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Les compositeurs de musiques de films

Musiques de films

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La critique de film d'Alix

Critiques de films

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Le Top 100 des plus belles musiques de films

Les 100 + belles BO de films

Est-ce possible ? Possible, oui bien sûr mais raisonnable, beaucoup moins.

Les musiques de films (VIII)


Raymond LEFÈVRE, compositeur

Raymond Lefèvre a composé des centaines et des centaines de musiques instrumentales mais assez peu, finalement, pour le cinéma. Pourtant les musiques des cinq films de Jean Girault avec Louis De Funès « Les gendarmes » et celles de « La soupe aux choux » ont valu à leur créateur un succès colossal au-delà de toutes espérances. Lorsqu’une mélodie est créée, le compositeur entretient un rêve secret : croiser un jour sur le trottoir un passant qui siffle sa musique, non pas pour flatter son ego mais pour ressentir le plaisir d’avoir apporté un peu de bonheur dans un quotidien morose et banal. Ce fut le cas avec la musique du film « Le pont de la rivière Kwaï » de Malcom Arnold comme avec « La marche des gendarmes » de Raymond Lefèvre. On venait alors de damer le pion aux anglo-saxons si friands de marches militaires. D’ailleurs, c’était l’état d’esprit de l’époque et la nature du travail qui lui était demandé : illustrer les films comiques par de la musique humoristique voire caricaturale. S’il a prouvé qu’il excellait dans ce domaine, Raymond Lefèvre a également démontré son talent dans la composition de musiques plus romantiques. Son palmarès n’est pas seulement celui de la chanson avec Guy Lux dont il sera le bras droit muni d’une baguette, c’est d’abord celui de la musique instrumentale dans le sens large et noble du terme, un genre plébiscité par les auditeurs et téléspectateurs jusqu’à la fin des années 70 et que la France a totalement méprisé depuis. Pas au Japon où Raymond Lefèvre s’est produit devant 3 500 spectateurs enthousiastes !

La mode actuelle pour le « mp3 » du téléphone portable ravive bien des souvenirs mélodiques… Avec son collègue Paul Mauriat lui aussi célèbre et adulé, ils ont œuvré pour les plus grands chanteurs français à une époque où explosait les talents et naissaient les futures vedettes de la chanson dans une ambiance artistique décontractée, de travail volontaire et de franche camaraderie. La compétition entre collègues, les rivalités, les musiciens qui « pointent » et surveillent leur montre parce qu’ils sont payés à l’heure sont apparus avec le succès, chacun ayant commencé à « rouler pour sa pomme » en recherchant systématiquement les affaires « juteuses ». Raymond Lefèvre, musicien de formation classique, était destiné à entrer dans un orchestre symphonique de haut niveau et donc à bien gagner sa vie sans avoir à se remettre en question en permanence mais il préféra très vite évoluer dans le jazz, dans la variété, dans la musique de genre, bref, s’épanouir pleinement dans la musique vivante, celle qui rayonne, celle qui chante, celle qui entre dans l’âme et forge les cœurs. Merci Raymond pour l’héritage exceptionnel et inégalé que vous nous confiez , vous resterez pour toujours l’ambassadeur d’un état d’esprit magnifique et le symbole d’une époque bénie par Sainte Cécile… Alors ce 27 juin 2008 fut bien triste car en nous quittant à l’âge de 79 ans vous veniez de rejoindre les anges. Nul doute que là-haut, avec l’arrivée de Michel Delpech que tu as souvent accompagné dans les émissions de Guy Lux, vous allez les faire guincher et leur redonner un sacré coup de jeune !

 

Le Claude, le Bombé et la Denrée

 

Pour le film « La soupe aux choux », le compositeur avait fait le choix d’un orchestre à cordes pour le thème principal (mélodie de notes conjointes facilement mémorisables) ; c’est qu’il fallait créer une ambiance « campagnarde » avec une musique évoquant une bourrée auvergnate ! La lourdeur, il l’a surmonterait sans soucis grâce à un arrangement aérien, léger, fluide, sa marque de fabrique. Un ensemble à cordes, formation de base du compositeur, conviendrait d’emblée parfaitement. Mais la platitude de l’interprétation fut surmontée lorsque le compositeur enregistra sa musique aux synthétiseurs. Devenue plus proche du son de la soucoupe volante et des étoiles que du terrien (Louis de Funès) qui accueille un Jacques Villeret absolument génial, c’est un scénario en or qui permettra à Raymond Lefèvre d’écrire une nouvelle fois quelques unes de ses plus belles musiques de films. Je me rappelle de cette année où j’étais allé voir cette comédie pleine de tendresse au thème écologique fort et au thème existentiel plus que jamais d’actualité (L’expansion économique !) dans un cinéma d’une ville huppée, il est vrai, de la couronne parisienne. En ce dimanche après-midi, les familles présentes ne s’attendaient sans doute pas à voir et entendre les deux vedettes du film péter de concert dès les premières scènes du film. Prout par ci, prououout par là et des beaux ! Choquée, une partie de l’auditoire scandalisée se leva et quitta immédiatement la salle obscure. Mais comment réagirait donc aujourd’hui cette assistance devant la violence et la dureté des images diffusées quotidiennement de façon tristement banale alors que cela était impensable il y a vingt ans seulement ?

Un film de Jean Girault (1981) d’après le roman de René Fallet (chez Denoël) avec Louis de Funès, Jean Carmet, Jacques Villeret, Marco Perrin et Claude Gensac vraiment épatante… Édité par Studio Canal, distribution Universal.

 

Comédie

 

LE PERMIS DE CONDUIRE, un film de Jean Girault (1974) avec Louis Velle, Pascale Roberts, Jacques Jouanneau, Pierre Tornade, Daniel Prévost, Maurice Biraud, Robert Castel, Jacuqes Legras, Paul Préboist… Musique de Raymond Lefèvre. Un dvd Koba Films vidéo / Warner Bros.

