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Les compositeurs de musiques de films

Musiques de films

Pour en savoir plus sur les compositeurs de musiques de films et leurs créations, parcourez les pages suivantes !

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La critique de film d'Alix

Critiques de films

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Le Top 100 des plus belles musiques de films

Les 100 + belles BO de films

Est-ce possible ? Possible, oui bien sûr mais raisonnable, beaucoup moins.

Les musiques de films (XI)

Alfred NEWMAN, compositeur

La conquête de l’ouest américain restera pour toujours une fabuleuse aventure humaine ; elle restera également dans la mémoire collective comme un nouvel exemple de la capacité des hommes à s’entretuer. « Les visages pâles » auront tour à tour réduit à l’esclavage les noirs, massacrés les indiens et combattus les mexicains avant de se livrer bataille entre eux (guerre de Sécession). L’histoire des USA est donc parsemée de guerres, de conflits et de drames. À l’image de la construction des nations européennes et de toutes les nations du monde, elle reflète l’incapacité de l’être humain à s’intégrer sans violence dans un territoire déjà occupé par d’autres hommes et démontre que la société « moderne » ne peut se contenter de peu. Pas question de partager le bien acquis ! Au nom du progrès, on a régressé dans de nombreux domaines comme quoi il ne faut pas confondre évolution avec amélioration. Ce furent d’abord les Conquistadores qui imposèrent l’évangélisation aux peuples d’Amérique du sud puis vinrent les colons blancs ; débarqués en masse de la « vieille Europe » pour envahir le continent nord-américain du côté est, ils partirent à la conquête de l’ouest sauvage et furent rejoints par de nouveaux européens, des chinois et des latino-américains au moment de la ruée vers l’or. La nation américaine se sera malgré tout structurée dans un entrelacement rapide de désordre et de douleur.

Le film « La conquête de l’ouest » retrace cette épopée sans objectivité. Il faudra attendre d’autres films, par exemple « Little big man », « Un homme nommé cheval » ou « Danse avec les loups » pour commencer un vrai travail de réhabilitation de la nation indienne dans toute sa richesse et sa diversité. Le western reste néanmoins un spectacle grandiose. Les paysages conquis de l’ouest américain et la dureté de la vie des cow-boys, la lutte pour un territoire et la survie des plus courageux ou des plus chanceux, la faculté de construire un empire ou le choix de vivre en « coureur des bois » resteront des évènements marquants dans l’histoire de l’humanité. Le film « La conquête de l’ouest » ne manque donc pas de souffle épique avec une réalisation exceptionnelle et des acteurs remarquables. La musique d’Alfred Newman provoque une rare émotion, celle de transformer un spectateur amorphe en acteur actif et dynamique. Lorsqu’on entend le thème principal du film chanté par les chœurs, quand se déclenche les cors et les trompettes bataillant avec les doubles-croches des violons, personne ne peut rester insensible à l’énergie dégagée par une orchestration d’une grande richesse harmonique jusqu’au point irrésistible de vouloir se lever de son fauteuil pour se lancer à son tour sur les pistes des plaines du Far-west. L’immensité indescriptible, une beauté comme nulle part ailleurs, la dimension panoramique, un enthousiasme communicatif, voilà comment définir au mieux la musique d’Alfred Newman, des qualités qui auront elles aussi justifié en grande partie la conquête de l’ouest !

 

Le père de la musique de film

Alfred Newman pouvait relever le défi de ce film fleuve. Auteur de la musique qui a fait rêver plusieurs générations de spectateurs avec l’air de l’orchestre de la Twenty Century Fox (le logo de début des films de la Fox avec ses projecteurs animés), il comprendra l’esprit conquérant et évolutif du film. Né en 1901 dans le Connecticut, il est fils d’ouvrier, l’aîné d’une famille de dix enfants et premier d’une grande lignée de compositeurs. Rien ne le prédestinait à réussir dans le domaine musical hollywoodien si ce n’est sa farouche volonté de devenir musicien. Enfant, il étudiera le piano en autodidacte et gagnera son argent de poche (de quoi vivre à l’époque) dans différents endroits où le piano assure « le bruit de fond », les salles de restaurants par exemple. Repéré dès 8 ans pour son talent de jeune prodige, il entreprendra en vedette à 12 ans une tournée dans les théâtres avec son mentor Grace LaRue (ça ne s’invente pas !) qui l’amènera à New-York. Il rencontrera et travaillera pour les plus grands compositeurs et musiciens des spectacles de Broadway : Gershwin, Kern et Rodgers. Puis il entrera par la grande porte dans le temple du cinéma en tant qu’accompagnateur d’Irving Berlin, un autre enfant de la balle, une autre référence incontournable en matière de compositions pour le cinéma. Qui pouvait douter à cet instant précis que le jeune Alfred allait devenir l’inspirateur des plus grands compositeurs du genre musical ? Toutes celles et ceux qui l’auront approché de près ou de loin ou mieux encore, qui auront pu travailler avec lui, resteront marqués par le talent immense et la générosité de cet homme hors du commun ; par ses trouvailles mélodiques et ses idées géniales en matière d’orchestration – il suffit d’écouter la musique de « La conquête de l’ouest » pour s’en convaincre – Alfred Newman restera à jamais le père de la musique de film.

 

En 1930 débutera son étonnante carrière cinématographique. Il travaillera avec le producteur Samuel Goldwyn et occupera longtemps le poste très convoité de Directeur musical de la 20th Century Fox. Chef d’orchestre dans tous les sens du terme, il signera ou co-signera près de trois cents musiques et recevra directement ou indirectement 9 Oscars. Son frère Emil, sa sœur Maria, son frère cadet Lionel, son petit-fils Joey (le fils de Lionel), son autre petit-fils Randy (le fils de Irwing, son autre frère) et bien entendu son propre fils David en digne héritier paternel, deviendront tous célèbres en tant que compositeurs de musiques de films. Finalement cette grande constance artistique à travers les générations et la transmission du savoir-faire des Newman représente la réussite à l’américaine comme l’une des familles de « La conquête de l’ouest ». Trois générations de musiciens, c’est également le nombre de caméras utilisées pour tourner ce chef d’œuvre, un procédé rare, le Cinérama qui nécessite 3 projecteurs synchronisés dans 3 salles de projection. Diffusé sur 3 écrans, le son occupe plusieurs pistes afin d’immerger le spectateur dans l’ambiance créée par les 3 réalisateurs du film, Hathaway, Ford et Marshall. Aujourd’hui le cinéphile averti est comblé avec la sortie en DVD et en Blu-ray de ce monument du 7e art, une réalisation liée à la prouesse technique permettant de retranscrire la complexité du procédé original au format 16/9e. L’image ultra panoramique de ce film risquait de se retrouver sur nos petits écrans un peu trop à l’é… troit !

