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Les compositeurs de musiques de films

Musiques de films

Pour en savoir plus sur les compositeurs de musiques de films et leurs créations, parcourez les pages suivantes !

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La critique de film d'Alix

Critiques de films

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Le Top 100 des plus belles musiques de films

Les 100 + belles BO de films

Est-ce possible ? Possible, oui bien sûr mais raisonnable, beaucoup moins.

Les musiques de films (IV)

 

Michel LEGRAND, compositeur

Impossible d’évoquer la musique de film sans penser à lui. Impossible d’écouter une musique de film sans se souvenir d’une de ses mélodies. Impossible de parler orchestration sans se référer à ses arrangements colossaux. Son nom : Legrand, Michel Legrand. Dès l’âge de quatre ans, un film avec Tino Rossi en chef d’orchestre lui fait choisir sa voie. Il n’en démordra plus. C’est que bon sang ne saurait mentir : son père, Raymond Legrand, professionnel reconnu dans la musique instrumentale, va lui permet de faire ses premières armes dans le métier. Sa mère est chanteuse (elle double Catherine Deneuve dans Les parapluies de Cherbourg) et son oncle est un célèbre chef d’orchestre, Jacques Hélian. De sérieuses études musicales à la clé, « le petit jeune qui promet » travaille comme un forcené ; vous savez, c’est ce genre d’investissement personnel que seuls les vrais passionnés romantiques peuvent connaître. Ce n’est pas l’arrivisme qui le pousse en avant, c’est le rêve et l’espoir qui le projettent dans le futur. Puis vint le réalisateur François Reichenbach qui lui ouvra les voies du succès avec le documentaire « L’Amérique insolite » ; dès 1959 le Spoutnik Legrand sera lancé sur orbite et quelque part c’était sûrement écrit, La Nouvelle vague du cinéma français ne pourrait plus se concevoir sans lui.

Camarade, il ne le fut pas que sur le papier à musique ; les amitiés du compositeur avec les meilleurs réalisateurs mondiaux de films et la reconnaissance de son immense talent permettront de créer les occasions nécessaires vers l’explosion de ses énormes capacités artistiques. Tel « Une pierre que l’on jette dans l’eau vive d’un ruisseau et qui laisse derrière elle des milliers de ronds dans l’eau » (paroles françaises de la chanson « Les moulins de mon cœur » du film « L’affaire Thomas Crown »), Michel Legrand rebondit sur les commandes, plonge dans l’inspiration et ressort toujours la tête hors de l’eau. Lassé par La nouvelle vague du cinéma français, il ne se noierait pas pour autant dans le déferlement de l’Océan Pacifique qui allait naturellement monter au galop tout en prenant le risque de le voir changer sa nature, ses convictions et sa personnalité. Michel Legrand est resté plus fort que le chant des sirènes hollywoodiennes, il est devenu un raz-de-marée qui submerge tout sur son passage et même les plus récalcitrants resteront marqués par son génie. C’est que personne n’y croyait, en France, au film « Les parapluies de Cherbourg » mais la ténacité des copains de l’époque (le grand Francis Lemarque faisait partie de la bande) et l’estime du public déboucheront sur d’autres amitiés, américaines celles-là : Henry Mancini le prendra sous son aile protectrice. Recommandé à Norman Jewison, il écrira cette fameuse musique du film « L’affaire Thomas Crown », non pas en calquant plusieurs fragments mélodiques sur les images du montage mais en écrivant une heure trente de musique sur lesquels le montage sera réalisé. Ce film repose sur les compositions de Michel Legrand et non l’inverse ! Le frenchy débutant aux States obtiendra immédiatement son Oscar et le succès planétaire le propulsera vers de nombreuses autres sollicitations. Continuellement à la recherche de nouvelle idées et de défis à relever (comme la composition du film « Un été 42 » réalisée en quelques heures et qui demeure un vrai bijou pour les oreilles), ce voyageur des cinq continents, pianiste de jazz émérite, jouera avec les plus grands. C’est que Legrand et les grands sont unis pour toujours !

Mais seul sur scène pendant deux heures de temps avec un piano, le spectacle est déjà suffocant, étourdissant, jubilatoire. C’est un monstre de virtuosité et de facilité. En représentation, Michel Legrand est plus que déconcertant, il est insolent. Alors un parcours exceptionnel et une carrière brillantissime non achevée justifiaient amplement le CD « Le cinéma de Michel Legrand ». C’est encore l’ami Stéphane Lerouge qui nous propose la saga mélodique et harmonique d’un homme entré de son vivant au Panthéon des meilleurs musiciens. Ceux qui ont l’âme pure d’un être sensible et le cœur d’un amoureux de la vie, des belles choses et du travail bien fait. En fait, c’est l’album d’un artiste complet. Ils sont si rares…

Parmi ses meilleures musiques, il faut retenir en priorité « Picasso summer » du film « Un été 42 » de Robert Mulligan en 1971. Assurément l’une des plus belles musiques de films jamais composée pour le cinéma avec une mélodie magnifique et son harmonisation d’une très grande originalité, c’est de toute beauté. Comme bon nombre des compositions de Michel Legrand, cette composition est constituée d’une marche harmonique. Pour en savoir + sur cette technique d’écriture musicale, rendez-vous en bas de page « B.a-ba de la composition ». De l’extrême sophistication à l’épurement il faut citer les cinq notes de trompette répétées en écho (mi do do si do) avec lesquelles on se réveille le matin si on écoute la station de radio RTL… Avec le dessin animé « Oum le dauphin » et son thème mélodique joué au saxophone soprano (surnommé la carotte), les thèmes sont inoubliables et déclament la marque de fabrique de cet artisan surdoué. Parfois lorsqu’il chante ou quand il démarre ses onomatopées, là, parfois, il nous fait un peu trop son Legrand mais comment pourrait-on lui reprocher, lui qui ne connaît pas le sens du mot « petit » ?

* Liste de l’œuvre de Michel Legrand : Wikipedia

* Critique du téléfilm La bicyclette bleue dont la musique est signée Michel Legrand, cliquez ici

* Michel Legrand et Macha Meril se marient en septembre 2014 à Rio de Janeiro : la vie, quelle belle aventure, vieux motard que j’aimais (contrepèterie : mieux vaut tard que jamais) ! Pour en savoir +, voir ici (info Le Figaro)


 

Saga

LA BICYCLETTE BLEUE, un téléfilm franco-italien en trois épisodes de Thierry Binisti (2000) avec Laetitia Casta, Georges Corraface, Sylvia De Santis, Virgile Bayle, Stéphane Audran, Jean-Claude Brialy… D’après le roman de Régine Deforges. Musique de Michel Legrand. Un film produit par Christian Charret, Sandra d’Aboville, Gétévé, France 2, France 3, la Rai…

Si vous connaissez Scarlett et son domaine magnifique de Tara, Rhett Butler et les plantations de coton alors oui, vous trouverez que l’histoire de la romancière Régine Deforges est calquée sur celle de Margaret Mitchell. Ses héritiers également puisqu’ils ont intenté un procès pour plagiat ; après sept années de procédure ils y ont finalement renoncé. En revanche si vous ne connaissez pas la trame d’ « Autant en emporte le vent » ou si vous savez apprécier sans à-priori une création artistique, vous pourrez adhérer au téléfilm « La bicyclette bleue » sans souci. Laetitia Casta, mannequin, top-modèle, actrice et comédienne donne le change du haut de ses 22 ans pleins de naturel et honnêtement, elle joue bien. Les autres acteurs et comédiens défendent eux aussi leurs rôles avec conviction, la réalisation du téléfilm reste parfaite. À son tour, la musique de Michel Legrand apporte une dimension supplémentaire nécessaire à cette grande aventure humaine hors du commun étalée sur une période sombre de l’histoire de France – et du monde -. Parfois, l’excessif compositeur se permet comme à son habitude une orchestration grandiloquente ou une mélodie de générique que pourrait revendiquer Jacques Demy, plutôt niaise et pompeuse à souhait mais la pureté de la voix de Liane Foly sauve l’entreprise. La chanson de l’héroïne est très belle alors oublions vite les petits, tous petits défauts : quand on est l’un des plus grands compositeurs de musiques de films de la planète et que l’on possède un talent fou, fou, fou, fou, il faut bien accepter ça et là une petite critique afin de lui permettre de garder les pieds sur le sol, à notre ami…chel ! La vraie critique, on doit la porter sur l’enregistrement : effectuée par l’Orchestre de Bratislava probablement pour une histoire de coût, la production donne le triste exemple de la décentralisation dont le peuple français dans sa grande sagesse refuse tout net la fatalité. Bon Diou, n’existe t-il pas suffisamment d’instrumentistes et d’orchestres gaulois capables de jouer du Michel Legrand et d’en jouer très bien ? Sommes-nous dans l’incapacité de faire preuve d’un minimum de lucidité en dotant le pays d’une structure musicale et technique (post-production, mixage etc.) d’un prix abordable pleinement dédiée au Septième art ? Hélas quelques tentatives passées ont échoué, preuve que tout va mal ici bas pour ce genre musical majeur. Alix aime ce téléfilm et sa musique qu’elle trouve Très bons malgré un manque évident de moyens, la fin de l’histoire prenant (enfin !) la tangente du roman de Margaret Mitchell. Les dialogues de Jean-Loup Dabadie, les décors et la période du film traversée nous apportent le dépaysement indispensable pour adhérer pleinement au scénario, au moins jusqu’aux deux tiers du programme avant l’étalage de quelques longueurs et d’états d’âme superflus.

 

 

Tranche de vie

ATLANTIC CITY, un film de Louis Malle (1981) avec Burt Lancaster, Susan Sarandon, Kate Reid, Michel Piccoli, Holis Mac Laren, Robert Joy, Moses Znaimer… Musique de Michel Legrand. Un dvd Arte vidéo.

