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Les compositeurs de musiques de films

Musiques de films

Pour en savoir plus sur les compositeurs de musiques de films et leurs créations, parcourez les pages suivantes !

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La critique de film d'Alix

Critiques de films

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Le Top 100 des plus belles musiques de films

Les 100 + belles BO de films

Est-ce possible ? Possible, oui bien sûr mais raisonnable, beaucoup moins.

Les musiques de films (III)

John WILLIAMS, compositeur

Présenter ce compositeur aux amoureux de la musique de film reviendrait à présenter le Pape à ses fidèles. Père du renouveau de la musique de film, de l’originalité mélodique et harmonique que l’on doit à son niveau technique et à ses connaissances extraordinaires de toutes les musiques du monde, John Williams est capable d’écrire une partition intimiste pour un film classique ordinaire et sans prétention comme une symphonie sublimée par 120 exécutants ; sur ce point il a renouvelé le genre de la masse orchestrale très en vogue dans les années 40 à Hollywood au moment des grandes réalisations spectaculaires cinématographiques. Son succès, il le doit au départ à la musique symphonique très sonore mais jamais tonitruante remise au goût du jour avec l’avènement des films catastrophes dès le début des années 70, « L’Aventure du Poséïdon » en tête (LE modèle du genre très éloigné de son ersatz de 2006). Personne n’oubliera les thèmes de ce film ni les harmonie de « La Tour infernale » le film culte à la bande-son exceptionnelle avec son orchestration riche d’une incroyable inventivité, les rythmes dynamiques et la beauté des mouvements de la guitare basse au son velouté dans « Tremblements de terre », les cinq notes extraterrestres de « Rencontres du troisième type », les envolées lyriques d’ « E.T. », les courses poursuites d’Indiana Jones au son de la trompette dans « Les aventuriers de l’arche perdue »…

Son écriture atonale avec la recherche de nouvelles sonorités et son goût pour l’ambiance créée par la musique dite spectrale sont à la hauteur de la qualité de ses mélodies. Qui mieux que lui aurait pu traduire en musique l’environnement des vedettes du film « La tour infernale » : imaginez une cage d’ascenseur, la perspective fuyante, des tuyaux à n’en plus finir et pourtant la musique avec ses sons fantasmagoriques nous plongent dans l’ambiance métallique et bétonnée du gratte-ciel. Chapeau l’artiste ! Un travail mené auparavant pour le film « Planète interdite » (voir l’article ci-dessous sur la musique électronique à l’écran) ; les musiciens sont donc naturellement très sollicités au moment de l’enregistrement des compositions de John Williams, la mise en place est toujours délicate voire difficile tant est complexe l’arrangement. Et lorsque la partition est écrite manuellement, bonjour le déchiffrage (certains compositeurs ou leurs copistes attitrés ont de véritables écritures illisibles de médecin !)… Un critique professionnel de musique classique qui se pense inspiré déplorait il y a peu de temps à la radio « la disparition certaine des grands compositeurs de musique symphonique ». En voilà un qui ne sait pas utiliser ses deux oreilles : à l’écoute de la version originale de la musique de « La tour infernale » par exemple, bien des compositeurs classiques de premier plan, s’ils étaient toujours de ce monde, auraient vu en John Williams bien plus qu’un collègue, un modèle très certainement ! Ne pas valoriser aujourd’hui le travail et la compétence de la plupart des compositeurs professionnels de musique de film relève davantage de la bêtise que de l’ignorance. Au fait, à quand la sortie du DVD Collector de ce film avec la traduction française d’origine, l’édition actuelle étant involontairement catastrophique (un comble !) avec un nouveau doublage pas si mauvais que cela bien entendu mais tout de même beaucoup moins bien adapté que l’original ; que diriez-vous si du jour au lendemain on vous enlevait votre âme ?

Pour bien s’imprégner de la musique, cet enregistrement est parfait (il est d’origine mais à destination du disque compact). La complexité de l’écriture est telle que les musiciens rament dans l’interprétation, ils doivent faire preuve d’une grande dextérité technique pour un morceau d’une longueur exceptionnelle (5 minutes). À chaque imperfection évidente, due aux musiciens ou à une synchronisation déficiente avec les images, il fallait tout recommencer… Le jeu mélodique des questions-réponses entre les cordes et les vents sur une rythmique diabolique est caractéristique du style de John Williams, génialissime par son inventivité. Rarement, et plus du tout aujourd’hui, il nous est donné d’entendre cela. Un tour est passé et c’est vraiment infernal.

http://youtu.be/VQCQ3fCnbnk

 

 

Voilà de quoi apprécier pleinement les orchestres anglais et écossais qui élaborent de nouveaux enregistrements sur les anciennes orchestrations en respectant le style, les motivations et les recommandations des compositeurs. De la belle ouvrage. Des enregistrements très pros et respectueux des versions originales ; cette démarche devrait contrarier les commandes passées auprès de certains orchestres des Pays de l’est par les compagnies américaines cherchant à exploiter sans scrupules artistiques un filon non tari : enregistrements « à la va-vite », musiques de films enregistrées sans aucune considération musicale soignée. Le pire rivalise alors souvent avec le médiocre et le fade est le meilleur à espérer ! Donc méfiance à l’achat d’un C.D. si vous êtes un auditeur normalement exigeant. À ce propos, l’enregistrement d’origine de la musique du film « Les cowboys » réalisé en 1970 (voir ci-dessous), le dernier western du Duke – l’incontournable John Wayne – déclenche un enthousiasme rare avec les violons qui chantent à gorge déployée sur des rythmes saccadés qui crépitent, des changements de tempos et de nombreuses cassures de rythmes qui s’affolent à tous les pupitres de l’orchestre par l’alternance cordes/cuivres/percussions comme peu de maîtres en la matière savent le faire (Elmer Bernstein dans son style en fait tout de même partie) ce qui témoigne de l’immense talent créatif de John Williams. Une ambiance et un son très difficiles à restituer dans une autre interprétation.

« Les dents de la mer », « La guerre des étoiles », les « Superman » et leur suites n’auraient pas été aussi réussis sans lui ! Plus proche de nous, qui ne saurait garder en mémoire le son du violon cristallin d’Itzhak Perlman dans « La liste de Schindler », une mélodie d’une rare beauté qui remue les tripes quand on connaît le contexte poignant auquel elle est à jamais rattachée ; c’est certainement l’une des plus belles musiques de films jamais composée depuis l’invention du cinématographe. Sa collaboration avec Spielberg explique bien des réussites comme toutes les heureuses collaborations entre réalisateur et compositeur (sujet déjà évoqué dans ce site). « L’empire du soleil », autre superproduction qui raconte un épisode de l’histoire du Japon et du monde, n’est qu’un simple exemple dans la multitude des réalisations parfaites du compositeur. Ces deux dernières musiques ont évidemment reçues chacune l’Oscar de la plus belle musique de film. Plus récemment, on remarquera sa musique pour « Les cendres d’Angela/Angela’s Ashes » d’Alan Parker en 2004. Une orchestration superbement adaptée aux images. Bref, à 75 ans, John Williams n’a pas encore écrit sa dernière note, j’en veux pour preuve son excellent travail de recherche pour le film « Mémoires d’une Geisha » (à voir absolument pour ses excellentes actrices asiatiques, entre autres). Voilà bien un grand et sacré compositeur, un des piliers fondateurs du cinéma de ces cinquante dernières années. Notre père spirituel, en somme. Rien de moins.

