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Les compositeurs de musiques de films

Musiques de films

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La critique de film d'Alix

Critiques de films

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Le Top 100 des plus belles musiques de films

Les 100 + belles BO de films

Est-ce possible ? Possible, oui bien sûr mais raisonnable, beaucoup moins.

Les musiques de films (XIIa) : hommage à Elmer Bernstein

 A tribute to Elmer Bernstein / Elmer Bernstein zu Ehren

 

 

C’est l’un des meilleurs…

 Lettre adressée au site officiel d’Elmer Bernstein.

 

 

La musique de film est un genre musical aussi important que l’ont été ses prédécesseurs, le baroque, le classique, le romantique, le jazz…

Elmer Bernstein était vraiment un très grand compositeur. Ses œuvres sont pleines et entières et ses mélodies sont très riches tout en étant, c’est bien là tout le paradoxe, d’une grande simplicité. Aujourd’hui il est plus difficile aux jeunes générations de saisir l’immensité de son talent : l’époque n’est plus à la mélodie, l’oreille des jeunes est déformée par la pauvreté harmonique des orchestrations (lorsqu’il y en a une), par l’utilisation forcenée des sons électroniques, par une inculture musicale liée au matraquage médiatique reposant sur le business de la musique facile et basique. Il suffit d’écouter une musique de variété récente pour s’apercevoir du renforcement exagéré des basses, l’absence de mélodie mémorisable (quand il y a des paroles elles sont simplistes et interprétées niaisement), la quasi-absence d’harmonisation, le tout écrasé par des percussions assourdissantes dans un tempo régulier extrêmement lassant !

 

Aujourd’hui, n’importe qui fait un peu n’importe quoi en la matière. Que dire alors lorsque ces musiques sont transposées à l’écran : elles ne soutiennent pas l’image, elles l’absorbent totalement, à l’inverse de leur fonction première. De surcroît, l’essentiel des sons entendus sont d’origine électrique et électronique, d’où la déformation gravissime chez les jeunes qui ne savent plus apprécier à sa juste valeur un simple son acoustique ou un accord de quatre sons ! Sans parler des enregistrements numériques qui aseptisent l’interprétation : quoi de plus agréable que d’entendre un son naturel issu d’un enregistrement analogique si proche du mouvement, de la nature, des personnages ! Voilà pourquoi les musiques d’Elmer Bernstein sont si différentes, elles sont à l’opposé de la plupart des « musiques actuelles » insipides et statiques : les musiques d’Elmer Bernstein sont vivantes.

 

Conçues avec amour et don de soi, dans l’exigence et la recherche de la perfection, écrites pour favoriser l’expression et l’émotion, elles sont réalisées pour se fondre dans l’élément qui les a vues naître, le film. Mieux, les compositions d’Elmer Bernstein sortiront renforcées d’un film abouti car il existe une interaction entre toutes les composantes : la musique apporte beaucoup au film qui le lui rendra bien ensuite. Le compositeur a réuni plusieurs éléments techniques complexes qui restituent avec grâce et légèreté ses orchestrations, modèles de professionnalisme et d’originalité. L’art de l’écriture musicale est complètement maîtrisé, ses oeuvres resteront à plus d’un titre un modèle à suivre pour les futures générations d’auditeurs, de compositeurs et d’instrumentistes. Leur caractéristique essentielle est, de mon point de vue, le mélange extraordinaire et heureux des cordes, vents et percussions qui s’échangent la mélodie, le contre-chant et la rythmique tout naturellement, sans heurts ni oppositions. Ses orchestrations fédèrent, je le répète, une très grande richesse mélodique, harmonique et rythmique.

 

Elmer Bernstein a véritablement « fait école » en créant un modèle utilisé ensuite par de très nombreux compositeurs de musiques de films de par le monde : quelques accords parfaits et de septième, un rythme atypique, l’utilisation de la chanterelle des violons jouant à l’unisson, les notes rapides et saccadées des cuivres, une richesse sonore superbe (par la connaissance du timbre et des autres caractéristiques des instruments utilisés qui se marient parfaitement bien ensemble), des changements de tonalité aussi inattendus que spontanés, des cassures de rythme, des accentuations formidables, des instruments rares, des interprètes inspirés : immédiatement l’auditeur est transporté dans « le son Bernstein », « le style Bernstein », « la musique d’Elmer ». Il existera pour toujours une signature sonore nouvelle propre à Elmer Bernstein et qui mériterait d’être enseignée dans les écoles et universités spécialisées dans l’étude des musiques contemporaines des 20ème et 21ème siècles. Elmer Bernstein doit apparaître dans la liste des grands compositeurs pour son génie inventif, son travail et son talent, qui sont aussi importants et respectables que ceux des grands compositeurs de musique dite savante.

