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Les compositeurs de musiques de films

Musiques de films

Pour en savoir plus sur les compositeurs de musiques de films et leurs créations, parcourez les pages suivantes !

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La critique de film d'Alix

Critiques de films

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Le Top 100 des plus belles musiques de films

Les 100 + belles BO de films

Est-ce possible ? Possible, oui bien sûr mais raisonnable, beaucoup moins.

Les musiques de films (XIII)

Les compositeurs de musiques de films sont de véritables professionnels de la musique. Qui d’autre pourrait composer une symphonie de 30 minutes en quinze jours seulement ? Les délais entre la commande d’une musique par le réalisateur d’un film et l’enregistrement de celle-ci nécessite un tour de passe-passe musicalement et techniquement à la limite du supportable. Au début du 20e siècle le pianiste classique improvisait sur les images du cinéma muet. Il avait à sa disposition tout un arsenal de pièces coupées, enchaînées ou arrangées à volonté et extraites du répertoire de la musique classique : « Le Vol du bourdon » de Rimsky-Korsakoff pour une scène d’action, « Rêve d’amour » de Liszt pour la scène romantique ou une « Danse hongroise » de Brahms pour la reprise de l’action… De plus il était d’usage de remplacer les bruits par des notes et d’illustrer de manière sonore le mouvement afin de pallier l’absence d’une bande-son synchronisée aux images. L’interprète devait jongler avec toutes ces contraintes ! Puis les compositeurs de musique classique s’approprièrent le phénomène artistique montant, ce 7e art qui attirait les foules et permettait de gagner de l’argent et surtout, le plus important, de se faire remarquer par le plus grand nombre car la diffusion d’une œuvre reste un acte essentiel pour un compositeur. Puis Abel Gance est apparu avec « La roue » et son interminable film/fleuve « Napoléon », une aubaine pour Arthur Honegger : ainsi démarrait la participation des plus grands compositeurs français au développement du cinéma…

Photo extraite du coffret DVD « Méliès » de Studio Canal

 

Pendant ce temps-là les succursales des grandes firmes françaises (Pathé ! Par exemple) fleurissaient à l’étranger car le cinématographe avant 1910 aux États-unis, c’était d’abord une affaire tricolore. Mais la Grande guerre est passée par là et pendant que l’Europe pansait ses plaies en comptant ses morts, Hollywood made in USA commençait à produire en quantité industrielle selon leur devise discutable mais efficace « The right man on the right time on the right place » (la bonne personne à la bonne place au bon moment) ; les rôles des responsables musicaux furent distribués : untel composera les thèmes du film, untel se chargera de l’arrangement (de l’orchestration), untel dirigera l’orchestre, untel remplira les fonctions ingrates du copiste de service et pour superviser tout ce beau monde untel sera nommé directeur musical. Une organisation impeccable mais qui ne laissait pas de grandes marges de manœuvre malgré les Howard Hugues et autres visionnaires d’alors bourrés de fantaisie et d’esprit créatif. Lorsque ces pionniers manifestèrent leur désir de changer les règles, les difficultés rencontrées devenaient vite insurmontables, tout étant prévu et codifié à Hollywood, malheur à celui qui ne s’y pliait pas ! En ce temps-là le mot d’ordre musical était « Il faut de la musique tout au long du film » sans doute un héritage du cinéma muet. Puis vint l’époque de l’émergence du thème/leitmotiv : chaque protagoniste du film devait avoir « sa » mélodie qui annonçait son apparition à l’écran ou qui rappelait sa présence dans le film. Par chance quelques compositeurs changèrent à leur tour la procédure. Moins de ceci et plus de cela ou inversement, l’essentiel étant qu’avec la complicité du réalisateur ils se mirent enfin à composer pour le film. Les duos Bernard Hermann/Hitchcock ou Ennio Morricone/Leone ne démentiraient pas ce fait qu’ils ont par la suite largement développé !