« Lou et Sally », ainsi pourrait s’appeler ce film. Un malfrat à la retraite et une voisine de palier malheureuse, le couple improbable formé par Burt Lancaster et Susan Sarandon, les deux monstres sacrés du cinéma, déchire l’écran. Louis Malle est un formidable réalisateur et sa vision toute personnelle du monde et de la vie qui le constitue tant bien que mal ne peut que séduire les nombreux fans ou simples spectateurs. Par la superposition de deux mondes, celui du faste des années 1910 qui disparaît sous les coups des bulldozers de la « modernité », l’originalité du scénario n’a d’égal que le jeu en finesse des acteurs. Leurs parcours divergeant devenu fusionnel par la force du destin captive et séduit malgré l’illégalité, les morts et l’immoralité : les sentiments triomphent toujours même en cas de déchéance à condition de savoir rester maître de ses émotions. Ce vaste programme se déroule en l’absence d’une musique adéquate : le parti pris du réalisateur consiste à « illustrer » les images avec une musique – par définition – que l’on n’entend pas ce qui reste un choix personnel très discutable. La seule présence certaine de Michel Legrand s’entend au clap de fin, sa voix caractéristique délivrant les paroles de son complice Paul Anka (on se rappelle du « Jour le plus long » sur une musique de Georges Delerue). La démolition d’un hôtel célèbre américain de la Côte Est – un palace pour milliardaires transformé en 1924 en immense casino – rend l’atmosphère du film fantasmagorique avec ses décors mouvants. Signe des temps qui changent, la promenade du front de mer sur de gigantesques planches de bois cèdera la place à d’autres marcheurs, en fait, des coureurs, ceux des « Chariots de feu » : le film de Louis Malle nominé cinq fois aux Oscars en 1982 se fera damer le pion cette année-là par cette autre réussite du cinéma européen. Du coup, Vangelis sera récompensé pour sa musique originale aux synthés pendant que Michel Legrand, déjà parti vers de nouvelles découvertes, s’investira en artisan chevronné dans le nouveau film de Michel Lang. Tu parles d’un « Cadeau »… ! Alix trouve « Atlantic city » Excellent mais sa musique beaucoup trop Discrète.

Autre de film de Louis Malle : « Black moon », voir ici.

 

 

 

Amour et émotion

BREEZY, un film de Clint Eastwood (1973) avec Kay Lenz, William Holden, Roger C. Carmel, Marj Dusay, Jamie Smith Jackson. Musique de Michel Legrand. Un film Universal.

Breezy signifie légèreté. Du haut de ses vingt ans, libre comme l’air, tantôt brise et tantôt vent, Breezy vit insouciante avec sa guitare en bandoulière Sans parents, sans personne à qui s’attacher, Breezy peut s’offrir au premier venu si elle le veut mais en aucun cas Breezy est une fille facile. Disons qu’elle est juste changeante dans l’état d’esprit du début des années 70. Elle déambule comme une vagabonde au hasard des ses rencontres. Hippie certes mais pas droguée, exubérante mais pas folle. Ce qui la caractérise le mieux c’est son amour de la vie, des gens, des découvertes insignifiantes qui n’en sont pas pour elle. Jeune et jolie, souriante et énergique, philosophe et sans complexes, comment un homme normalement constitué pourrait-il ne pas en tomber amoureux ? C’est ici que naît le talent de Clint Eastwood réalisateur (voir ici). Son portrait choc d’une rencontre en théorie impossible entre la jeunesse et l’âge mûr – car Franck a la cinquantaine – est résolument d’une intelligence et d’une sensibilité rares. Sur une orchestration d’une grande beauté, la mélodie de Michel Legrand frappe les esprits et les cœurs. Pendant que s’enflamment dans la plus grande délicatesse les pupitres de violons dans le sur-aigu, l’amour improbable finira t-il par triompher à l’écran ? Si jeunesse savait, si vieillesse pouvait… L’inverse arrive aussi parfois dans la vraie vie et c’est trop beau ainsi. Alix trouve ce film sentimental Excellent et sa musique de Michel Legrand Exceptionnelle.

Pour en savoir davantage sur le film (sauf sur la musique extraordinaire de Michel Legrand dont à peu près tout le monde se contrefiche à part les Mélodies Modernes, comme d’habitude), cliquez ici (c’est une brillante analyse du film par Dvd classik)

 

 

Dérapage com…passé !

La Cinémathèque française a organisé une rencontre avec Michel Legrand. Une soirée magnifique, extraordinaire dans laquelle les passionnés de musiques de films se sont retrouvés dans un écrin de musicalité rare, Michel Legrand ayant démontré une nouvelle fois son génie créatif en tant que compositeur et instrumentiste virtuose. Tout ce beau monde, musiciens, acteurs, spécialistes et public interactif est entré ce soir-là en communion. Mais un dérapage aurait pu tout gâcher suite à une idée à la… Comparer une musique de film de John Barry avec une musique de film de Michel Legrand ! Même film, même scène, les spectateurs ont d’abord assisté à la diffusion de la version de John Barry retenue par le réalisateur du film « La flèche et la rose » de Richard Lester avec Sean Connery et Audrey Hepburn puis la version de Michel Legrand, sollicité en premier mais finalement débouté par ce même réalisateur. Commentaire du Directeur général de la Cinémathèque française visiblement emporté dans un élan jubilatoire en faveur du visiteur d’un soir : « Y’a pas photo ! ».

Pourtant le commentaire d’Alix sur la question est sans concession : la partition fuguée et atonale pour violon, violoncelle et deux orchestres à cordes de Michel Legrand (l’une de ses préférées) dérange dans un film historique, c’est une question de goût personnel, évidemment, on aime ou on n’aime pas. Alix déteste. Quant au violon d’Ivry Gitlis, le grand copain de Michel Legrand, si émouvant instrumentiste dans le film « La bûche », n’a rien à faire lui non plus dans le contexte historique : tout cela nous ramène un peu trop au XXe siècle. Le réalisateur Richard Lester aimait énormément le travail effectué par le compositeur français mais il n’en voulait pas dans son film, on comprend mieux pourquoi. Alors Monsieur le Directeur de la précieuse Cinémathèque française « Y’a vraiment pas photo ? ». Est-ce ainsi que l’on traite le choix des professionnels, en l’occurrence le réalisateur ? Que peut bien apporter cette comparaison snobinarde et totalement irrespectueuse d’une œuvre aboutie ? On sait parfaitement que Michel Legrand ne compose pas comme John Barry et inversement proportionnel ; si l’une des musiques de l’un ou de l’autre s’avère être résolument meilleure pour tel passage ou tel autre d’un film, revenir sur des choix assumés par un réalisateur maître de son bébé n’est pas une démarche sérieuse. Comparez par exemple la version parfaite de John Barry dans « King Kong » avec ce qu’aurait pu proposer Michel Legrand à l’époque, y’aurait pas photo non plus et ainsi de suite, pourquoi ne pas refaire entièrement l’histoire de la musique de film ? Michel Legrand a composé des musiques de films d’une incroyable beauté, probablement, un summum dans le domaine : ne les comparons pas au travail qu’aurait pu fournir d’autres compositeurs à sa place, tout cela n’a aucun sens. Dérapage ! Ce manque de tact et de délicatesse des organisateurs de la soirée ne servait pas les intérêts de Michel Legrand qui n’avait plus besoin qu’on encense exagérément ses qualités surtout au détriment d’un collègue tout aussi illustre que lui mais différent, juste différent. Ce comparatif entre deux compositeurs plus que respectables était une idée incongrue dans une soirée plus que remarquable. Nul n’est parfait.

Lien vers la page traitant le sujet (blog de La Cinémathèque française)

 

 

 

 

 

Vladimir COSMA, compositeur

Vladimir Cosma était-il conscient de ce qui venait de lui tomber dessus en cette année 1967 ? À l’âge de 27 ans, tout simplement le début de sa consécration de grand compositeur prolifique ! Un an plus tôt, il effectue les arrangements des musiques de films de Michel Legrand qui n’a pas besoin, bien entendu, d’un collègue pour réaliser ce qu’il est parfaitement capable de faire lui-même fondamentalement s’il n’y avait ce fichu problème de temps : pour les plus bosseurs toutes activités confondues, les journées ne durent que 24 heures ! Occupé par la montagne d’arrangements pour « Les demoiselles de Rochefort » et d’autres films encore, le travail d’orchestration effectué à cette époque par Cosma pour Legrand s’avéra donc très appréciable. Et comme si cela ne suffisait pas, Yves Robert, l’un des réalisateurs de nos meilleurs films français, sollicita à la même période folle Michel Legrand pour « Alexandre Le Bienheureux ». Bien trop occupé, Michel Legrand se résigna à céder sa place à Vladimir Cosma. Et c’est parti mon kiki ! Sachant saisir sa chance, grâce à son talent, grâce aussi à son inspiration et aux cours de Nadia Boulanger (la formatrice incontournable qui aura formé tant de compositeurs de premier plan, voir ici l’article sur Laurence Rosenthal), Vladimir Cosma s’investira dans son nouveau métier de compositeur pour le cinéma alors que s’amorçait une brillante carrière de violoniste concertiste. On ne peut lutter contre sa destinée, heureusement pour lui, heureusement pour nous ! Personne n’a oublié sa musique mélodique pour la série télé « Les aventures de Tom Sawyer » (pour l’écouter, cliquez ici, site Coucoucircus).

Compositeur attitré des grandes comédies françaises, des meilleures séries et téléfilms mémorables, Vladimir Cosma nous enchantera en 1984 dans « La septième cible » avec Lino Ventura l’Inoubliable. Il confiera la partition de violon solo à un autre éternel voyageur-citoyen du monde qui fait lui aussi la richesse de notre pays et de notre planète,  l’exceptionnel Ivry Gitlis. Quel magnifique affiche au programme !

De manière générale, la musique de Vladimir Cosma est légère, impalpable et pourtant terriblement présente ; cela tient au fait que des instruments au son doux et suave comme l’ocarina par exemple (une petite flûte, véritable petite boule de bois) dans « Alexandre le bienheureux » ou la flûte de Pan (voir ci-dessous)dans « Le grand blond avec une chaussure noire » ou bien encore la flûte irlandaise dans « Les roses de Dublin » (série TV) devancent un orchestre léger aux cordes aériennes jouant spiccato. La liste des compositions du discret musicien est interminable pour notre plus grand bonheur (film Le Jouet, voir ci-dessous). Et pour mieux nous soûler de ses délices, le malicieux artiste aime à reprendre dans un film un thème déjà utilisé dans un film précédent, histoire de brouiller les pistes et de nous donner une seconde chance d’entendre ses orchestrations d’une jeunesse universelle et indémodable, extraordinairement passe-partout. À moins qu’à son tour Vladimir Cosma ne devienne trop occupé par son travail jusqu’au point de demander à un jeune compositeur de bien vouloir lui donner un coup de main pour l’aider à écrire quelques arrangements si vous voyez ce que cela implique… La boucle serait bouclée !

