, certains évènements trouveront une solution grâce à la bonne volonté des uns et des autres. La verve magnifique de Fernandel très à l’aise dans son rôle taillé sur mesure, son sourire sympathique, son visage expressif et ses mimiques toutes personnelles seront soutenues par une musique très imagée. Peppone, le maire communiste, possèdera un thème musical plus rythmé, plus dynamique, plus militaire : il mène sa commune d’une main ferme mais sa poigne est franche et tout aussi sympathique. Incontournable réalisation suivie de plusieurs films, la musique de Don Camillo reflète toute une époque révolue. Mélodique, harmonique, rythmée, le compositeur aura réalisé un travail artistique de première importance. C’est toujours une chose qu’Hollywood ne pourra pas nous prendre car une nouvelle version américaine aurait peu de chance de conserver toute sa saveur ; ce serait pour le public européen un vrai manque de Pô !

N° 62


DAKTARI (tv, 1966), musique de SHELLY MANNE

À l’image de son ami et collègue Quincy Jones pour la musique de la série télé « L’homme de fer », Shelly Manne, l’un des plus grands batteurs et percussionnistes de tous le temps, relèvera le pari de réaliser en vingt secondes seulement une musique de générique complètement dépaysante. L’Afrique qui n’avait de couleur africaine que celles des studios et paysages californiens (!) sera musicalement représentées par des percussions froides (à l’inverse des percussions sud américaines appelées percussions chaudes, une question liée à la tension de la peau des tambours et à leur résonance), l’esprit de la musique traditionnelle africaine étant parfaitement respectée dans la musique du générique. Le chimpanzé et Clarence le lion qui louche pensent-ils que l’homme n’est pas intelligent ? Pendant que certains bipèdes font tout leur possible pour tenter de préserver la nature et ses merveilles, des crapules nommées chasseurs tuent et pillent le patrimoine précieux d’un continent déjà suffissamment dévasté par une colonisation féroce et une démographie révélatrices de la folie des hommes ; aujourd’hui encore les vendeurs d’ivoire, ces trafiquants tous aussi tarés les uns que les autres détrisent une ressource qui engraisse les plus fortunés du monde, des milliardaires sans scrupules capables de dépenser des sommes folles pour obtenir ce que leur voisin ne possède pas. L’Afrique doit tout faire pour protéger sa richesse… Ou du moins ce qu’on lui en a laissé !

N° 63


LE RICHE ET LE PAUVRE/Rich man, poor man (tv, 1976), musique d’ ALEX NORTH

Le compositeur Alex North aura marqué l’histoire de la musique de film. En produisant de véritables chefs-d’œuvre à haute valeur artistique, il ne se contentera pas de travailler pour le cinéma qui aura retenu auprès de lui son enfant chéri : il y fera carrière en consacrant tout son temps à la composition, aux arrangements et à l’établissement de bonnes relations entre les collègues d’Hollywood. Lorsque l’on est capable de « faire sa place au soleil » en respectant un code de bonne conduite (réussir professionnellement sans nuire aux intérêts de quiconque) relève de l’exploit personnel et permet de définir le style du musicien : ses musiques seront chaleureuses et généreuses. Mélodies au développement insensé, arrangements riches et variés, Alex North restera soucieux d’apporter au cinéma mais aussi à la télévision sa créativité musicale ; il composera à cet effet le générique fameux du feuilleton non moins prisé des français « Le riche et le pauvre » avec Nick Nolte et Peter Strauss. Bill Bixby, producteur de la série « Hulk », acteur dans « Le magicien » et présentement réalisateur, pensait en confiant la musique de son feuilleton à Alex North qu’il collaborait avec un génial faiseur de pluie mélodique.

N° 64


LES CHARIOTS DE FEU/Chariots of fire (1981), musique de VANGELIS

Alix a repéré les musiques de films de Vangelis Papathanassiou depuis longtemps, à vrai dire depuis 1973 et « L’Apocalypse des animaux » de Frédéric Rossif. Une mélodie nommée « La petite fille de la mer » jouée au piano Wurlitzer provoquait une émotion rare dans un film animalier hors normes : c’était l’époque où l’on commençait enfin à s’intéresser à la défense de la cause animale portée sur le grand écran sans humaniser excessivement les bêtes qui le sont moins que les hommes… Les sentiments dégagés par les musiques électroniques de Vangelis sont exceptionnellement puissants car les sons entendus véhiculent une émotion forte avec la même efficacité qu’en version acoustiques, un grand tour de force que l’on doit aux mélodies et à leurs arrangements. Les images de ces sportifs en train de courir revêtus de blanc sur la sur la plage au petit matin soutenus par la musique tri-dimentionnelle de Vangelis font du générique du film de Hugh Hudson « Les chariots de feu » un moment de vrai bonheur visuel et auditif : on avait rarement porté aussi bien les qualités du sport à l’écran. Cette musique de film moderne mérite amplement sa place dans le Top 100 des plus grandes et plus belles musiques de films de tous les temps.

N° 65


COLORADO/Centennial (tv, 1978), musique de JOHN ADDISON

Pasquinelle joué par Robert Conrad reste l’exemple même de la vie du « coureur des bois », ces français au tempérament aventureux qui s’expatriaient en Amérique pour y vivre naturellement au contact des animaux et des autochtones, les indiens. James Michener à qui l’on doit « Sayonara » (voir la musique de film N° 24 est l’auteur de cette saga extraordinaire bien retranscrite pour le petit écran. Sur un thème magnifique de John Addison, la version enregistrée sur deux disques compacts différents ne donne pas satisfaction à l’auditeur. Impossible d’obtenir la version originale sinon en se repassant la série, sur ce coup-là nos amis britanniques ne sont pas bons, artistiquement et commercialement. Mélodiste, John Addison n’est que très peu connu malgré son œuvre importante et pour s’en convaincre revoyez le film de guerre « Un pont trop loin » qui donne toute la mesure de son talent. Pourtant c’est avec « Colorado » que sa musique fait le plus rêver : un thème et des arrangements comme ceux-ci, on peut en chercher longtemps, ils ne sont pas fréquents.