 

Le nom Elmer Bernstein doit véritablement être associé aux grands compositeurs. Si Mozart avait existé de nos jours, il n’aurait pas renié la composition de musique de film. Bien au contraire, il aurait adoré cet art majeur pour lequel Elmer Bernstein lui a donné toutes ses lettres – ses notes- de noblesse. Peut-être Mozart ressuscité s’appelait-il Bernstein ? J’ai enseigné le solfège pendant quinze années à des étudiants de tous âges dans diverses écoles de musique en France. L’étude du solfège que j’enseignais et que j’avais imaginé pour permettre un accès à l’écriture musicale et à la compréhension de l’essence même de ce qu’est la musique sur un plan technique et émotionnel, reposait en priorité sur les compositions d’Elmer Bernstein, véritables modèles de construction mélodique et de richesse harmonique et rythmique. La musique ne doit pas être cataloguée et appréciée parce qu’elle est classique ou jazz, ancienne ou contemporaine… Il n’existe pas des musiques mais LA musique, celle qui favorise l’osmose entre toutes les vibrations.

 

La musique doit aussi être ressentie par l’interprète et l’auditeur ; elle doit véhiculer un sentiment fort. C’est la raison pour laquelle j’ai également incité les instrumentistes à jouer les œuvres d’Elmer Bernstein, ce qui a valu, par exemple, en 1986, à l’orchestre des jeunes musiciens bretons que je dirigeais, une prestation au Palais de l’U.N.E.S.C.O. à Paris en finale d’un concours national d’orchestres de jeunes français. La musique de Big Jake, True Grit, Katie Elder et autres orchestrations résonnent encore aux oreilles, j’en suis persuadé, des adultes d’aujourd’hui. Entraînantes, positives, bourrées d’énergie et de sentiments qui incitent et à la joie de vivre, au recueillement et à la méditation, à la mélancolie et à la nostalgie parfois, les compositions d’Elmer Bernstein apporteront encore et pour longtemps un immense bonheur à l’humanité. Le cinéma américain, si populaire et développé hors de ses frontières, si apprécié pour de très bonnes raisons, doit aussi son grand succès aux excellents compositeurs de musiques de films (Bill Conti, Lalo Schifrin, Henry Mancini, John Barry, Georges Delerue, j’en passe et des meilleurs).

 

À ce titre, Elmer Bernstein a contribué à faire connaître et apprécier la culture américaine dans ce qu’elle a de plus noble : le talent, le travail, l’intelligence, l’imagination, la création, le dévouement, l’abnégation, les sentiments, l’espoir, le partage, la générosité… l’amour ! Les musiques d’Elmer Bernstein ne sont pas rajoutées au film : elles font le film, elles sont le film. Par le mélange réussit de toutes les influences musicales, par ses capacités musicales immenses et multiples, les compositions d’Elmer Bernstein reflètent ses qualités humaines qui devraient rester un modèle pour chaque homme et chaque femme, musicien ou non, je veux parler de ces qualités qui font les grands hommes, les grands musiciens et exaltent ce que nous avons de meilleur en nous.

Merci beaucoup Monsieur Elmer Bernstein, vous resterez unique et exemplaire.

P.S. Je n’ai jamais eu la chance ni la possibilité de rencontrer M. Bernstein, mais par ses compositions et son action, j’ai le sentiment de l’avoir toujours connu.

Texte revu et corrigé le 9 mars 2008.

 

 

Hommage à Elmer Bernstein, le témoignage d’un internaute« Le concert du Maître à Barcelone : j’y étais ! » par Thierry Blain.