Pour en savoir + sur John Williams :

* le site de ces Fans (en anglais)

* Pour écouter la musique de La tour infernale, cliquez ici (infos Collectif Ozap.com)

* « La tour infernale », un film de John Guillermin (1974) avec Steve Mac Qsueen, Paul Newman, William Holden, Faye Dunaway, Fred Astaire, William Holden, Susan Brakely, Richard Chamberlain, Jennifer Jones, O.J. Simpson, Robert Vaughn et Robert Wagner. DVD 20th Century Fox / Warner Home Video

* « Mémoire d’une Geisha », un film de Bob Marshall (2005) avec Zhang Ziyi, Gong Li et MichelleYeoh d’après le best-seller d’Arthur Golden « Geisha » inspiré d’une histoire vraie. Musique de John Williams. DVD Columbia Pictures / DreamWorks / Studio Canal

Tout sur le film Mémoires d’une Geisha, cliquez ici.

N.B. Ne confondez pas le compositeur John Williams avec le non moins célèbre chanteur John William. Pour en savoir + sur ce dernier, cliquez ici (infos Réseau France Outre-mer, en français).

Le fils de John Williams s’appelle Joseph et a hérité des talents de son père : lui aussi compose pour la télévision et le cinéma, voir ici (page XXI des compositeurs)

 

 

 

Aventure

SEPT ANS AU TIBET/Seven yeaurs in Tibet, un film de Jean-Jacques Annaud (1999) avec Brad Pitt, David Thewlis, B.D. Wong Mako, Jamyang Jamtsho Wangchuk, Lhakpa Tsamchoe, Jetsun Pema. Musique de John Williams. Un DVD Pathé !

Jean-Jacques Annaud nous a habitué à de somptueuses réalisations. Avec « La guerre du feu », « Le nom de la rose » et « L’ours » il signe ici un autre chef d’œuvre sur le thème qui lui est cher, la découverte du « moi intérieur » d’un être vivant dans une situation imprévue et l’élévation de son esprit grâce à l’aide d’un initié. « Sept ans au Tibet » raconte l’histoire vraie du martyr des tibétains, floués sur leur territoire et dans leur culture par un état chinois despotique dont le credo reste l’incompatibilité, à ses yeux, de concilier spiritualité et politique. À entendre le gouvernement chinois dégueuler sa vérité depuis plus de quarante années de colonisation, on pourrait penser qu’elle se trouve bien de son côté. De plus que peut bien peser sur l’échiquier international le million de tibétains tués face aux milliards de milliards d’euros de l’économie mondiale qui ne pourrait censément se passer de la Chine ? Ce film vous marquera à vie. Décors fabuleux, couleurs, rythmes parfaits, cadrage et montage fluides, musique du maître John Williams et les acteurs sont formidables… Tout est agréable et accrocheur. Quand on aime le cinéma, on aime Jean-Jacques Annaud et on se délectera de « Sept ans au Tibet ».

Appréciation d’Alix sur le film : Exceptionnel. Sur la musique : Parfaite.

 

 

L’aventure du Poséïdon (1973) est certainement le meilleur film catastrophe à grand spectacle avec La tour infernale
Réflexion. Pourquoi les films catastrophes des années 70 ont-ils tant marqué la mémoire collective ? Loin de réaliser une analyse psychologique du comportement humain (laissons cela aux spécialistes), force est de constater qu’avant « L’aventure du Poséïdon » on avait jamais vu ça. Des scènes spectaculaires, bien entendu, on a pu en voir dès la fin du du XIXe siècle lorsque « L’arrivée du train en gare de La Ciotat » de Georges Méliès provoquait déjà un mouvement de recul voire la fuite des spectateurs face aux images animées terriblement réalistes ! La scène des morts et blessés qui jonchent le sol dans « Autant en emporte le vent » avec un zoom arrière extraordinaire, les hélicoptères qui sonnent la charge dans « Apocalypse now » et plus récemment encore les images des deux tours jumelles de New-York qui s’effondrent – mais là ce n’est malheureusement plus du cinéma – effectivement, nos yeux auront tout vu. Et le drame, c’est qu’avec la banalisation des images tous azimuts, ils s’habituent à tout voir et à tout accepter d’où la surenchère dans la violence et la désolation ; la banalisation de la misère humaine rend tristement indifférent…

Les images deviennent alors prépondérantes au détriment de tout le reste en faisant le choix de la forme plutôt que du fond. Avec un propos superficiel, une direction d’acteurs approximative et des personnages qui perdent en consistance, le spectacle devient fade et sans relief. L’autre problème de taille concerne cette fichue caméra qui n’arrête pas de bouger sur un montage beaucoup trop serré ! Les films récents deviennent parfois insupportables ; filmés de manière opposée aux règles élémentaires de bon sens enseignées depuis toujours dans les écoles de cinéma, ils donnent le tournis et méprisent les yeux des spectateurs avertis. « La vengeance dans la peau » de Paul Greengrass ou « 28 semaines plus tard » de Juan Carlos Fresdanillo en sont de bien tristes exemples. La force des films remarquables des seventies provient d’une multitude d’éléments tous réunis avec professionnalisme et talent et c’est bien là que réside la puissance d’un cinématographe évolué : les images sont mises au service du scénario, du jeu des acteurs, de la volonté de faire passer une émotion et non l’inverse où tout est construit à partir des images comme c’est le cas aujourd’hui. Avons-nous régressé ? Dans un bon film du genre, les personnages sont représentatifs du comportement que nous aurions à leur place, la psychologie des protagonistes du film reste un élément bien étudié (la crédibilité du scénario en dépend) mais surtout c’est la personnalité des comédiens qui fait « passer la pilule » : s’ils sont bons, le film sera bon. S’ils sont excellents, mieux encore. Dans les films en question les héros sont de brillants acteurs, ils ont tous un message à faire passer. Les seconds rôles et les figurants jouent eux aussi parfaitement, la réalisation est irréprochable avec une mise en scène et une direction d’acteurs efficaces, la motivation collective assure la réussite du film. Sans oublier une nouvelle fois un doublage en français formidable qui donne une valeur supplémentaire au film, on appelle cela de la valeur ajoutée…

 

 

Y’a pas photo !

 

Dans la première version de « l’Aventure du Poséïdon » réalisé par Ronald Neame en 1972, Gene Hackman incarne un pasteur engagé dans la survie d’une poignée de rescapés. On découvre le personnage, on entre dans sa philosophie, on adhère à son comportement. Bref, il nous fait entrer dans le film, on plonge dans le récit à tel point que c’est nous qui immergeons dans le film avant le début du naufrage… Dans la nouvelle version de 2006 de Wolfgang Petersen « Poseidon » (musique de Klaus Badelt), un bon film d’action sans plus, le mot d’ordre des protagonistes est à l’image de la société actuelle : « Sauve qui peut et après moi le déluge ! ». Les traits de caractère des personnages sont mal dépeints ou pas du tout (qui sont-ils, que pensent-ils, où vont-ils ?), ils ont ni relief ni profondeur ce qui est un paradoxe vu le sujet du film. Pourtant il y a toujours des héros, des lâches et des salauds… Constat inverse pour « La tour infernale » de John Guillermin et Irwin Allen (1974) où Steve Mac Queen et Paul Newman se démènent pour sauver les prisonniers de la Tour de verre (titre du livre à l’origine du scénario du film) avec un message fort contre la connerie humaine : action, réflexion, psychologie et pensée philosophique, c’est cela du grand cinéma ! Bref, dans toute entreprise créatrice et novatrice, le résultat sera exemplaire si chacun donne le maximum de lui-même dans le cadre de sa mission : les meilleurs compositeurs, les meilleurs décorateurs avec une sollicitation sans relâche de tous les corps de métier afin de parvenir au résultat final, produire une œuvre inégalée ! Un scénario maîtrisé rendu crédible et une réalisation adaptée étaient la marque de fabrique d’Hollywood qui, pour ces films d’un genre nouveau, réunissait les compétences et trouvait les moyens à la hauteur de l’audace artistique !