 

* Le DVD et du Blu-Ray disque La Conquête de l’ouest est sorti en France en novembre 2008.

* Biographie complète d’Alfred Newman, cliquez ici (infos Wikipedia)

* Pour connaître les différentes phases de la conquête de l’ouest, cliquez ici (infos Wikipedia)

* Pour en savoir + sur un compositeur très prolifique, Irving Berlin, le pilier de la musique populaire américaine, cliquez ici (infos Le choix des libraires, en français et en anglais)

Pour en savoir + sur le procédé Cinérama, cliquez ici (infos Wikipedia)

 

KEN DARBY en 1957Ken DARBY, compositeur, arrangeur

 

 

 

 

L’arrangeur attitré d’Alfred Newman et des grands compositeurs de musiques de films s’appelle Ken Darby. Précieux collaborateur dans la technique d’écriture, il n’en demeure pas moins un excellent chanteur talentueux et montera un groupe avec Bing Crosby : le Ken Darby Singers. Connaissez-vous la fameuse chanson d’Elvis Presley « Love me tender » ? Ne cherchez plus qui se trouve derrière : un homme incontournable des studios de cinéma pendant plusieurs décennies ! Quant à la mélodie traditionnelle « Home in the meadow » entendue dans le film « La conquête de l’ouest », elle est d’origine anglaise et se trouve être plus connue sous le titre « Greensleeves ». Datée du XVIe siècle, l’interprétation magistrale de l’actrice, danseuse, comédienne et chanteuse Debbie Reynolds reste inoubliable, voir ci-dessous « Chantons sous la pluie ». À noter également dans le film une superbe mélodie jouée à l’accordéon chromatique avec une musicalité rare dans une orchestration riche aux changements de tons fluides et limpides comme seul sait le faire Alfred Newman et son complice Ken Darby. C’est du très très grand art !

* Pour en savoir + sur le travail de Ken Darby, cliquez ici (hommage à Ken Darby, en anglais)

* Pour en savoir + sur la mélodie Greensleeves, cliquez ici (info Wikipedia)

La télévision en relief (en 3D) sans chausser de lunettes est arrivée sur le marché à la Noël 2011 où vous avez pu vous offrir pour 8 000 euro environ un incroyable écran japonais de 139 cm (en diagonale) relié à Internet et doté d’un disque dur externe. Plus besoin de se tenir raide devant son poste : la télé détecte votre emplacement et projette dans vos yeux ses deux faisceaux d’images avec un léger décalage histoire de bien berner votre cerveau débridé. Ce qui reste bien réel en tout cas, c’est le prix à aligner pour ce cinéma en trois dimension à domicile digne d’une superproduction en super 8 !

 

Western

LA VILLE ABANDONNÉE/Yellow sky, un film de William A. Wellman (1949) avec Gregory Peck, Anne Baxter, Richard Widmark, Robert Arthur… D’après le roman de W.R.Burnett. Musique d’Alfred Newman. Un dvd 20th Century Fox et le C.N.C.

Un western de plus de l’avis des blasés. Un western mieux que les autres pour les spectateurs attentifs. Un western exceptionnel disent les connaisseurs. Parce que tout y est décrit avec un réalisme et une justesse rares en cette fin d’année 39. Anne Baxter y tient probablement son meilleur rôle : en femme solitaire et intrépide sachant prendre la bonne décision et l’assumer en toute indépendance, en traitant l’homme comme il traite la femme avec sauvagerie et brutalité, elle saura rendre coup pour coup. On pourrait affirmer aujourd’hui que cette réalisation est d’une modernité incroyable pour l’époque ce qui place l’œuvre à contre-courant des autres réalisations restées très conventionnelles. La fin ressemble aux clichés habituels, bien entendu, il ne faut pas exagérer car nous sommes à Hollywood. On y trouve surtout cette odeur de poudre et de chevaux usés et fatigués, de corps crasseux et puants, de ville fantôme noyée dans le sable et la poussière. Sans oublier le blanc du Grand lac salé et le blanc écarlate du désert interminable d’où on ne sort pas… Le jaune étincelant de l’or qui surgit de la mine. On y voit aussi le noir des sombres sentiments durement marqués par les épreuves et l’âpreté au gain, le rouge vif du sang qui épuise une vie et le verre du bar que s’enfile le bleu, ce jeune inconscient qui restera marron sans jamais avoir vu la vie en rose… Pourtant, ce film est en noir et blanc. L’arc-en-ciel qui s’en dégage provient simplement d’une lumière magnifique qui sublime la couleur et pour cela, Alix adresse son coup de chapeau aux différents responsables artistiques ; des couleurs présentes grâce à la musique d’Alfred Newman, le père de la musique de film à Hollywood (on lui doit plus de 300 musiques qui rapporteront neuf Oscar). Avec son thème entraînant bâti sur l’accord parfait Majeur et une orchestration riche et conquérante, par l’équilibre des forces en présence, les 3 cvp (cordes, vents et percussions) font merveille. Alfred Newman et toute l’équipe élève le film jusqu’aux sommets du cinéma d’après guerre mais pour certains, ce film n’est évidemment qu’un western comme les autres… Appréciation d’Alix : film et musique Très bons.