Charlie Chaplin s’est éteint dans son manoir suisse il y a plus de 30 ans, le 25 décembre 1977 exactement. Sa maison familiale de Corsier-sur-Vevey est devenue depuis 2009 un beau musée avec le piano sur lequel le comédien a composé ses plus belles mélodies. Merci d’avoir ouvert ce lieu au recueillement et à notre devoir de mémoire, le cinématographe et nous-mêmes lui devront tant de grands petits bonheurs…! Pour en savoir +, cliquez ici (infos moncinema)

Photo ci-contre : Charlot dans l’un de ses chefs d’œuvre, peut-être le meilleur, en 1935. C’est pour ce film que Charles Chaplin a utlisé une chanson du compositeur français Léo Danidorff (1878/1943) « Je cherche après Titine » ; on lui doit aussi « Le dénicheur » et « Sur la Riviera ».

 

 

Les compositeurs font leur cinéma

 

Max Steiner, l’un des plus grands compositeurs du cinéma, sera pendant plus de trente années le spécialiste du thème/leitmotiv qu’il appliquera systématiquement à chaque personnage important du film ; investi dans un nombre incalculable de productions qui compte plusieurs monuments, le plus beau et le plus magnifique reste sans conteste « Autant en emporte le vent/Gone with the wind classé n°1 au Top 100 des plus belles musiques de films (voir ici). Max Steiner compositeur incontournable certes mais il y a les autres ! Voici décrit la performance de quelques musiciens qui n’ont pas écrit à vie pour le cinéma. Disons qu’ils passaient par là, ils ont vu de la lumière et se sont mis à écrire la musique d’un film, parfois d’un seul et unique film. Après quelques essais dans deux ou trois productions afin d’être sûr de vouloir passer à autre chose, une question se pose tout de même : avaient-ils un manque d’intérêt pour le métier ? Ou peut-être subirent-ils trop de pression, avaient-ils des opportunités musicales et professionnelles différentes ? Une déception, un conflit, un amour qui les a mené ailleurs ? Allez savoir… Mais c’est bien dommage pour le 7e art qui aura certainement perdu dans la partie ceux qui semblaient devenir ses meilleurs représentants ! Pour commencer : Burt BACHARACH


 

 


Burt BACHARACH, compositeur

Avec le film « What’s new Pussycat ? » démarrait la courte carrière de compositeur pour le cinéma d’un trentenaire au talent plus que prometteur, Burt Bacharach. Né en 1928 dans le Missouri il étudiera néanmoins dans une université anglo-saxonne privée très réputée à Montréal au Québec avant de poursuivre son chemin en Californie. L’un de ses professeurs classiques et contemporains, Darius Milhaud l’aurait-il à juste titre orienté vers la musique de film ? Il deviendra pourtant pianiste de variété et arrangeur de Marlène Dietrich en tournée dans le pays puis à l’étranger et composera une multitude de succès repris par les meilleurs chanteurs de son temps. « Butch Cassidy et le Kid » en 1965 reflète ses capacités créatrices avec l’une de ses caractéristiques fortes, les cassures de rythme. Les mesures binaires entrecoupées de mesures ternaires et vice-versa, les rythmes peu usuels à 5 temps, il adore ! Écoutez l’ingéniosité mélodique et l’arrangement de la chanson sans paroles entendue dans le film, appréciez la couleur sonore de « Raindrops keep falling on my head » et vous ferez taire définitivement les ignorants qui estiment que la musique de Burt Bacharach est dépassée, peut-être parce qu’il s’arrêtent à la version chantée par Sacha Distel, « Toute la pluie tombe sur moi », beaucoup trop éloignée du contexte (*) ! « Casino Royale », le film le plus déjanté de la série des James Bond (pas étonnant, on doit cette première version à Woody Allen) permettra au compositeur de donner libre court à sa pensée musicale très ancrée dans son époque. Burt Bacharach se lancera ensuite dans une comédie musicale en 1973 du style « La mélodie du bonheur » mais dont l’action se situe en Asie, « Les horizons perdus » (redite de la version de Franck Capra avec sa musique de Dimitri Tiomkin) : il connaîtra les critiques acérées de la presse spécialisée et encaissera mal le désintérêt du public. Bref, ce sera un échec commercial cuisant. Probablement déçu par le manque de retombées satisfaisantes et en guerre psychologique avec son collègue parolier, Burt choisira de créer un album et de continuer dans la variété. La musique de film aura ainsi bêtement perdu l’un de ses brillants compositeurs, tellement bourré de talent et si plein de promesses qu’on ne peut que penser à un véritable gâchis pour la discipline…