N° 66


LE PARRAIN/The godfather (1972), musique de NINO ROTA

Tout a été dit et écrit sur cette fresque évoquant plusieurs générations d’une famille de la maffia sicilienne et Francis Ford Coppola mènera dans la plus grande difficulté son entreprise à bon port. Personne ne voulait par exemple de Robert de Niro dans son premier grand rôle dont il se sortira avec classe et brio. La musique de Nino Rota brille elle aussi par son efficacité et son adaptation au contexte géographique, dramatique et sentimental d’un film tout de même dépassé. L’œuvre a mal vieilli mais reste néanmoins un monument du cinéma ; dès sa sortie l’impact sur le public sera considérable car on n’avait jamais montré cela avant. Qui pouvait soupçonner l’existence d’un monde parallèle en marge de notre société prétendument civilisée et évoluée ? Nino Rota composera beaucoup pour le cinéma italien et sa recherche permanente de la meilleure sonorité pour la meilleure mélodie par rapport au film rend son travail remarquable notamment dans la saga des « Parrain ». Par chance Nino Rota ne se sera jamais fait dépassé par les évènements et n’aura pas « risqué sa peau » à chaque fin de mesure : aucun contrat ne courait sur lui hormis celui qui le liait au réalisateur pour cette production magistrale. Tutto va bene, il lavoro è ben fatto !

N° 67


BUNNY LAKE A DISPARU/Bunny Lake is missing (1965), musique de PAUL GLASS

Paul Glass aura innové en faisant correspondre la durée des morceaux choisis pour le montage final (dont ceux d’un groupe rock) avec le minutage des scènes d’action reposant sur un odieux compte à rebours. Le stress d’une mère de famille à la recherche désespérée de son enfant probablement enlevé par un inconnu est sans équivalence dans l’horreur. Le réalisateur Otto Preminger dont François Truffaut reconnaissait le grand talent aura su rendre palpitant le suspense et le compositeur aura fait preuve d’intelligence en utilisant un thème mélodique répétitif joué à la flûte à bec (symbolisant l’enfance) dans une orchestration superbe aux nombreux changements de tons. L’emploi d’un saxophone alto rajoute à l’ambiance « cotonneuse » souhaitée par le réalisateur : la maman de Bunny, choquée et traumatisée, n’est-elle pas en train de sombrer dans le délire ? Des lyres justement, Paul Glass aurait pu et su en utiliser si l’occasion se présentait. Il est regrettable de ne pas mieux connaître ce compositeur inspiré et compétent.Où ce funny mec aurait-il disparu ?

N° 68


FITZCARRALDO (1982), musique de FLORIAN FRICKE

Werner Herzog à la pointe de l’audace : comment faire passer un énorme bateau au-dessus d’une colline boisée de l’Amazone avec des indiens hostiles, d’emblée ? Qui ne le serait pas devant ce projet fou ? La musique ne pouvait que s’adapter à la folie décrite dans le film. Les instruments électroniques, les notes tenues, la persistance de certains sons caractéristiques du travail de recherche du compositeur Florian Fricke meneur d’un groupe pop célèbre font de cette production une œuvre complète. Du début à la fin, l’ambiance demeure très spéciale, l’acteur allemand Klaus Kinski étant idéal pour entretenir l’esprit fantastique du film. Lorque l’on apprend qu’il n’était pas choisi au départ pour interpréter ce rôle difficile et que le cas se présente bien plus souvent qu’on ne l’imagine, on devient admiratif devant la performance qui contredit totalement ceux qui se trompaient… « Fitzcarraldo » est une remarquable aventure dépaysante à la musique moderne peu élaborée sur le plan de l’écriture classique, certes, mais terriblement originale et une place de choix dans le classement des 100 plus grandes et plus belles musiques de films est légitime. Soyez persuadés sur ce coup-là qu’on ne vous mène pas en bateau…

N° 69


RETOUR À COLD MOUNTAIN/Cold Mountain (2003), musique de GABRIEL YARED

« Retour à Cold Mountain » est un film basé sur une période difficile de l’histoire des Etats-Unis. La guerre de Sécession voyait mourir les jeunes recrues des pays rivaux (le nord et le sud) dans les tranchées et sur les champs de bataille, de nombreuses exactions de crapules ponctuant de part et d’autre le quotidien des villageois. Confier la musique du film à Gabriel Yared ne pouvait pas être un meilleur choix. Mélodique, harmonique, orchestrale ou « de chambre », d’illustration ou de soutien fort aux images, ses compositions se fondent parfaitement au scénario et lui donne la puissance nécessaire quand cela s’avère nécessaire. Certains plans et plusieurs situations débordent de générosité : les cadrages, les couleurs, les acteurs, la musique, l’ensemble est convaincant, le scénario un peu moins sur la fin, dommage. En intégrant la musique typique de l’époque et de la région traversées (le folklore américain si cher à Sheila), Gabriel Yared a bien géré son entreprise : il compose en amont puis affine sa musique durant le tournage (les paysages sont ceux de l’Europe de l’est !) en collaborant de manière très active avec le réalisateur Anthony Minghella. Le travail d’équipe, quand on vous dit qu’il n’y a que ça de vrai avec l’amour, bien sûr, pour déplacer des montagnes…

N° 70


LE TROISIÈME HOMME/The third man (1949), musique d’ ANTON KARAS

Vienne, le nazisme, l’espionnage, Anton Karas devait trouver le bon thème et le bon arrangement. En utilisant la cithare pratiquée dans les pays de l’est européen afin de correspondre au contexte du film, le compositeur développera une mélodie de notes conjointes pour former une mélodie terriblement accrocheuse et originale par ses notes répétées, style et technique instrumentale obligent. Parti d’Autriche pour y revenir puis en repartir, le travail d’Aton Karas restera dans toutes les mémoires. Son thème aura fait plusieurs fois le tour du monde et l’aura rendu riche et célèbre. Pourtant la musique de film n’en fera pas un représentant titulaire : à part cette brillante production, l’essentiel de son temps musical reposera sur ses qualités d’interprète d’airs déjà existants. Compositeur occasionnel il s’orientera même vers le métier de restaurateur… Sa musique est un exemple de collaboration entre un réalisateur et un musicien. À force de le répéter dans le site des Mélodies Modernes, les jeunes réalisateurs finiront-ils par le comprendre ? Advienne que pourra…

N° 71


JOUR DE FÊTE (1949), musique de JEAN YATOVE

Hormis sa biographie, il est très difficile de réunir quelques informations sur Jean Yatove. Il fut présent sur les ondes de Radio-Paris avec son grand orchestre dans une période indéterminée située entre les années 1930 et la fin de la seconde guerre mondiale. Cette radio, fondée en 1924 sous le nom de Radiola, devint propriété de l’État français en 1933 avant de servir de station de propagande sous l’Occupation. « Jour de fête » est un film exceptionnel bien éloigné des préoccupation liées à la guerre, il se trouve même à l’opposé. C’est un chef d’œuvre qui inaugurera d’autres réalisations extraordinaires de Jacques Tati. La campagne, l’été, la tournée du facteur, l’ambiance de village, il n’en fallait pas davantage à Jean Yatove pour créer une mélodie très imagée. L’absence de paroles et les scènes très burlesques privilégient l’humour de situation : la musique se devait d’intégrer parfaitement ces deux composantes qui aiguiseront les réflexes et compétences du compositeur. Le style léger, humoristique et champêtre semble facile à obtenir dans la théorie encore faut-il trouver la bonne mélodie et l’accompagnement adapté utilisant les instruments plus « populaires » (guitare, accordéon, air sifflé, piano mécanique). La musique de Jean Yatove est aussi remarquable que le film avec son thème mélodique absolument génial. Il fallait la trouver, Jean Yatove un jour l’a faite.