 

 


Bernard HERMANN, compositeur

Qui ne connaît la célèbre scène de la douche, celle où l’assassin s’approche du rideau un couteau à la main pour trucider la charmante créature qui se trouve de l’autre côté ? Cette scène du film « Psychose » a été reprise dans de très nombreux films. Il faut bien admettre qu’il s’agit d’un moment de pure angoisse. Les sons stridents des violons joués en glissando appuient magnifiquement les images. La peur et la mort sont les thèmes d’inspiration préférés de Bernard Hermann. Il a toujours eu la possibilité de choisir les films pour lesquels il composerait une musique sombre et pesante, possibilité offerte par ses deux réalisateurs favoris spécialistes du film à suspense, Orson Welles et Alfred Hitchcock. Puiser « dans le côté obscur de la force » des idées mélodiques et des trouvailles d’orchestration, pourquoi pas ? Tous les goûts sont dans la nature… À notre plus grande satisfaction car c’est grâce à lui que le genre musical s’est développé. Né à New-York en 1911, il dirigera l’Orchestre symphonique de la radio C.B.S avant sa première composition pour le chef d’œuvre « Citizen Kane » d’Orson Welles. Avec ce film qui aura révolutionné la technique cinématographique par l’utilisation d’un premier plan évocateur, des mouvements de caméras et des cadrages jamais effectués auparavant (ce film est cité en exemple dans les écoles de cinéma), Bernard Hermann se lancera à plein temps dans l’écriture et la direction d’orchestre.

 

Revoyez « La mort aux trousses » d’Hitchcock pour ressentir l’atmosphère lourde et angoissante de l’histoire, la musique de Bernard Hermann y est très présente. Accents, basses renforcées par les timbales, un mouvement mélodique généreux des cordes déchaînés et des vents agités le tout dans la tonalité mineure évidemment, voilà défini « le style Hermann » ! Sans oublier les guitares électriques dans « Le jour où la terre s’arrêta », les harpes et les percussions dans « Farenheit 451 » de François Truffaut, l’emploi de la gamme pentatonique, la musique sérielle et traditionnelle javanaise… Touchant à tous les genres, il était de formation classique et admirateur des grandes œuvres de Debussy et de Ravel qui l’inspireront fortement. Son livre de chevet restera le traité d’harmonie de Berlioz. Les cinéphiles du monde entier ne s’y tromperont pas et permettront au compositeur de se maintenir dans le métier malgré l’âge de la retraite. Hélas, il décèdera à 64 ans en achevant l’écriture de la musique de « Taxi driver » dont Scorsese lui dédiera le film, Palme d’or à Cannes en 1975. Son ami Elmer Bernstein réenregistrera ses anciennes œuvres dans les années 90. Un travail de mémoire indispensable compte tenu du nombre impressionnant de compositions pour le théâtre, les concerts, l’opéra, la radio et le cinéma. Non mais, ce sacré Hermann, quel bosseur et quel talent !

 

Biographie très complète du compositeur, cliquez ici (infos Wikipedia, en français)

Site officiel (en anglais) du compositeur : cliquez ici

Forum sur le film noir, photos et commentaires de films, cliquez ici (infos Film forum NYC Noir, en anglais)

Pour en savoir + sur Elmer Bernstein, cliquez ici (page spéciale du site Mélodies Modernes)

Reinhardt Wagner, le compositeur français de « Faubourg 36 » (voir ici) a écrit en 2002 une oeuvre symphonique en hommage à Bernard Hermann

 

 


Joël FAJERMAN, compositeur

 

Le but d’une composition musicale pour la télévision est « d’accrocher » le téléspectateur. À l’écoute des premières notes du thème, chaque personne doit se sentir prête à répondre à l’appel. Les musiques des feuilletons, séries ou des émissions télévisées sont donc racoleuses dans le bon sens du terme. Avec la musique de l’émission/jeu « La chasse aux trésors » du début des années 80, le but fut atteint à la perfection comme savent le faire les meilleurs compositeurs de musiques de films. Joël Fajerman est de ceux-là. Enfant du rock, il passera du groupe d’amateurs éclairés à celui de professionnel chevronné avec l’apparition des premiers synthétiseurs. Il fera partie de la génération des nouveaux musiciens à l’esprit ouvert et curieux, attentif aux nouveaux sons électroniques dont ses aînés ouvriront la voie (Vangelis, Jarre et compagnie). L’introduction de la musique électronique à la télévision française en tant que musique de film et de générique d’émission sera pourtant une initiative de Joël Fajerman : jamais un générique ne sera aussi réussi, aussi exemplaire, un véritable coup de maître ! L’émission/jeu « La chasse aux trésors » elle aussi inégalée a marqué notre mémoire par son originalité ; elle reposait sur une performance technique audacieuse à l’époque et les cœurs des fans furent meurtris après le décès de plusieurs protagonistes : reverra t-on un jour les exploits de Philippe de Dieuleveult et de ses acolytes en DVD nous qui avons gardé du bleu dans nos passeports ? Quant au compositeur, on lui doit de nombreuses autres créations… Et ce n’est qu’un début croyez-le bien !

Biographie et présentation du compositeur, cliquez ici (site officiel, infos 1212)

Pour tout savoir sur « La chasse aux trésors », un site de passionnés nostalgiques et on les comprend, cliquez ici (infos Site perso. Orange)

Pour écouter un descriptif parfait de la musique de l’émission, cliquez ici (infos Membre Lycos)

 