Ce film est une excellente comédie. Louis Velle sera l’un des premiers à démontrer qu’un acteur rendu très célèbre par ses rôles à la télévision – avec « La demoiselle d’Avignon » – peut parfaitement réussir au cinéma après coup, l’inverse étant auparavant la règle unique. L’équipe du film se sera beaucoup amusé en tournant les scènes cocasses du film de Jean Girault ; imaginé et réalisé dans une excellente ambiance de travail et cela se ressent à l’image, le comique de situation en devient extrêmement efficace. Les seconds rôles dont celui du regretté Claude Chabrol rajoutent à l’intérêt d’une production très française dans son esprit délicieusement franchouillard : on se moque de tout et de n’importe qui ce qui caractéristique les films « poil à gratter » des seventies. Le moniteur d’auto-école, le policier, le PDG, le banquier, l’épouse, la maîtresse, le garagiste, tout le monde « en prend pour son grade » et ça, c’est vraiment marrant car finement dessiné. Sans méchanceté gratuite, le scénario en béton prend forme et évolue selon l’inspiration des acteurs ; l’action va crescendo et Louis Velle ne ménage pas ses efforts : quelle énergie très actuelle ! La musique du film est superbe : Raymond Lefèvre a inventé une mélodie parfaite et ses orchestrations absorbent les trépidations de la route : très jazzy pour la montée en vélo elle devient urbaine dans la circulation parisienne. Quant à la chute du film malheureusement « en queue de poisson » sans doute parce qu’on en voulait davantage encore, elle s’illustre par une chanson interprétée par l’excellent Philippe Clay : le thème présent d’un bout à l’autre de l’œuvre alimente notre plaisir qui ne faiblira pas. Rien d’étonnant à ce que plus de deux millions et demi de spectateurs se soient déplacés pour passer un bon moment, histoire de se souvenir de l’importance d’un simple bout de papier aux grosses conséquences, le permis de conduite rose d’une époque révolue. Alix trouve cette comédie Excellente et la musique Excellente.

À noter dans le dvd un bonus : les impressions émouvantes de Louis Velle trente ans plus tard et son second film pour cinéma « Les murs ont des oreilles » avec la même équipe et un premier rôle pour Chantal Nobel remarquée dans « Le permis de conduire », un film qui n’a pas la même cylindrée que le précédent car trop pompeux. Pour une révision complète ce sera en voiture, Simone !

 

 

Pour entendre le Grand orchestre de Raymond Lefèvre, la formation vedette de la télévision, cliquez ici (documents de l’I.N.A.). Pour acheter les partitions de ses plus grands succès, cliquez ici (site Musique en ligne)Pour tout savoir sur Louis De Funès, des pages et des pages d’infos et de photos, cliquez ici (infos Skyrock). Annonce du décès du compositeur Raymond Lefèvre dans Le Nouvel Obs, cliquez iciBiographie de Raymond Lefèvre : cliquez ici (infos Imdb)

 

 

 

 


George FENTON, compositeur

George Fenton a composé de multiples musiques. Il est né en 1950 dans le Kent en Angleterre, l’un des principaux centres religieux du pays. Point de départ pour les contrées lointaines, les falaises blanches de Douvres semblent pourtant avoir moins inspiré le compositeur que la musique traditionnelle asiatique de Ravi Shankar, le Prince du sitar, instrument d’origine indienne et pakistanaise utilisé aussi dans les groupes rock et folk des années 60 et 70 (Les Beatles et les Rolling Stones mais également les compositeurs de musiques de films, Henry Mancini dans le film « La party » par exemple voir ici). Compositeur pour des pièces classique de théâtre et parallèlement bien ancré dans l’environnement culturel plus populaire de sa génération, George Fenton s’est fait remarquer pour sa musique du film « Gandhi » en 1983 (nomination pour un Oscar). Sa collaboration avec son compatriote Lord Richard Attenborough, acteur et réalisateur de grand talent à la production jugée inégale mais qui compte des perles comme « La canonnière du Yang-Tsé », l’amènera au sommet de la profession.

Cry Freedom, Le cri de la liberté (1988) photos ci-contre et ci-dessus raconte l’histoire d’un journaliste blanc, en fait, le rédacteur principal d’un important quotidien et de sa famille qui va découvrir ce qu’est réellement la vie des hommes à la peau noire sous le régime xénophobe de l’Apartheid en Afrique du sud. L’action du film se situe juste après la sanglante répression des émeutes de Soweto en 1976. Donald Woods va effectuer un reportage sur Steve Biko et se liera d’amitié avec lui : ce leader de la communauté noire sera assassiné par le régime des Afrikaners de l’époque parmi lequel se trouvaient de véritables bêtes sauvages abreuvées de racisme et d’actes monstrueux. « Cry freedom, Le cri de la liberté » relate l’histoire vraie de deux hommes sincères qu’un destin tragique va séparer, un film fort et poignant contrairement à la comédie originale très légère « Un jour sans fin » pour laquelle George Fenton signera également la musique… Preuve s’il en est qu’un compositeur doit posséder une grande souplesse technique et avant tout une large ouverture d’esprit ! Il écrira également pour des films/documentaires réalisés par son frère David : « La planète bleue » recevra des critiques très élogieuses de part le monde. D’autres partitions seront destinées aux enfants par la création d’un opéra. Enfin, George Fenton créera sa propre maison de disque. De quoi occuper sainement une vie en faisant partager sa passion avec des auditeurs et spectateurs enchantés car ce n’est pas fini, soyez à l’écoute de ses prochains films en qualité de compositeur !

Cry Freedom/Le cri de la Liberté, un film de Richard Attenborough (1988) avec Kevin Kline, Denzel Washington, Josette Simon, Wabei Siyolwe… Éditeur et distributeur : Universal Pictures (France)

Pour en savoir + sur George Fenton , biographie : infos IMDb ou Comme au cinema (en français)

Pour en savoir + encore sur le compositeur : infos Movie Music UK (en anglais)

Pour en savoir + sur l’Apartheid, infos Wikipedia

Autre film sur l’Apartheid, « An nom de la liberté/Catch-a-fire » (2007) de Philipp Royce relate l’histoire vraie d’un contremaître dans une raffinerie qui accepte son sort contre un salaire qui lui permet de nourrir sa famille. Mais en 1980, il lui est difficile de ne pas entrer en révolte pour obtenir la liberté pour tous les habitants du pays là où ses compatriotes survivent sous le joug de la minorité blanche raciste… Avec Derek Luke, Tim Robbins, Bonnie Hema, Michelle Burges… Musique de Philipp Miller sur de magnifiques chœurs africains !

 

 

Guerre

 

MEMPHIS BELLE, un film de Michael Caton-Jones (1990) avec Matthiew Modine, Éric Stolz, Tate Donovan, D.B. Sweeney, Billy Zane, Sean Astin, Harry Connick Jr, Reed Edward Diamond, Courtney Gains, Neil Giuntoli et John Lithgow. Musique de George Fenton. Un dvd Warner Bros.