Rassurons-nous : le témoin n’est pas encore transmis et Vladimir Cosma nous surprendra toujours, comme il sait le faire notamment dans ses œuvres dites « plus sérieuses », œuvres à résonance dramatique et non présentées dans le cadre d’une musique de film, ce genre musical qui souffre toujours du manque de reconnaissance de quelques critiques idiots ou de mauvais coucheurs du show business sans parler du mépris manifesté par le monde antipathique et sclérosé de la musique classique, exception faite des meilleurs à l’esprit forcément ouvert et réceptif à toute forme de création artistique… Vladimir Cosma pourra toujours se rassurer en constatant son succès auprès du grand public qui lui est acquis et très fortement reconnaissant.

 

* Un talent reconnu sur le Portail de la Sacem, cliquez ici

N.B. Ne pas confondre le compositeur Vladimir Cosma avec le compositeur Joseph Kosma, père de nombreuses chansons françaises devenues très populaires (Les feuilles mortes, par exemple). Pour en savoir + sur ce dernier, cliquez ici (infos France Hongrie 13, en français).

À NOTER : Vladimir Cosma se produira en concert, fait rare, au Théâtre du Châtelet à Paris le 9 mars 2010.

* Biographie complète et liste des compositions de Vladimir Cosma, cliquez ici (info. Les mille et une heures d’Arkadia)

 

Tu vois, le chien, c’est ça la vie…

Réflexion. Voici plus de quarante ans, un réalisateur inspiré se lançait dans l’écriture d’un scénario surréaliste avant de mordre dans une brillante carrière de dialoguiste. La révélation d’un génie. Son histoire ? Un agriculteur qui travaille, travaille, travaille sans relâche. Vous imaginez, 120 hectares, il faut bien que quelqu’un s’en occupe ! Mais « la Grande », son épouse, le faisait tant trimer qu’après sa disparition accidentelle, Alexandre se mit à revivre. Enfin, il retrouva le sommeil et se remit à pêcher, à manger, à respirer, à contempler les fleurs de carottes en dialoguant avec son compagnon : « Tu vois le Chien, c’est ça, la vie ». Notre bonhomme n’est pas un fainéant, il fait juste preuve d’oisiveté. Disons que c’est un contemplatif. La différence ? L’un ne veut rien faire tandis que l’autre s’intègre et observe le ciel, les oiseaux, les couleurs du temps. Il joue sa musique, se balade l’esprit en éveil et vagabonde avec son chien, en fait, il est toujours occupé ! Avec ce film, Yves Robert le visionnaire stigmatisait l’évolution de la société française de 1967 : « Bosser plus pour gagner plus » n’est pas un slogan nouveau, demandez à ces derniers mineurs de 13 ans et à ces marins-pêcheurs guère plus âgés ce qu’ils en pensaient du travail à cette époque… La queue, on ne la faisait pas sur le trottoir pour s’arracher le dernier gadget débile informatique à la mode. On souhaitait plutôt ne pas avoir à la refaire, la guerre, pour obtenir sa baguette de pain. Alors pour contrer les futurs ravages de l’agriculture intensive, des élevages en batterie, du remembrement et de l’appât du gain, il fallait bien un film pour nous prévenir de la perte à venir de nos vraies valeurs.

Quarante ans plus tard, demandez aux bénévoles qui emmènent les gamins aux matchs de foot ce qu’ils pensent de l’ouverture des magasins le dimanche. Pourquoi la France est-elle le pays où les associations de type Loi 1901 sont les plus développées ? Pourquoi les français ont-ils été si généreux et accueillants jusque dans un passé récent ? Pourquoi participe t-on en masse au Téléthon ? Pourquoi aime t-on encore déjeuner correctement en faisant une vraie pose méridienne plutôt que d’engloutir des hamburgers aseptisés ? Pourquoi désirons-nous l’avènement d’une autre politique et pourquoi aime t-on à la fois les Israéliens et les Palestiniens ? Pourquoi voulons-nous l’arrêt de la violence, du racisme, des guerres et de la haine ? Savons-nous encore ce que signifie « l’art de vivre à la française » à l’heure de la mondialisation et du clonage, du nivellement par le bas et de l’intoxication médiatique ? Nous, Français, voulons garder notre droit fondamental d’être humain, évolué et civilisé : vivre et nous voir vieillir tranquillement sans être constamment assourdis par des promesses de jours meilleurs jamais tenues car les années passent, les impôts et les taxes n’en finissent pas de tomber mais rien n’y fait, la société engendre toujours plus de pauvres en témoigne l’affluence aux Restos du cœur. Le stress augmente proportionnellement à la surexcitation quotidienne ; il suffit de se retourner d’une vingtaine d’années et observer l’attitude calme et pondérée des gens dans les films ou à la télé pour s’apercevoir à quel point nous sommes devenus complètement malades des nerfs. Les maladies se développent en résistant aux antibiotiques, la connerie humaine et la folie, celle-là même que l’on rencontre chez nos plus hauts dirigeants mondiaux, nous font vivre une bien triste époque. Oui, la société française s’est modernisée, l’accès à la culture s’est démocratisé, les femmes ont lutté pour obtenir un statut plus digne, la population enfante… Mais sommes-nous vraiment plus heureux aujourd’hui qu’hier ? Et demain, à neuf milliards, resterons-nous encore un peu français avec notre caractère cocardier, notre faculté de dire « non ! » et nos identités régionales superbes ? La preuve, nous voulions garder nos plaques minéralogiques avec l’indication du département bien visible mais l’Europe en a décidé autrement ! Que reste t-il du petit commerce de proximité, de l’artisanat, du savoir-faire et de la compétence acquise durement au fil des siècles ? Bientôt les pharmacies, les hôpitaux, les médecins de campagne vont disparaître dans un processus initié par les politiques et affairistes vis-à-vis de l’O.R.T.F., des P.T.T., de la S.N.C.F., d’ E.D.F. tous remplacés par des robots téléphoniques… Même l’Orchestre de la société des concerts du conservatoire a sauté par une initiative malheureuse du triste saigneur Landowski alors ministre d ‘André Malraux, un orchestre devenu Orchestre de Paris largement ouvert aux étrangers… Nous voulons conserver nos élans de solidarité et nos particularismes si francophones et pouvoir dire m… aux eurocrates de la sacro-sainte Commission de Bruxelles s’ils ne sont pas d’accord. Allez, sur la superbe musique de Vladimir Cosma qui l’a lancé dans sa formidable carrière de compositeur de musiques de films, replongez dans l’atmosphère du film d’Yves Robert « Alexandre le bienheureux » avec l’extraordinaire Philippe Noiret et ses acolytes sublimes. Ah, la voix de Philippe Noiret, ce qu’elle peut manquer à nos oreilles…

Article sur Philippe Noiret page suivante.

 

Comédie

« J’ai une question à vous poser, Blénac : qui de nous deux est le monstre ? Moi qui vous demande d’ôter votre pantalon ou vous qui acceptez de montrer votre derrière ? ». Des jouets par milliers dans cette satire brillante, intelligente et si parfaite…

 

 

LE JOUET, un filmLe Jouet - Mélodies Modernes de Francis Veber (1976) avec Pierre Richard, Fabrice Greco, Michel Bouquet, Jacques François… Musique de Vladimir Cosma. Un dvd Pathé ! Une comédie aux 3 César.

Rambal-Cochet : qui n’a pas eu un jour le privilège de travailler avec un tel patron ? Quel bonheur vivait les employés dans les années 70 : il fallait exécuter les ordres et fermer sa gueule ou c’était la porte. Pire qu’à l’armée. Les choses ont changé depuis… C’était l’époque où le cinéma dit populaire pouvait encore se moquer des exploiteurs, ceux qui vivent dans la débauche de moyens financiers et qui s’amusent à prouver à leur enfant que tout, mais absolument tout peut s’acheter du moment qu’on y met le prix. Pour beaucoup, l’argent n’était pas encore glorifié à l’excès, la valeur suprême restait la force des sentiments entre les êtres humains au détriment de l’ordre établi et de la raison du fric. L’exemple en est donné dans ce film très orignal au scénario très bien ficelé de Francis Veber ; à partir d’une idée simple et d’une constatation déconcertante (l’argent peut tout acheter), Pierre Richard y tient probablement l’un de ses meilleurs rôles. Michel Bouquet est lui aussi parfait et l’excellentissime Jacques François reste la référence dans l’interprétation d’un personnage familier, celui du valet obséquieux, l’employé totalement soumis aux faits et gestes de son vénéré patron, la voix de son maître en quelque sorte. Lorsqu’il devient à son tour le dirigeant d’une grande entreprise à l’occasion d’un autre film ou d’une pièce de théâtre, Jacques François impressionne par son jeu réaliste et amusant. Personne ne pourra oublier ses prestations extraordinaires. Le film décrit donc un milieu de personnalités repoussantes dans lequel évolue le petit et discret journaliste François Perrin. Il pourrait s’en sortir honnêtement et vivre une vie ordinaire si un enfant ne venait à passer un jour par là, le fils de Rambal-Cochet… Fabrice Greco, choisi parmi des centaines de candidatures, joue parfaitement bien. L’homme libre et indépendant que pensait être le journaliste va devenir son jouet. Et la musique de Vladimir Cosma, elle, notre rêve !

 

Le jouet - Mélodies ModernesENFIN ! Cet Excellent film vient de sortir en dvd remasterisé chez Pathé ! alors qu’il n’existait que dans les pays de l’est où il était devenu une denrée rare, le film étant très célèbre en Russie, notamment. La mise en scène de Veber est d’une habileté rare et Pierre Richard y évolue avec un talent fou. Les différents éléments qui ont façonné ce bijou du cinéma français, un chef-d’œuvre alternant la tension dramatique aux scènes burlesques, est très bien expliqué par le réalisateur. Et le petit Fabrice Greco, s’il n’a pas beaucoup changé au fil de sa carrière, il a tout de même grandi depuis quarante ans ; quel plaisir de le voir et de l’entendre parler du film dans le bonus du dvd ! Que d’émotion et de nostalgie lorsqu’il nous montre la marionnette (qui a aussi pris un coup de vieux) fabriquée à l’effigie de Pierre Richard ! Cet enfant-acteur qui débutait joue avec naturel et facilité, il aurait pu faire carrière dans le métier mais la vie en aura probablement décidé autrement. Le bonus du dvd n’est pas éloquent de ce point de vue-là : à part les souvenirs des uns et des autres (et de Michel Robin, un formidable acteur !) interviewés en 2013 à propos du film, que sont-ils tous devenus ? Pire encore, rien, absolument rien n’évoque la musique extraordinaire de Vladimir Cosma. Une nouvelle fois, tout le monde s’en contrefiche à commencer par les critiques qui furent désastreuses à la sortie du film en 1975 (voilà comment on aide en France un jeune réalisateur bourré de talent) ! Par bonheur, le public a (presque) toujours raison et ce dvd devrait connaître un beau succès car le film n’a pas pris une ride ! Alix l’Adore avec sa musique légère et guillerette, enthousiasmante et parfaitement bien adaptée, le plaisir procuré par notre Vladimir Cosma national témoigne qu’il était alors au sommet de sa… puissance et gloire !