 

 

 

En hommage à Elmer Bernstein, disparu il y aura bientôt quatre ans le 19 août 2004, et sans aucune prétention littéraire ou artistique, j’aimerais simplement vous faire partager le souvenir du concert auquel j’ai assisté le samedi 4 mai 2002 à l’Auditori de Barcelona. En mars 2001, j’ai appris tardivement que le célèbre compositeur new-yorkais que j’admire depuis mon adolescence venait de donner un concert en Europe, à deux pas de chez nous, en Espagne précisément. J’ai tout d’abord amèrement regretté de n’avoir pas pu y assister, faute de temps, lorsque que peu de temps après une information du site Internet d’Elmer Bernstein annonçait déjà son retour dans la capitale catalane pour le printemps 2002 au cours d’une tournée européenne célébrant son quatre-vingtième anniversaire. Trois concerts seront programmés à Barcelone, le vendredi 3 mai à 21h00, le samedi 4 mai à 19h00 et le dimanche 5 mai à 11h00. Après avoir réservé très tôt par courriel deux places pour le samedi soir, et posé des congés, nous sommes descendus passer quelques jours de vacances sur la Costa Brava dont le point culminant serait la « rencontre » avec le Maestro. Ce samedi 4 mai, c’est sous un soleil radieux que nous profitons de la cité espagnole, en flânant sur les quais très animés du port, avant de prendre vers 17h30 la direction de l’Auditori, la grande salle de concert réalisée en 1992. Après avoir échangé nos réservations contre deux billets au guichet, nous pénétrons dans la magnifique salle, haute de plafond et toute de bois garnie. Peu à peu celle-ci se remplit, pour la plupart de spectateurs abonnés, des curieux et sûrement quelques fans qui n’ont sans doute pas hésité à se déplacer comme nous.

 

A 18h55, je dois dire que l’émotion était assez forte pour ma part. J’étais proche de vivre la « rencontre » avec l’artiste qui avait rythmé ma jeunesse. Dans les années 80, les adolescents écoutaient sûrement la musique pop des groupes anglais ou américains, inscrits sur leurs sacs ou leurs tee-shirts. Très loin d’eux, sans qu’ils le sachent, j’étais dans un autre univers musical qui déjà marquait mon détachement culturel. Mais ce samedi soir, je ne cachais plus mon enthousiasme et ma passion pour la musique de film. A 19h00, les musiciens font leur entrée. A 19h01, le premier violon entre à son tour pour donner le la. A 19h02, le voilà ! Sous un tonnerre d’applaudissement, le grand « Maestro » Elmer Bernstein fait son entrée. « Grand », c’est vite dit…Il mesure environ 1,60m, un peu enveloppé par ses années, mais possède un talent immense. Avec panache et humour, il nous adresse un petit salut en catalan (bien appris !) puis nous présente en anglais son programme. Et c’est parti ! D’abord une ouverture, comme il se doit : « Sur la piste de la grande caravane/The hallelujah trail » (1965). Un western humoristique et divertissant, historiquement plus intéressant qu’il n’y paraît au premier abord. La musique se savoure, dynamique, joviale. Même sans la présence des chœurs, l’interprétation de l’Orchestre Symphonique de Barcelone est splendide sous la baguette de Bernstein. Puis, vient une première suite de films, présentant l’étendue de la palette dramatico-épique du compositeur : « Summer and smoke » (1961), intimiste et sensuelle puis « Les arnaqueurs/The grifters » (1990), très atonale, macabre et dérangeante. S’ensuit « Les rois du soleil/The kings of the sun » (1963), un film méconnu qui possède une partition exotique surprenante.

 