1943. L’Angleterre possède 20 bombardiers américains B 17, les fameuses « forteresses volantes » conçues dès le début des années 30 par le constructeur Boeing en défiant les lois de la pesanteur : 4 moteurs indépendants, 1 tonne de bombes transportées à plus de 300 km/h à 3 000 mètres d’altitude, pour mieux fleurter avec les altos (altostratus et altocumulus) en restant cachés par les nuages bas. Les dégâts en Allemagne furent considérables tout comme les pertes humaines parmi la population civile, c’était la guerre dans toute son horreur… De jeunes aviateurs américains arrivèrent en terre anglaise cette année 43 à la demande du gouvernement de Churchill ; croyant fermement en la réussite des bombardiers et en leur influence déterminante sur le cours de la guerre, les dix pilotes dont certains étaient affectés à la mitrailleuse placé dans une tourelle sous le ventre de la bête (de quoi se trouver mal en cas d’attaque des Stuka) participèrent à vingt cinq missions, des sorties toujours périlleuses au-delà du raisonnable en territoire ennemi. Réussiront-ils leur dernière mission avant de s’en retourner chez l’Oncle Sam ? Basée sur l’histoire vraie des bombardiers et de ses aviateurs américains héroïques (un parallèle peut être établi avec l’escadrille La Fayette de 1914), le film de Michael Caton-Jones séduit par sa sobriété, sa crédibilité et le jeu de ses acteurs, l’excellent Matthieu Modine pour n’en citer qu’un (premier de droite sur la photo). La musique de George Fenton avec sa mélodie et ses arrangements sur des thèmes connus et populaires rend l’ensemble de l’œuvre plus intéressante encore. Du grand spectacle à ne pas manquer. Alix adore même si le contexte reste très pénible. Un Bon film et une Bonne musique.

Les forteresses volantes B17 : pou en savoir + visionnez un film documentaire (de propagande) à la gloire des alliés (le parti pris est garanti mais c’est de bonne guerre) avec ses 14 minutes étonnantes cliquez ici (info Dailymotion)

 

Comédie

Nous ne sommes pas des anges - Les mélodies ModernesNOUS NE SOMMES PAS DES ANGES/We’re no angels, un film de Neil Jordan (1989) avec Robert De nIro, Sean Penn, Demi Moore, Hoyt Axton, Bruno Kirby, Ray McAnally, James Russo… D’après les ouvrages d’Albert Husson et Bella Spewack. Musique de George Fenton. Un film Paramount pictures.

Les pères Reilly et Brown ne sont pas des prêtres, encore moins d’éminents théologiens attendus par les moines d’une petite cité minière jouxtant la frontière américano-canadienne. Le décor est planté : des prisonniers usurpateurs d’identité contraints de fuir leur bagne mais ils risquent pour cela la peine de mort, pire, d’être abattu à vue. Alors ils n’ont qu’une seule solution pour s’en sortir : franchir ce satané pont qui leur fera recouvrer la liberté. Sur fond de drame social (la Grande dépression des années 30), le film est une Formidable comédie menée par d’excellents acteurs avec un doublage français (surtout pour De Niro et Penn) qui frise la perfection. Quelle chance d’avoir d’aussi bons comédiens français ! Action, sentiments, rebondissements, scènes vraiment marrantes, il faudrait ne pas aimer le cinéma pour délaisser son plaisir. La musique de George Fenton, dès le départ, alourdi la démarche des taulards enchaînées et dérange avec ses glissandos un peu trop appuyés aux trombones mais elle s’assagit dans le temps, quand les scènes deviennent plus calmes et plus sentimentales. Le réalisateur Neil Jordan, à qui l’on doit « La compagnie des loups », « Entretien avec un vampire », « Michael Collins » et « À vif » , entre autres succès, prouve son talent de réalisateur qui fait de très bons films mais il est également scénariste et producteur. D’un film à l’autre, selon les coûts et les recettes, il continue son métier d’ « homme de cinéma » avec détermination, conviction et force de caractère. Il n’est pas irlandais pour rien.

 

 

 

 


Harold FALTERMEYER, compositeur

Une expression bien française désigne l’opportunisme par « avoir le nez creux ». C’est bien de cela qu’il s’agit concernant le compositeur allemand Harold Faltermeyer qui a inventé en 1984, à la demande express du réalisateur Martin Brest qui souhait un thème leitmotiv accolé à l’acteur, une mélodie génialississime orchestrée très agréablement aux synthétiseurs pour soutenir voire devancer les scènes où Axel Foley (Eddy Murphy) sème la panique dans son entourage. Très à l’aise dans son époque avec l’explosion commerciale de la musique populaire (dans le bon sens du terme) des années 80, la techno et le funk, Harold Faltermeyer composera un autre tube au succès mondial pour le film culte de toute une génération « Top gun » avec un Tom Cruise en pleine ascension c’est le cas de le dire. Puis suivront « Running man », les très divertissants « Tango et Cash » et « Beauté fatale » sur fond de lutte de policiers intègres face au trafic de la drogue, des films enthousiasmants avec ses vedettes au talent confirmé comme la coproduction européenne « Astérix et les indiens », le dessin animé de 1995. Les musiques d’Harold Faltermeyer sont dynamiques et très expressives. Producteur, il écrira pour les stars de la chanson de variété, Barbra Streisand et Donna Summer en tête de liste. Discret sur ses activités professionnelles ou peut-être insuffisamment intéressé par le vedettariat, Harold Faltermeyer continue d’œuvrer de manière très efficace en utilisant tous les supports modernes pour « placer » ses musiques. Un nouveau jeu vidéo pour consoles pc est sorti en mai 2007 avec beaucoup d’impatience fut vite récompensé : « Two worlds » possède une bande-son de premier plan signée de l’inventif compositeur. Âgé de 64 ans, il lui reste encore bien des possibilités de produire un nouveau tube mélodique et cinématographique : à l’occasion de la sortie du « Flic de Beverley Hills IV » peut-être ? On l’espère en tout cas tant ces films sont enthousiasmants avec un Eddy Murphy formidable.