* Visitez le site officiel de Pierre Richard

* Pour écouter la musique du film : YouTube

* Pour écouter la version amateur d’un jeune musicien russe (le film est très apprécié là-bas), cliquez ici (Vladimir Cosma doit être fier de sa célébrité !)

 

 

 

ComédieLES CONFESSIONS D’UN ENFANT DE CHŒUR, un téléfilm de Jean L’hôte (1977) avec Maurice Biraud, D’après le roman de Jean L’Hôte. Musique de Vladimir Cosma. Un dvd Arcades vidéo.

Le réalisateur Jean L’Hôte était avant tout un fin observateur de ses contemporains. Recruté par Jacques Tati le connaisseur pour co-signer le scénario de « Mon oncle » qui connaîtra le succès que l’on sait,  notre jeune mousse lorrain aura deux Pierre qui roulent pour amasser une expérience dont il tirera profit tout au long de sa carrière, Pierre Tchernia et Pierre Étaix ; ils réaliseront ensemble plusieurs courts-métrages. Pierre angulaire de la télévision naissante et de ses émissions devenues cultes dont « Cinq colonnes à la une » (on y verra par exemple une frêle mais déterminée Brigitte Bardot défendre, du haut de ses 18 ans, la barbarie des abattages français), Jean L’Hôte restera marqué par une certaine forme de nostalgie d’une enfance visiblement heureuse (il réalisera le film « La communale » au démarrage des Branquignols et l’émission dominicale « La présence protestante » sur la deuxième chaîne). Son téléfilm « Les confidences d’un enfant de chœur » s’inscrit donc dans la logique du personnage ancré dans une époque marquée par la guerre, la Libération et « Les trente glorieuses » mais aussi par un sens inné de la dérision et de l’humour parfois potache pratiqués au quotidien par toute une génération de français heureux de vivre. L’esprit du film est décrit par la bonhomie de Maurice Biraud influencé lui aussi par les pierres, celles de Collonges-la-rouge, un acteur et comédien aux subtils jeux de mots distillés sur les ondes radios bien avant Coluche et Laurent Gerra. Le téléfilm « Les confidences d’un enfant de chœur », avec sa musique de Vladimir Cosma au générique pour seul plaisir mélodique, est sensationnel : il s’agit de la description d’un mode de vie disparu et regretté par un enfant, c’est-à-dire lui-même, dans un roman autobiographique distrayant avant qu’il ne l’adapte à l’écran sans les contraintes insupportables de l’Audimat. Écrivain, réalisateur, scénariste, libre de penser et de le faire savoir, les capacités communicatives de Jean L’Hôte nous permettent de passer un bon moment de convivialité, d’amitié et de partage d’« un temps que les moins de vingt ans n’ont jamais pu connaître » (*). Pour Alix, ce téléfilm est Bon et sa musique trop Absente, une caractéristique des musiques de Vladimir Cosma dans les années 70 dont le nom apparaissait aux génériques pour justifier un simple emprunt à un autre téléfilm (faut bien gagner sa croûte…).

(*) Dixit Aznavour dans sa chanson « La bohème ».

 

Fantastique

La Vouivre - Les Mélodies ModernesLA VOUIVRE, un film de George Wilson (1989) avec Lambert Wilson, Jean Carmet, Suzanne Flon, Jacques Dufilho, Macha Méril… D’après le roman de Marcel Aymé. Musique de Vladimir Cosma. Un dvd Gaumont de la collection « Gaumont à la demande ».

Pour être une grande réussite, ce film aurait du être plus soigné sur les plans de la réalisation, du jeu des acteurs et de la musique car pour une fois, Vladimir Cosma ne s’est pas distingué. Son travail est très professionnel, bien entendu, mais il a utilisé toutes les ficelles musicales déjà éprouvées dans quantité de films : la chorale pour une mélodie en notes tenues histoire de créer un cadre divin et fantastique, les cordes sur une rythmique régulière d’arioso assez pénible car la suite harmonique est carrément moche, les instruments peu fréquents comme les flûtes basses ou l’ocarina, des accords atonaux persistants aux synthés pour l’ambiance étrange avec l’habituel duo trompette et orgue pour la scène dans l’église. Du beau travail, certes, mais le grand Cosma veut nous faire avaler des couleuvres ! En revenant du front au début de la guerre 1914-1918, le jeune Arsène possède une modernité qui tranche avec le comportement « simple » des villageois ; il va mener l’enquête pour faire la part des choses : une jeune femme magnifique se déplace nue dans la campagne environnante et flotte au-dessus de l’étang, là où vivent ses amis les serpents… Comme dans toute croyance populaire, le Diable n’est jamais loin et ses représentations alimentent les légendes. Et si c’était vrai ? Partagé entre deux tendances contradictoires (peur, superstition, hallucinations ou une banale arnaque), le réalisateur ne tranche pas et n’assume donc pas le manque de crédibilité du film. Dans cette réalisation insatisfaisante, Jean Carmet surjoue son personnage (sans doute se croyait-il toujours dans « La soupe aux choux ») et Jacques Dufilho également (il se croyait encore dans « Le cheval d’orgueil ») là où Lambert Wilson n’en fait pas assez, une habitude chez lui aussi : trop contemporain, trop stylé, trop distingué et surtout trop intelligent, son parcours hautLa Vouivre - Les Mélodies Modernesement intellectuel détonne avec le cadre rustique ce qui n’aide pas à souder les éléments très différents du film ; au contraire, le spectateur prend de plus en plus de la distance avec une histoire principale qui n’avance pas. « La Vouivre » mérite d’être vue pour ses qualités indéniablement artistiques (une magnifique photographie et d’excellents cadrages) mais pas d’être admirée, malgré la pastique irréprochable de l’actrice terriblement belle comme le Diable quand il se met à vouloir séduire les pauvre créatures innocentes. Serpent qui s’en dédit…

Pour écouter des extraits de la musique du film, cliquez ici (info Qobuz)

 

Thriller

MORT UN DIMANCHE DE PLUIE, un film de Joël Santoni (1986) avec Nicole Garcia, Jean-Pierre Bacri, Dominique Lavanant, Jean-Pierre Bisson, Cerise et Céline Vaugé, Étienne Chicot, Jean-Pierre Malo, Marshall Titus… D’après le roman de Joan Aiken « Died on rainy Sunday ». Musique de Vladimir Cosma. Un film distribué par www.lcj-editions.com

Une histoire sombre, de la pluie et de la boue, une maison d’architecte inachevée d’une froideur immense, du sang et des larmes, une enfant et un chat maltraités, une vengeance et des meurtres… Le spectateur peu averti ne peut voir dans le scénario qu’un film noir. C’est pire que cela, on frôle le film d’horreur. Par un heureux mélange des genres (thriller, horreur, suspense, musique…), les acteurs parviennent à rendre crédible des personnages terrifiants en démontrant toute l’étendue de leur talent, particulièrement Dominique Lavanant, la morlaisienne habituée à des rôles stéréotypées du style « bourgeoise coincée ». Dans « Meurtre un dimanche de pluie », son personnage devient très sérieux, dérangeant, angoissant, très éloigné du milieu comique qu’elle connaît bien depuis son entrée dans la « bande du Splendid », à ses débuts au café-théâtre. Jean-Pierre Bacri et Jean-Pierre Bisson sont convaincants et les deux gamines sont épatantes ; Nicole Garcia, froide et tendue, colle parfaitement au personnage principal du film. Pour une fois, le bémol vient du côté de la musique avec une chanson récurrente de Vladimir Cosma qui n’a aucun intérêt. Chantée en anglais dans le genre variété des années 80 (douçâtre et banal), c’est déjà trop pour Alix. Les interventions du génial compositeur de musiques de films qui distille ici et là quelques phrases au cor, à la trompette ou aux synthés suffisaient sans cet air pénible qui revient en permanence pendant la séance d’enregistrement en studio. In fine, Alix Aime ce film à ne pas mettre pour autant entre tous les yeux.

 

Comédie

LE FILS DU FRANCAIS, un film de Gérard Lauzier (1999) avec Josiane Balasko, Fanny Ardent, Thierry Frémont, David-Alexandre Parquier, Luca Barbareschi, George Aguilar, Iracema… Musique de Vladimir Cosma. Un dvd TF1 vidéo.

Avec cette sympathique comédie très française dans l’esprit et Alix adore ça (dans tous les sens ça crie, ça bouge, ça s’agite inutilement), Vladimir Cosma trouvait une bonne raison de composer une nouvelle fois des mélodies magnifiques sur des arrangements parfaitement adaptés au contexte de l’intrigue. En donnant une dimension supplémentaire aux paysages grandioses d’Amérique du sud passablement dégradés par une lamentable famille de parisiens transplantés, le musicien démontre ses talents larges de compositeur inspiré dans un registre moins léger que d’habitude : la tristesse, le drame, la méditation, tous les sentiments humains profonds reçoivent un écho positif dans ses notes rares et très recherchées des connaisseurs. Il est difficile de parler longuement d’un film sorti dans une certaine indifférence générale mais qui se laisse pourtant regarder sans ennui ; bien au contraire Josiane Balasko est géniale et sait donner le change à une Fanny Ardent étonnante et détonante au meilleur de sa forme. Thierry Frémont est lui aussi très drôle et sait rester parfaitement crédible dans son rôle de Candide victime des femmes ! Malgré un épilogue quelque peu bâclé, l’ensemble reste excellent. Alix en redemande donc et souhaite voir longtemps la commercialisation de film aussi divertissants. On se marre bien, moins que les acteurs tout de même compte tenu des conditions de tournage éprouvantes (à découvrir dans le bonus du dvd). En piste !