L’AVENTURE DU POSEÏDON, un film de John Guillermin et Irwin Allen (1972) avec Gene Hackman, Ernest Borgnine, Shelley Winters, Red Buttons, Roddy Mac Dowall, Carol Lynley, Stella Stevens, Eric Shea… Chez la 20 th Century Fox /

Poséidon, un film de Wolfgang Petersen (2006) avec Kurt Russel, Josh Lucas, Richard Dreyffus, Emmy Rossum, Jacinda Barrett, Mike Vogel, Jimmy Bennett… Chez la Warner Bros.

 

 

Westerns

Le fantôme de Cate Dancing - Les Mélodies ModernesLE FANTÔME DE CAT DANCING/The man who loved Cat Dancing, un film de Richard C. Sarafian (1973) avec Burt Reynolds, Sarah Milles, Jack Warden, George Hamilton, Lee J Cobb, Robert Donner… D’après le roman de Marilyn Durham. Musique de John Williams. Un film de la Warner Bros distribué par Wild side dans la collection « Western classics ».

Prétendre qu’il ne faut pas aimer ce film serait injuste compte tenu des difficultés rencontrées par le réalisateur pour boucler son tournage, un film qui ne manque pas de réelles qualités artistiques. Tourné dans les grands parcs nationaux de l’ouest américain, paysages, sentiments, poursuites, chevauchées, humour décalé, action et pensées philosophiques permettent de passer un bon moment. Burt Reynolds démontre ses capacités à interpréter un personnage sérieux dans un rôle dramatique sur une superbe musique de John Williams, le compositeur restant dans l’état d’esprit de son écriture pour « La tour infernale » (un an plus tôt) avec ses rythmes endiablés et « Les cow-boys » (un an plus tard) avec ses violons mélodiques et chantants (voir ci-dessus et ci-dessous). Un vrai plaisir auditif ! Mais que de problèmes pour en arriver là : Michel Legrand fut censément viré car sa musique ne plaisait pas au réalisateur qui, dans le bonus du dvd, nous livre des explications assez croustillantes sur le tournage ; il regrette le manque de temps et d’argent pour approfondir certains personnages (les indiens, par exemple). C’est vrai, certaines scènes manquent de profondeur, le scénario ne rend pas toujours les situations crédibles. Des longueurs se font jour et la chute provoque une grosse frustration… Les seconds rôles sont excellents. En revanche, la réputation du film fut désastreuse car trop de péripéties sont survenues au cours du tournage, elles vont des relations troubles et mouvementées entre les protagonistes (acteurs et scénariste), aux incidents et accidents terribles (dont le décès, dans d’étranges circonstances, de l’assistant de Sarah milles, retrouvé baignant dans son sang dans sa chambre d’hôtel, l’enquête fut bâclée). La relation amoureuse de l’actrice avec Burt Reynolds alimentera à son tour la rumeur d’un tournage tumultueux à l’ambiance détestable et ce n’est peut-être pas terminé, il semblerait que certaines langues vont enfin se délier et permettre de lever certains mystères ! L’appréciation d’Alix sur « Le fantôme de Cat Dancing » : c’est un Très bon film si l’on apprécie le genre et l’air des années 70.

 

 

LES COWBOYS, un film de Mark Rydell (1971) avec John Wayne, Alfred Barker Jr, Nicolas Beauvy, Steve Benedict, Robert Carradine, Norman Howell Jr, Stephen Hudis, Sean Kelly, A. Martinez, Clay et Sam O’Brien, Mike Pyeatt, Roscoe Lee Brown, Bruce Dern, Coleen Dewhurst… D’après une histoire vraie. Musique de John Williams. Un film Warner Bros et un cd Varèse Sarabande.

Pour ce film John Williams aura composé l’une des plus belles musiques de films de western. Toutes les composantes typiques au genre musical initié par le compositeur de musique classique Aaron Copland se retrouvent dans le générique, en fait, dans l’introduction musicale de l’œuvre. Ce grand compositeur aura influencé toute une génération de musiciens en posant les bases d’un style multiculturel : le pop, le rock, le folk, le classique, le traditionnel, le jazz et la musique classique contemporaine (le mode pentatonique par l’utilisation d’une gamme dynamique de cinq notes seulement) animent la musique du film. Effectivement, un intermède très musical, en début de film, expose tous les thèmes développés par la suite. Sur des arrangements spécifiques aux westerns, ce procédé d’exposition musicale avant l’apparition des premières images produit une ambiance chaleureuse et percutante, la couleur sonore de l’orchestre symphonique restant très expressive (la formation est enrichie de plusieurs instruments anachroniques). Le spectateur est plongé dans l’Ouest américain, il en sentirait presque la poussière… Les grands compositeurs de musiques de films qui ont pu disposer de ce privilège (jusqu’au début des années 70) le doivent à des réalisateurs inspirés et respectueux de chaque composante artistique génératrice du succès final, ils s’appellent John Williams, Alfred Newman, Mario Nascimbene et compagnie, que du beau monde ! Dans le même état d’esprit l’Intermission (l’entr’acte) permet d’apprécier de nouveaux arrangements au beau milieu de la projection. Une raison technique pourrait justifier aux rabats-joie cette démarche faussement artistique : un changement de bobines dans la cabine de projection à l’heure de la pause-pipi par exemple…. Mais l’ère du tout-numérique en 3D relègue la question aux oubliettes et c’est autant dommageable pour les compositeurs que pour nous !

Le cd des enregistrements remasterisés de la musique du film reprend un seul intermède sur les trois composés : les bandes originales précédemment utilisés ont été finalement perdues, idem pour le très bel arrangement à la guitare classique de John Williams sur fond de violons (le largo du Concerto en RéM pour luth ou guitare classique, deux violons et basse continue d’Antonio Vivaldi) : une orchestration rare et magnifique qui aurait certainement comblé Vivaldi de fierté. Cors, cordes, vents, bois, guitare basse, percussions fines et terriblement efficaces, pour le thème du méchant, harmonica et crécelle de Pâques renforcent la mauvaise impression laissée par le bandit, bref, les musiciens sont excellents et la prise de son très professionnelle. Alix adore le résultat final. Son appréciation sur le film : Excellent et sur la musique : Exceptionnelle.

À noter quelques sonorités et mouvements mélodiques pentatoniques proches du vaisseau intergalactique Enterprise antérieurement au premier film de la série des « Star Trek » sorti en 1979. L’affiche du film était déjà le fruit du travail de Bob Peak (My fair lady, Camelot, Apocalypse now, Excalibur…) tout comme l’aquarelle de la jaquette du récent cd « Les cowboys » (voir ci-contre). My darling Clementine, en voilà des artistes !

http://youtu.be/bf4u4X_mRtw?list=RDbNr7_JU-UxY

 

Drame

 

LA LISTE DE SCHINDLER/The Schindler’s list, un film de Steven Spielberg (1993) avec Liam Neeson, Ben Kingsley, Ralph Fiennes, Caroline Goodall… D’après le roman historique de Thomas Keneally. Musique de John Williams. Un dvd Universal.
 