 

Eddy MURPHY, acteur

Peu d’acteurs ont déclenchés un tel élan de sympathie chez les spectateurs du monde entier comme a pu le faire Eddy Murphy vis-à-vis du personnage qu’il incarne dans « Le flic de Beverly Hills » en 1984, un film qui n’a pas pris une ride. Comique de naissance car il a ce don dans le sang, il aura passé son enfance et son adolescence à faire rire. Blagueur, très vivant et dynamique, imitateur des vedettes de son temps dont il s’inspirera largement (Bill Cosby, Richard Pryor), Eddy Murphy saura se faire remarquer à l’occasion de ses prestations diverses dans l’équivalent américain de nos M.J.C. ou à l’occasion de soirées entre potaches (il adorera imiter le King Elvis). Enfant d’une famille modeste de Brooklin à New-York, les bouleversements liés à la vie tourmentée et malchanceuse de ses parents (divorces, remariages, décès) n’entameront pas son extraordinaire faculté à transmettre une émotion comique : il saura très tôt trouver sa voie. Son succès planétaire coïncidera avec la volonté des producteurs américains de créer dans les années 80 des « anti-héros » et pourquoi pas ? Incarnés par des acteurs noirs, probablement parce qu’il était plus facile d’être reconnu par son talent que par la couleur de sa peau dans le milieu cinématographique hollywoodien à ce moment là, ceci dit par opposition à la situation désastreuse de notre cinéma national voire européen où les acteurs à la peau noire brillent toujours par leur absence, hormis quelques artistes du milieu du spectacle, quel triste constat ! L’époque où Joséphine Baker et sa revue levait les foules en France ou celle de ces femmes aviatrices de couleur qui venaient exercer leur passion ici parce qu’elles ne le pouvaient pas encore chez elles semble bien lointaine… A t-on oublié le temps de l’Escadrille Lafayette ?

La carrière d’un acteur de cinéma est fluctuante car elle dépend de l’estime qu’il possède chez les producteurs (source du financement), d’une part, mais aussi chez les réalisateurs, d’autre part. Eddy Murphy trouvera son nécessaire soutien en la personne de John Landis réalisateur de « Un fauteuil pour deux », « Un prince à New-York » et du non moins fameux « Le flic de Beverly Hills 3 » rôle dans lequel il demeure excellent. Ces comédies lui vont à merveille et dans son rôle de policier consciencieux et peut-être pense t-il à son père, lui qui exerça ce métier ? De plus, le doublage en français de sa voix est un exemple parfait de réussite où la personnalité de l’acteur est complètement valorisée, c’est véritablement un exploit en soi. Après plusieurs films qui furent des échecs commerciaux (selon les critères strictement financiers des producteurs américains), le succès populaire de l’acteur ne se démentira jamais. « Showtime », « Espion et demi », « Docteur Doolitle » où les animaux parlent ce qui l’incitera à prêter sa voix à des créatures de synthèse ou nées du papier dans « Mulan », « Shrek » et quelques séries télévisées. Toujours jeune et partant à 46 ans, ses nouveaux projets depuis 2009 ont annoncé le retour de sa présence incontournable : après le film de science-fiction « Appelez-moi Dave », une comédie loufoque où notre ami joue un rôle complètement déjanté et « Shrek 4 » pour la voix d’un des principaux personnages, le bonheur suprême viendrait de la sortie du film « Le flic de Beverly Hills 4 » dans le rôle du policier Axel Foley : joué par Eddy Murphy avec la voix de l’acteur-comédien français Med Hondo, voilà un duo composé de deux grands comédiens qui nous comblerait une nouvelle fois. Alors à quand un scénario qui provoque la rencontre filmée entre ces deux talents ?

La trilogie du Flic de Berverly Hills, trois réalisations de Martin Brest et Tony Scott avec Eddy Murphy, Judge Reinhold, Hector Elizondo, Timothy Carhart, Stephen Mac Hattie… Des films Paramount

Découvrez le site de Med Hondo, la merveilleuse et dynamique voix française d’Eddy Murphy. Une voix extraordinaire certes mais le doubleur génial est avant tout acteur, comédien et réalisateur : Med Hondo est un artiste à multiples facettes ! Cliquez ici pour découvrir son site officiel (medhondo.com).

 

 

Action

TOP GUN, un film de Tony Scott (1986) avec Tom Cruise, Kelly McGillis, Val Kimer, Anthony Edwards, Tom Skeritt… Musique d’Harold Faltermeyer. Un film Paramount.

Tom Cruise est-il un bon acteur ? La question ne se pose pas dans ce film au succès international. Débutant, motivé, jeune et sportif, l’acteur ne pouvait que convenir pour son rôle taillé sur mesure. « Top gun » le propulsera au sommet de la gloire. Il faut dire que Tony Scott, le réalisateur, aura bien fait bien les choses : avec ses caméras placées un peu partout sur le porte-avions américain et sur les jets F14 Tomcat, de monstrueuses machines à voler et à combattre fleurons de l’US Navy, les images tournées au prix fort sont impressionnantes. De gros problèmes techniques empêcheront d’atteindre la perfection car le réalisateur souhaitait éviter la prise de vue en studio par le biais de trucages grossiers (1986 c’est loin par rapport à l’évolution des moyens créatifs virtuels d’aujourd’hui !) ce qui ne sera pas possible au niveau des gros plans dans les cockpits, évidemment. Surnommé « Maverick» par ses collègues de l’armée, un mot impossible à traduire mais qui signifie à la fois « incontrôlable », « ingérable», « électron libre » ou bien encore « anticonformiste», Tom Cruise rend tout à fait crédible l’histoire de cet homme au courage exemplaire. Courageuse elle aussi par son innovation, la musique d’Harold Faltermeyer a pris un coup de vieux : le style électronique pourtant bourré de qualités mélodiques et d’orchestration n’est pas exportable plus de deux décennies après sa création. Trop marquée par des sonorités des années 80, Harold Faltermeyer au piano et son collègue singeant un guitariste inspiré dans un vidéo-clip totalement dépassé deviennent aujourd’hui ridicules sur la forme, comme pourrait l’être également un certain Richard Cleyderman. Ils restent néanmoins représentatifs sur le fond d’un changement de mode qu’ils auront contribué à imposer pour le meilleur et pour le pire : le commerce de la musique et la glorification de la facilité ne font qu’empirer y compris dans la musique de film, de manière générale. « Top gun », un Très bon film et une Bonne musique pour Alix.


SHINING de Stanley Kubrick (1980) : un film formidable, des acteurs formidables et la voix formidable de Med Hondo (doublage français de Louis-Gosset Junior, ici sur la photo). Musique du film : extraits de compositions de musique classique
 

 

Ils sont doublés et c’est bien fait !