N° 72


LA VACHE ET LE PRISONNIER (1959), musique de PAUL DURAND

Compositeur d’opérette et de chansons phares de la variété française des années 40 et 50, sa mélodie lancinante jouée au saxophone alto pour « La vache et le prisonnier » restera une musique de film extraordinaire : c’est exactement ce qui convient à l’histoire abracadabrante servant de prétexte au film, une merveille d’ingéniosité. L’histoire de Marguerite et du prisonnier revisitée par Fernandel est pourtant véridique ; elle fut racontée par Jacques Antoine, spécialiste des histoires oubliées et extraordinaires avant de faire le bonheur du réalisateur Henri Verneuil. Le scénario rêvé conviendra à Fernandel qui jouera son rôle à la perfection. En compagnie de la vache « prêtée » par des fermiers allemands compatissants, le prisonnier et son animal providentiel traverseront pendant la seconde guerre mondiale le pays jusqu’en France en direction de Paris… Y arriveront-ils ? Un train supplémentaire attendait Paul Durand, celui de 2010 qui l’amenait à la gare du Top 100 des meilleures musiques de films…

N° 73


COUPS DE FEU DANS LA SIERRA/Ride the high country (1962), musique de GEORGE BASSMAN

En entendant la musique pour la première fois on na peut que constater qu’elle « colle » bien au film. Le déplacement des cavaliers, les grands espaces, les problèmes relationnels, toutes les scènes reçoivent un appui musical approprié avec un thème ni trop présent ni trop absent. En réécoutant la musique grâce à son édition en cd, on saisi mieux la qualité du travail de George Bassman. La profondeur de l’orchestration, par le choix des instruments employés comme de la technique d’écriture, donne aux images un relief. inattendu Naturellement orienté sur la crédibilité du propos et très au fait de la psychologie de ses personnages, le réalisateur Sam Peckinpah livre un film peu connu et pourtant réussi. La reconnaissance des Mélodies Modernes est acquise pour l’un et l’autre de ces artistes à l’infini talent. La musique de « Coups de feu dans la sierra » mérite sa place au classement des 100 plus belles musiques de films. Leur auteur aurait certainement fait feu de tout bois pour y parvenir si le destin n’en avait décidé autrement.

N° 74


LES RUES DE SAN FRANCISCO/The streets of San Francisco (tv, 1972), musique de PATRICK WILLIAMS

Une musique typiquement urbaine : Pat Williams n’a pas attendu l’émergence de la musique Hip hop ou R&B ou encore le New Jack swing de Michael Jackson pour s’y coller. En utilisant l’instrument symbolique de la musique populaire afro-américaine des quartiers chauds bouillants de la ville, le saxophone alto ou ténor, Pat Williams va rajouter une section cuivres d’un niveau époustouflant. L’arrangement repose sur les trompettes qui crépitent dans l’aigu, sur une section rythmique digne des Tambours du Bronx et d’une jam session de Shelly Manne réunis sur fond de violons qui assurent la liaison harmonique entre toutes les parties instrumentales. Très impressionnante, la musique de Pat Williams aidera au lancement sur les écrans français d’une carrière qui s’avèrera excellente, celle du jeune débutant Michael Douglas doublée pendant cinq années du talent infini de Karl Malden. « Les rues de San Francisco » demeure une série au charme fou, comme si l’esprit des seventies s’était arrêtée avec ces films tournés dans la plus européenne des villes nord-américaines (hormis Québec !).

N° 75


L’HOMMME DE FER/The ironside man (tv, 1967), musique de QUINCY JONES

La série durera huit années et la musique de Quincy Jone rythmera sans faiblesse les déambulations de Raymond Burr pas si prisonnier que cela de son fauteuil roulant. L’équipe de professionnels qui l’entoure, son intuition et sa compétence les amèneront à résoudre des enquêtes difficiles. L’influence de Quincy Jones sur ses contemporains depuis plus d’une cinquantaine d’années est considérable. Les plus grands et les meilleurs musiciens du monde, loin de se contenter de les connaître à l’occasion d’un concert, lui seront redevables de son soutien pour avoir su et pu orienter leurs carrières respectives. En produisant les albums de Michael Jakson par exemple, le compositeur de musiques de films Quincy Jones financera ses propres projets très généreux et toujours ouvert aux autres, il « renverra l’ascenseur » aux jeunes débutants ayant lui-même bénéficié de l’enseignement de maîtres reconnus et incontestables. Sa vie de musicien complet et d’homme d’affaires (tout de même) font du talentueux Quincy Jones une référence musicale en fer.

N° 76


BLANCHE NEIGE ET LES SEPT NAINS/Snow white and the seven dwarfs (1937), musique de FRANK CHURCHILL, LEIGH HARLINE et PAUL J. SMITH

Qui a véritablement composé la musique du dessin animé « Blanche neige et les sept nains ? ». Le système de fonctionnement américain est bien différent du fonctionnement des studios européens du moins à l’époque. Pour composer une partition originale, une véritable « machine de guerre » s’est développée de l’autre côté de l’Atlantique avec comme objectif l’efficience (dérivé du mot anglais qui conjugue capacité personnelle avec efficacité) : plusieurs musiciens composent les airs utilisés dans le dessin animé, d’autres inventent les mélodies des chansons, d’autres encore gèrent les paroles pendant que les travailleurs de l’ombre s’occupent des arrangements et de la préparation des partitions pour les instrumentistes ; la direction de l’orchestre est souvent confiée à un professionnel et le tout est supervisé par un Directeur (musical). Les compositeurs de « Blanche neige et les sept nains » sont donc Leigh Harline et Paul J. Smith, les paroles des chansons sont signées Larry Morey et la musique Frank Churchill : on lui doit avec un autre collègue la chanson « Qui a peur du grand méchant loup ? » des Silly Symphonies, un ensemble de dessins animés conçus entre 1929 et 1939 mettant en images des personnages évoluant avec fluidité et légèreté sur des compositions dansées et chantées. Au fait vous rappelez-vous du nom des sept nains ? Grincheux, Simplet…