Pour en savoir + sur le film What’s new Pussycat ? cliquez ici (infos uneporte.net )

Pour en savoir + sur Marlène Dietrich, cliquez ici (infos Wikipedia)

Pour en savoir + sur Robert Redford (ce site est super, un vrai trésor) et sa maison de production la plus importante après Hollywood, cliquez ici et suivre le lien (infos Auteuil)

Photo : Paul Newman,Robert Redford et Katharine Ross dans Butch Cassidy et le Kid.

(*) Dans un ouvrage remarquable « 1001 films à voir avant de mourir » aux Éditions De Noyelles (trouvable par exemple chez France Loisirs), une équipe de critiques dirigée par Steven Jay Schneider écrit page 506 à propos du film « Butch Cassidy et le Kid » : « Scénario original et malin …/… Loufoque comédie de caractère et d’action déguisée en western …/… Excitant, drôle et romantique… /… Seule la chanson de Burt Bacharacha vieilli ». C’est regrettable d’être critique de film et de ne rien y connaître en matière de musique de film…

 

Comédie

ARTHUR, un film de Steve Gordon (1981) avec Dudley Moore, Lisa Minnelli et John Gielgud. Musique de Burt Bacharah. Un film Warner Bros etr An Orion pictures release. Un CD FridayMusic.

Un playboy peu inspiré et assez insupportable va devenir millionnaire à la condition expresse d’épouser une femme qu’il n’aime pas. Il lui faudra aussi agir en fonction d’un valet pas ordinaire et d’une belle-famille très pesante. Le fin fond de l’histoire : il connaît une autre femme qui ne semble pas être adaptée à la haute sphère mondaine selon les critères en usage… À l’origine pièce de théâtre, le film fut un énorme succès aux États-unis puis dans le monde entier, nous sommes alors au début des années 80. Cependant l’humour américain étant parfois assez spécial, il ne faut pas s’étonner que l’écho fut un peu plus discret en France, notamment. Classé parmi les 100 films les plus marrants de l’Oncle Sam, on ne riait pas forcément autant dans les salles de cinéma gauloises mais peu importe car la présence charismatique de Liza Minnelli, fille de Judy Garland et de Vincente Minnelli, justifie encore à elle seule l’importance de cette production. À ce titre, dans les commentaires que l’on peut rencontrer ça et là au détour d’un site Internet, personne ne fait mention de la musique ; comme c’est souvent le cas, la discipline musicale majeure reste le parent pauvre d’une oeuvre artistique complète et aboutie. Il reste encore du travail à fournir pour permettre aux mentalités d’évoluer. Burt Bacharah obtiendra pourtant l’Academy Award de la meilleure chanson 1981 et ses compositions pour « Arthur » feront date au Box office US. Son style, ses harmonisations, sa rythmique et surtout son sens aigu de la mélodie transparaissent dans le film ; elles sont révélées par un CD édité depuis peu et surtout pour la première fois (merci, M. Reagoso !). Comment pourrait-on laisser passer plus longtemps un tel événement malgré les années écoulées ? Très tendances pour l’époque, les musiques du film sont jouées par ses grands potes Jeff Porcaro et David Hungate du groupe Toto par exemple (voir ici), la fine fleur de la variété pop et folk dans leur forme jazzy. Musiques charmantes et légères, dotées d’une orchestration originale, mélodiques et très mélodieuses, le talent de Burt Bacharah s’exprimera une nouvelle fois dans « Arthur » et les mini-mouses : petite souris Linda il te faudra laisser Arthur obtenir ta main sinon adieu les millions… Alix Adore Burt Bacharah et Aime les musiques de ce film intéressant.