Très proche de « Hawaii » (1966), elle se caractérise par l’utilisation d’instruments ethniques à percussion, dans un rythme soutenu, sans pour autant négliger l’émotion. Elmer Bernstein venait de la réenregistrer peu de temps avant sa mort, suite à une demande de ses aficionados. Pour clore la première partie, une suite de « La grande évasion/The great escape » (1963) reprend la plupart des thèmes principaux du film, emmenée de main de maître avec une précision étonnante. Fidèle à la tradition des films de guerre, la musique comprend une marche originale qui a fait le tour du monde et l’ensemble de l’œuvre est marqué par les bois et vents, comme une fanfare d’harmonie. Après un entracte de vingt minutes, Bernstein nous propose d’entendre une sélection de valses qu’il a composées pour quelques films : « L’âge de l’innocence » (1993), « The incredible Sarah » (1973), méconnue, « Thoroughly modern Millie » (1967) qui lui apporta son unique Academy Award, et « From the terrace » (1960). Il déclarait à cette occasion que, « puisque née en Europe, la valse serait sûrement très appréciée par le public européen ». Et il est vrai qu’il se rapproche quelques fois de la valse viennoise avec tant d’élégance et de légèreté qu’on aurait pu attribuer la paternité à Ivanovici, Waldteufel et même Strauss. Visiblement ce soir, le Maître se laisse emporter par le tourbillon et jubile à la baguette…et nous aussi ! Puis viennent ensuite quatre arrangements pour musique jazz. Très tôt, par son héritage d’arrangeur pour des orchestres du type de ceux de Glenn Miller, il fut parmi les premiers compositeurs à introduire cette musique au cinéma. Ce soir, il nous propose « The rat race » (1960), avec un bon solo de saxophone servi par une rythmique symphonique soutenue, « Le grand chantage/Sweet smell of succes » (1957), « The rage in Harlem/La reine des pommes » (1991) et « La rue chaude/Walk on the wild side » (1962).

 

Bien que le jazz me soit un univers un peu méconnu, je dois dire que j’apprécie pleinement la vigueur des thèmes et la richesse des orchestrations. Pour clore le programme, Bernstein ne pouvait pas passer à côté de son univers favori (et le mien, aussi !) : le western. Epique et romantique, le western est certainement le genre cinématographique qui permet la plus grande diversité musicale et la plus grande liberté de composition. « Cent dollars pour un shériff/True grit » (1969) nous en offre parfaitement l’exemple. Bernstein nous propose « The Rooster », le thème héroïque, fougueux, énergique composé pour le personnage incarné par John Wayne, « Runaway Races Away », thème principal du film, vigoureux et interprété avec tant de précision qu’il est comparable à la bande originale et « Warm Wrap-Up », le morceau final du film qui débute par un thème très mélancolique laissant exprimer la profonde sensibilité du compositeur, pour s’achever par la reprise du thème de John Wayne. Enfin, « Les sept mercenaires » (1960) conclut la partie western du programme. Ce thème principal, qui est le grand succès du compositeur, reçoit bien évidemment les acclamations du public. Et pourtant, à ma grande surprise, ce n’est pas la meilleure des reprises mais il est incontestablement bien dirigé. Ayant déjà eu l’occasion d’entendre ce thème joué par plusieurs orchestres, je dirais que, bien qu’il n’ait pas la saveur identique de l’original, c’est encore Elmer Bernstein qui sait le mieux maintenir la vélocité du rythme que demande cette pièce musicale. Visiblement, le Maestro adore mettre en valeur la deuxième ligne musicale pour cors, en écho aux cordes, à laquelle il prête toute son attention et son énergie. C’est aussi celle que je préfère lorsque je l’écoute.

 

Après l’ultime note, le public explose, ovationne comme il se doit l’un des derniers représentants de la musique hollywoodienne de l’âge d’or, conquis par l’enthousiasme, la sensibilité, la finesse autant que la richesse de ces œuvres. Alors, Elmer, tu remets un peu de sauce ? Dans un élan, il nous redonne à savourer une version écourtée du thème principal des « Sept mercenaires ». Deux parties de cinquante minutes chacune, c’est bien court lorsqu’on apprécie l’immense talent de cet artiste si éclectique. Il y aurait tant de pièces musicales à vivre en concert, dirigées par leur papa ! Nous sortons de l’Auditori, enchantés par la magie de cette musique qui sait se faire écouter sans avoir besoin des images pour nous émouvoir. Et c’est bien là tout l’art du compositeur de musique de film, écrire une musique qui passe presque inaperçue au cinéma, mais qui conserve son pouvoir pour être écoutée seule. Aaron Copland disait que « la musique de film est une petite flamme placée sous l’écran pour l’aider à s’enflammer ». Et il avait raison. Bien que six ans se soient écoulés depuis, il me reste de cette soirée inoubliable beaucoup de souvenirs mais aussi une sensation d’inachevé. Elmer, aussi vivant qu’il nous est apparu sur cette scène à 80 ans, ne nous paraît pas disparu vraiment. Chaque fois que je réécoute ses œuvres jouées ce samedi soir, je le revois à la baguette, avec sa fougue, son enthousiasme, sa générosité et son humour. Ce qu’il nous manque à nous autres passionnés de musique de film, ce sont les images de ces concerts… un appel ? Enfin, bien que peu familier avec les salles de concert, je remarquais l’acoustique assez exceptionnelle de l’Auditori de Barcelona, capable de restituer naturellement l’ensemble et la clarté des instruments, surtout les moins puissants, là où le CD nécessite un mixage pour obtenir le même effet.