« Rendons à César… ». Que serait le cinéma étranger, essentiellement américain, sans les comédiens français qui doublent admirablement les acteurs du grand et du petit écran ? Les voix françaises apportent un sacré plus aux acteurs étrangers tant est immense le talent des doubleurs nationaux. Parce qu’ils sont tous acteurs ou comédiens et qu’ils savent donc de quoi ils parlent ! Ces doublures de l’ombre sont pour toujours associées aux artistes qui apparaissent à l’écran mais derrière l’écran, le directeur artistique en charge du doublage veille… S’il vous plaît, ne commencez pas à utiliser n’importe quelle voix avec accent, n’écrivez pas de traductions bâclées et insipides, soignez la prise de son, prenez le temps de maintenir la qualité si grande de notre doublage français et francophone. Dans un climat apaisé car la profession est enfin reconnue et les situations régularisées, continuez à charmer nos oreilles, vous qui contribuez à la grandeur et la noblesse du 7e Art. Avec un coup de chapeau à Jody Foster la polyglote merveilleuse qui se double elle-même comme plusieurs autres acteurs et actrices de grand talent, Sergi Lopez par exemple. Encore merci !

Comme vous avez pu le constater, les Mélodies Modernes adorent le doublage des films étrangers en langue française par des acteurs et comédiens français. Pour savoir qui ils sont, cliquez ici (infos RS Doublage)

 

 

Au fait, Alix souhaitait vous en parler…

 

Voici deux films que tout oppose (thèmes, histoires, personnages, époques…) et pourtant tout les rassemble.

Broken Trail est l’histoire vraie d’un destin croisé entre un homme âgé et son neveu d’une part et celui d’un petit groupe de jeunes chinoises enrôlées de force en Amérique pour y mener une vie misérable. Les rencontres fortuites, les drames, les séparations et les retrouvailles font de ce film une œuvre pleine d’humanisme. Robert Duvall démontre une nouvelle fois sa capacité à jouer parfaitement tous les rôles. Comme il l’explique dans le « making of » s’il n’avait pas été le brillant acteur que l’on sait il aurait certainement dirigé un ranch. Dans son personnage de cow-boy convoyeur d’un troupeau de chevaux, solitaire mais qui sait se montrer solidaire, il déborde de naturel et de conviction ! Le doublage français en magnifique. Nostalgique et doté d’un fond philosophique puissant, ce film est totalement incontournable.

Jane Eyre réalisé d’après le roman de Charlotte Brontë (un sacré duo de frangines car l’on doit à Émilie un autre fleuron de la littérature « Les hauts de Hurlevent ») c’est Charlotte Gainsbourg qui « crève l’écran ». Son jeu sur fond d’histoire passionnante et construite retient toute notre attention. Impossible de ne pas avoir une pensée émue pour son père Serge qui serait sacrément fier de sa fille si bonne comédienne ! Bien entendu il s’agit d’une œuvre sombre car la douleur et la souffrance qui forgent les caractères permettent finalement aux victimes de se surpasser ; ces histoires terribles forgent des scénarios romantiques aux personnages remplis d’humanité. Ces deux films sont superbement filmés, réalisés et mis en scène ; la lumière, les décors, les costumes et tous les acteurs… Et la musique, à la fois présente et discrète, adaptée au contexte de chaque film par une orchestration adéquate, tous ces éléments contribuent à nous faire passer d’excellents moments, nous qui « sommes des voyageurs dans ce monde, comme le grain de blé qui va au de la terre au moulin, du berceau à la tombe. Nous voyageons égarés entre deux éternités » dixit Print Ritter dans « Broken Trail ».

Broken Trail, un film de Walter Hill (USA 2006), distribution Columbia Tristar. Musique de David Mansfield et Van Dyke Parks

Jane Eyre, un film de Franco Zeffirelli (France, Italia, United Kindom 1996), distribution Aventi. Musique de Alessio Vlad et Claudio Capponi. Une nouvelle version est sortie sur les écrans en 2011, un film réalisé par Cary Fukunaga, dont nous reparlerons.

 

 

 


Paul MISRAKI, compositeur

Pendant plus de dix années, le compositeur incontournable de musiques de films du cinéma européen s’est appelé Paul Misraki et pas un seul réalisateur ne s’est passé de ses services, de Buñuel à Orson Welles en passant par Godard. Né à Istanbul (anciennement Constantinople) en Turquie, il aura évolué entre les mélodies composées pour l’Orchestre de Ray Ventura, dont il sera l’un des premiers collégiens, et le cinéma. Dans un domaine comme dans l’autre on lui doit des succès extraordinaires : « Tout va très bien, Madame la marquise », « Qu’est ce qu’on attend pour être heureux » repris par l’Orchestre du Splendid, « À la mi-août »… Finalement, du début des années 30 à la fin des sixties, on aura entendu bon nombre de ses airs chantants et humoristiques et la composition pour le film « L’amour à l’américaine », amorcée en 1932, l’amènera musicalement à évoluer davantage encore sur le plan de la recherche des sonorités, du style et de l’écriture. Né en 1908 dans un pays partagé entre deux continents, l’Europe et l’Asie, il aura su partager sa passion pour la musique en communiant avec le public ; il lui aura transmis sa joie de vivre, celle-là même que possédaient les générations de l’avant et de l’immédiat après guerre. Pour les plus jeunes, il faut savoir qu’autrefois, la vie était plus simple et les petits plaisirs du quotidien, par exemple, écouter l’orchestre de Ray Ventura à la TSF ou découvrir sa dernière opérette au ciné de son quartier, permettaient d’exprimer dans la rue son entrain. Il n’était pas rare, en effet, de voir se former spontanément des groupes de copains (garçons ou filles) ici et là, qui reprenaient allègrement les mélodies de Paul Misraki à pied, à cheval ou même en voiture… Tous et toutes exprimaient leur amour de la vie, leur jeunesse et leurs espoirs de la meilleure manière possible, en chantant. La génération du mp4, d’Internet, du smartphone et de la boîte de nuit n’a pas pu connaître cela et ce n’est pas une critique, juste une constatation, à peine l’amorce d’un regret…

 

 

De cape et d’épée

 

LES TROIS MOUSQUETAIRES, un film de Bernard Borderie (1961) avec Gérard Barray, Mylène Demongeot, Perette Pradier, Georges Descrières, Bernard Woringer, Guy Delorme, Daniel Sorano, Jacques Toja, Françoise Christophe, Henry Nasset, Guy Tréjan, Robert Berri, Jacques Berthier, Jean Carmet, Claude Salez… D’après le roman d’Alexandre Dumas père (1844). Musique de Paul Misraki. Un film produit par Charles et Raymond Borderie.