N° 77


MY FAIR LADY (1964), musique de FREDERIC LOEWE (compositeur) ET ALAN JAY LERNER (parolier)

Les airs entraînants de cette comédie musicale sont fabuleux. Chantés dans la version française par la spécialiste de l’opérette Mathé Altéry à la voix aussi avantageuse que celle de Marni Nixon pour la version originale, le confort d’écoute du spectateur est malheureusement terni par une simple superposition de la voix française sur la bande son de l’orchestre américain ce qui ne permet même pas de parler d’un quelconque re-mixage. Rien n’est en effet plus pénible pour les oreilles que de sentir nettement la distanciation entre une chanteuse et les musiciens, comme si l’une chantait à votre droite tandis que l’accompagnement et les contre-chants se déroulent à votre gauche. En ce sens, la version originale est préférable mais bonjour les sous-titres peu subtils ! Avec George Cukor à la réalisation d’après l’histoire « Pygmalion » de Bernard Shaw, Alan Jay Lerner aux paroles (le partenaire privilégié de Frederic Loewe avec lequel il travaillera sur « Gigi » et « La kermesse de l’ouest »), André Previn à la Direction musicale, Audrey Hepburn et Rex Harrisson dans les premiers rôles, un doublage français impeccable quoique rendu désuet par l’évolution des mœurs, voila de quoi entrer dignement dans notre Top 100 des plus belles musiques de films… Et de comédies musicales !

N° 78


LE LIVRE DE LA JUNGLE/The jungle book (1967), musique de RICHARD M. SHERMAN, ROBERT B. SHERMAN et GEORGE BRUNS

Impossible de ne pas mémoriser facilement les mélodies jazzy du fameux « Livre de la jungle » de Walt Disney. Lorsque Baloo « nous fait son numéro » dansé et chanté pour les animaux de la jungle médusés et surtout devant un Mowgli admiratif, la réalisation de Wolfgang Reitherman fait des étincelles. La synchronisation des images sur la musique conçue dans un esprit de collaboration propre aux studios Disney touche le public droit au cœur. Tous âges confondus le public retrouve son âme d’enfant et se balance sur les mélodies rythmées des Frères Sherman. Avec « Merlin l’enchanteur », « Mary Poppins », « Les Aristochats », « Winnie l’ourson », « Tigrou » et « Chitty Chitty bang bang » peut-être moins connu des européens, les parcs d’attraction du maître Walt utiliseront les talents des Sherman, on sait pourquoi. Talent et efficacité au service de l’industrie du divertissement pour le plaisir du grand public. Il en faut si peu pour être heureux…

N° 79


LA VIE, L‘AMOUR, LES VACHES/City slikers (1991), musique de MARC SHAIMAN

Ce film de Ron Underwood avec Billy Cristal n’est pas exceptionnel. Il est drôle, divertissant, dépaysant, assurément bourré de qualités cinématographiques avec un scénario basé sur l’adaptation forcée d’une poignée de citadins à la dure réalité de la vie en plein air de cow-boys improvisés. La caractéristique du film tient en un mot : musique. Le compositeur Marc Shaiman saura trouver des thèmes très chantants et généreux dans le respect des personnages (exubérants, réservés, agressifs…). Le décors naturel magnifique offert par les grands espaces de l’ouest américain sont illustrés par une musique dans le style de nombreux compositeurs dont Elmer Bernstein. La performance était doublement risquée : composer une nouvelle musique qui rappelle celles des westerns mais sans créer une pâle copie. Rien n’est plus difficile que de faire « du neuf » avec « du vieux ». Elmer Bernstein en était capable, Lalo Schifrin également, tous les bons compositeurs de musiques de films, finalement, savent éviter les pièges de l’exercice de style. Marc Shaiman est du nombre lui qui n’a jamais fait de concessions faciles aux techniciens qui l’entourent : ses idées, il sait les exprimer sans tomber dans la production industrielle. On en a la démonstration. Les qualités mélodiques sur des arrangements d’une grande richesse harmonique et rythmique – sans oublie la chorale de Gospell – sont immenses. Sa musique est magnifique. Hauts les flingues !

N°80

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                     

KID, IL MONELLO DEL WEST/La banda del west (1973), musique d’ ENRICO SIMONETTI

À l’image du travail de Marc Shaiman pour le film « La vie, l’amour, les vaches » en 1991, Enrico Simonetti initiera la même démarche : évoquer le far-west sans tomber dans la caricature. De l’humour et de la dérision, le film n’en manque pas. La musique doit donc s’adapter sous trois conditions : être « dans le coup » par rapport au scénario, innover par des compositions spécialement conçues pour le film et ne pas plagier des musiques de films de western existantes. En écrivant l’un des thèmes nommé « Black Jack » Enrico Simonetti rendra hommage à l’un des pères de la musique de film de western par ses apports musicaux et techniques, Elmer Bernstein. Le parti pris de s’approcher de sa composition pour « Les sept mercenaires » est revendiqué à la fois par le réalisateur Tony Good (Tonino Ricci) et par Enrico Simonetti. Les qualités mélodiques, harmoniques et rythmiques étant réunies de manière tout à fait remarquable dans un film oublié de tous (pourtant inspirateur du film français « Big city ») font de cette musique de film l’une des meilleures du Top 100.