 

Par cet article, sans aucune prétention, j’ai simplement essayé de vous faire partager une de mes grandes passions musicales et aussi un grand moment de ma vie, pouvant peut-être encourager d’autres passionnés à s’exprimer.

Thierry BLAIN.

Nantes, le 25 mai 2008.

 

Le Site officiel de l’Auditori de Barcelone, cliquez ici. Découvrez les photos de l’architecture du bâtiment et du programme de l’Orquestra Simfonica de Barcelona / I Nacional De Catalunya.

 

 

Les films dont Elmer Bernstein a signé la musique

 

 

 

L’IDÉALISTE/The Rainmaiker, un film de John Grisham (1997) avec Matt Damon, Claire Danes, John Voight, Mary Kay Place, Mickey Rourke et Danny DeVito. Musique d’Elmer Bernstein. Un film Paramount, un C.D. Hollywood Records.

Tout dans ce C.D. permet de retrouver l’ambiance et le style des musiques de films d’Elmer Bernstein. Avec plusieurs passages mélodiques joués à la guitare classique (que c’est beau !), les cordes et les vents soutiennent un thème très fluide sur une orchestration emprunte d’une grande délicatesse et d’une profondeur harmonique unique : les mouvements des contrebasses et autres basses en cuivres ou électriques renforcent la gravité d’une scène, les passages joués fort dans l’atonalité créent même une angoisse et une peur irraisonnées. Heureusement, le compositeur se permet de rajouter son instrument fétiche, les Ondes Martenot, qui savent nous apaiser le moment venu. Les harmoniques des violons, la variété des instruments solistes, l’adjonction de voix féminines, le mélange des genres musicaux (le jazz est dignement représenté par l’orgue Hammond à la sonorité si particulière et superbe), les notes saccadées des divers pupitres de l’orchestre (les flûtes traversières, le piano, les trompettes…) font de ces compositions un exemple de plus de la régularité du travail d’Elmer Bernstein. Tout au long de sa vie, il aura su maintenir une grande qualité dans ses réalisations. A noter la participation d’Émilie Bernstein, sa fille, qui assure les arrangements et produit cet album. D’ailleurs son fils, Peter Benstein, est lui-aussi compositeur, alors quoi de plus formidable que de réussir à transmettre à ses enfants l’amour d’un métier que l’on aura exercé passionnément ? C’est le cas de le dire, Elmer Bernstein était un être humain exceptionnel à plus d’un titre !

 

 

Gregory Peck Mélodies ModernesGregory PECK, acteur

 

 

 

DU SILENCE ET DES OMBRES/To kill a mockingbird de Robert Mulligan (1962) avec Gregory Peck. Musique d’Elmer Bernstein. Chez Universal.

Dans ce film, la question de la ségrégation raciale aux États-unis dans les années 30 est abordée de manière claire et franche : un homme de couleur sans histoires, travailleur et serviable est accusé à tort d’avoir battu et violé une jeune femme blanche. Gregory Peck se révèle être une nouvelle fois parfait dans le rôle de l’avocat motivé et habité par la défense d’une cause juste et noble car il en faut, du courage, pour mener à bien un combat dans l’état d’esprit détestable de l’époque, ce temps où le racisme prédominait dans une grande partie de la communauté blanche des états du sud du pays. Le film est réalisé par Robert Mulligan et est produit par Alan J. Pakula, l’association de deux professionnels très différents qui durera quelques années seulement chacun poursuivant sa route dans les années 70 : Pakula produira des films engagés tels « Klute » avec son actrice préférée Jane Fonda ou « À cause d’un assassinat » en 1974 sur le meurtre de Kennedy ou encore « Les hommes du Président » en 1976 sur l’affaire du Watergate. L’autre, Mulligan, produira « Un été 42 » (musique de Michel Legrand) et « L’autre », un étonnant film de science-fiction en 1972. Gregory Peck aura marqué le cinéma américain. Sa longue silhouette très présente surmontée d’une tête bien pleine permettra à l’acteur de garder dans ses films la même allure très « classe » ; toujours pensif et rempli de scrupules avec son regard impitoyable mais lucide sur le monde et les gens qui l’entoure, il développera un jeu fin et brillant dans les rôles de personnages à l’esprit tourmenté. On le retrouve dans « Les grands espaces/The big country » de William Wyler en 1958 avec la formidable musique de Jerome Moross (voir ici).