 

Historique

LES PALMES DE MONSIEUR SCHUTZ, un film de Claude Pinoteau (1997) avec Philippe Noiret, Isabelle Huppert, Charles Berling, Christian Charmetant, Philippe Morier-Genoud… D’après la pièce de théâtre de Jean-Noël Fenwick. Musique de Vladimir Cosma. Un dvd Pathé ! vidéo.

La carrière de Pierre et Marie Curie était prédestinée : Marie Sklodowska est née en Pologne de parents intellectuels puisque son père était mathématicien et sa mère physicienne, un contexte favorable pour grandir dans son futur métier quant à Pierre Curie son père était médecin ; élevé dans l’environnement familial il est initié très tôt au plaisir des mathématiques (plaisir, faut le dire vite). Après des parcours respectifs brillants les deux chercheurs étudieront l’atome et poursuivrons les travaux menés par Henri Becquerel sur les radiations, l’uranium, la masse atomique… Pierre et Marie Curie, incités à bosser dur par Rodolphe Schutz directeur de l’École de physique et de chimie de Paris, inventeront le terme de radioactivité et obtiendront la reconnaissance de la communauté scientifique. Leurs travaux seront bien évidemment utilisés pour mettre au point la bombe nucléaire alors la question philosophique est abordée dans le film : l’usage des inventions appelées à changer le monde par leur intensité inventive est-il vecteur de progrès ou de destruction ? Le scanner médical et la bombe H sont issus de la recherche scientifique alors que penser du danger lié à leur exploitation systématique, détournée ou incontrôlée ? Toute découverte de l’homme, par exemple les inventions de Gustave Bémont, en fait un apprenti sorcier qui joue avec le feu… Nucléaire ? Ce téléfilm est passionnant d’un bout à l’autre et Isabelle Huppert joue bien, Charles Berling est parfait et Philippe Noiret impérial. Voici une nouvelle réussite du cinéma français qui n’aura pas attiré la grande foule à sa sortie mais le dvd lui redonne une seconde chance. La musique de Vladimir Cosma n’est pas transcendante pour une fois : le thème très joliment arrangé pour le piano démarre magnifiquement mais déçoit vite sur le plan technique : la marche harmonique ascendante ne va pas jusqu’à son terme, la troisième exposition de la phrase (mélodique) étant remplacée par un changement de ton pas très heureux, aïe, l’altération choque l’oreille. Vladimir Cosma aurait pu mieux faire en la matière. En insistant sur la recherche… Alix trouve ce film Très bon tout comme sa musique, c’est du Cosma, tout de même !

À noter l’apparition furtive de Georges Charpak et de Pierre-Gilles de Gennes (Prix Nobel de physique) dans le rôle des livreurs de pechblende (ils sont très légèrement ridicules mais peu importe, l’idée est sympathique).

 

Tranche de vie

LA GLOIRE DE MON PÈRE/LE CHÂTEAU DE MA MÈRE, deux films d’Yves Robert (1990) avec Julien Ciamaca, Victorien Delamare, Joris Molinas, Philippe Caubère, Nathalie Roussel, Didier Pain, Thérèse Liotard, Pierre Maguelon… Narration de Jean-Pierre Darras. D’après les « Souvenirs d’enfance » de Marcel Pagnol. Musique de Vladimir Cosma. Un dvd Paramount (version restaurée).

Nous avons tous gardés en mémoire le chef-d’œuvre cinématographique de Claude Berri « Jean de Florette » et « Manon des sources » sur une musique mémorable de Jean-Claude Petit (voir ici). La difficulté de porter une nouvelle fois à l’écran une partie du répertoire ensoleillé de Marcel Pagnol était donc un pari risqué. Alix estime qu’Yves Robert nous a enchantés avec ses films extraordinaires dont la plupart sont décrits sur le site Mélodies Modernes. Grâce à la fidélité en amitié du réalisateur avec Vladimir Cosma, la collaboration image et son de ces deux artistes aura engendré les plus grands et les plus beaux succès populaires du cinéma français. La musique de Vladimir Cosma pour « Le grand blond… » est d’ailleurs classée 5e sur les 100 plus belles musiques de films jamais composées depuis la naissance de l’art (voir ici). Yves Robert dans « La gloire de mon père » et « Le château de ma mère » ne peut plus nous surprendre : les images sont superbes, le propos reste enjoué et positif, l’histoire est édulcorée et traite la vision de l’enfance par le grand enfant qu’il a su rester. Ne pas aimer Yves Robert et ses superbes productions reviendrait donc à ne pas savoir aimer tout court. Il faut dire que l’on rencontre un sacré paquet de frustrés parmi les critiques d’où certaines expériences professionnelles malheureuses d’Yves Robert à la sortie de ses films ; pourtant l’homme possède des dons multiples (acteur, comédien, réalisateur, producteur, scénariste, dénicheur de talents, soutien aux futures vedettes, initiateur d’idées nouvelles et géniales…), qui dit mieux ? Le bémol d’Alix qui pourrait éventuellement atténuer ce propos dithyrambique sur « La gloire de mon père » et « Le château de ma mère » provient du narrateur et de la musique. Malgré la partition symphonique de style classique et la justesse d’intonation de voix de Jean-Pierre Darras, l’illustration musicale fade et la narration monotone dérangent. En demeurant sur le chemin décrit par son illustre ami Marcel Pagnol, Yves Robert ne permet pas à Alix de « rentrer » dans ses films, le jeu du principal et jeune acteur Julien Ciamaca manque de naturel ; rien à voir avec la spontanéité et la gouaille de Petit Gibus ! Philippe Caubère quant à lui n’émeut pas comme l’a fait Gérard Depardieu dans « Jean de Florette » mais bien évidemment, le propos du film n’est pas le même, le jeu des acteurs doit s’adapter au contexte. Ici, la plénitude et la méditation sont requises. Approuver la capture des cigales ou des grives pour les manger ne reste pas moins une action dérangeante car chacun peut aujourd’hui apprécier la nature à sa manière sans devoir passer par des rituels d’un autre âge… Pour Alix, ces films sont Très bons et la musique Très bonne.

 

Comédie

LE DÎNER DE CONS, un film de Francis Veber (1998) avec Jacques Villeret, Thierry Lhermitte, Francis Huster, Daniel Prévost, Alexandra Vandermoot, Catherine Frot, Edgar Givry, Christian Peireira, Pétronille Moss… Musique de Vladimir Cosma. Un Film Gaumont International.

Avec ces nouvelles aventures du naïf et distrait François Pignon imaginées par Francis Veber, « Le dîner de cons » est l’un des grands succès populaire de l’année 1998 avec près de dix millions de spectateurs en salles, un record avec le célèbre « Titanic » de James Cameron. Impossible donc de couler un budget dans ces conditions, les comédiens sont trop fameux : Jacques Villeret, Daniel Prévost et Francis Huster, entre autres, font des ravages avec des répliques cinglantes parfaitement adaptées au contexte délirant de l’histoire. Thierry Lhermitte reste parfait en « arroseur arrosé » et tous les acteurs et comédiens participant à l’œuvre semblent investis par un des textes générateurs d’éclats de rire et de situations burlesques. Néanmoins, deux reproches peuvent être fait à Francis Veber. D’une part, le film est trop court, autour d’une heure quinze contrairement à la pièce de théâtre qui l’a précédé et d’autre part, la musique est absente malgré la présence de Vladimir Cosma. Totalement oublié dans le générique du début qui utilise la chanson « Quand on est con » du génial Brassens, le compositeur talentueux de musiques de films au palmarès impressionnant intervient juste au générique de fin : l’intégration d’une séquence musicale dans le scénario (ce que d’autres réalisateurs savent faire) aurait sans doute permis de résoudre les deux problèmes mais encore fallait-il pouvoir la placer, cette séquence : les protagonistes n’en finissent pas de jacasser pour notre plus grand bonheur. Une autre solution aurait pu consister à confier le lancement du film à Vladimir Cosma dans le style du « Grand blond… » puis introduire la chanson de Brassens pendant le film. Ceci dit « Le dîner de cons » reste tel quel un énorme moment de bonheur collectif. Les américains, friands de bons scénarios, ont piqué l’histoire de Veber en 2010 pour le retirer de sa « substantifique moelle », une reprise à leur sauce qui manque singulièrement de piquant. Les histoires connes ne sont pourtant pas une spécialité Made in France ! Alix Adore ce film et regrette la relégation sur le banc de touche de Cosma, un luxe que ne peuvent s’offrir tous les réalisateurs !

 

 

 

Georges ZAMPHIR, interprète

Un cavalier qui surgit de la nuit… Son nom il l’écrit d’un Z qui veut dire Zamphir. Personne ne se souciait dans les années 60 et 70 de l’existence même d’une petite flûte de pan très usité dans le les Andes. Instrument traditionnel au son chaleureux, un vent de renouveau allait souffler à partir des plaines de Roumanie. Le brillant musicien Gheorghe Zamfir (ainsi écrit sans la francisation du nom) est né en 1941 et s’est inscrit au conservatoire de Bucarest. Après 120 disques d’or et de platine, plus de 120 millions de disques vendus et ce n’est pas fini croyez-moi, l’instrumentiste de génie enseigne aujourd’hui dans la ville qui l’a aidé à devenir « un monstre sacré » : interprète de fantastiques thèmes de musiques de films « Il était une fois en Amérique », « Karaté kid », « Kill Bill » mais surtout « Le grand blond avec une chaussure noire », musique de son compatriote Vladimir Cosma, cette fameuse mélodie que toute une génération aura chantonné… Digne représentant de la musique traditionnelle tzigane et roumaine, accompagné par ses amis musiciens au violon, au cymbalum, à la contrebasse, au taragot, à la clarinette et à la flûte de berger, l’artiste aura modernisé l’instrument à vent en utilisant du bambou chinois mais aussi par l’augmentation du nombre de ses tuyaux, un peu comme si l’on permettait à une flûte irlandaise fondamentalement diatonique de changer de tonalité en devenant chromatique sans pour autant perdre son âme. Cela dépend du talent du musicien et de la qualité de son répertoire. En ce qui concerne notre ami aucune inquiétude à avoir bien au contraire !

Sa biographie complète et portail de la Roumanie, cliquez ici (infos Wikipedia)

La relève est assurée : Nicola a 21 ans et se passionne pour la flûte de pan, il donne de nombreux concerts en Suisse romande et a enregistré plusieurs CD, pour découvrir son site cliquez ici

 

 

Diatonique ou chromatique ?