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LES MILLES, LE TRAIN DE LA LIBERTÉ (1995), musique d’ ALEXANDRE DESPLAT

Alexandre Desplat est un bon compositeur. Le film « Les Milles, le train de la liberté » de Sébastien Grall avec de remarquables acteurs et comédiens (Marielle, Noiret, Scott Thomas, Holgado, Berléand, Perrot…) évoque un fait historique oublié de la seconde guerre mondiale, le sauvetage d’un millier de prisonniers ; pour se faire le musicien devra alterner les genres : grave, humoristique, épique, attendrissante… La palette sonore très colorée de son travail soutien les moments clés du film. L’utilisation de l’orchestre symphonique et de thèmes peu mémorisables mais néanmoins bien présents reste une démarche réconfortante à l’heure du « tout électronique ». Œuvrer pour le meilleur de l’harmonisation classique largement améliorée par le genre musique de film dans la prise en compte de l’intérêt acoustique de nos pauvres oreilles submergées de bruits aseptisés étiquette Alexandre Desplat comme l’un des meilleurs représentant français de la profession. Et il n’est pas de ceux que l’on bâillone facilement…

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LA VALSE DANS L’OMBRE/Waterloo bridge (1940), musique d’ HERBERT STOTHART

Né en 1885 le compositeur Herbert Stothart aura connu l’avènement du cinéma muet puis du cinéma parlant, une époque que tous les passionnés du 7e art auraient aimé connaître, mieux, une période dans laquelle l’investissement personnel pour apporter sa pierre à la construction de l’édifice devait être particulièrement motivant et gratifiant. C’est ce qu’a vécu Herbert Stothart à la fois en tant que compositeur mais aussi arrangeur, directeur musical… Toutes ses capacités seront mises au service de la musique pour le cinéma. Son travail mélodique et harmonique pour l’orchestre symphonique reprenant un moment la chanson célèbre « Ce n’est qu’un au revoir » dans un tempo ternaire à contre-nature est poignant : en clôture de « La valse dans l’ombre », le romantisme et la nostalgie qui baigne les images au dessus du pont aux soupirs fait pleurer à chaudes larmes – pour peu que l’on soit sensible au charme des anciens films en noir et blanc -. Cette réalisation de Mervy Le Roy n’est pas dépassée : la présence conjuguée de Vivien Leigh et Robert Taylor demeure un plaisir… éternel !

N° 83


LA DEMOISELLE D’AVIGNON (tv, 1972), musique de GEORGES VAN PARYS

Dans le genre ringard et complètement dépassé, le feuilleton « La demoiselle d’Avignon » bat probablement tous les records. Il est impossible aujourd’hui de regarder évoluer les excellents Louis Velle et Marthe Keller sans réaliser les excès du scénario : leur jeu léger et brillant faisant recette dans d’autres productions d’envergure prend ici une dimension assez affligeante, certainement à cause du temps qui passe : ce feuilleton n’aura pas résisté au changement des mentalités dans une société transformée. Le réalisateur Michel Wyn avait pourtant toutes les raisons d’être fier au début des années 70 ; les français avaient adhéré en masse aux aventures extraordinaires de François le diplomate sous le charme envoûtant de la princesse Koba… La musique de Georges Van Parys pour « La demoiselle d’Avignon » reste un excellent témoignage de son parcours de compositeur de musiques de films. Le thème mélodique musicalement très intéressant mais utilisé presque exclusivement au générique n’aura pas fait la couverture de « Télé 7 jours » en 1972 ; il aura pourtant grandement participé au succès populaire du feuilleton.

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LE PONT DE LA RIVIÈRE KWAÏ/The bridge of the river Kwaï (1952), musique de MALCOM ARNOLD

David Lean aura dirigé en chef d’orchestre talentueux un grand film devenu référence et Malcom arnold pour sa part aura parfaitement assumé les tâches musicales. En inventant un thème sifflé très représentatif de l’état d’esprit du film, le compositeur utilisera la mélodie pour en faire une chanson mondialement connue. Traduite en français par « Hello, le soleil brille » chantée par Annie Cordy et Nicole Croisille, le succès de la musique du film est justifié : sur le tempo de la marche, la tonalité Majeure repose sur les accords des degrés principaux, le Ie, le IIe et le Ve avant un développement du refrain dans la tonalité mineure pour trancher un peu avec l’optimisme forcé du couplet ; c’est un chant d’espoir de prisonniers que l’on « fait marcher »… Le compositeur, tout au long de sa carrière, composera des mélodies réunissant toutes les formes musicales (classique, traditionnel, variété, jazz…) et ses musiques sont très prisées des orchestres d’harmonie et fanfares pour leur accès rendu facile par un compositeur doué et intelligent, travailleur infatiguable allergique aux jours fériés et aux nombreux ponts du mois de mai…

N° 85


L’HOMME DE LA SIERRA/The Appaloosa (1966), musique de FRANK SKINNER

Marlon Brando, d’habitude inébranlable, devra pourtant se motiver pour retrouver les voleurs de chevaux parmi lesquels se trouve son cheval de race Appaloosa ; humiliation, torture, il devra tout subir avant d’assouvir sa vengeance. Dans ce film de Sidney J. Furie, la musique de Frank Skinner est à la hauteur des enjeux. Rien n’est plus remarquable que la capacité de ce compositeur très prolifique à trouver les bonnes mélodies, les bons arrangements, les bons timbres instrumentaux. Compositeur à la carrière brillante et exceptionnelle, Frank Skinner cherchera à conserver ses prérogatives : il arrangera lui-même ses propres mélodies malgré une organisation générale des studios américains basée sur la gestion collective du travail dans un système très hiérarchisé ; normalement, ce n’était pas à lui d’assurer cette mission d’arrangeur mais quand on aime on ne compte pas. C’est le vrai prix de l’honneur…

N° 86


SHAFT LES NUITS ROUGES DE HARLEM/Shaft (1971), musique d’ ISAAC HAYES et JAY JAY JOHNSON

Quand deux musiciens extraordinaires se réunissent, ils créent forcément une musique de film extraordinaire. L’ambiance particulière de Harlem est bien retranscrite avec ses quartiers chauds et la débauche générale qui y règne ; elle sera pourtant combattue par des « flics » qui ne veulent plus laisser faire les clans et parrains de la drogue. Isaac Hayes, compositeur de soul music et Jay Jay Johnson, tromboniste de légende probablement le meilleur de sa spécialité, ont produit une musique basée sur le rythme et les instruments à la mode en 70 : piano électrifié, guitare basse, improvisations à la flûte traversière, batterie déchaînée, tout est bon pour illustrer les efforts du policier à la peau noire dans ce film destiné, à l’origine, au public afro-américain, une démarche appelée « blackploitation ». À l’époque, la démarche du réalisateur (noir) Gordon Parks consistait à inverser enfin les rôles : le noir deviendrait le gentil et le méchant aurait systématiquement la peau blanche. De nombreux musiciens noirs auront participé aux musiques de ces films d’un genre nouveau (une révolution en soi) ce qui aura grandement valorisé la musique de film. Les apports de cette décennie du cinéma US aura été très bénéfique pour la spécialité musicale. Pour tout cela, merci, « Shaft » !