Gérard CALVI, compositeur

La solution à l’éternelle question « Comment vais-je réussir dans la musique ? » tient en deux mots : travail et rencontres. Le parcours de Gérard Calvi (Grégoire Kettly de son vrai nom) est exemplaire à plus d’un titre. Le musicien aura su gérer des études classiques de très haut niveau qui exigent donc rigueur et discipline (Grand prix de Rome de composition en 1945) avec des activités liées au spectacle nécessitant fantaisie et distraction ; c’était le temps des Branquignols avec Robert Dhéry et son équipe. Mais quand on y réfléchi bien, l’un ne va pas sans l’autre et la réussite d’un musicien de formation classique de base qui s’oriente vers le théâtre ou la chanson de variété n’exige pas moins de travail et de respect. Gérard Calvi sera capable de briller dans tous les domaines musicaux : le classique avec un concerto pour piano, des œuvres de musique de chambre, des symphonies, le lyrique avec des opérettes et autres créations théâtrales mais aussi le jazz, le spectacle de variété, les chansons célèbres pour Piaf, Renard, Sinatra ou Minnelli… Pourvu du sens de la dérision et d’un tempérament joyeux, l’humour sera présent ou du moins toujours sous-jacent dans son écriture mélodique et harmonique. Ces compositions lui vaudront la reconnaissance de la profession en France comme à l’étranger. Sa collaboration avec Pierre Tchernia en 1974 dans le film « Les gaspards » par exemple démontre qu’avec du travail et des rencontres heureuses, le talent fait le reste. Mais après ce constat, les deux mots travail et rencontres ne suffisent plus à répondre à la question du jour. Il faudrait finalement y rajouter ceux-ci : chance et talent. Si vous voyez ce que ça veux dire…

Biographie de Gérard Calvi, cliquez ici (infos Pages Perso. Orange)

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Vous ne connaissez pas la nouvelle ?

LA GRÀCE, un film de Pierre Tchernia (1979) avec Michel Serrault, Rosy Varte, Roger Carel, Ginette Garcin… D’après le nouvelle de Marcel Aymé. Musique de Gérard Calvi. Un film Antenne 2/Native.

« M. Dupérier était un homme si juste, si pieux et si charitable que Dieu, sans attendre qu’il mourut et alors qu’il était dans la force de l’âge, lui ceignit la tête d’une auréole qui ne le quitta ni jour ni nuit ». C’est par cette phrase que débute la nouvelle de Marcel Aymé (voir ci-contre son portrait en fond d’image). Écrivain très spécial, il produira une quantité astronomique d’essais, de nouvelles et de romans ; il traduira les œuvres d’Arthur Miller et de Tenessee Williams et assurera l’adaptation de nombreux travaux pour le cinéma, la télévision et le le théâtre. Bref, cet homme actif et motivé restera toute sa vie tourné vers les siens. Par la reproduction des us et coutumes de ses compatriotes qu’il aimait tant, l’auteur nous laisse des témoignages extraordinaires de gens bien ordinaires… Qui ne lui rendront pas forcément grâce. Pourtant Michel Serrault est très heureux de pouvoir interpréter ce rôle très original, celui d’un citoyen affublé d’une auréole car monsieur Dupérier était trop parfait… Toujours attentif à ses semblables, Marcel Aymé le franc-comtois si fier de ses origines apprendra les langues de nos régions et le langage international. Installé à Paris, ses multiples rencontres lui ouvriront des horizons relationnels qui alimenteront son inspiration ; son collègue Céline lui apprendra l’argot et Marcel le mal-aimé des critiques se lancera dans une démarche particulière, la francisation des mots anglais (le meeting devient le métingue, un terme réutilisé dans la fameuse chanson contestataire Le métingue du métropolitain). Ses œuvres possèdent une dimension riche et infinie. Intelligent, sincère, véridique, anticonformiste, l’auteur délaissé par une Éducation nationale gangrénée par un même courant de pensée sclérosé ne sera jamais considéré à sa juste valeur. L’auteur incontournable du patrimoine culturel français, défenseur de l’abolition de la peine de mort, livre avec « La grâce» une nouvelle rafraîchissante et passionnante. Pierre Tchernia en réalisateur de grand talent produira plusieurs nouvelles de l’auteur pour Antenne 2 sur une musique de Gérard Calvi plus que magique : mélodique, légère, jazzy, d’une grande richesse harmonique (les arrangements sont superbes), elle s’intègre parfaitement au contexte du téléfilm et participe à l’état de grâce. Pour Alix pas de doute : « La grâce» mérite toute notre attention et force notre respect. C’est à tout point de vue un Excellent travail.

Autre réalisation de l’équipe Aymé/Tchernia/Serault : « Le passe muraille», musique de Joss Baselli, voir ici.

 


Frank DE VOL, compositeur
La démarche de l’Empereur

 

Parler de Frank De Vol est difficile car c’est un homme discret mais il est aisé de tout savoir ou presque sur le personnage en écoutant sa musique. Avec son sens inné de la mélodie, du rythme et de l’orchestration, on sait à quel point l’enthousiasme a guidé son parcours musical. C’est la caractéristique des meilleurs, rien ne pourra jamais tarir leur passion du métier. Le seul combat à mener est la lutte contre le temps qui passe car une vie ne suffit pas à exprimer l’ensemble de son talent et de ses capacités créatrices. À sa naissance en 1911 à Moundsville en Virginie non loin de la chaîne de montagnes des Appalaches si superbe au printemps, les parents de Frank De Vol l’imaginaient bien adulte en costume d’avocat. Issue d’une famille pas vraiment riche ni pauvre mais fortement impliquée dans son époque et dans sa grande communauté (son père était un honnête comptable et dirigeait un petit orchestre, il s’occupait aussi du théâtre local pendant que la mère du petit Frank gérait un atelier de couture), il rejoindra adolescent un orchestre d’étudiants puis la fameuse « bande à Horace Heidt », ce musicien-homme d’affaires qui aura fait tourner des instrumentistes devenus par la suite aussi célèbres que lui, Dominic Frontiere par exemple voir ici. Frank DeVol scellera sa vocation : il jouera dans un orchestre jusqu’à l’âge de 40 ans avant de devenir compositeur de magnifiques musiques de films. Pour illustrer les œuvres qui racontent l’une et l’autre une brève partie de l’histoire des Etats-Unis, le grand Frank s’inspirera de sa propre expérience ; il n’oubliera jamais les difficultés liées à la grande crise des années 30 ni les problèmes de racisme d’un état, la West Virginia, pourtant restée fidèle au gouvernement abolitionniste de Washington en 1863. Franck De Vol sera l’un des pionniers de la normalisation de la relation entre les individus en acceptant dans son orchestre des femmes ou des hommes à peau noire en ne se souciant que de leurs qualités musicales et de rien d’autre à une époque terrible où une partie de la communauté des pays du sud rejetait tout changement. Acteur, compositeur, parolier (auteur de lyrics), chef d’orchestre, arrangeur, violoniste et saxophoniste, la polyvalence du musicien lui vaudra une vie professionnelle riche et variée. Malheureusement sa vie sentimentale se soldera par les décès de ses deux épouses successives, drames dont il se remettra difficilement jusqu’à sa disparition en 1999 à Lafayette. Sa musique restera pourtant toujours emprunte de gaieté, d’optimisme et de spontanéité, celle pour le film « L’empereur du nord » voir ci-contre et ci-dessous étant probablement le meilleur exemple ; impossible de ne pas citer également le très délirant « Cat Ballou » en 1965 avec Jane Fonda, « Fureur Apache » en 1972 avec Burt Lancaster dans un film au scénario invraisemblable et psychologiquement nul et toujours avec Lee Marvin, son ami et acteur préféré, « Les douze salopards » lui aussi réalisé par un Robert Aldrich qui alterne l’excellent et le moins bon.Frank DeVol aura enregistré et édité plusieurs albums dont une reprise des plus grands thèmes de musiques de films et un pot-pourri (un medley) reprenant les envolées mélodiques d’Irvin Berlin.