 

Réalisé d’après la nouvelle littéraire d’Harper Lee, Gregory Peck recevra un Oscar en 1962 pour son rôle de Atticus Finch dans « Du silence et des ombres/To kill a mockingbird ». Au travers la vie et le regard de ses deux enfants, Scout jouée par Mary Badham que l’on verra deux ans plus tard dans un épisode de la série télé « La quatrième dimension » et Jem joué par Philipp Alford que l’on retrouvera aux côtés de James Stewart dans « Les Prairies de l’honneur/Shenandoah » également en 1965, on suit le cheminement de l’avocat qui mène une action remarquable : tenter de disculper un innocent face à la vindicte populaire. La musique d’Elmer Bernstein est présente, discrète et remarquable. À noter dans les dernières scènes importantes du film la présence d’un jeune acteur débutant qui n’arrêtera plus jamais de tourner, l’excellent Robert Duvall. Que dire de plus sinon vous recommander ce film et sa musique !

Autres commentaires dans le questionnaire de ce site « Testez vos connaissances », cliquez ici

Les plus belles photos d’actrices et d’acteurs français et étrangers, une adresse : allposters.fr (cliquez ici, site hollandais en français).

Mary Badham est la jeune soeur du réalisateur britannique John Badham (naturalisé américain à l’âge de 7 ans) à qui l’on doit « La fièvre du samedi soir » ou bien encore « Wargames » (voir ici). Pourtant la petite Mary n’épousera pas la carrière d’actrice, comme quoi on ne peut être sûr de rien…

 

 

 

Un film, un C.D.

DEUX COPINES, UN SÉDUCTEUR/The world of Henry Orient de George Roy Hill (1964) avec Peter Sellers, Paula Prentiss, Angela Lansbury. Musique d’Elmer Bernstein. Un film M.G.M. Le C.D. est tiré à 3 000 exemplaires, une réalisation FSM Silver Age Classics.

Elmer Bernstein a écrit la musique de ce film seulement deux ans après « Du silence et des ombres », en 1964. Le compositeur s’est donné les mêmes motivations, à savoir, illustrer par les notes le propos humoristique du réalisateur George Roy Hill à qui l’on doit le fameux « Butch Cassidy et le Kid » (voir ici). L’amour platonique d’une jeune pianiste virtuose de 14 ans pour un concertiste célèbre un peu ringard à la réputation probablement surfaite mais pour lequel la jeune Valérie voue un culte l’amènera, avec son amie, vers de rocambolesques aventures. Courses folles dans les rues de New-York, l’adolescente pensera être au cœur d’une affaire d’espionnage avec de faux chinois ; Elmer Bernstein devra aussi évoquer la musique classique et les grands concertos tout en gardant la légèreté de l’histoire menée par ces deux collégiennes excentriques à l’imagination débridée…Pour ses interventions musicales dans le film (une bonne vingtaine), Elmer Bernstein saura varier les orchestrations, les rythmes et les couleurs sonores sur le thème principal du film, une mélodie romantique à souhait, belle, superbe car jouée à l’accordéon, sans doute pour traduire l’atmosphère populaire et cosmopolite de Central Park et les faux airs français d’ Henry Orient. Le pianiste et acteur américain Oscar Levant (que l’on retrouve dans Un américain à Paris) et décédé en 1962 aura fortement inspiré l’écrivain Nora Johnson qui co-signera dans la foulée l’écriture du scénario. Musique, musique, les ambiances de « Deux copines un séducteur » rappellent toutes celles entendues dans les films dont Elmer Bernstein signera la dimension sonore : « Les Comancheros », « Big Jake », « Amazing Grace and Chuck », « Taram et le chaudron magique » et les autres…