N° 87


LE JOUR LE PLUS LONG/The longest day (1965), musique de PAUL ANKA et MAURICE JARRE

Paul Anka est l’un des rares musiciens de cette liste des 100 plus grandes et plus belles musiques de films à ne pas être spécifiquement compositeur de musiques de films ; il n’en fera pas son métier. Son succès international avec la chanson du monumental film « Le jour le plus long » orchestré par cinq réalisateurs associés est représentative de son travail. Canadien très estimé chez nos cousins québécois et on les comprend, ses talents miltiples d’auteur, compositeur et interprète lui permettront de trouver les notes et les mots parfaits pour se fondre dans un contexte très particulier, le Débarquement des forces alliées en France en 1944. Les orchestrations entendues pendant les trois heures du film sont issues de l’imagination illimitée d’un autre monstre sacré du cinéma, un véritable professionnel de la composition pour film cette fois-ci, Maurice Jarre. Lorsqu’une mélodie devient l’une des plus grandes musiques de films modernes représentative d’un évènement de portée considérable, sa présence dans le Top 100 s’impose. Alors comme le chantait Dalida, « Nous irons au cœur du monde… ».

N° 88


PRINCE SAPHIR (tv, 1974), musique d’ ISAO TOMITA

Incroyables japonais : en damant le pion aux spécialistes des studios Disney, ils prouvaient leurs capacités créatrices en lançant sur le marché un dessin animé d’un genre nouveau jamais vu à la télévision française, « Prince Saphir ». La technique utilisée n’est évidemment pas la même que celles habituellement employée pour les dessins animés. D’un côté, un nombre important d’images s’enchaînent toutes les secondes afin de fluidifier le déplacement des personnages pour leur donner une apparence naturelle, « humaine » ; de l’autre une même image est utilisé plusieurs secondes avec des mouvements de caméra spécifiques au cinéma japonais (des travellings arrières, des zooms rapides, des panoramiques à 360° etc.) ce qui compense d’une certaine manière la rigidité des personnages (seuls les yeux et les lèvres bougent lors d’une discussion ce qui crée une situation statique, peu animée et inexpressive). La musique est excellente, très mélodique jouée au fifre sur une orchestration symphonique d’une très grande richesse harmonique, un régal pour les oreilles avec ses descentes chromatiques aux flûtes traversières. Le compositeur aura su concilier systèmes occidentaux et asiatiques. Une très belle musique de film, un formidable arrangement, un dessin animé marquant, voici de belles promesses de princesse.

N° 89


TOM ET JERRY ET LES TROIS MOUSQUETAIRES/Touché, pussy cat (1954), musique de SCOTT BRADLEY

Glissandos, trilles, gammes chromatiques, jeu en martelé, interprétation avec des pizzicatos main droite ou/et main gauche, col legno, attaqué, lié, tout est bon pour rendre très expressif le jeu des instruments à cordes. Mais quand les flûtes traversières s’y mettent, quand les saxophones et tous les bois s’enchaînent dans une impression de panique générale sur des cuivres et des percussions complètement déjantées, quand le piano s’affole sur des accords sans tonalité alors il s’agit bien d’une musique pour dessin animé et pas n’importe lequel, un célèbre « Tom et Jerry ». Dirigé par Hanna et Barbera, le roman de cape et d’épée d’Alexandre Dumas n’aura jamais connu de transciption aussi loufoque. La musique de Scott Bradley est d’une inventivité incroyable : une idée mélodique, harmonique et rythmique doit jaillir toutes les deux secondes pour s’adapter à l’agitation déclenchée par les mousquetaires pas très conventionnels… En composant pour toute la série des « Tom et Jerry » mais aussi pour les fameux Tex Avery pendant plus de dix années sans interruption, le génialissime compositeur tracera une voie dans laquelle d’autres collègues s’engouffreront à leur tour. En tant que chef de fil d’un genre nouveau, Scott Bradley marquera lui aussi de son empreinte… Le siècle !

N° 90


JEUX INTERDITS (1952), musique de NARCISO YEPES

Ce film de René Clément aura fortement marqué toute une génération comme la guerre à laquelle le scénario du film est rattaché, évidemment. Tranche de vie sur la ruralité d’un pays en pleine débâcle, la performance d’actrice d’une très jeune débutante dont la carrière deviendra fameuse, Brigitte Fossey, bouleversera la France entière. Naturelle, inspirée, crédible, spontanée, la gamine de cinq ans sera accompagnée de Georges Poujouly ce qui permettra aux deux enfants d’échanger leurs impressions et sentiments sur une musique devenue culte. Non composée par Narciso Yepes, son choix d’arranger et d’interpréter cette superbe mélodie pour « Jeux interdits » lui vaudra tous les honneurs. Tant mieux pour lui, tant mieux pour nous. La présence de cette musique jouée par tous les apprentis guitaristes du monde ne pouvait que figurer dans ce classement des plus belles musiques de films, même s’il ne s’agit pas à proprement parler d’une composition spécialement conçue pour un film. On y croirait presque, pourtant, à ce drôle de jeu…

N° 91


L’EXORCISTE/The Exorcist (1973), musique de MIKE OLDFIELD

Si un seul film devait devenir la référence absolue pour quantité d’autres productions du genre, alors ce serait « L’exorciste ». Avant sa sortie sur les écrans en 1973 on n’avait encore jamais vu ça. L’horreur es totale, surtout lorsqu’il s’agit d’une jeune fille d’apparence normale et innocente possédée par le Démon. La bête logée dans le corps d’une enfant à l’âme pure : le thème symbolique aura enfanté un film monstrueux. La musique entendue au début l’arrivée de l’exorciste est extraite de l’album de Mike Oldfield « Tubular bells » ; horreur absolue, elle serait copiée sur le travail de Christian Vander et les voix de Magma : Mike Oldfield serait passé par là pour en faire son propre tube (plagiat ?). Le réalisateur William Friedkin en était-il informé ? Ce qui compte le plus présentement c’est l’interdépendance entre une musique et son film : l’un ne va pas sans l’autre. Le jour où tous les réalisateurs seront formés par un passage obligé dans le monde infini de la musique de film sera un moment à marquer d’une pierre blanche. La déliquescence de la discipline musicale reste cependant la règle et continue à plonger la tête du spectateur dans l’eau avec la création de films insipides sans musiques associées intéressantes. Les musiques de films deviennent de plus en plus médiocres. Un exorcisme serait peut-être à envisager de toute urgence.