Cette mélodie est bouleversante. Sur le plan stricte de la technique de la composition musicale tout d’abord : ancrée dans la tonalité mineure, l’ouverture vers la tonalité relative Majeure provoque un bonheur auditif certain et les mouvements d’écriture, mélodiques et harmoniques, permettent de jouer sur la tonalité relative mineure ce qui provoque toujours un plaisir musical intense. Par exemple, commencez à composer en La mineur et amenez votre mélodie en Do Majeur (en passant par le 2e degré de la tonalité, le Si naturel) puis revenez en Lam en rajoutant votre Sol dièse (la note sensible toujours altérée dans une tonalité mineure) pour repasser en DoM etc. L’effet produit par la succession des deux tonalités Majeure et mineure, grâce au rajout du Sol dièse ou à sa suppression en Sol bécarre, reste toujours agréable car il ne provoque pas de rupture contrairement au changement d’armature nécessaire pour passer d’une tonalité Majeure à une autre tonalité Majeure ou d’une tonalité mineure à une autre tonalité mineure (voir la page B.-a ba de la composition pour + de détails). Pour dépasser cette question réservée aux connaisseurs, le thème de John Williams se prête parfaitement à ce mélange « aérien » qui ne permet pas de situer les tonalités rencontrées à l’écoute de la seule mélodie : Majeur, mineur ? L’harmonisation fixe donc les règles et une oreille avertie peut facilement déterminer la tonalité traversée par la mélodie, il suffit alors de suivre les notes des accords de l’accompagnement notamment les mouvements de la basse. La subtilité du compositeur devient ici évidente : il fallait émouvoir en rendant à la fois léger et gravissime un thème représentatif de la Shoah, le génocide dû à la folie d’un malade mental diabolique qui n’était malheureusement pas le seul dans son régime nazi épouvantable formé de bourreaux. L’interprétation d’Itzhak Perlman est excellente bien évidemment mais ce n’est pas seulement le son parfait du violoniste qui provoque des frissons (d’autres violonistes au jeu différent auraient pu à leur tour jouer parfaitement cette mélodie), c’est le contexte historique qui rend la musique du film définitivement immortelle : la composition pour « La liste de Schindler » est inoubliable car elle est traitée aussi intelligemment que le film. L’un et l’autre permettront de ne pas oublier l’inexcusable. Avec cette partition, John Williams a conçu l’une des plus grandes et plus belles musiques de films jamais composées depuis les origines du cinématographe.

Cette musique de film est classée n° 4 au TOP 100 des plus belles musiques de films, voir ici

 

Comédie sentimentale

 

SABRINA, un film de Sydney Pollack (1995) avec Harrison Ford, Julia Ormond, Grg Kinnear, Angie Dickinson, Richard Crenna, Nancy Marchand, Lauren Holly, Patrick Bruel… Musique de John Williams. Un film Paramount Pictures.

Ce film est une reprise du film de 1954 réalisé par Billy Wilder. Soyons franc, cette version extraordinaire pour l’époque avec une Audrey Hepburn rayonnante est aujourd’hui totalement dépassée sur le plan des sentiments. Il était donc plus que temps en 1993/94 de lancer une version modernisée où les relations humaines restent évidemment les mêmes mais où leur traitement devient acceptable par un public bien différent. À ce titre la version de Sydney Pollack n’est pas décevante, inutile de la comparer à la version de 1954 ce qui serait idiot. C’est pourtant ce qu’ont réalisé les critiques lors de la sortie du film plombant ainsi l’intérêt du public, les c… ! L’actrice Julia Ormond, charmante et très gracieuse dans « Sabrina » 95, nous livre une performance qui rend le film passionnant – si on aime le genre -. Souriante, très présente à l’écran, gracieuse et intelligente, Julia rayonne comme une Hepburn en son temps mais stop, on a dit pas de comparaison. Harrison Ford s’en sort avec les honneurs et les rôles secondaires sont très bien distribués. Le doublage français, lui, demeure pour la cent et millième fois excellent et rajoute à la délicatesse du traitement de l’histoire qui s’apparente, quelque part, à celle de Cendrillon… Ce thème très souvent utilisé par les réalisateurs américains correspond à l’un des travers de leur société ; il consiste à donner l’espoir à chacun qu’avec rien on peut arriver à tout. En France à l’inverse, ceux qui possédaient tout et se retrouvent un jour sans rien fascinent les consciences, question de culture. John Williams, le génial compositeur hollywoodien, marque pendant ce temps-là son empreinte : dans « Sabrina » on se croirait parfois transposé dans un autre de ses films. Loin de penser qu’il réalise parfois un travail « alimentaire », il est certain que rien ne pourra jamais valoir son exceptionnelle création mélodique et orchestrale pour « La liste de Schindler » classée n° 4 au Top 100 des plus belles musiques de films (voir ici). Le nouveau projet de John Williams ? Le retraité qui ne connaît pas la retraite sera de composer l’intégralité de la musique du dessin animé des aventures de Tintin (en fait des personnages virtuels en 3D créés par les ordinateurs à partir d’acteurs jouant réellement les rôles), un parallèle réalisé par Hergé au début des années 80 avec le héros issu des « Aventuriers de l’arche perdue » ce qui aura durablement et fortement intrigué Steven Spielberg. Résultat trente ans plus tard, le film « Tintin et le secret de la Licorne » sorti le 26 octobre 2011 en France et la musique, d’une durée exceptionnellement longue, est surprenante ; les Mélodies Modernes vous en reparleront. Comment pourrait-il en être autrement avec John Williams ? Alix trouve « Sabrina » version 1995 Très bon et la musique Très bonne. Tout est bien qui fini bien.

 

 

Drame

La voleuse de livres - Les Mélodies ModernesLA VOLEUSE DE LIVRES/The book thief/Die Bücherdiebin, un film de Brian Percival (2013) avec Sophie Nélisse, Emily Watson, Geoffrey Rush, Nico Liersch, Sandra Nedeleff, Ben Schnetzer, Hildegard Schroedter… D’après le roman de Markus Zusak. Musique de John Williams. Un film Fox 2000 pictures/Studios de Babelsberg.

Transposer un roman en film n’est pas toujours chose aisée : les lecteurs de « La voleuse de livres » ne peuvent que s’en rendre compte. Premier problème : le film dérange. Dès le début, il est d’une lenteur inouïe. Suivent les dialogues qui comportent dix secondes de silence entre chaque phrase, c’est conforme à un mauvais film français. Il aurait fallu remonter celui-ci pour le réduire à 1h15 afin de lui donner un peu plus de vie et de mouvement. Deuxième problème : la présence d’une voix « off », celle de la mort, rajouté au contexte déjà épouvantable de la Seconde guerre mondiale et de la persécution des juifs sans oublier le peuple allemand qui s’est finalement « fait avoir » quelque part, comme on dit, par la propagande nazi. Il y a de quoi étouffer dans l’empilage de situations dramatiques et trop, c’est trop. En voulant garder une larme à l’œil en permanence, on tombe dans l’excès. Troisième problème : les acteurs. La jeune Sophie Nélisse manque d’expression et possède un comportement un peu trop adulte, Nico Liersch (le jeune garçon au profil stéréotypé) est bien trop gentil alors qu’il est élevé dans un milieu nazi, les parents de substitution n’interprètent pas leurs personnages avec finesse malgré des clins d’œil faciles… Bref, la direction d’acteurs comme la mise en scène, confinée dans un même espace, manquent de subtilité et la caricature n’est jamais bien loin, question de point de vue, évidemment. Quatrième problème : la musique de John Williams qui, pour une fois, ne se fait pas remarquer. Pour toutes ces raisons dommageables, Alix pense qu’un tel sujet aussi gravissime méritait un traitement différent afin de ne pas perturber les (plus jeunes) esprits : s’il est possible de s’enfermer dans un univers de rêve engendré par la lecture qui vous coupe du reste du monde, la réalité de la guerre et de la Déportation de millions de victimes doit se décliner aujourd’hui sans concessions en se basant sur des faits, pas « comme au cinéma » qui se donne des marges de manœuvre pour enrober, au gré des sentiments des uns et des autres, une histoire terrifiante. La période était ultra-violente, sanglante et stressante au possible – pas pour tout le monde –, cela aurait dû transparaître dans le film et dans le livre qui conservent un côté un peu lisse, poétique, trop romantique. Bien sûr, on pleure par l’accumulation de situations d’une grande tristesse mais on n’a pas envie, par exemple, de crier, de se révolter, de réagir vigoureusement lorsque l’action le permet. Le manque d’engagement du spectateur sur des images pondérées ne permet pas une forte indignation d’où un ennui « ordinaire » qui s’installe avant la frustration. Ce film est dénaturant. En étant désobligeant, on peut dire que John Williams et Brian Percival, spécialisé dans la réalisation de séries télés très anglo-saxonnes dans l’esprit, c’est moins bien que Steven Spielberg l’international avec un John Williams inspiré…