Le gascon D’artagnan se présente à Paris à Monsieur de Tréville chez les mousquetaires du roi Louis XIII assurant ainsi sa sécurité et celle de la reine, Anne d’Autriche mais le cardinal de Richelieu complote contre eux aidé en cela par son homme de main Jussac et la très belle Milady de Winter. Par chance et opportunisme, Planchet veille au grain et surtout D’artagnan va rencontrer dans les deux sens du terme Athos, Porthos et Aramis. Il y a aussi Ketty, Monsieur Bonacieux, Lord de Winter, Mousqueton, Buckingham, le comte de Rochefort, les gardes du cardinal, la Bastille… Ces noms sont célèbres dans le monde entier : que d’intrigues basée sur des faits historiques qui font la richesse de l’histoire de France ! Personne ne peut prétendre ignorer cette fabuleuse aventure imaginée par Alexandre Dumas père à qui l’on doit aussi « La dame de Monsoreau », « Le comte de Monte-Cristo », « La tulipe noire », « La reine Margot », « Le collier de la reine »… « La dame aux camélias » étant écrit plus tard par son fils qui assurera la relève. D’artagnan et la pauvre Constance, voici une aventure romanesque maintes fois traitée au théâtre et au cinéma. S’il fallait ne retenir qu’une seule version ce pourrait être celle-ci car les acteurs y sont brillants. La performance de Daniel Sorano au théâtre un an plus tôt, en 1960, pour les caméras télé de Claude Barma dans «Cyrano de Bergerac » restera ancrée dans la mémoire collective quant à Mylène Demongeot, la comédienne voulait absolument le rôle de Milady dans le film de Borderie, elle venait tout juste de faire sensation dans « Les sorcières de Salem » du même Borderie ; Gérard Barray, lui, semble né D’artagnan dans le berceau. Sans oublier (le jeune) Jean Carmet, la magnifique Perette Pradier qui épousera quinze ans plus tard la carrière de Superman en le charmant de sa voix de doublage légendaire, Claude Salez impeccable en parfait méchant… Parler de tous les acteurs présents à l’écran serait trop long surtout qu’Alix souhaite mentionner la musique de Paul Misraki qui fait sensation avec un thème conquérant repris dans toutes les tonalités, à la trompette dans le positif, aux violoncelles dans les passages romantiques ou aux timbales dans les moments dramatiques. Réalisé en deux parties, le film « Les trois mousquetaires » resterait assez conventionnel dans la forme s’il n’était aussi efficace ; après tout, n’est ce pas cela, la définition d’un mousquetaire, conventionnel et efficace ? Alix trouve cette version de 1961 Très bonne (film et musique). Existe en cassette VHS et en DVD édition allemande. Qu’attend t-on en France pour éditer les bijoux du cinéma hexagonal, à défaut de nous proposer les ferrets de la reine ?

 

 

Drame

Le garçon sauvage - Les Mélodies Modernes Le garçon Le garçon sauvage - Les Mélodies Modernessauvage, un film de Jean Delannoy (1951) avec Pierre-Michel Beck, Madeleine Robinson, Frank Villard, Nicolas Amato, Henri Arius, Edmond Beauchamp… Musique de Paul Misraki. Un film Gaumont de la collection « Gaumont à la demande ».

Simon n’est pas un enfant sauvage, c’est juste un pauvre gosse totalement livré à lui-même par une mère « croqueuse d’hommes », en clair, une prostituée même si cela ne se dit pas ouvertement dans le film d’où la subtilité et la délicatesse d’un scénario remarquable. Le contexte difficile d’une vie familiale réduite au strict minimum n’est évidemment pas favorable à l’épanouissement sentimental du gamin, amoureux éconduit de sa mère qui trouvera sa vengeance dans la violence. Très fortement psychologique, « Le garçon sauvage » reste d’une modernité incroyable tant les acteurs jouent bien. Les français ont toujours su faire des films très attachants d’une excellente technicité. Élaboré d’après l’ouvrage de l’écrivain productif Édouard Peisson, le scénario n’est pas en reste avec le talent d’Henri Janson, journaliste, scénariste et dialoguiste, on lui doit les histoires et adaptations inoubliables de « Pépé le Moko, Hôtel du nord, Fanfan la tulipe, La vache et le prisonnier, La tulipe noire »… La musique de Paul Misraki est conforme au style de l’époque et remplie sagement sa fonction, ni plus ni moins. L’originalité se trouve dans la performance des acteurs, Madeleine Robinson en tête de liste qui obtint enfin un grand rôle à sa mesure, alors au sommet de sa gloire (sa performance fut récompensée par le cinéma français) et Pierre-Michel Beck (treize ans mais il en fait onze), personnage central de deux autres films tournés après celui-ci dont le fameux « Le blé en herbe » en 1953, des succès qui ne l’empêcheront pas de quitter le monde du cinéma à l’âge de dix-sept ans sans que l’on en connaisse la raison. La liste des acteurs ayant changé de direction après une (ou plusieurs) réussite obtenue(s) dans leur enfance semble bien longue, voir ici. Le 7e Art est peut-être un milieu trop sauvage pour un garçon…

 

 

 