 

 

Un grand film d’aventures enfin sur les rails !

L’EMPEREUR DU NORD, un film de Robert Aldrich (1973) avec Lee Marvin, Ernest Borgnine, Keith Carradine, Charles Tyner. Musique de Frank DeVol (paroles de la chanson « un homme et un train » d’Hal David chantée par Marty Robbins). Un film Twenty Century Fox. Distribution exclusive Opening (France) avec la participation du C.N.C.

« 1933. Au comble de la Grande Dépression, les vagabonds errent au travers du pays, empruntant les voies ferrées en quête d’un emploi. Méprisés par la société et sans abri ils forment une population à part. Des nomades n’obéissant qu’à leurs lois. Le chef de train, dévoué à leur perte, se tient entre eux et leur unique moyen de survie : les trains ». C’est par cette description sommaire et terriblement réaliste que commence ce film hors du commun. Quand ils furent pressentis pour interpréter ces rôles d’américains soumis à une situation de misère, ils n’avaient plus à démontrer leur talent, tous possédaient déjà depuis longtemps un solide bagage. Lee Marvin et Ernest Borgnine sont de « vieux routiers » du septième art et ils explosent de naturel dans ce film tant leur présence crève l’écran : ils ne sont pas des boute-en-train mais il sauront trouver leur voie dans un environnement hostile, terrible, dramatique. Et si c’était une voie de garage ? Une chose est sûre, leur combat contre l’adversité et la sauvagerie du chef de train va tous les faire dérailler. Gare aux dégâts ! Dans « L’Empereur du nord », Keith Carradine (le frère de David Carradine « Kung Fu », cliquez ici) est lui aussi excellent. La mise en scène de Robert Aldrich, les cadrages, les mouvements de caméra, la lumière, la photographie… et la musique de Frank DeVol confèrent à cette superbe production le titre de grand film incontournable. Comme d’habitude, le doublage français est lui aussi extraordinaire. Alors dépêchez-vous d’acquérir ce petit bijou bourré d’humanisme et de férocité (la violence n’est pas gratuite) tout à l’image de la période historique traversée par le cheval de fer avant que l’économie mondiale actuelle ne nous précipite à nouveau dans une nouvelle et inextricable dépression…

Pour en savoir + sur le compositeur Frank De Vol, cliquez ici (infos d’un fan de musiques de films, en anglais)

 

Comédie

CONFIDENCES SUR L’OREILLER/Pillow Talk) un film de Michael Gordon (1959) avec Doris Day et Rock Hudson. Musique de Frank De Vol. DVD Universal studios.

Ce film est un vaudeville comme on les affectionnent en France. Un homme veut regagner l’amour d’une femme qui lui a retiré sa confiance mais le troisième personnage ne l’entend pas ainsi surtout qu’il s’agit de son patron et qu’il aime sa promise… Bref, on connaît l’histoire mais traitée de manière légère, agréable et dynamique, impossible de bouder son plaisir. Rock Hudson démontre vraiment son talent d’acteur en séduisant de belles jeunes femmes (une vraie performance d’acteur, disais-je…) et Doris Day, c’est vrai, sait tout faire comme les meilleures actrices d’outre-Atlantique : jouer la comédie, chanter, danser… La musique de Frank De Vol, une nouvelle fois, assure la continuité des situations des scènes et la cohérence de l’ensemble avec une mélodie humoristique, bien sûr, mais qu’il saura avec intelligence mettre à toutes les sauces : du classique au jazz en passant par le traditionnel, l’orchestration témoigne de la grande qualité musicale de ce film. En ce temps-là, les violons étaient à l’honneur, les cordes vibraient sur la chanterelle… Inutile de de demander quels sont ces sons qui sifflent sur nos têtes et qui brillent comme un petit bijou sans prétention : ils sont si plaisant au toucher et si ravissant pour les yeux, si musicaux à nos ouïes exercées, pour sûr, c’est du Frank De Vol !

 

Aventures

LE VOL DU PHÉNIX/Flight of the Phoenix, un film de Robert Aldrich (1965) avec James Stewart, Richard Attenborough, Peter Finch, Hardy Krüger, Ernest Borgnine, Ronald Fraser, Ian Bannen, George Kennedy, Dan Duryea et Christian Marquand. D’après le roman d’Elleston Trevor. Musique de Franck De Vol. Un film 20th Century Fox.