 

 

 

La musique électronique à l’écran

 

 

L’utilisation de la musique électronique dans un film remonte aux années 50, lorsqu’un couple de pionniers, Louis et bebe Barron transforment leur appartement new-yorkais en studio de recherche et d’enregistrement. Les voisins ont du se poser des questions dans un quartier où résonnait les sons étranges et jusqu’àlors inconnus issus du générateur de fréquences (l’ancêtre du synthétiseur moderne qu’affectionnait le compositeur François De Roubaix, voir pages précédentes) ou des oscillateurs en mouvement. Un lieu vite fréquenté par les passionnés de ce genre nouveau, des martiens de musiciens, en somme. Le formidable film « Planète interdite », le film connu de tous les amateurs de science-fiction (Alix la critique du site Mélodies Modernes estime qu’il s’agit d’un des plus grands films jamais réalisés) permet d’entendre ces sonorités extraordinaires qui lui donne toute sa dimension artistique et futuriste, un travail qui aura inspiré plus d’un compositeur de musiques de films, une référence en la matière tout comme la réalisation du film, ses décors et son robot, innovants et impeccables dans le domaine de la science-fiction. Avec un scénario inspiré de Shakespeare et transformé récemment en film puis en série TV « Perdus dans l’espace, Lost in space ». Pour en savoir + sur les Barron et le film, cliquez ici, le film est sorti en DVD en France (à la Fnac). De nombreux compositeurs se sont essayés à la musique électronique avec plus ou moins de bonheur car les Barron ont fait école aux USA et en France. L’impulsion est venue de différents compositeurs : Antoine Duhamel, Michel Magne, Lalo Schifrin alors étudiant avec Olivier Messian… L’un d’entre eux, Jean-Michel Jarre, s’est orienté vers la composition instrumentale très commerciale (ce qui n’est pas forcément une définition péjorative) et se trouve être le fils d’un autre compositeur célèbre, lui et à juste titre pour ses superbes musiques de films : Maurice Jarre.

Planète interdite, un film de Fred M. Wilcox (1956) avec Walter Pidgeon, Anne Francis, Leslie Nielsen… Musique de Louis et Bebe Barron. Un film M.G.M/Warner Bros. Un dvd de la FNAC.

 

 

Maurice JARRE, compositeur

Maurice Jarre n’est pas un compositeur ordinaire. Né à Lyon en 1924, il doit sa réputation à son travail gigantesque représenté par le succès mondial des plus belles musiques jamais écrites pour le cinéma. Qui n’a pas fredonné les superbes mélodies de « La chanson de Lara » thème leitmotiv du film « Le docteur Jivago » ou dansé sur la valse de « Paris brûle t-il ? ». Ce mélodiste est encore plus doué pour l’orchestration et l’emploi d’instruments solistes rarement employés dans la musique instrumentale de haut niveau qui se détachent de la masse symphonique (l’accordéon et la balalaïka pour « Le Docteur Jivago » par exemple). Maurice Jarre a produit une quantité de compositions toutes aussi remarquables quelque soit la qualité de la production cinématographique ou télévisuelle, « Gorilles dans la brume» ou la série TV « Cimarron » qui sont de très bons exemples. Pour écouter le générique de « Cimarron », cliquez ici (site Les génériques tv). La liste suivante est très incomplète mais vous donnera une petite idée de son parcours à faire rêver tous les petits jeunes compositeurs de musique de film qui poussent par derrière : première musique en 1951 après avoir composé pour la radio et le théâtre avec « Hôtel des Invalides » (George Franju, réalisateur) puis il enchaîne avec brio pour les films d’ Alain Resnais, Jean-Paul Rappeneau, Pierre Chenal, Jacques Demy, Jean-Pierre Mocky, Frédéric Rossif, Gérard Oury, Henri Verneuil, Richard Fleischer, David Lean, Terence Young, John Houston, Franco Zeffirelli, Visconti, Frankenheimer… Ils les a tous connus c’est pas croyable ! Parmi ses nombreuses réalisations musicales se trouve un film lui aussi exceptionnel « Au nom de tous les miens » de Robert Enrico (réalisateur à qui l’on doit « Les grandes gueules » et « Le vieux fusil », voir ci-dessus et les pages précédentes). Une sacrée destinée. Maurice Jarre nous a quitté en ce sombre 30 mars 2009 alors bonne route Maestro, nous ne t’oublierons jamais car tes compositions sont immortelles.

Deux films exceptionnels avec 7 Oscars pour « Lawrence d’Arabie» , une production Columbia Pictures, et 8 Oscars pour « Le docteur Jivago » , une production Warner Bros. Dans les deux cas, toujours Maurice Jarre !

 

 

 

DIAN et les gorilles

 

Savez-vous que j’ai connu Dian Fossey ? En réalité ce sont surtout mes parents qui l’ont connue. Elle venait d’une île lointaine, très éloignée d’ici et cet être humain prenait des photos dans une grande revue sur les beautés du monde. Moi, je suis né en 1978 dans la région des grands lacs africains, quelque part du côté du Congo, du Rwanda ou de l’Ouganda je ne sais pas très bien. J’étais encore trop jeune à cette époque pour comprendre à quel point cette femme de 46 ans était un être extraordinaire. Elle respectait ma famille. Mieux que cela, elle nous protégeait des braconniers et de ceux qui vivent de l’exploitation du tourisme de masse, de ces hommes qui l’ont tué, ils ont assassiné notre amie, notre protectrice, notre mère spirituelle, notre sauveuse. Ils l’ont tué à coups de machette enfoncés dans son crâne. Mon dieu, l’homme est fou. D’un côté, il déploie des trésors de gentillesse et de générosité et de l’autre il détruit tout, même ses congénères. C’est inexplicable. Voyez vous, j’ai trente et un ans et je suis malade, ma fin est proche. J’ai une pneumonie ou la grippe, l’une ou l’autre, je n’en sais rien mais nous aussi nous pouvons contracter des microbes et des virus comme les êtres humains. Nous ressentons le froid et la chaleur, la faim et la soif, l’amour et la peur. Nous savons ce que signifie être jeune ou vieux, nous connaissons le sens des mots travailler et fainéanter, nous avons nos chefs, nos lois et nos règles. Mais elles sont différentes de celles que vous pratiquez voilà tout. Nous mangeons de l’herbe tendre mais nous avons de plus en plus de mal à survivre, les braconniers sont partout. Nos frères des plaines et des rivières nous ont fait savoir que chez eux c’est du pareil au même. Ici, dans la montagne nous ne sommes plus que six cents. Bientôt, notre race aura disparu. À jamais. Avant de mourir j’aimerais pourtant connaître la réponse à cette question : pourquoi faites vous toujours assassiner vos meilleurs représentants : Luther King, Gandhi, Biko, Palme, Rabin, Kennedy, Érignac (*), Hariri, Buttho, Alloula, Jaout, Feraoun…Dian Fossey ? Quand je pense que je ne suis qu’un pauvre diable perdu dans la brume…

(*) NDLR. L’horrible assassinat du préfet Érignac et la nécessité de condamner très lourdement les coupables ne justifie, en aucune manière, de condamner un homme dont la culpabilité n’est pas prouvée de manière irréfutable. L’affaire Colonna est commentée sur un blog, voir celui-ci parmi d’autres : cliquez ici (infos cpolitic).

 

 

Aventures

 

LA ROUTE DES INDES/A passage to India, un film de David Lean (1984) avec Victor Banerjee, Peggy Ashcroft, Judy Davis, James Fox, Alec Guiness et Nigel Havers. D’après le roman d’ Edward Morgan Forster. Musique de Maurice Jarre. Un film distribué par la Metro Goldwin Mayer.