John SCOTT, compositeur

Il y a plusieurs façons de voir un film et de l’apprécier, tout dépend de ce que l’on attend de l’œuvre mais aussi de la capacité que l’on possède -ou non- à absorber tous ses éléments. Les personnes généralement peu sensibles à la musique passeront à côté du film « Nimitz, retour vers l’enfer ». Comme beaucoup de productions citées dans le site Mélodies Modernes, le point commun qui relie les films remarquables entre eux demeure leur musique. Présente ou discrète, mélodique ou symphonique, les compositions de John Scott sont toujours parfaites et apportent aux films un « coulé », une liaison nécessaire entre l’imagination débridée des créateurs que l’on doit canaliser pour pouvoir la retranscrire à l’écran et les « à priori » du public que l’on se doit de faire sauter dès les premières images du film. Le charme qui se dégage des films dont John Scott a assuré la partition musicale tels « Greystoke la légende de Tarzan »et « Grand nord », deux très bons films avec Christophe Lambert, le lyrique « L’étalon noir » mais aussi un western psychologique méconnu qui vaut le détour car tourné en Israël avec Gregory Peck « Un colt pour une corde » (1973), « Les nouvelles aventures de Mowgli » (voir ici), « Les nouveaux Robinson suisses », la série française des années 2000 « Les expéditions Jules Verne aventures » avec une passionnante remontée du fleuve Amazone à bord du Belem. et les fameux documentaires extraordinaires du Commandant Cousteau qui nous ont tant fait rêver prouvent à chaque fois que la grande sensibilité du musicien associée à celle du réalisateur et de tous les acteurs (comédiens ou techniciens) donne un résultat mélodique et symphonique probants. La musique de John Scott relève les images jusqu’à les sublimer. « Nimitz, retour vers l’enfer » est un film impeccable et inoubliable. Le scénario repose sur le thème du voyage dans le temps, une question souvent abordée à l’écran mais jamais résolue dans la réalité par les scientifiques. Dans ce film la question est traitée avec délicatesse et justesse, deux caractéristiques essentielles de l’écriture musicale de John Scott. Le thème/leitmotiv superbe joué à la flûte traversière puis à la clarinette (parfois doublée au piano à l’octave inférieure), au hautbois et aux violoncelles provoque une émotion forte ; les trémolos fréquents des cordes rappellent les vibrations du mastodonte flottant, le porte-avions Nimitz, la première vedette du film. À noter le thème arpégé à la clarinette dans une tonalité mineure et qui deviendra vite inoubliable. Intemporel, mystérieux, magique. Un film psychologique réalisé quasiment sans budget ni effets spéciaux spectaculaires mais on n’en ressent pas les manques.

 

Le voyage dans le temps, lorsque la tempête déferle sur le navire, devait être retranscrite par l’orchestre symphonique mais John Scott savait qu’il fallait innover au-delà de ce qui se faisait à l’époque. L’apport des synthétiseurs semblait inévitable mais lesquels et comment ? John Scott prit une journée pour en débattre avec un autre John, l’ingénieur du son, John Richard. Par le mixage d’instruments pouvant émettre des sons bizarres (l’ocarina et des flûtes en bois traditionnelles d’Amérique du sud), par le travail réalisé sur la vitesse et les hauteurs de sons à partir de la partition de l’orchestre (glissandos des cordes, martèlements des percussions et des timbales, gammes chromatiques montantes et descendantes des différents pupitres par alternance, jeu direct sur les cordes du piano à queue, les appels des cors et des trombones), par l’adjonction de sons électroniques, le résultat devint très spectaculaire. En revanche les effets spéciaux réalisés sur les images semblent aujourd’hui, avec nos yeux de cinéphiles blasés, bien désuets. C’est également le cas dans « La soupe aux choux » par exemple avec sa soucoupe légèrement ringarde mais le propos de ces films, avec leur force de persuasion et leur thème fort bien mené et bien joué, font oublier ce qui ne va pas. Encore une fois, laissez-vous emporter par la bande son et la musique de début du film très énergique et conquérante, laissez-vous charmer par le thème gracieux très nostalgique de la clarinette et recevez avec tous vos sens aiguisés les thèmes d’une légèreté incroyable dans une ambiance générale tendue, lourde et sérieuse. Associer la légèreté et la gravité dans une phrase musicale est l’exemple même d’une infinie maîtrise de l’écriture musicale, de l’arrangement et de l’interprétation. Par le scénario rempli de surprises, entrez dans le film avec un esprit ouvert. Et l’on en revient à la capacité que l’on possède -ou non- à s’imprégner des meilleures choses. Êtes-vous un être sensible et réceptif, en clair, pouvez-vous aimer le bon cinéma ? Alix trouve le film Excellent et la musique Excellente, certainement l’une des musiques de films les plus exemplaires du cinéma moderne.

 

Analyse technique du thème principal de John SCOTT pour le film Nimitz, retour vers l’Enfer

– La mélodie est élaborée en utilisant les notes des accords. Par exemple première mesure, les notes de l’accord de La mineur sont La, Do et Mi. La mélodie commence donc par La Mi La Do Mi La Do, un bel exemple de pragmatisme ! Le procédé est renouvelé les mesures suivantes

– Utilisation d’un retard mesures 2, 3, 4 et 6 : la note du premier temps fait partie de l’accord de la mesure précédente et retarde l’arrivée de la note du nouvel accord. Par exemple la deuxième mesure, le Do retarde la pose du Si sur le temps malgré la présence sur ce même premier temps de l’accord de Mi Majeur avec une 7e mineure formée par le Ré prolongé depuis la première mesure soit un accord de Mi 7e de dominante (quoi de plus naturel puisque l’on se trouve sur le Ve degré de la tonalité !). L’accompagnement, lui, pourrait inclure dès le premier temps la note Si. Pour éviter le « frottement » (dissonance) désagréable entre un Si trop présent à l’accompagnement et le Do retardé de la mélodie, le Si de l’accompagnement (quinte de l’accord) n’est pas écrit mais on l’entend suffisamment à la mélodie ; de plus pour les oreilles averties, sa présence dans les accords se fait sentir par les notes harmoniques des autres notes de l’accord

– La mélodie des mesures 7 à 11 est toujours déclinée à partir des notes des accords mais dans la forme gamme et arpège d’où l’emploi de doubles-croches qui s’étalent autour d’une même note centrale, dans le style d’un exercice technique pour instrumentistes. Dans les deux dernières mesures, un Sol bécarre (au lieu du Sol dièse) déplace la note sensible un ton sous la note tonique : présentement c’est la gamme mineure dans sa forme mélodique descendante qui est utilisée et non plus mineure harmonique qui est si bien marquée avec le Sol dièse des mesures 2 et 8 (gamme mineure harmonique). Le bécarre utilisé mesures 9 et 10 n’est donc pas un bécarre de précaution que l’on aurait pu mettre devant le si de la mesure 8 car il y a un si bémol (accidentel lié à un changement provisoire de tonalité) mesure précédente

 