N° 92


LES FEUX DE LA RAMPE /Limelight (1952), musique de CHARLIE CHAPLIN

Pathétique, ce film est pathétique. Charlie Chaplin n’aura jamais supporté le passage du cinéma muet au cinéma parlant lui qui avait tant travaillé son personnage mythique de Charlot ; en développant toutes les mimiques et postures d’un pauvre bougre gaffeur et sincère, Charlie Chaplin aura donné vie et consistance au plus beau héros du cinéma, celui qui sauve la veuve et l’orphelin, cet homme reconnaissable entre mille qui pointe du bout de sa canne la folie de nos sociétés déshumanisées. La parcours du travailleur sorti de l’ombre pour rejoindre la lumière des feux de la rampe doit servir d’exemple à tous ceux qui se lamentent sans cesse sur leur propre sort : en se prenant en charge sans fuir ses responsabilités, toute personne peut et doit s’en sortir malgré les difficultés rencontrées et les handicaps accumulés. C’est le message des films de Charlot et le sens de ses musiques : sentimentales et nostalgiques, elles reflètent notre état d’esprit artistique du moment. Il reste pas mal de choses à faire et à améliorer pour vivre mieux dans un environnement protégé. La dérive actuelle de l’espèce humaine avec des problèmes insurmontables motiveraient plus que jamais Charlot, lui qui n’en était pas un. Les Mélodies Modernes s’associent à la mémoire de Charlie Chaplin, artiste et homme de foi.

N° 93


LE GRAND BLEU/The big blue (1988), musique d’ ÉRIC SERRA

« Le grand bleu » a marqué les esprits d’une génération d’ados par son histoire romantique et aventureuse. Basé sur une histoire vraie, celle de deux plongeurs en apnée qui se sont livrés à une compétition acharnée, la rivalité de deux sportifs permettra à plusieurs reprise de voir tomber le record mondial de plongée en profondeur sans respirer. Jacques Mayol et Enzo Maiorca n’aimaient pas le film de Luc Besson, pourtant, quelque part, il leur rend hommage. Ses côtés outranciers et négatifs sont dérangeants, c’est vrai. Il aura en tout cas contribué à rendre populaire leurs travaux de première importance pour une meilleure connaissance de la physiologie humaine : avant eux, on ne savait pas à quel point le corps est capable de s’adapter au milieu à priori invivable qu’est l’océan. Nous y sommes nés, pourtant, en témoigne nos larmes salées… Dès les premières images du film, la musique d’Éric Serra surprend par sa lourdeur : la basse pèse quinze tonnes et les percussions arrachent la toile. Les sons parfois stridents parfois chantants rappellent ensuite l’immensité de l’océan et semblent provenir des entrailles du dauphin et du mérou : l’amitié homme – animal sert également de trame au film ce qui le rend extrêmement sympathique. Pour avoir su créer des sonorités originales sans oublier pour autant l’emploi de la guitare classique ou de la harpe, la musique mérite amplement son immersion dans le Top 100 des plus belles musiques de films.

N° 94


CRIA CUERVOS (1976), musique de FREDERICO MOMPOUR

C’est une chanson créée quelques années plus tôt par José Luis Perales « Porque te vas » qu’a choisi Carlos Saura pour illustrer une scène centrale de son film. Le réalisateur adore cette chanson et souhaitait la « caser » dans son second film après « Les voyous » amputé de quinze minutes à cause de la censure espagnole. L’idée d’intégrer la chanson à l’histoire d’Ana Torrent dans le contexte de la guerre d’Espagne l’aura propulsée au sommet des classements des meilleures ventes de l’année. Le film dont la carrière mondiale sera lancée après son Grand prix au festival de Cannes et l’Ours d’or à Berlin aura gagné en audience grâce à la chanson devenue célèbre mais cette dernière aura également bien servi les intérêts du film ; cet échange de bons procédés permet à tout le monde d’y gagner sauf peut-être la chanteuse Jeannette qui ne se démarquera jamais de ce tube planétaire. Malgré cette présence forte dans un film remarquable sur l’enfance et dur comme la cruauté dont peut faire preuve une gamine, la chanson en tous points excellente ne peut pas être considérée comme une musique de film conçue spécialement pour l’œuvre filmée. Quant au travail de Frederico Mompour, musicien « classique de chez classique », il se résumera à la composition d’une mélodie arrangée pour le piano, son instrument de prédilection. Ces précisions apportées, la chanson et la musique méritent leur place dans le Top 100 des meilleures musiques de films. Et surveillez bien vos arrières si vous avez des enfants, tout particulièrement votre gamine si elle aime vous servir de temps en temps un verre de lait ! Comme le dit un dicton espagnol « Cria cuervos… Y te sacaran los ojos » (Élèves des corbeaux… Et ils t’arracheront les yeux) comme ces enfants que vous élevez dans l’harmonie mais qui s’étriperont au moment de votre héritage…

N° 95


LA FOLIE DES GRANDEURS/Delusions of grandeur (1971), musique de MICHEL POLNAREFF

Être capable de composer des musiques de films nécessite un talent inné de musicien. Chez Michel Polnareff, aucun souci à se faire, il en possède tous les dons. Extraordinaire mélodiste exerçant dans un esprit de recherche et d’innovation, son empreinte indélébile sur la musique française de grande qualité est doublée d’un passage remarqué dans le milieu très fermé de la musique de film. « De qualité, de qualité » certains n’aiment pas cette formule et pourtant elle convient dans notre cas de figure. L’action du film se déroule en Espagne au XVIe siècle. Vous croyez que cela aurait pu poser un problème à Michel Polnareff ? Plutôt que de se lancer dans une musique symphonique aux effets comiques ponctuels, il persistera dans la formule qui l’aura fait vivre et nous avec : la provocation. Par le mélange des cordes avec la guitare basse électrique sur des rythmes endiablés, par la conception d’une musique digne des grands films d’aventures dans le respect de l’intrigue historique (merci Victor Hugo) et des acteurs délirants, Michel Polnareff, avec son tour de main et son savoir-faire légendaires, permet à la mayonnaise de prendre. Les ingrédients étaient pourtant complexes : un contexte historique, des acteurs au jeu évidemment très moderne dans un registre comique, réussir une musique de film aussi remarquable relevait de l’exploit. On naît artiste, on ne le devient pas. C’est l’or de se refaire une petite écoute de la musique du film, Monsignor !