Ce film est formidable grâce à la présence d’acteurs charismatiques : James Stewart en tête de liste mène la barque (ailée) avec force et conviction, un rôle qu’il affectionnera toute sa carrière. Chacun peut penser qu’un parcours exemplaire se mérite, celle de ce géant d’Hollywood aura débuté dans le meilleur environnement possible : son camarade de classe s’appelait Joshua Logan – réalisateur de grands succès comme « Sayonara » ou « La kermesse de l’ouest » -, son ami d’université s’appelait Henry Fonda et ses collègues de travail s’appelaient Katharine Hepburn et Cary Grant. Son physique longiligne et sa manière de s’exprimer par une attitude parfois hésitante aideront bien son ascension rapide auprès du public. Doté d’une image de marque très positive, gendre ou mari idéal, c’est Alfred Hitchcock qui saura le mieux utiliser son talent. Héros sur pellicule, héros tout court : pilote pendant la seconde guerre mondiale il recevra de nombreuses décorations dont la Croix de guerre française. Rien d’étonnant alors à ce qu’il se sente investi par son rôle de pilote dans « Le vol du Phénix », un film où sa doublure Paul Mantz, le cascadeur préféré d’Howard Hughes, trouvera la mort. Ce film lui est dédié et la musique de Franck De Vol, parfaite, rappelle à quel point le rêve en cinémascope existe grâce à ses artisans discrets mais terriblement efficaces. La nouvelle version de John Moore en 2005 (voir ici) avec Dennis Quaid, musique de Marco Beltrami, n’atteint pas en densité cette version-ci d’Aldrich. Alix estime que « Le vol du Phénix » (écrit en français sans le O, merci) est Excellent et sa musique Excellente, par exemple au niveau des coups de timbales qui sont distribués avec parcimonie et efficience.

 

« Je suis jeune mais j’adore les comédies musicales, je collectionne tous les films, je vais aux spectacles, c’est un vrai bonheur. Quels talents, c’est pas croyable ! ». Kevin, 13 ans.

 

La comédie musicale, morceaux choisis

 

Un monument de la comédie musicale américaine. Les répétitions commencèrent le 12 avril 1951 ; Debbie Reynolds travaillait ses claquettes, Donald O’Connor faisait ses vocalises pendant que Gene Kelly ne savait comment mettre en scène le numéro principal. « Commençons la musique par dou-didou-dou » dit-il à l’équipe du réalisateur Stanley Donen à laquelle il fit creuser des trous dans le plateau de tournage pour en faire des flaques d’eau, il voulait les utiliser dans son numéro, on le prit pour un fou. Les costumes, les décors, le ballet, la musique, tout fut un véritable travail d’équipe. Chacun était indépendant mais ils étaient tous interdépendants. Professionnalisme, enthousiasme, mise en commun des talents, envie de séduire et de réussir un pari extraordinaire, moyens financiers… La recette du succès n’a pas vraiment changé, si vous voyez ce que je veux dire. Chantons sous la pluie, jouons au soleil, dansons le bonheur. « Make’Em laugh, Make’Em Laugh…”. Bienvenue sur le site des Mélodies Modernes pour en savoir + sur le genre !

Chantons sous la pluie, un film incontournable à voir et à revoir. Tout comme Hello, Dolly ! : voir ici

L’âge d’or de la comédie musicale américaine (suite). « On mit simplement la pièce dans un tambour comme dans les fêtes foraines. Tout était fixé et la pièce tournait avec le tambour ainsi que la caméra ; on ne voit donc pas que le décor se renverse et Fred danse bien sur les murs et au plafond » raconte le réalisateur Stanley Donen. On installa un transformateur géant derrière le plateau pour alimenter les éclairages et les lampes du décor. Quant à l’opérateur, il était attaché à une planche à repasser avec sa caméra en harnais sur lui et l’ensemble tournait avec le décor. Une idée géniale reprise entre autres dans 2001, L’odyssée de l’espace. Le film de cette scène d’anthologie : « Manège royal » avec Fred Astaire.

 

L’influence de George Gerswin sur les carrières des artistes d’Hollywood fut immense. Musiciens, chanteurs, danseurs, tous se battaient pour utiliser au mieux ses géniales compositions. Son succès, il le devait aussi à son charisme : toujours soucieux de partager sa passion et son talent, il savait s’entourer d’une bande d’amis sincères et fidèles sans oublier de soutenir les stars naissantes. Très productif, ses musiques étaient utilisées à l’occasion de spectacles dans les théâtres de Broadway. Fred Astaire avait déjà dansé sur bon nombre de ces compositions. Avec sa sœur Adèle il forma un duo remarquable avant quelle ne se décida à se marier à un lord anglais. Par ce contre-pied elle laissa son frère « sur le carreau » stoppant net leur fructueuse collaboration. Démuni et « pris de court », Fred Astaire se tourna vers Hollywood. En entamant une nouvelle carrière professionnelle, il ne savait pas encore que ce sacré cinéma le transformerait rapidement en une légende vivante. Un film « Carioca » en 1933 relança son amour du métier et le propulsa tout en haut de l’affiche… derrière une vedette avérée aux multiples prestations filmées : Ginger Rodgers. « Carioca » est un film qui paraît bien désuet aujourd’hui mais qui fut dans ces années de grande dépression économique très en avance sur le plan de la technicité cinématographique. L’action fut censée se dérouler en Amérique du sud mais en fait une bonne partie du film fut tournée à Hollywood dans les décors des studios RKO, le producteur du film. Ce fut quoi qu’il en soit le numéro exceptionnel des deux danseurs qui frappa les esprits.