– La présence du Sol dièse de la mesure 2, déjà présent dans la mélodie et normalement présent dans l’accord de Mi Majeur, n’est pas utile ici ; en effet, le doublement de la note sensible dans une partie d’accompagnement est strictement interdit dans l’écriture classique afin de ne pas renforcer l’importance d’une note sensible justement conçue pour renforcer l’importance de la note tonique (n’oubliez pas que nous nous trouvons dans le système tonal). Par le phénomène de l’attirance des demi-tons, le Sol dièse soutient et valorise la note tonique placée contre elle à un demi-ton. L’inverse n’est pas vrai : en aucun cas une note tonique doit diriger l’auditeur vers la note sensible considérée comme secondaire, moins importante. Le compositeur John Scott a évité son usage bien sonore dans la version d’accompagnement d’origine, la présence du Sol dièse à l’accompagnement pouvant néanmoins être justifié par l’accord de Mi Majeur. Il est donc important de ne pas trop faire ressortir la note lors de l’interprétation car le Sol dièse est déjà bien présent à la mélodie et le cumul sonore des deux alourdirait un thème gracioso, romantique. La mesure 8, en ce sens, est exemplaire car le Sol dièse est absent de l’accompagnement mais reste présent à la mélodie et c’est largement suffisant !

– Indications indispensables sur la partition (modèle ci-contre) pour la rendre « vivante »

* le tempo : 60 à la noire soit un tempo situé entre l’Adagio et l’Andante (tempo lent)

* l’interprétation souhaitée : Ad libitum soit très librement autour du tempo indiqué (accélérer et ralentir à volonté)

* les nuances : débuter Piano, monter en puissance (Crescendo) mesure 3 pour soutenir la montée de la mélodie, Forte mesure 4 puis Decrescendo. Avant-dernière mesure, notez l’ « effet de soufflet » réalisé par un crescendo immédiatement suivi d’un decrescendo pour donner l’impression d’un souffle, d’un râle, d’un soupir : c’est très musical !

* le phrasé : à vous de le déterminer. Autre travail que vous pouvez fournir : indiquez les degrés d’après la tonalité générale du morceau (La mineur) mais pour chiffrer les accords, il vous faudra tenir compte des changements de tonalités même très brefs (sur quelques temps seulement) : par exemple mesure 7, passage en Sol mineur (tonalité relative de Sib Majeur avec 2 bémols). Entourez les notes de passage et les broderies, justifiez les liaisons de rythme, rajouter des ornements (appogiature, mordant et grupetto histoire de s’amuser en donnant un autre style à cette superbe mélodie).

Musique de John Scott pour le film « Nimitz, retour vers l’enfer » ; transcription FX (avec très peu d’arrangement). Pour en savoir +, voir page B.a.-ba de la composition

 

 

Un film réalisé par Don Taylor (1980) avec Kirk Douglas, Martin Sheen, Katarine Ross, James Farentino. Édition DVD « Intégral vidéo ». Existe en version Collector chez « TF1 Vidéo ».

Un CD de la musique édité chez Jos Record. Contact : josrecords@aol.com. ou josrecord@mwfree.net

Visitez le site de l’éditeur des musiques de John Scott et écoutez les extraits en mp3, cliquez ici (infos Jos Records)

Un passionné révèle la biographie du compositeur anglais et commente les autres CD de John Scott, cliquez ici (infos site perso leitmotiv thegoldenage, article de Christophe Lemaire)

La langue italienne chante et résonne comme une mélodie : suivez un entretien exclusif avec John Scott en cliquant ici (infos BSOSpirit)

 

Western

 

L’HOMME SAUVAGE/The stalking moon, un film de Robert Mulligan (1968) avec Gregory Peck, Eva Marie Saint, Noland Clay, Robert Forster… D’après le roman de Theodore V. Olsen. Musique de John Scott. Produit par Alan J. Pakula. Un dvd Warner Bros et Fnac collection cinéma.

L’âge d’or du western, les années 50 et 60, c’était l’époque de l’homme de ceci ou de cela : « L’homme aux colts d’or, L’homme des vallées perdues, L’homme de l’ouest, L’homme de l’Utah, L’homme qui tua Liberty Valence, L’homme du Kentucky, L’homme qui n’a pas d’étoile, L’homme par qui la vengeance arrive, L’homme de la plaine, L’homme à la carabine, L’homme sans frontière, L’homme des hautes plaines » Même dans « Il était une fois dans l’ouest » on y trouve L’homme à l’harmonica ! Impossible de ne pas en déduire que le genre est l’apanage du sexe fort et « L’homme de la sierra » ne fait pas exception à la règle. Avec son titre français peu évocateur, Gregory Peck apparaît dès le début du film en homme impeccable et imposant comme à son habitude, sa seule présence suffirait à justifier le film. La femme et l’enfant sont quant à eux relégués à la botte des états d’âme du vétéran de l’armée ou d’un indien renégat complètement enragé. Dans cette histoire, devinez qui est le méchant. Réponse sans joker : l’homme blanc, évidemment, la psychologie n’est pas ici d’une grande finesse. Les nombreux stéréotypes ne manquant pas (l’armée intransigeante, l’homme courageux, l’ami fidèle, la femme éternelle source d’ennuis mais bonne aux fourneaux, l’enfant à l’esprit tordu, l’indien assoiffé de sang), la musique suit la voie tracée par un réalisateur peu inspiré. Rajoutez à tout cela quelques erreurs de comportement des protagonistes (c’est du cinéma d’un goût douteux lorsque les images s’accélèrent pour renforcer l’impact visuel d’un coup de poing ou d’une poursuite à cheval) et l’ensemble laisse Alix sur une impression mitigée : celle d’un western de plus qui reste (très) agréable pour les amateurs du genre mais qui manque singulièrement de souffle. Les paysages sont superbes, la musique est très jolie avec son thème sifflé, les arrangements sont excellents, l’action et le suspense vont crescendo alors en y réfléchissant bien, que demander d’autre le temps d’une soirée sympa au coin du feu ?! Alix trouve ce film très bien remasterisé, Assez Bon et sa musique Excellente. À voir une fois, foi de shérif.

 

 

Les prix augmentent, notre porte-monnaie s’allège et les sollicitations de dépenser de l’argent que l’on a même pas s’envolent aussi vite que tombent les feuilles des arbres en automne, alors franchement, qui aura encore quelque chose à se mettre l’hiver prochain ?…

 

Accès page suivante : Leonard ROSENMAN, Hans ZIMMER, John DEBNEY, Henri et Jean-Pierre BOURTAYRE, Dominic FRONTIERE, Frédéric TALGORN, compositeurs

 

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