La collaboration du réalisateur David Lean avec l’acteur/comédien Alec Guiness et le compositeur Maurice Jarre va engendrer quelques uns des plus beaux monuments du cinéma : « Oliver Twist » en 1948, « Le pont de la rivière Kwaï », « Lawrence d’Arabie », « Le docteur Jivago », « La fille de Ryan » en 1970 et « La route des Indes » 14 ans après, le dernier film du réalisateur. Présents à ses côtés ensemble ou à tour de rôle, ses fidèles collaborateurs Maurice Jarre et Alec Guiness créerons la marque de fabrique de David Lean : ses films feront date dans l’histoire du cinéma car ils resteront d’une puissance indélébile. À eux trois ils auront définitivement marqué le cinéma mondial dans sa version Cinémascope. Côté musique justement, Maurice Jarre aura contribué à rendre terriblement vivants et humains les films de David Lean ; ses envolées mélodiques interprétées par de superbes orchestres symphoniques résonneront aux oreilles des passionnés de cinéma dont Steven Spielberg, admirateur de la musique de « Lawrence d’Arabie » au point qu’il portera toute sa carrière une grande attention à la musique de ses films. En franchissant les générations avec le même enchantement romanesque, Maurice Jarre aura frappé les esprits des plus récalcitrants au genre musical. Dans « La route des Indes », l’intensité dramatique de l’histoire issue d’un scénario bien ficelé au dépaysement garanti ne justifiait pas la présence écrasante d’une musique leitmotiv comme dans ses films précédents. Maurice Jarre se contentera donc de créer une ambiance propice au changement de climat, les Indes magnifiques, tout en utilisant par exemple les Ondes Martenot afin de renforcer le charme du film et le mystère de son écriture musicale : il est bien l’un des rares compositeurs à utiliser des changements de tons surprenants, non conformes aux règles basiques de l’harmonie classique. C’est la caractéristique de son style et on l’approuve largement. La musique de film est un genre qui permet toutes les audaces. Côté actrices, deux femmes remarquables : Judy Davis et Peggy Ashcroft, elles travailleront surtout pour les films produits par le Commonwealth (le pendant britannique de la Francophonie). La première est australienne depuis 54 ans ; présente dans « Les pleins pouvoirs » ou « Marie-Antoinette », elle donnera le change à son aînée, une comédienne au long parcours théâtral et cinématographique : ses débuts se feront sous la direction du maître Hitchcock dans « Les trente neuf marches » en 1935. L’artiste française Emilie Loizeau est sa petite-fille. Gageons que la route des Indes ne sera pas une fin en soi pour tout le monde ! Alix Adore ce film et sa musique relativement Discrète qui permettra tout de même au compositeur de recevoir son troisième Oscar.

D’autres critiques de films ici (pages Le cinéma d’Alix)

 

 

Drame

Film "L'obsédé" - Les Mélodies ModernesL’OBSÉDÉ/The collector, un film de William Wyler (1965) avec Terence Stamp, Samantha Eggar, Mona Washbourne, Maurice Dallimore. D’après la nouvelle de John Fowles. Musique de Maurice Jarre. Un film Columbia pictures.

Première impression : ce film a vieilli et la musique de Maurice Jarre n’est pas ce qu’il a fait de mieux. Ses suites de notes privilégiant les timbales (quoi de plus naturel pour un percussionniste de formation) et les sons harmonisés de manière assez pénible (beaucoup de sons égrenés à droite à gauche qui ne dégagent aucune émotion) n’aident pas le spectateur d’aujourd’hui à « entrer » dans le film. Fort de son Oscar pour « Lawrence d’Arabie », armé pour assumer brillamment la composition de son second Oscar « Le docteur Jivago » sans oublier la mélodie inoubliable de « Paris brûle-t-il ? », Maurice Jarre, très prolifique, s’investira toujours pour obtenir un résultat excellent sauf que présentement, son exploration des possibilités offertes par la musique atonale dérange les oreilles des mélodies Modernes. Sans mélodie prenante et obsessionnelle malgré sa chance de disposer d’un scénario très ouvert à la démarche, le compositeur a sans doute loupé son affaire. Côté scénario, « L’obsédé » va vous sembler, dans un premier temps, complètement dépassé, l’actualité, depuis les années 60 nous ayant abreuvé de drames plus traumatisant encore que l’histoire de la malheureuse Miranda tombée dans les griffes de son ravisseur, le cinglé Freddie, parfaitement bien joué par Terence Stamp. Il est tellement jeune et beau (selon Alix et ses copines) qu’il en devient méconnaissable ; on se souvient évidemment de lui, plus âgé, dans « Superman, Link, L’affaire Karen McCoy, Futur immédiat, Young guns, Priscillia folle du désert, Star wars la menace fantôme… » mais ici, bonjour la jeunesse et la spontanéité due à son talent ! Le visage angélique de Terence Stamp fut remarqué par Peter Ustinov ce qui lui permettra d’obtenir le rôle principal de « L’obsédé », l’un de ses premiers longs-métrages, en étant remarquablement bien doublé par Michel Roux. Les troubles obsessionnels du personnage interprété par Terence Stamp vont le conduire doucement mais sûrement vers la folie meurtrière et c’est la belle et photogénique Samantha Eggar (« Ma sorcière bien aimée, la série télé issue du film Le roi et moi ») qui va nous dévoiler sa naïveté avec tact et retenue dans un rôle très difficile à tenir. Dans l’Angleterre snobe et puritaine, la souffrance de l’innocente jeune femme va déranger « l’establishment » car la jeune londonienne très « bon chic bon genre » va se devoir se soumettre aux fantasmes du dangereux détraqué millionnaire… Plusieurs criminels se seraient inspirés de ce huis-clos qui a connu un grand succès à sa sortie ; les assassins en puissance auraient tenté de justifier leur démarche maladive par le scénario crédible qui a marqué les esprits de l’époque. Le public était insuffisamment informé des troubles psychiques de certains de leurs compatriotes et comme si cela ne suffisait pas, le comportement de l’être humain a gagné en cruauté depuis la fin de la Seconde guerre mondiale et son « plus jamais ça ». La violence quotidienne sous toutes ses formes s’est invitée dans l’actualité ; nous sommes blasés devant la perversité et l’injustice du monde mais pourtant, la chute du film surprend toujours par sa brutalité, c’est terrifiant. Réalisateur du génial « Les grands espaces », William Wyler aura toujours misé sur la psychologie profonde de ses personnages et la réussite sera au rendez-vous dans ses chefs-d’œuvre, au moins sur cet aspect-là. Alors cher lecteur chère lectrice, arrêtez-vous dès maintenant de papillonner et posez-vous à l’intérieur de votre domicile dans votre fauteuil si confortable ; armez-vous d’un bon verre, respirez ses effluves et dégustez-le sans vous évanouir. Façon de parler…

 

Drame

TAPS, un film d’Harold Becker (1981) avec George C. Scott, Timithy Hutton, Tom Cruise, Sean Penn, Ronny Cox, Brendan Ward… D’après le roman de Devery Freeman « Father sky ». Musique de Maurice Jarre. Un film 20th Century Fox.

La musique de Maurice Jarre est très peu présente dans ce film choc, un drame dans le genre qu’affectionne l’extraordinaire acteur George C. Scott (on se souvient de sa performance dans Rage, voir ici). La formation des jeunes recrues d’une école militaire au nom prédestiné, la Bunker hill academy, se fait par des méthodes pédagogiques strictes et fermes. La psychologie des personnages est remarquable tout comme le doublage du film en français et l’histoire est prenante par son scénario étonnant. Il faut avoir vu le film pour en parler ! À l’écran apparaissent Tom Cruise, Timothy Hutton et Sean Penn (sa première prestation) qui font leurs premières armes tout comme le jeune Brendan Ward devenu professionnel. Sonnerie aux morts (version US), rassemblements, défilés militaires et tirs meurtriers jalonnent un film qui dénonce à la fois le changement de société (le laxisme remplace la discipline), l’évolution des mentalités (ou la dégradation, c’est selon), l’opposition entre soldats, gradés et civils, l’honneur et l’obstination imbécile, l’incompréhension entre deux mondes, finalement. Guerre et paix, entre deux valeurs qui trouvent ici leur justification, il va falloir trancher. Et ça va faire mal. Ce film est Excellent.