Cette réalisation sera projetée au Festival de Cannes pour sa sortie et sera très apprécié de tous ce qui n’est pas si commun (les critiques, les professionnels et le public). L’immense talent d’Elmer Bernstein dans toute son étendue peut se ressentir dans le film et le C.D. « The world of Henry Orient » résume parfaitement le style du maître. Toute une carrière reconnue par la profession cinématographique comme étant brillante et exemplaire se retrouve condensée dans cet enregistrement. Le film restera comme une comédie plaisante que l’on pourra trouver dépassée par la nature de ses sentiments et des relations humaines décrites avec un Peter Sellers fasciné par les femmes mariées, ici dans un rôle plus effacé que dans « La Party » voir ici mais l’impression générale reste très bonne. Quant à la musique, bon sang, elle est géniale, comme Elmer Bernstein saura le faire chaque fois avec simplicité, facilité et efficacité. C’est ainsi que l’on devient exceptionnel…
 

 

Western

CENT DOLLARS POUR UN SHÉRIF/True Grit, un film d’Henry Hathaway (1969) avec John Wayne, Kim Darby, Glen Campbell, Robert Duvall, Jeremy Slate, Dennis Hopper, Jeff Corey… D’après le roman de Charles Portis. Musique d’Elmer Bernstein, paroles de la chanson de Don Black. Oscar du Meilleur rôle masculin pour John Wayne. Un film Paramount.

Tout aura contribué au succès du film. Issu d’un roman de Charles Portis paru en 1968 qui fut très apprécié du public et des critiques qui virent en lui un nouveau Mark Twain, le scénario du film s’adapta facilement au projet d’Hathaway car John Wayne le voulait absolument, ce rôle peu ordinaire du shérif Rooster Cogburn ! Le choix de Kim Darby pour interpréter le rôle de la jeune héroïne Mattie Ross fut également excellent ; malgré son jeune âge (une vingtaine d’année lors du tournage du film pour un rôle qui lui en prévoyait 14), sa performance fut remarquable et remarquée : on lui prédit dès lors une carrière cinématographique glorieuse… Quant à Glen Campbell son talent était déjà lourdement validé avec un c.v. bardé de récompenses, pas pour le cinéma mais en tant que chanteur de musique country ! Son parcours de musicien et de chanteur inspiré de folk song restera exemplaire et ses apparitions, essentiellement dans les téléfilms, auront servi à justifier des extras artistiques amusants : chanter le générique de « Cent dollars pour un shérif » composé par Elmer Bernstein fut pour lui un grand plaisir et un honneur, dit-il. Natif de l’Arkansas où se déroule l’histoire, sa prestation d’acteur tout à fait crédible contribua à la réussite de l’entreprise. Le spectateur attentif remarquera également la prestation remarquable, comme à son habitude, de Robert Duvall et dans un rôle secondaire, les débuts du génial Dennis Hooper que l’on ne présente plus ; sa prestation suivante se fera dans « Les quatre fils de Katie Elder »… Que dire alors de l’apport considérable d’Elmer Bernstein, notre immense compositeur tout auréolé de ses succès précédents (la liste est trop impressionnante) avec son thème proche de celui de « Quand les parachutistes arrivent » composé la même année sur un mouvement contraire identique : la mélodie monte quand le contre-chant descend et inversement, un professionnalisme qui rime avec tempérament. Le succès reste néanmoins une chose difficile à quantifier, surtout à prévoir : Kim Darby et Glen Campbell (décédé à l’âge de 76 ans le 12 août 2012) réunis en vedettes dans le film « Norwood » en 1970 articulé autour de la musique country, évidemment, n’aura aucun écho international. Dommage, on aurait bien aimé les retrouver dans un autre chef-d’œuvre du cinéma avec un doublage français aussi fantastique que dans « Cent dollars pour un shérif ». On peut toujours continuer à en rêver… Alix trouve ce film et sa musique Exceptionnels.