Connaissez-vous la différence entre les deux ? Lorsque vous utilisez la flûte irlandaise vous devez au préalable choisir la tonalité dans laquelle vous allez jouer. La flûte en do, par exemple, ne vous permettra pas de produire des ré dièse ou des la bémol. Il existe donc une flûte différente pour chaque tonalité usitée. De manière générale les instruments diatoniques sont tout de même chromatiques mais en utilisant un artifice : l’accordéon lorsqu’il est diatonique utilise des clapets produisant une note différente en poussant et en tirant et ne permet pas de jouer dans toutes les tonalités (l’interprète doit parfois changer d’instrument d’une mélodie à l’autre selon la nature de son harmonisation) ; idem pour l’harmonica qui ne fait pas vibrer les lamelles de la même manière selon que l’on souffle ou que l’on inspire ; quant à la harpe celtique, plus petite que la harpe classique, elle permet de modifier le son d’un demi-ton en raccourcissant la longueur de la corde par l’utilisation d’un clapet logé à son extrémité supérieure. Le long bourdon des cornemuses s’explique donc par la persistance d’une tonalité inchangée tout au long d’un morceau. La grande majorité des instruments de l’orchestre symphonique classique est constituée d’instruments chromatiques mais finalement en diatonique comme en chromatique, la virtuosité est optimale lorsque l’on arrive à jongler avec tous les éléments en faisant oublier à l’auditeur que l’on utilise un instrument complexe quelque soit son type ! Assistez à l’opération d’un accordéon diatonique à cœur ouvert, nombreuses photos c’est super, cliquez ici (infos Jean-Luc Matte)

 

 

John BARRY, compositeur

Décidément, les compositeurs de musiques de films peuvent posséder une bonne connaissance des règles de la composition musicale, ce seront très souvent leurs qualités personnelles et leur amour du jazz qui les amèneront au sommet de la discipline artistique. Créatif, imaginatif, révolutionnaire, John Barry est tout cela. Malgré ses débuts d’autodidacte, peu propices à une professionnalisation rapide, il monte un orchestre de variété avec six copains comme c’était la grande mode dans les années pop. 50/60. Des potes au pop, pour faire marcher le groupe il s’obligera à se lancer dans les arrangements et mettra les instruments électriques à l’honneur dans son travail d’orchestration pour les studios d’enregistrement, procédé que l’on retrouve dans ses premières réalisations pour le cinéma. Quand il compose sa première musique de film en 1960 à 27 ans il a déjà bien roulé sa bosse, comme on dit. « Bons baisers de Russie », « Goldfinger », « Au service secret de sa Majesté » (le plus apprécié des fans du compositeur), tous ces James Bond mythiques permettront un véritable démarrage de sa carrière même s’il œuvre avec d’autres collègues, Ken Thorne par exemple, pour la formidable musique de la série T.V. « Amicalement Vôtre ». De véritables cartes de visite appréciées par les américains qui lui offriront la possibilité d’écrire pour un film atypique remarquable et remarqué, « Macadam Cowboy ». Et bien évidemment, à chaque fois, suivra un Oscar de circonstance !

Vidéo ci-dessous : c’est la chanson célèbre « Born free, Vivre libre », thème principal du film du même nom. Pour cette mélodie remarquable et son arrangement défiant tout ce que l’on avait déjà pu entendre dans la spécialité musicale, John Barry s’est vu remettre un Oscar mérité en 1967. Interprète : Matt Monro (qui n’a rien à envier à Frank Sinatra), le troisième britannique de la bande avec Dan Black, co-compositeur, avec John Barry. Quand MM. les anglais s’y mettent, ça fait toujours mal…

http://youtu.be/Rb2Awn_dYTs

Son style, il l’a importé avec lui d’Angleterre et son statut d’européen (culture, sensibilité, état d’esprit, vision du monde), son caractère (il aime la musique sombre, nostalgique et par conséquent les tonalités mineures) son goût certain (il vivra le grand amour avec Jane Birkin avant l’apparition d’un certain Serge…) doublé d’immenses capacités à inventer les sons qui valorisent le film auquel ils sont destinés, feront justement de John Barry le compositeur atypique parfait pour les films du circuit du cinéma indépendant comme des grosses productions hollywoodiennes. Il composera également des comédies musicales à gros succès ou, au contraire, qui ne tiennent l’affiche qu’une semaine mais peu importe, dans un cas comme dans l’autre, lorsqu’on a du talent, il trouve à s’exprimer coûte que coûte, j’en veux pour preuve l’un de ses albums hors cadre de film, « Eternal echoes » (2001) où il laisse libre cours à ses déambulations spatiales et musicales. John Barry serait un mystique que cela ne m’étonnerait pas ! Les années 80 verront la sortie de thèmes magnifiques joués par exemple à l’harmonica ou aux flûtes traversières sur fond de violoncelles romantiques, ces basses qui développent un mouvement mélodique d’accompagnement (contre-chant ou gammes et arpèges sur les notes des accords) qui donnent « un son » particulier à ses compositions.

Vidéo ci-dessous : « Born free, Vivre libre », c’est le film qui aura fait connaître au grand public la beauté des compositions de John Barry pour le cinéma. C’est bon de s’en rappeler à une époque incroyable où l’on apprend que très prochainement, il n’y aura plus un seul éléphant en Afrique à cause du commerce de l’ivoire et des braconniers ! Que va-t-on faire d’efficace, enfin, pour empêcher cela ? Un nouveau film ?

http://youtu.be/MhGeH07lo5M

Aux premières notes apparaissent les premières images et l’auditeur sait immédiatement qu’il s’agit d’une musique de John Barry. Car ses musiques sont formidablement imagées. Les réalisateurs le ressentent tellement fort qu’ils n’hésitent pas à donner souvent « carte blanche » au compositeur : le temps consacré aux scènes est déterminé en fonction de la durée nécessaire à la musique pour s’exprimer librement, pour se développer sans contrainte, ce qui crée ainsi une ambiance cinématographique très réussie ; le spectateur/auditeur en sort rarement indemne. Les mouvements mélodiques des parties basses de ses orchestrations, les violoncelles principalement, sont caractéristiques de son écriture ; on les retrouve dans l’excellent « King Kong » du réalisateur John Guillermin : rien de moins qu’une suite d’accords débouchant sur une suspension inquiétante du temps et un thème principal d’une grande beauté, mais vraiment d’une beauté rare, enchaîné dans de formidables changements de tons avec toujours ses contre-chants magnifiques -. Les premières compositions de John Barry sortaient déjà du lot, rappelez-vous son premier succès mondial « Vivre libre » pour lequel il obtint 2 Oscars entre 1966 et 68 avec ce film et « Un lion en hiver » -. Vinrent ensuite « Les aventuriers du bout du monde/High road to China », un bon film d’aventures avec Tom Selleck sur une des meilleures partitions de John Barry proche de celle de « King Kong » puis un film plutôt calme contrairement à son titre français totalement décalé, « La guerre des abîmes, Raise the Titanic » en 1980 avec Jason Robards – c’est l’une des partitions préférées des fans du compositeur car elle est caractéristique de son style, une musique malgré tout trop répétitive tout au long du film -, « Quelque part dans le temps », l’étonnant et détonnant « La guerre de Murphy » avec un excellent Peter O’Toole et notre regretté Philippe Noiret national, le placide « Out of Africa / Souvenirs d’Afrique » avec un accord curieusement raté dès le début du thème principal du film, un frottement malheureux et désagréable entre une note descendante de la mélodie et le mouvement harmonique montant comme quoi ça arrive même aux meilleurs, une faute d’inattention qui ne l’a pas empêché d’obtenir une nouvelle fois l’Oscar de la meilleure musique de film. Puis l’ultra célèbre « Danse avec les loups », une sublime musique envoûtante avec toujours à chaque fois un « Love theme » délicat et sensible tout à l’image du personnage, puissant et discret à la fois. Un nouvel exemple de ces qualités contradictoires mais complémentaires que possèdent les plus grands compositeurs de musiques de films. Avec John Barry, nos oreilles ont beaucoup de chance ! Décédé en ce sombre 31 janvier 2011, les Mélodies Modernes lui souhaitent une nouvelle et grande carrière au Paradis des artistes.

 

« Je ne te croirai pas si tu m’affirmais que l’eau est humide » (Masquerade, 1988)

MASQUERADE, un film de Bob Swaim (1988) avec Rob Lowe, Meg Tilly, Kim Cattrall, Doug Savant, John Glover… Scénario de Dick Wolf d’après une nouvelle d’Edgar Allan Poe. Musique de John Barry. Un film M.G.M.

Terrifiant, voilà comment définir ce que l’être humain est capable d’accomplir pour parvenir à ses fins. Qui complote, qui est sincère, qui va tuer ou se faire tuer ? Une jeune et jolie héritière va partager sa fortune avec un jeune homme dont elle vient de tomber éperdument amoureuse mais qui est-il exactement, quelles sont ses véritables intentions ? Ce thriller au scénario remarquable est rempli d’une quantité de rebondissements tous plus surprenants les uns que les autres ce qui parviendra à captiver Alix du début à la fin. Les acteurs à la plastique irréprochable jouent bien et le doublage en français est excellent, comme toujours. La musique de John Barry apporte également sa contribution dans le style orchestral de ses compositions précédentes (King Kong) et suivantes (Danse avec les loups) : une mélodie jouée par les violons sur un mouvement harmoniquement riche et très arpégé des violoncelles, les vents sachant se faire entendre parfois de manière un peu trop sonore… Mais c’est du John Barry et il serait bien difficile de ne pas apprécier sa performance artistique. Trouver le bon son, la bonne orchestration, savoir quand insérer de la musique ou non, le dilemme du compositeur face aux séquences du film se doit d’être partagé avec le réalisateur, en espérant qu’il s’y connaisse assez pour ne pas faire fuir son acolyte, évidemment. Le nombre de réalisateurs qui donnent « carte blanche » au compositeur de musiques de films augmente de plus en plus, d’ailleurs et parallèlement, y a-t-il encore de « vrais » compositeurs pour l’image ? Telle est la question… Pour Alix, « Masquerade » est un Bon film avec une Bonne musique.

Pour écouter le générique de la série télé « Vivre libre », cliquez ici (site Coucoucircus)

Toutes les références des meilleurs CD par un fan du compositeur, cliquez ici

 

 

État critique ?