 

Drame

LA DIFFÉRENCE/School ties/Collège d’élite, un film de Robert Mandel (1992) avec Brendan Fraser, Chris O’Donnell, Matt Damon, Randall Batinkoff, Andrew Lowery, Ben Affleck, Cole Hauser, Amy Locane… Musique de Maurice Jarre. Un film Paramount.

« La tolérance » aurait pu être l’autre titre de ce film qui parle des préjugés antisémites d’une certaine classe sociale américaine dont les enfants fréquentent les universités les plus huppées du pays, parfois avec les conséquences catastrophiques que l’on imagine sur les plus vulnérables d’entre eux. D’un côté comme de l’autre, la pression existe pour « réussir ses études » et décrocher le fameux sésame de la réussite. Il faut réussir à tout prix aux USA. Mais est-ce toujours possible quand les forces en présence laissent tomber les masques ? En se basant sur une histoire vraie, en confiant les rôles principaux à quelques jeunes acteurs sans grande expérience mais dont le talent va exploser à cette occasion, le réalisateur Robert Mandel dresse un portrait de la jeunesse estudiantine des années 50 dans le milieu très fermé de la bourgeoisie de la Nouvelle-Angleterre. La musique de Maurice Jarre est à la hauteur : mélodique, symphonique, conçue avec des synthétiseurs beaucoup entendus dans sa période américaine, c’est du très bon travail créatif et original. Le doublage français est excellent lui aussi, comme on peut s’en douter. Alors tout, absolument tout concoure à nous faire passer un Très bon moment de cinéma. Alix, notre critique de film très portée sur les questions d’injustice, confirme l’intérêt des Mélodies Modernes pour ce type de scénario mettant en avant les questions de racisme et d’intolérance – surtout lorsqu’elle sont portées à leur paroxysme -. On en finira donc jamais de découvrir la portée de l’imbécilité humaine et de mesurer ses conséquences dévastatrices…

 

 

 

Martin GRAYMartin GRAY, écrivain

AU NOM DE TOUS LES MIENS, un film franco-hongro-canadien de Robert Enrico (1983) avec Michael York, Brigitte Fossey, Jacques Penot, Macha Méril, Jean Bouise, Helen Hugues, Wolfgang Müller… D’après le livre de Martin Gray et Max Gallo. Musique de Maurice Jarre. Un film distribué par Studio Canal.

Martin Gray a connu un destin terrible : sur plus de cent membres de sa famille (oncles, cousins etc.), il est le seul rescapé des camps de la mort. Revenu vivant de Treblinka en 1943 où il a connu l’horreur provoquée par les effets de la haine, des bourreaux, des sadiques et de la dégueulasserie humaine, après avoir survécu à la guerre et tâché de se refaire une vie aux États-Unis d’Amérique, son épouse et ses quatre enfants ont péri en France dans les flammes d’un incendie affreusement ordinaire comme on en connaît chaque année dans le sud du pays (la plupart sont d’origine criminelle, le fait de la bêtise, de l’inconscience et de la négligence des hommes qui tuent des hommes). Dans son dernier livre « Au nom de tous les hommes », pourtant, Martin Gray défend sa croyance absolue en la vie. Personne n’est plus crédible que lui lorsqu’il affirme que l’on doit toujours se battre pour rester vivant ou survivre. En fait, il pense qu’il y a le bien et le mal et que chaque individu doit agir pour faire triompher le bien. L’homme Bon doit avoir la force et le courage de faire entendre raison à l’homme Méchant ; sans résultat, lorsque celui-ci se comporte en aveugle et refuse de voir la vérité en face, il faut alors pouvoir l’empêcher de nuire. Un tel raisonnement, simple, clair et précis reste déconcertant dans une société comme la nôtre où l’on cherche de plus en plus à comprendre, à analyser, à disséquer et à discutailler toute situation. Mais les choses sont ainsi faites : la vie mérite que l’on combatte ceux qui sont orientés vers la mort, ceux-là mêmes qui cherchent à nous y entraîner. Devant son père tué par les nazis, face aux victimes des camps de concentration, sur les tombes de sa famille, Martin Gray n’a jamais cessé de leur dire « Je vais vivre pour vous tous et vous revivrez dans la mémoire des hommes. Je le jure ». Car il faut témoigner et œuvrer pour le bien des autres, ce qu’à fait l’auteur jusqu’à son dernier souffle par ses rencontres et conférences au Canada et en Belgique notamment. Entouré de sa nouvelle famille, Martin Gray nous a prouvé que la vie mérite d’être vécue si on la met au service de la survie des autres. Une forme exemplaire de pensée etMartin Gray - Les mélodies Modernes d’action qui mérite bien plus que le respect, l’admiration, et qui justifie son application large par nous tous, nous les pauvres humains qui préférons trop souvent la haine à l’amour et qui n’assumons pas notre fabuleux statut privilégié pour demeurer tellement malheureux et si chanceux à la fois. Une production Studio Canal.

Pour en savoir + sur Martin Gray un homme extraordinaire : Wikipedia

Autre film dont Maurice Jarre signera la musique : « 1943, l’ultime révolte », un film de Jon Avnet (2001) avec Leelee Sobieski, Hank Azaria, David Schwimmer, Jon Voight, Donald Sutherland… 125 acteurs et 20 000 figurants. Un film Brooklin Films/Warner Bros. L’entrée des nazis en Pologne entraînera le drame du ghetto de Varsovie, de la déportation, du programme d’extermination des juifs… Mais aussi de la résistance de gens ordinaires qui ne voulaient pas mourir à cause de la folie des hommes, ceux qui avaient décrété l’Apocalypse de la Shoah.

 

 

 

 

George BASSMAN, compositeur

Les exemples de réussite des immigrés et de leurs enfants dans le Nouveau monde sont légions. Né à New-York en 1914 de parents juifs russes, George Bassman fait partie des personnes qui ont apporté leur pierre à la construction de l’édifice, le cinématographe, dans sa partie la plus musicale. Son père trouvera rapidement du travail dans le pays : pianiste accompagnateur il « tournera » dans un ensemble de jazz. George quant à lui fréquentera le conservatoire de Boston et s’engouffrera comme bon nombre de ses collègues dans l’appel d’air provoqué par Hollywood dans les années 30. Il deviendra l’orchestrateur remarqué des films de Fred Astaire et arrangera les chansons d’un autre George : il deviendra l’un des membres solide de la bande à Gershwin. À la Métro Goldwin Mayer il travaillera pour les Marx Brothers et, plus tard pour Richard Rodgers (le père des merveilleuses comédies musicales « Anna et le roi » (voir page précédente) ou « La mélodie du bonheur ») ; en ces années socialement tourmentées – nous sommes en 1938 à l’aube d’une nouvelle guerre – le compositeur interviendra, avec Herbert Stothart et Ken Darby, sur les compositions et arrangements du film mytique « Over the rainbow » avec Judy Garland voir ici. Broadway s’attachera ses services à partir des années 50 et George Bassman n’arrêtera jamais de composer. Après sa collaboration avec Richard Rodgers et Delbert Mann pour son film « Marty » avec Ernest Borgnine dont il compose plusieurs chansons (Palme d’or à Cannes en 1955), c’est à la télévision qu’il œuvrera tour à tour en tant qu’arrangeur, compositeur, chef d’orchestre et directeur musical. L’une de ses musiques pour le grand écran restera néanmoins typique de ses qualités de mélodiste en avant d’une masse orchestrale agréable aux pupitres bien équilibrés. Il n’y a pas que Sam Peckinpah pour être sous le charme des compositions parfaites de George Bassman !