N° 96


ARSÈNE LUPIN (tv, 1971), musique de JEAN-PIERRE BOURTAYRE

Gentleman cambrioleur, tu es le plus grand des voleurs… Il fallait bien toute l’élégance et le professionnalisme de Georges Descrières pour nous faire croire qu’il était possible de voler sans violence, sans dérangement tout en s’attirant même souvent, quel paradoxe, la sympathie du monde ! Sur des paroles inoubliables de Jacques Lanzmann, un chanteur populaire comme Jacques Dutronc rajoutait aux deux chansons du générique l’humour et le sens de l’ironie nécessaires à l’état d’esprit de la série parfois très éloignée des romans de Maurice Leblanc mais peu importe, la télévision et le livre ne sont pas forcément superposables, à chacun ses spécificités. Jouée au saxophone soprano, le premier thème synchronisé aux images de l’animation du générique du début lançait le téléspectateur dans le charme devenu désuet des Arsène Lupin. Du théâtre au petit écran, les passerelles entre les diverses entrées d’artistes n’étaient pas aussi improbables que de nos jours. La télé réalité n’était pas encore passée par là. On en paie toujours les très lourdes conséquences.

N° 97



MISTER BEAN (tv, 1990), musique d’ HOWARD GOODALL

Comment pourrait-on oublier un jour ce numéro clownesque où Rowan Atkinson s’endort sur le banc de l’église ? Sans paroles de manière très imagée « à la Jacques Tati » ou comme le faisait remarquablement bien son compatriote Benny Hill, le baragouinage de l’abbé résonne en contrepoint des mimiques de sa « brebis visiblement égarée ». Cette série de gags tous nouveaux et d’une immense drôlerie sont mis en valeur par les interventions musicales d’Howard Goodall, l’ami du collège : la collaboration entre les deux hommes talentueux semble avoir donné, une nouvelle fois, d’excellents résultats, le succès planétaire des différents épisodes de Mister Bean en attestent. Moins populaire àu cinéma qu’à la télévision comme quoi les deux écrans n’exercent pas la même influence sur le public malgré le personnage imperturbable, Mister Bean se fait plus discret et semble prendre quelques mois de repos. C’est avec une grande impatience que les Mélodies Modernes attendent son retour tout comme la sortie en cd de la formidable musique d’Howard Goodall. Compositions originales pour la série télé et travail remarquable d’orchestration pour le récent film « Les vacances de Mister Bean », en France dans les champs de… Haricots !

N° 98


LE DERNIER DES MOHICANS/The last of the Mohicans (1992), musique de TREVOR JONES et RANDY EDELMAN

Le roman de James Fenimore Cooper « Le dernier des Mohicans » servira de base au scénario du film de Michael Mann. Récompensé par l’Oscar 1989 du meilleure acteur pour sa performance, Daniel Day Lewis n’y sera jamais aussi convaincant. Quant à la musique de Trevor Jones et Randy Edelman, elle donnera la dimension requise aux images spectaculaires avec un thème remarquable, les deux compositeurs n’étant pas associés mais complémentaires : le premier aura quitté ses fonctions pour céder la place au second à cause d’un différent avec le réalisateur comme quoi la guerre ne se sera pas déroulée seulement sur le terrain entre français, britanniques et indiens. Rythmé par les tambours évoquant les Mohicans ou les Hurons déchirés par les deux empires européens, le destin tragique du dernier des morhicans restera en mémoire dans cet excellent film. Au fait, connaissez-vous l’anagramme parfaite ? « L’indien, âme des rochers » reconstitue le titre du film. Étonnant, non ?

N° 99


TRENTE MILLIONS D’AMIS (tv depuis 1976), musique de JACK AREL

En composant le générique de « 30 millions d’amis », Jack Arel, grand routier de la composition musicale, ne savait pas à quel point sa mélodie et son arrangement style « country music » deviendraient immortelles. Jean-Piere Hutin, en fondant l’émission « 30 millions d’amis » en 1976 ne pouvait pas prévoir non plus le succès populaire qui gagnerait trente millions de français très soucieux de la protection animale. L’abandon, la violence, la négligence, la maltraitance et toute forme de souffrance infligée à un animal quel qu’il soit mérite une sentence sans appel : les horreurs décrites quotidiennement dans l’actualité doivent nous rendre plus que jamais mobilisés. C’est évidemment ici que tout va mal car personne n’occupe de fonction suffisamment importante et influente pour délivrer à l’humanité le seul vrai message qui compte : tout est lié. Les problèmes rencontrés par les êtres humains sont liés aux problèmes du monde animal et végétal. Aucune lutte dans une direction ne peut aboutir sans lutter parallèlement dans les autres directions car toute action entraîne des conséquences ailleurs ; c’est l’effet « boule de neige ». « 30 millions d’amis » nous aide à prendre conscience qu’il est temps d’agir. Pour le bien de tous.

N° 100



AND THE WINNER IS… musique de ?

Quel pourrait bien être le film classé n°100 de la liste et quel compositeur mettre à l’honneur ? Peut-être Ryuichi Sakamoto pour sa très belle musique du film « Furyo » (de Nagisa Oshima) ou alors Alain Duhamel pour « Pierrot le fou » (de Jean-Luc Godard, 1965) ou encore Nathaniel Mechaly pour « Taken » (de Pierre Morel, 2007), une nouvelle fois Ralph Bruns pour « New-York New-York » ou Marvin Hartley pour « Laurel et Hardy au far west » ? Howard Shore pour la trilogie du « Seigneur des Anneaux » qui n’arrive pas à la cheville mélodique du très grand compositeur québécois de musique instrumentale André Gagnon et sa musique magnifique pour « Le vainqueur » ? Lee Holdridge pour ses très belles compositions mélodiques et ses arrangements à base de cordes pour la version télé réussie d’ « À l’est d’Eden » ? René Aubry pour le dépaysant et enthousiasmant « Malabar Princess » ? Et pourquoi pas le pianiste inconnu qui composait dans l’improvisation totale de merveilleuses musiques de films sur son piano pendant le défilement des images sur un écran lui aussi improvisé il y a un siècle ? Il est impossible d’arrêter la liste des Mélodies Modernes à 100 musiques de films sachant que 1000 autres pourraient prétendre y figurer tout aussi légitimement !
Alors vive la musique de film, vive la mélodie au cinéma et ne cessez jamais de les apprécier, nos chers compositeurs et arrangeurs dont on ne finira jamais d’aimer leurs créations magnifiques !



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