John Barry était l’invité du festival Musique et cinéma d’Auxerre en 2007, un festival consacré à la musique de film en France – ce qui demeure un exploit que tient à souligner les Mélodies Modernes -. À la direction d’un orchestre symphonique régional (tous les musiciens sont des professionnels), John Barry se démena comme un beau diable avec des gestes ronds et énergiques mais le résultat obtenu fut une nouvelle démonstration de l’incapacité des instrumentistes français à interpréter autre chose que de la musique classique ou contemporaine prétentieuse et souvent ennuyeuse. L’enseignement de la musique vivante dans sa diversité et sa richesse n’a donc toujours pas sa place dans le système éducatif spécialisé et culturel français où l’on rencontre beaucoup trop d’instrumentistes classiques sclérosés, complexés et timorés là où ils devraient posséder un son vrai, beau et généreux y compris pour toutes les formes du répertoire de la musique symphonique, infiniment riche et varié. Les instrumentistes pensaient-ils ce jour-là que la musique de film est une sous-musique pour auditeurs ignares ou avaient-ils le trac ? Il suffit de voir la tête peu inspirée des musiciens (et des nombreuses musiciennes) de l’orchestre en question pour se rendre compte à quel point ils n’étaient pas impliqués dans leur interprétation. Occupées à faire du genre, maniérées, les cordes ne chantaient pas, globalement l’orchestre jouait mollement de manière insipide. La caractéristique de la musique des James Bond repose sur trois notes (do miiiiiii do) ; jouées aux cors elles se sont transformées en cinq notes accentuées (do mi mi mi do) maladroitement pendant que le tambourin, visiblement mal à l’aise, jouait du bout des doigts de peur de couvrir tout l’orchestre, imaginez ça un peu ! Les amateurs des musiques de films de John Barry apprécieront. Voyez et écoutez la vidéo du concert… Au fait, n’y avait-il personne sur place à la répétition générale (s’il y en a eu une) pour demander aux musiciens de faire une liaison de rythme sur ces sacro cinq premières notes et pour leur dire de se lâcher un peu au niveau de l’interprétation ? La compétence technique de l’orchestre n’est pas en cause mais musicalement Mesdames et Messieurs les fonctionnaires, jouez donc avec vos tripes une fois dans votre vie bon sang de bonsoir ! Inexpérimentés et peu inspirés en matière de musiques de films, ces musiciens l’étaient sans doute. Mal formés et pas préparés certainement aussi. Absents, à coup sûr. Que voulez-vous, en de pareilles occasions, on ne peut donner que ce que l’on a, c’est à dire pas grand chose. Mais peut-être, en étant un brin fataliste, faudrait-il s’en contenter et savoir apprécier cette exquise… esquisse ? Pour entendre un extrait vidéo de l’interprétation pourtant présentée comme un grand moment musical dans une démarche qui reste tout à fait exceptionnelle donc louable, cliquez ici (infos Cinezik).

P.S. Les musiciens de l’Orchestre national des Hauts-de-Seine n’étaient pas ridicules comme l’ont été leurs collègues de l’Orchestre national de Lyon : ils viennent d’accompagner sur scène des cuisiniers solistes tapant sur leurs casseroles . Décidément, pour un petit coup de pub, on n’hésite plus à faire les grands guignols (vu la ville, me diriez-vous …). Quant au problème des orchestres français peu ou pas intéressés par la musique de film, il permet aux orchestres étrangers de récupérer le travail des compositeurs hexagonaux. Vive la décentralisation et la mise à mort du taureau dans l’arène !

 

 

 

 

Jack NIETZSCHE, compositeur

Jack Nietzsche était un compositeur très particulier. Né dans une famille d’origine allemande, le jeune musicien intégra dès le départ le mouvement hippie des années 60 et sa musique aura influencé l’expansion de la culture rock’n’folk (le garage rock par exemple, inspiré du rock anglais et précurseur du punk ou le surf né dans les environs de Los Angeles ; pour en savoir + sur les différents types de musique rock et pop., cliquez ici, infos Atmospheria). Avec ses amis new-yorkais il fréquente les lieux de rencontres des musiciens très populaires de la Beat generation (Neil Young, les Rolling stones…) ; Beatnik dans l’âme comme dans son look vestimentaire très tendance, Jack se lancera dans la production discographique avec son pote Phil Spector, un compositeur/preneur de son/producteur hors normes et inventeur du « mur de son », une technique de prise de son en studio d’enregistrement basée sur l’écho (voir ici info Wikipedia). Son écriture pour le cinéma sera remarquable avec la musique du fameux film d’horreur « l’Exorciste » (1973) où sa maîtrise de la technique de l’orchestration pour le cinéma se fait sentir (le thème principal, des notes répétitives au piano, est signé Mike Oldfield pour un album utilisé par le réalisateur, mécontent du travail fourni par Lalo Schifrin, congédié). Par l’utilisation d’un thème leitmotiv arrangé par ses soins et de la musique atonale qu’il composera, Jack Nietzsche démontre sa capacité à retranscrire musicalement à l’écran un scénario très dur et pénible : il faut être fort pour saisir l’émotion dégagée par des images reposant sur l’obsession, l’angoisse, la peur, la folie….. Ceci est vrai pour l’excellent film « Starman », une fable écologiste et humaniste élaborée suite à l’envoi de la sonde Voyager II dans l’espace, engin porteur d’un message de bienvenue à l’intention des extraterrestres. Autre exemple d’une intensité dramatique rare, le non moins fameux « Vol au-dessus d’un nid de coucou » où la musique s’adapte parfaitement bien aux situations.

Dans ce film justement, le thème lent et indolent joué à la scie musicale évoque la perte de ses capacités intellectuelles, une manière d’illustrer musicalement la folie humaine en employant des intervalles importants (l’octave) dans la mélodie nébuleuse des sons liés, vaporeux et approximatifs de la scie qui tranche ainsi avec la dureté du scénario : quelle fameuse idée ! Suivra la période New age des années 80 où le musicien complet (compositeur, mélodiste, arrangeur, producteur) saura encore faire parler de lui. Il décèdera jeune en août 2000, à 63 ans seulement, fidèle à son image d’homme génial terriblement bon vivant et actif mais qui aura peut-être brûlé la vie par ses deux bouts.

Le récent film de Quentin Tarentino avec Kurt Russel « Boulevard de la mort, Gun house » (bande-annonce vidéo ici) sur les écrans depuis 2007 commence par une musique de Jack Nietzsche, un hommage aux films de série B des années 40 et 50 et à la présence du compositeur au début de notre période francophone yéyé.

Pour en savoir + sur Jack Nietzsche, cliquez ici (infos Wikipedia en anglais et en français) ou ici (infos Spectropop)

Pour en savoir + sur le chef-d’œuvre « Vol au-dessus d’un nid de coucou », lisez l’article ci-dessous

D’autres films plus récents évoquent la folie d’un homme à la double personnalité : « Mr Brooks » de Bruce A. Evans (2007) avec Kevin Costner, Demi Moore, Dane Cook, William Hurt, Marg HelgenBerger dans le rôle de l’épouse et la jeune Danielle Panabaker dans celui de sa fille très compréhensive… Un assez bon film. Les européens et les français également savent décrire les tourments criminels des psychopathes, on se souviendra de « Harry, un ami qui vous veut du bien » (2000) de Dominik Moll avec Sergi Lopez (voir ici la critique d’Alix) ou « Le couperet » (2004) de Costa-Gavras avec José Garcia… Heureusement qu’il n’y a pas de mal à se faire du bien avec du bon cinéma ! Dans le décevant film « Le roi de Californie » avec Michael Douglas en 2007, le compositeur David Robbins utilisé la même scie musicale entendue dans « Vol au-desssus d’un nid de coucou », une forme d’hommage prouvant que Jack Nietzsche avait vraiment trouvé l’instrument idéal pour évoquer la folie d’un homme !

 

Tranches de vie

STAND BY ME/Compte sur moi, un film de Rob Reiner (1986) avec Wil Wheaton, River Phoenix, Corey Feldman, Jerry O’Connell, Kiefer Sutherland, Richard Dreyfuss… D’après la nouvelle de Stephen King. Musique de Jack Nietzsche. Un film Columbia pictures.

Si trois mots doivent résumer ce film, ce sont amitié, aventures et nostalgie qui conviennent parfaitement. Quand une bande de copains décident de partir à l’aventure, la démarche autobiographique de Stephen King et du réalisateur Rob Reiner devient celle de beaucoup d’autres jeunes américains : un parcours initiatique. De l’enfance à l’adolescence, la bande des quatre garçons (pour une fois, pas une seule fille en vue !) va devoir affronter les épreuves de la vie et apprendre à s’entraider jusqu’à la rencontre finale avec « les grands », une autre bande menée par Kiefer Sutherland très crédible dans le rôle d’un ado rebelle et voyou. Le bonus du dvd est très intéressant, on y apprend notamment que le héros Wil Wheaton du haut de ses 12 ans était réellement impressionné par son collègue Kiefer plus mûr, impeccable comme il le sera un an plus tard dans « Génération perdue », un autre film qui marquera les années 80 en lançant à son tour la carrière de plusieurs acteurs. Stephen King s’est montré extrêmement satisfait de la transposition à l’écran de sa nouvelle malgré quelques modifications (les feuilles de papier d’un roman ne font pas les scènes d’un film) et la tristesse gagne les esprits à l’évocation du très prometteur River Phoenix. Populaire, certain de son avenir cinématographique car très talentueux, il aura donné fin à sa vie le plus bêtement du monde, en fréquentant la boite de nuit d’un de ses potes musiciens (ils formaient alors un groupe de musicos avec Johnny Depp) : la consommation de drogues aura arrêté son cœur à l’âge de 22 ans seulement. Les trois autres protagonistes de « Stand by me » ont réussi leur parcours : deux sont devenus des acteurs connus et aguerris, l’autre, un écrivain en pleine ascension. La musique de Jack Nietzsche s’adapte parfaitement au contexte du film avec un tube de Ben E. King de 1961 repris comme thème principal. Grand succès au box-office américain mais accueilli plus froidement en France, le film restera dans les mémoires avec plusieurs scènes inoubliables dont celle du train. Alix vous conseille ce petit bijou, un vrai Chef-d’œuvre dans le genre. Impossible de mieux faire. Vous pouvez compter sur elle !

 

 

Drame psychologique

BLUE SKY, un film de Tony Richardson (1992) avec Jessica Lange, Tommy Lee Jones, Powers Boothe, Anna Klemp, Carrie Snodgress, Amy Locane, Chris O’Donnell… Musique de Jack Nitzsche. Un film An Orion pictures release / Un dvd M.G.M.