Western

COUPS DE FEU DANS LA SIERRA/Ride the high country, musique de George Bassman, arrangements de George Bassman et de Al Sendy, musique enregistrée le 26 janvier 1962 / À L’OUEST DU MONTANA/Mail order bride, un western écrit et réalisé par l’acteur Burt Kennedy, avec Budy Ebsen et Keir Dullea, musique enregistrée le 29 octobre 1963.Un C.D. Silver Age Classics (Turner Classic movies).

Pour ceux qui n’en sont pas encore convaincus la musique des films de western aura marqué l’évolution de la musique dans toute sa globalité. Les espaces vierges, les contrées lointaines, la nature, les paysages grandioses sont retranscrits de manière admirable dans une bonne musique de film de western comme on peut l’entendre dans les meilleures compositions de musique classique. Il suffit juste de fermer les yeux et d’écouter attentivement… Dans « Coups de feu dans la sierra », un thème doux et romantique appelé Love theme par les anglo-saxons imprègne le spectateur dès les premières images du film. Pas de doute possible, on se trouve bien dans les grands espaces de l’ouest américain et pas ailleurs. L’emploi d’un quintette à cordes comme base de l’orchestration renforce les sentiments du propos : Sam Peckinpah souhaitait évoquer dans son œuvre la nostalgie du vieil ouest, une époque où les cowboys vivaient sous le soleil et les étoiles dans la sueur et la poussière, loin de ce qui allait créer inéluctablement leur perte : la modernité et la civilisation. Mineurs et chercheurs d’or sans vergogne, fermiers isolés et repliés sur eux-mêmes, esprits modernes ou atypiques, les solitaires comme les gars dépendants de la meute et les femmes indépendantes ou celles qui laissaient soumettre par le mâle dominant, tous les comportements humains basiques et forts seront dressés dans les films du réalisateur. À l’opposé de l’odeur persistante de poudre et de poussière rencontrée dans « La horde sauvage » en 1969 et de la dérision du quasi-parodique « Un nommé Cable Hogue » tourné un an plus tard (le premier film n’était pas terminé qu’il avait déjà attaqué ce second), la musique de George Bassman pour « Coups de feu dans la sierra » restera éloignée de la violence gratuite et de la nervosité des autres réalisations. Ce qui ne l’empêche pas de retranscrire l’ambiance tourmentée du film et d’illustrer les moments apaisants par de longs accords tenus de septième joués par les instruments à cordes. La musique du film « À l’ouest du Montana » contient entre autres surprises agréables à l’oreille une superbe mélodie jouée à l’harmonica sur de formidables orchestrations ; la rythmique est originale. Que du beau et du bon.

Dans cette musique de film les trompettes sont très présentes mais pas stridentes, les contre-chants du basson, véritables lignes mélodiques, dansent en contrepoint sur le thème principal et ne sont pas sans rappeler la musique de Paul Glass pour « Bunny Lake a disparu » en 1965. Une simple question de goût et de maîtrise technique commune aux deux compositeurs et c’est très bien ainsi. On reconnaîtra également un thème parodique présent dans la série télé « Les mystères de l’ouest » (musique de Richard Markowitz, voir ici) : la musique de George Bassman a donc fait des émules et c’est tant mieux. Flûte traversière, hautbois, clarinette… L’harmonica et le violon folk tantôt énergiques, tantôt nostalgiques, viendront renforcer dans« À l’ouest du Montana » la richesse des arrangements de George Bassman, des interventions sonores toujours opportunes en totale adéquation avec l’action et le scénario. Par exemple, les sabots des chevaux sont illustrés par les percussions qui donne un rythme au thème : voilà bien un truc rationnel mais terriblement efficace, histoire de rester à cheval sur les principes…

Photos ci-contre : James Drury et Mariette Hartley, Joel McCrea (agenouillé) et Randolph Scott (allongé). Photos extraites du film « Coups de feu dans la sierra/Ride the high country » (1962) de Sam Peckinpah avec Randolph Scott (voix française d’André Valmy qui double aussi George C. Scott), Joël Mac Crea (voix française de René Arrieu qui double aussi Charlton Heston), Mariette Hartley et James Drury voir ici (voix française de Marcel Bozzuffi qui double aussi Paul Newman). Un film Collection Talents du cinéma : Sélection Sam Peckinpah. Distribution Warner Bros www.warnerbros.fr

Description complète du film Coups de feu dans la sierra : cliquez ici (infos Une porte. net, en français)

 

 

 

Sam PECKINPAH, réalisateur
Sam Peckinpah était un homme hors du commun. Né en 1925 à Fresno et décédé en Californie à Inglewood en 1984, son parcours pas banal et la vie trépidante qu’il aura menée d’un bout à l’autre de son existence mériteraient un film à eux seuls. Sa sœur Fern Lea Peter raconte l’histoire de la famille Peckinpah dans le bonus du DVD « Coups de feu dans la sierra », un entretien passionnant qui nous dévoile plusieurs vérités mises à mal par la critique américaine ; dans les années 50 et 60 régnait la censure ; les idées cinématographiques avant-gardistes de Sam Peckinpah ne pourraient donc pas trouver l’écho nécessaire auprès des décideurs. C’était aussi l’époque de « la chasse aux sorcières » à Hollywood et son choix porté sur les compositeurs George Bassman et Jerry Fielding (voir ici) n’aura pas non plus plaidé en sa faveur. C’était la dure époque du maccarthysme. Pourtant le réalisateur ne recherchait pas une quelconque gloire mais il se devait d’obtenir une certaine forme de reconnaissance et de notoriété afin de pourvoir au financement de ses projets de films. Un artiste doit composer avec de la matière pour produire une œuvre révélatrice du génie humain, qu’elle soit manuelle ou intellectuelle, disons même les deux à la fois. Si vous privez un architecte de matériaux, il ne pourra jamais contempler sa maison qui restera une œuvre abstraite sans aucune valeur. Bien entendu, Hollywood n’a pas empêché le réalisateur de travailler mais ici et là quelques personnes incompétentes aux motivations plus que discutables ont amputé une partie de ses films. En perdant de leur force et de leur impact, l’Europe aura pourtant reconnu en Sam Peckinpah ses éclairs de génie. Très imprégné par son enfance heureuse dans la nature mais aussi par une mauvaise chute de cheval qui le fera se soigner à vie, les parents du réalisateur ont fortement influencés ses choix et ses orientations personnelles. Sam Peckinpah savait décrire la violence sans l’avoir pratiquée : dans sa famille par exemple on apprenait à ne chasser que pour se nourrir, par stricte nécessité et jamais pour le plaisir de tuer. On retrouve dans son œuvre l’empreinte forte de sa personnalité et de son destin exceptionnels, un parcours voué à la compréhension du comportement humain qu’une vie entière ne suffit pas de toute façon à comprendre : sa ville natale, loin d’être fière de son plus brillant représentant, préfère ignorer à quel point elle a engendré un homme exceptionnel. Lui qui nous lègue un héritage beau et puissant, sensible et touchant, violent et cruel. La marque des grands réalisateurs. Ces hommes et ces femmes de l’art qui comptent tellement dans une société civilisée et qui marquent de leur empreinte indélébiles des millions de vies ordinaires. Vous êtes sincères et braves à l’image de Sam Peckinpah. Mille fois merci à vousPour en savoir + sur Sam Peckinpah, cliquez ici (infos Sense of cinema, un très bon article de Gabrielle Murray, en français)Film « Les chiens de paille », cliquez ici

 

Achetez par téléchargement les partitions de vos musiques de films préférées et des compositeurs que vous aimez : un nom, free-scores, une adresse, cliquez ici

Accès page suivante : Michel LEGRAND, Vladimir COSMA, John BARRY, Jack NIETZSCHE compositeurs

 

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