 

Kim_DarbyKim DARBY, actrice

 

 

 

La carrière cinématographique de Kim Darby n’aura pas été à la hauteur de son talent. On ne sait pas trop pourquoi mais lorsqu’on en a trop, on dérange plus que l’on arrange… Le système sait parfois être cruel avec ses propres enfants. Enfant d’artistes justement (son père et sa mère étaient danseurs professionnels), Kim Darby fera sa première apparition à l’âge de 16 ans dans la comédie musicale « Bye Bye Birdie » de George Sidney en 1963, un film qui ne connu pas un succès retentissant hors États-unis ; devenu complètement ringard il conservera tout de même son titre de film de référence pour une partie de la jeunesse américaine très « fleur bleue », celle qui fréquentait les universités huppées dans l’univers protégé et insouciant de ce début des sixties. Les mélodies oscarisées de Charles Strouse pour « Bye Bye Birdie » sont exceptionnellement belles, rythmées et entraînantes, très bien arrangées, elles auront fait le tour du monde plus que le film, voir ici. Kim Darby sera présente dans de très nombreuses émissions, feuilletons et séries télévisées pendant plus de trente années jugez-en par vous-mêmes : Bonanza, Le fugitif, Les rues de San Francisco, L’homme de fer, Star Trek, Gunsmoke, Baretta, La croisière s’amuse, Le riche et le pauvre, X-Files et Diptide (en 1984-86) pour n’en citer que quelques uns mais son seul et vrai grand rôle reconnu demeurera celui de Mattie Ross dans « Cent dollars pour un shérif », le film qui consacra la performance d’acteur de John Wayne pour lequel il reçu enfin un Oscar en reconnaissance de sa carrière et de son œuvre. Car ce sont bien les performances de l’ensemble des acteurs du film, avec tout le métier du réalisateur Hathaway, qui en font son succès. Le doublage français ajoute sa valeur par le choix heureux de timbres de voix mélodieux et une manière colorée de s’exprimer qui demeurent d’une qualité rare : le doublage, on sait parfaitement bien le faire en France avec des comédiens qui honorent la langue. La musique d’Elmer Bernstein est tout aussi remarquable, bien entendu.

Le rôle créé et tenu par Kim Darby dans le film d’Henry Hathaway était difficile : il fallait rendre sympathique une adolescente surexcitée et déterminée, prête à en découdre avec le tueur sans pitié Tom Chaney en la personne de Jeff Coray, un autre habitué des seconds rôles comme le deviendra malheureusement Kim Darby après ce film, sans oublier le personnage de Ned Pepper joué par l’excellent Robert Duvall. Toute une équipe de grands professionnels réunie autour du « boss », le shérif Rooster Cogburn alias John Wayne ; une association exemplaire d’artistes à l’image de nombreuses productions avec le Duke, une feuille de route qui fonctionne à merveille et fera ses preuves à de maintes occasions. Kim Darby jouera ensuite dans « Nightmare » de John Newland en 1973, un film d’horreur pas trop horrible avec une musique de Billy Goldenberg puis dans « Des fraises et du sang » de Carl Reiner en 1978 avec son compatriote Henry Winkler (l’admirable Fonzie de la série télé « Les jours Heureux »). Enfin, notre actrice ouvrira une école de comédie (voir son site perso., lien ci-dessous). De quoi pouvoir se dire au moment où l’on fait le bilan de sa carrière qu’un parcours comme le sien permet au cinéma de vivre et de perdurer sur ses plus solides fondements, ceux construits par les femmes et les hommes qui œuvrent parfois loin de la célébrité mais qui savent rester fidèles à leur passion. Cette sincérité transmet les valeurs vitales du Septième art par sa dimension artistique de première importance. Mille fois bravo et encore merci Kim Darby !

Site officiel de Kim Darby, l’actrice et son école de comédie

Site perso. sur John Wayne, le dernier des géants (en français, nombreuses photos)

Site sur John Wayne, l’acteur et son parcours (en anglais)

La version 2010 de « True grit » (musique de Carter Burwell) est un véritable désastre, voir ici

 

 

 

SUITE DE L’HOMMAGE DES MÉLODIES MODERNES À ELMER BERNSTEIN, page suivante

Les plus grands compositeurs de musiques de films : Elmer Bernstein, cliquez ici (biographie d’Elmer Bernstein sur le site Monsieur Biographie)

 

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