Jessica Lange, révélée au cinéma dans « King Kong » en 1976 (sur une superbe musique de John Barry, voir ci-dessus), restera plusieurs années inactive sur le plan cinématographique : aucune proposition ne lui permettra d’enchaîner sur un immense succès populaire, un milieu fermé très influencé par les critiques qui ont sévèrement jugé l’actrice sur sa plastique de blonde sans cervelle et non pour son énorme talent. Capable de mener des études supérieures, la jeune étudiante avait préféré se laisser vivre au gré de ses humeurs, de ses pulsions et de ses états-d’âme avent de débuter dans le chef-d’œuvre de John Guillermin. Ses déambulations l’amèneront jusqu’à Paris où elle étudiera avec un maître, Étienne Decroux, l’inventeur du concept permettant à l’artiste d’exprimer ses émotions grâce aux mouvements de son corps, un résultat symbolisé par la réussite de son meilleur élève le mime Marceau et par sa contribution au pas de danse utilisé par Michael Jackson, le Moonwalk. Nul doute que le parcours de Jessica Lange et son travail sur la bonne attitude à adopter face à l’écran justifieront ses performances multiples : « Blue sky » lui vaudra l’Oscar de la meilleure actrice. Son rôle est à plusieurs facettes, le film s’articulant autour du mythe de la femme trop belle pour être honnête… Parfois humoristique, souvent dramatique, le film demeure passionnant d’un bout à l’autre car le sujet est terrifiant, celui des essais nucléaires en plein air et en sous-sol (ce que la France a fait à Mururoa pendant des décennies avec les conséquences épouvantables sur l’environnement, un fait dénoncé par les écologistes mais dont les médias ne parlent pas, évidemment). La musique de Jack Nitzsche s’apprécie dans une scène de détente permettant aux synthétiseurs d’entrer en action : mélodique et très bien orchestrée, c’est du Jack Nitzsche et c’est parfait. Tout concoure à faire de « Blue sky » un Excellent film. Bémol tout de même, le doublage très sympathique de nos cousins québécois mais qui reste trop éloigné de la performance habituelle des dialoguistes et doubleurs français. Alix a tout de même apprécié le film jusqu’à sa conclusion enthousiasmante alors, pas de panique et faites exploser votre lecteur dvd !   

 

« Miss Ratched !!! »
VOL AU-DESSUS D’UN NID DE COUCOU, un film de Milos Forman (1975) avec Jack Nicholson, Louise Fletcher, Will Sampson, William Redfield, Brad Dourif, Danny DeVito, Christopher Lloyd… D’après la pièce de théâtre du même nom. Musique de Jack Nietzsche. Un film United Artists.

Ce film est un pur chef-d’œuvre du 7e art. D’abord livre à scandale et à succès de Ken Kesey puis pièce de théâtre interprétée par Kirk Douglas, le film vit le jour grâce à la ténacité de son fils Michael et de Saul Zaentz. C’est que personne ne voulait de ce scénario, d’ailleurs, même la pièce de théâtre s’est arrêtée au bout de quelques semaines faute de spectateurs : interpréter la vie quotidienne de personnes malades prisonnières et maltraitées dans un univers clos n’était pas vraiment apprécié par le public américain ! Pourtant, farouchement déterminés et certains de leur choix, le réalisateur Milos Forman et ses compères ont dressé la liste des acteurs qu’ils voulaient embaucher en sollicitant ceux qui étaient enthousiastes et non les stars qui faisaient la fine bouche, ce qui démontre la force de la conviction et de la foi en une entreprise que beaucoup pensait dès le départ morte-née. Jack Nicholson par exemple, partant à cent pour cent, n’était pas encore connu et avantage ultime de sa candidature, il ne coûterait pas cher à une production qui n’avait pas d’argent… Étape par étape, après l’adaptation du livre et l’élaboration du scénario, les repérages des lieux de tournage dans un véritable asile et les journées de répétition « en immersion » parmi les fous, chaque acteur est rentré dans la peau de son personnage en vivant coupé du monde extérieur. Leurs gueules et leurs jeux démontrent ici toute la beauté du métier d’acteur : nous faire partager d’énormes moments de vérité. Milos Forman le tchèque, dix années après avoir été contacté par les Douglas, entra dans la Mecque d’Hollywood par la grande porte avec son film aux 5 Oscars. L’ambiance rétrograde d’enfermement et de privation de liberté, les brimades et la censure, il connaissait cela dans son pays… Il n’eût donc aucune difficulté à « coller » parfaitement au livre. Ainsi il venait en 1975 de faire aboutir L’un des meilleurs films jamais réalisés depuis l’avènement du cinéma. Comme quoi un petit budget avec une équipe du tonnerre vaut parfois mieux qu’un grand budget avec des vedettes inconsistantes ; une démarche similaire aura engendré bon nombre de succès, « Rocky » par exemple (musique de Bill Conti, voir page suivante), des films sublimés par le doublage en français avec des voix encore plus adaptées que les voix de naissance des acteurs. Comme la musique de Jack Nitzsche est superbe, il convient de leur dire à toutes et à tous, chapeau bas et un millier de fois merci les Artistes !

 

Les films de la violence

Réflexion. « Les hommes sont si bêtes qu’une violence répétée finit par leur paraître un droit ». Claude Adrien Helvétius, philosophe français du XVIIIe siècle. En affirmant le rôle prépondérant de la vie en société tout en étant conscient de l’importance capitale de l’instruction dans la constitution d’un individu, il voyait juste : la violence gratuite des plus débiles d’entre nous ne mène qu’au chaos collectif. Rappelez-vous des films qui ont jalonnés notre jeunesse, ils ne manquaient singulièrement pas de violence mais elle était utilisée à bon escient. Rappelez-vous Jack Nicholson dans « Vol au-dessus d’un nid de coucou », il s’agissait alors de dénoncer la violence faite aux internés des hôpitaux psychiatriques. Ce film de 1975 élaboré suite au livre de l’écrivain Ken Kesey « La machine à brouillard » ont tous deux permis de changer une situation inadmissible : la violence des images suite à l’extraordinaire performance des acteurs, dénonçait la violence des pratiques médicales en ces lieux. La violence cinématographique pour dénoncer la violence réelle, quoi de plus intelligent ? Avant le film de Milos Forman, un autre réalisateur de talent, Richard Fleischer le visionnaire utilisa lui-aussi la violence pour dénoncer l’apocalypse de l’humanité dans « Soleil Vert » (préalablement un roman d’Harry Harrison « Make Room », 1966, voir photos ci-dessus), un film futuriste dont l’action se situe en 2022 et qui nous rapproche de plus en plus de la réalité… De quoi penser que les écologistes avaient raison il y a plus de cinquante ans. Aujourd’hui va t-on enfin les écouter et soutenir leur combat ultime qui devient le nôtre ?!?!

Quelques années auparavant, ce fut Andrew Mac Laglen qui filma John Wayne dans « Chisum », un de ses formidables westerns à la musique superbe de Dominic Frontiere, l’une des productions hollywoodienne où le Bon triomphait toujours du Méchant malgré une violence légitimée dans la plus pure tradition du brave mâle/macho qui assure la défense de ses intérêts tout et assumant la protection de la veuve et de l’orphelin. Avons-nous évolués depuis ? La réalité dépasse la fiction. Les infos nous montrent que l’on tabasse gratuitement dans certains collèges de France, un enfant est mort sous les coups portés par ses agresseurs. La drogue circule facilement, des viols se déroulent dans les toilettes sous l’objectif des portables, ces mêmes engins qui sonnent à chaque seconde dans les salles de cours sans intervention de l’enseignant résigné voire désabusé, en tout cas sans autorité parce qu’il est totalement débordé par une violence qui s’affiche partout y compris chez les enfants. Sans parler de certains parents d’élèves surexcités prêts à cogner l’enseignant(e) pour un oui ou pour un non. Et que dire et penser des ignobles et insoutenables attentats… Évidemment, les psys (les vrais et les autres), les assistantes sociales, les politiques, les journalistes et les amis du café de commerce trouveront toutes sortes d’explications pour tâcher de justifier ou du moins, essayer de comprendre cet état de violence : enfance malheureuse du bourreau qui devient victime, provocation de la victime qui devient coupable motivation religieuse d’un extrémiste radical… Sachons pourtant qu’il ne faut pas philosopher dans un cas avéré de méchanceté cruelle et gratuite. Il nous faut bien admettre qu’il existe des gens fondamentalement méchants nés avec la haine de l’autre ou singulièrement malades et on ne pourra pas faire face à leurs agissements agressifs seulement avec des pensées, des mots ou des bonnes intentions. Faut-il combattre la violence par la violence ? Qu’en pensez-vous ? Le dialogue existe sur les réseaux sociaux mais pendant ce temps-là, une violence omniprésente s’affiche au grand jour dans les films, téléfilms, infos, reportages, presse, jeux vidéos… Pour notre plus grand malheur quand elle n’est pas maîtrisée par des auteurs ou réalisateurs intelligents et responsables !


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La folie : de quoi parle t-on exactement ?

Les grands syndromes de la psychopathologie sont :

l’agoraphobie : peur de la foule, du vide…

la dépression : humeur dépressive, diminution de la force vitale, perte d’élan et de tonicité,disparition de la joie de vivre…

la névrose hystérique : hyper expression des idées et des images, mythomanes…

la névrose phobique : peur irraisonnée et angoisses

la paranoïa : sur un vécu de persécution, hallucinations, délires de la persécution et passionnels, de jalousie morbide, de revendication ; érotomaniaques… Capacité à élaborer des raisonnements brillants mais totalement faux sur une base pourtant juste

la schizophrénie : désorganisation de la pensée, délires, autisme, troubles du langage et affectifs, répétition des mêmes idées, ambivalence des sentiments (l’amour et la haine à la fois)

le suicide et la tentative de suicide

le trouble obsessionnel et compulsif : idées et pensées intrusives (qui envahissent l’esprit contre sa volonté), obssessions, les Toc, l’excitation, l’exaltation, l’agitation, les signes somatiques…

Il est préférable de vous orienter sur un site spécialisé d’où sont extraites ces informations : Psychoweb (cliquez ici)

 

 

La liste de toutes les musiques de films oscarisées, cliquez ici (info Wikipedia)Accès page suivante : Lalo SCHIFRIN, Bill CONTI, Dimitri TIOMKIN et Alexandre DESPLAT compositeurs, Mark RIDELL réalisateur et Philippe NOIRET comédien

 

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