Même souplesse, même plaisir, même naturel, le duo Rodgers/Astaire venait de franchir un cap nouveau en permettant à la comédie musicale américaine d’entrer dans son « âge d’or ». Tour à tour comédiens, chanteurs, mimes et danseurs, leur numéro bouleversa les critères généralement retenus pour justifier le tournage d’un film ; les claquettes habituelles et conventionnelles cédèrent le pas aux scènes gracieuses toutes empruntent d’un velouté indescriptible tant il est visuel, les stéréotypes explosèrent (le bon et le méchant) en une multitudes de tableaux terriblement réalistes avec ses personnages intéressants et pensés. Les scènes étaient plus complexes, plus évoluées avec des mouvements de caméra encore peu usités ; l’intrigue, compliquée avec ses rebondissements imprévus, révélait la sensibilité et l’expression qui crevèrent l’écran. Action, sentiments, psychologie simple mais efficace, à toutes ces nouvelles composantes utilisées dans les productions suivantes du duo Rodgers/Astaire (on ne change pas en Amérique une équipe qui gagne et qui rapporte succès et dollars…), deux compositeurs de renom apportèrent leur géniale contribution : Irving Berlin et Cole Porter. Un autre duo de choc. Ils ne travaillèrent pas ensemble mais chacun de son côté inventa les mélodies porteuses de tous les espoirs : celui d’un monde merveilleux, sentimental, dépourvu de guerre et de violence où l’amour platonique entre deux êtres formait une voûte inébranlable, le modèle de référence d’une société dite moderne. Entre le crack boursier et les bruits de bottes allemandes, la décennie fut résolument celle du cinéma.

 

Pour en savoir + sur Fred Astaire, cliquez ici (infos Wikipedia)

film Manège royal de Stanley Donen, musique de Burton Lane, histoire et paroles d’Alan Jay Lerner (1951). Trocadero film library – Hollywood memories / M6 Video, France.

* film En suivant la flotte de Mark Sandrich (1936), musique d’Irving Berlin, scénario de Dwight Taylor d’après la pièce de théâtre ‘Shore Leave’ Éditions M Montparnasse, France, également distribué par les Éditions Atlas. Buena Vista Home Entertainment France.

 

Un jour, en septembre 1935, Jack Robbins qui dirigeait les éditions musicales de la Metro Goldwin Mayer, téléphona à Arthur Freed : « Arthur, je voudrais vous faire entendre une petite fille ». Le lendemain, elle arriva sur le plateau avec son père Franck Gumm. Elle se mit à chanter alors que son paternel se fit remarquer pour son niveau médiocre de pianiste accompagnateur… Un professionnel, Jack Edens, prit sa place et la gamine chanta, chanta… Il en tomba raide de son tabouret et Freed sortit à toute allure ; il reprit son souffle et traîna de force le boss, Louis B. Mayer, pour entendre ça ! Quand ils entendirent la petite qui n’arrêtait pas de chanter du haut de ses treize ans, Freed ramena dans son bureau le chef les yeux humides remplis d’émotion. « Je vous le disais, patron, ce sera une grande vedette ». Son contrat d’engagement en poche, les mois qui suivirent furent pour la gamine talentueuse une période d’attente et de déception croissante ; l’oisiveté, même à cet âge, convenait mal à son tempérament nerveux. Pourtant, Roger son pianiste attitré ne cessa jamais de croire en elle. Devenu son conseiller professionnel et personnel, soutenu par Mme Gumm, ce fut par la radio que la vedette en herbe se fit connaître. Après avoir travaillé sa voix et son interprétation de mélodies douces, le choix judicieux de son répertoire et un sens artistique développé assurèrent son extraordinaire succès. Grâce au parrainage de Clarck Gable auquel elle vouait une admiration sans bornes, le cinéma s’intéressa enfin à ce petit phénomène : il fallait maintenant lui inventer un rôle à la hauteur de son talent. Ce fut le remake d’un film muet de 1910 puis repris en 1925 alors interprété par Oliver Hardy d’après des contes écrits pour Hollywood au début du siècle : voilà qu’en 1938, enfin, l’histoire renaissait plus sérieusement encore. Le titre de cette comédie musicale : « Le Magicien d’Oz ». Quant à la gamine, elle s’appelait… Judy Garland !

 

- Hello, Dolly ! : voir ici

- La kermesse de l’ouest / My fair lady voir ici

- Les misérables, voir ci-dessous

 

PACIFIC SUD/South Pacific, un film de Joshua Logan (1954) avec Mary Martin, Ezio Pinza, Juanita Hall, Myron McCornick, Betta St John, Harvey Stephens… D’après le roman de James A. Michener. Musique de Richard Rodgers, paroles (lyrics) d’Oscar Hammerstein II. Un film produit par les Rodgers et Hammerstein II, Joshua Logan et Leland Hayward.

Aïe ! Aïe ! Aïe ! Le temps provoque parfois de sérieux ravages ! « South Pacific » illustre les dégâts que peut causer l’action du temps qui passe. Tout a très mal vieilli dans « South Pacific » : le scénario, le jeu des acteurs, la mise en scène, les décors, les scènes chantées qui virent à la couleur monochrome avec un filtre pour flouter les images (un procédé artistique d’une horreur absolue, il fallait vraiment ne rien avoir dans le crâne pour faire un choix pareil)… Quant à la musique, Aïe ! Aïe ! Aïe ! Fort du succès obtenu par les versions filmées de « Show boat » en 1951, « Oklahoma ! » en 1955 et « Le roi et moi » l’année suivante, le compositeur Richard Rodgers et son complice Oscar Hammerstein II se lancèrent dans un projet ambitieux, réussir à eux seuls une comédie musicale dépaysante. Conçue d’après le roman du grand écrivain James A. Michener auteur des fameux « Sayonara » (voir ici) et « Colorado saga » (voir ici), le réalisateur Joshua Logan cofinancera la production. Le succès populaire sera donc au rendez-vous tout comme la critique américaine, dithyrambique. Mais nos entrepreneurs échoueront de ce côté-ci de l’Atlantique. Tout sonne tellement faux dans ce film que l’on arrive même plus à en rire, un sentiment déjà présent dans « Le roi et moi » mais les acteurs y sont charismatiques jusqu’au point de « canoniser » la production. Il faut dire que les musiques de « South Pacific » ne sont pas intéressantes à part, peut-être, la chanson « Bahia » dont la mélodie repose sur l’intervalle de quarte augmentée, histoire de faire « asiatique » en nous rapprochant de la gamme pentatonique… Seul le visage souriant de l’actrice Betta Saint John illumine le film. Actrice débutante à l’âge de dix ans aux côtés de James Stewart dans « Femme ou démon » (musique de Charles Previn et Frank Skinner, voir ici), son parcours professionnel n’explosera pas malgré une apparition dans « La tunique » de Richard Fleisher en 1953 et un rôle de vahiné (encore !) la même année dans « La perle noire ». Dommage de l’avoir dédaignée car cette actrice est superbe et joue remarquablement bien. À part ça fuyez en courant« South Pacific », ce film n’est pas représentatif du génie américain en matière de comédie musicale.

 


Claude-Michel SCHOËNBERG, compositeur

 

Drame

LES MISÉRABLES, une comédie musicale de Robert Hossein (au Palais des sports de Paris en 1980) avec Maurice Barrier, Jean Vallée, Rose Laurens, Yvan Dautin, Marie-France Roussel, Cyrille Dupont, Fabrice Ploquin, Florence Davis… Musique de Claude-Michel Schöenberg, paroles (lyrics) d’Alain Boublil et Jean-Marc Natel. LES MISÉRABLES, un film de Robert Hossein (1982) avec Lino Ventura, Michel Bouquet, Jean Carmet, Emmanuel Curtil, Valentine Bordelet, Christiane Jean, Evelyne Bouix, Paul Préboist, Fernand Ledoux… Musique de Michel Magne (voir ici) et Robert Hossein. Un film CCFC / GEF

La lutte du bien contre le mal, c’est ainsi que pourrait se résumer le roman de Victor Hugo paru en 1862 connu du monde entier. Les personnages du livre sont devenus si célèbres qu’ils ont attiré les vedettes du « show-bizz » et les acteurs de cinéma : qui n’a pas rêvé d’incarner sur scène ou à l’écran Jean Valjean, Thénardier, Fantine, Cosette, Marius, Gavroche, Javert… ? En échafaudant la trame et le cadre de son roman, Victor Hugo s’est imprégné des nombreuses influences littéraires, artistiques, historiques et philosophiques de son époque : « Les mémoires » de Vidocq (qui ont elles-mêmes inspiré Balzac et son personnage de Vautrin proche de Javert) ; l’insurrection républicaine de juin 1882 et les barricades de Paris ; le tableau de Delacroix « La liberté guidant le peuple » pour le personnage de Gavroche ; la condamnation à mort de Claude Gueux en 1834 pour le vol d’un morceau de pain etc. Les ouvrages qui précèdent « Les misérables » sont fameux, on pense immédiatement aux « Mystères de Paris » ou « Le dernier jour d’un condamné », un véritable plaidoyer contre la peine de mort abolie en France en 1981 par Robert Badinter, des œuvres marquantes qui aideront à construire l’histoire du roman sur fond de luttes sociales, sur la confrontation des idées politiques à propos de la gouvernance du pays (Monarchie contre République), sur l’amour et la mort… Les thèmes universels sont si nombreux dans « Les misérables » qu’ils expliquent presque à eux seuls le succès populaire du roman découpé en cinq périodes. Une multitude de versions cinématographiques et télévisées ont vu le jour et les paris sont ouverts sur la création de nouvelles productions ; les anglais et les américains s’y sont lancés depuis trente ans. « Les Mis » ne décoincent plus des scènes internationales. Au niveau de la comédie musicale (une tragédie musicale plus exactement), peu de choses artistiques exceptionnelles subsistent encore de la création de 1980. En effet, Robert Hossein et Claude-Michel Schöenberg avaient tapé fort, l’événement était considérable. Cette comédie musicale originale ne sera pas remplacée. Réintroduite en France en 1991, en 2001 puis en 2008 en ne sachant plus très bien qui a inspiré qui, c’est un plaisir rare que de pouvoir se replonger dans les interprétations et les orchestrations du début des années 80… Sur un 33 Tours qui vaut aujourd’hui 90 centimes d’euros sur Internet. Une épopée artistique qui n’est pas une misère pour tout le monde !

Écoutez la chanson phare de Claude-Michel Schöenberg « La faute à Voltaire » interprétée par Fabrice Ploquin, cliquez ici (document YouTube) ; une autre version, cliquez ici

Un nouveau film basé sur la comédie musicale sort en France, il est diffusé actuellement sur tous les écrans (sans le nom de Victor Hugo au générique, respect !). Les Mélodies Modernes vous en reparlerons bientôt en cinémascope (en long et en large).

 

On vous fait un destin ?

« C’est ton des-tin ! » dixit Les Inconnus dans une chanson géniale. Ne vous est-il jamais arrivé de penser que le destin fait de vous ce qu’il veut ? Nous avons tous des choix à faire dans la vie, à un moment ou un autre, mais quand la chance ou la malchance s’en mêle, on se dit qu’à l’inverse du résultat obtenu par un mauvais aiguillage, le bonheur, la santé, la fortune ou la gloire se trouvait plutôt par là-bas à portée de main, sur un autre chemin, une autre destiné… De même, nous devons parfois côtoyer au quotidien des individus que nous préférerions fuir tout comme nous regrettons souvent une rencontre manquée qui aurait pourtant changé notre existence. Imaginez par exemple une situation qui aurait permis à une américaine (Ann-Margret), une anglaise (Julie Andrews), une française (Brigitte Bardot) et une italienne (Sophia Loren) d’être rassemblées dans un film autour d’un scénario décrivant les amours d’un homme (Robert Goulet) avec des filles de différentes nationalités. Vincente Minnelli, le futur réalisateur, Irving Berlin le compositeur et Arthur Freed « Le producteur de la série la plus extraordinaire de films musicaux de l’histoire du cinéma » n’obtinrent pas les crédits nécessaires pour mettre en application cette rencontre, l’idée du film ayant été jugée mauvaise. Le projet fut mis en sommeil en attendant de trouver le scénariste adéquat -qui ne se manifesta jamais CQFD-. Et puis si le destin avait fait les choses en grand, en cette belle journée de novembre 1963 à Hollywood, cet homme aimé des plus belles filles du moment, en naissant vingt ans plus tôt, cet homme aurait pu être vous ou moi… Alors vous voyez bien qu’avec des si, on referait le monde !

 

 

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