 

 


Michel POLNAREFF, compositeur

Qui ne connaît le talent et les capacités créatrices du phénomène Polnareff ? Il ne viendrait à l’idée de personne d’ignorer tout ce que le personnage haut en couleurs, amoureux de la vie et de ses plaisirs a pu apporter à la musique en général et à la musique de film en particulier. Sa bande-son de 1971 pour le film « La folie des grandeurs » reste un exemple parfait de la maîtrise musicale du perfectionniste inventif et avant-gardiste. Oser mettre de la batterie et de la guitare basse sur les images d’un film d’époque même pour jouer la carte de la dérision, franchement, il fallait le faire ! Hélas moins d’une dizaine de films sont à mettre à son actif ; le succès outre-Atlantique de la musique du film « Viol et châtiment / Lipstick » en 1976 lui permettra pourtant d’être connu par le plus large public possible ; ce sont néanmoins ses formidables compositions pour la chanson de variété qui lui vaudront les honneurs et la gloire mondiale. Sur ce point, le parcours de ce petit garçon doué qui se démarqua avant l’adolescence de la musique classique pour laisser libre cours à son imagination musicale débridée ressemble à la réussite professionnelle de Burt Bacharach. De quoi rappeler une nouvelle fois que de sérieuses études musicales classiques (piano, solfège, harmonisation) permettent d’accéder à toutes les envolées lyriques surtout lorsqu’on est un mélodiste né… Ses merveilleux thèmes arrangés avec une grande finesse rythmique et une ingéniosité harmonique rare font de Michel Polnareff la référence absolue dans le domaine de la création musicale tous styles confondus. Peu de musiciens possèdent en effet un tel bagage créatif ; avec ses musiques présentes partout (scène, cinéma, ballet…) et dans tous les esprits, on ne sait vraiment plus à quel sein se vouer. So, thank a lot, Michel !

Pour connaître le parcours détaillé de Michel Polnareff, sa biographie complète, cliquez ici (infos RFI musique)

Pour appréhender le compositeur dans sa globalité et voir une vidéo sur son travail, cliquez ici (infos Pianoweb/clips vidéo)

Photo ci-contre : Louis de Funès et Yves Montand dans La folie des grandeurs (extrait jaquette VHS éditions Atlas collection Inoubliable Montand). Un film plus que distrayant malgré un Yves Montand qui nous la joue un peu trop Montand et un Louis de Funès pas vraiment dans son meilleur rôle. Quelques moments en or tout de même…

 


André POPP, compositeur

Ne vous demandez plus qui a composé le générique de l’émission/jeu de la télé publique française « Des chiffres et des lettres ». Soldo dofa mido soldo dodo do…Du dessin animé au long métrage en passant par la chanson de variété et la musique de genre, les mélodies d’André Popp sont connues de tous. Avec son ami Jean Broussole (auteur et arrangeur entré dans le groupe des Compagnons de la chanson en 1954) ils créeront l’inusable « Piccolo, saxo et compagnie » utilisé depuis 50 ans comme support pédagogique dans toutes les écoles primaires pour initier les enfants aux sonorités des différents instruments de l’orchestre symphonique, une œuvre diffusée dans tous les pays du monde et qui témoigne de la force créatrice du compositeur. Tantôt pianiste/accompagnateur, arrangeur et chef d’orchestre pour les grandes vedettes de la variété (Georges Brassens, Jacques Brel, Juliette Gréco, Marie Laforêt, Zizi Jeanmaire, Henri Salvador…) tantôt compositeur pour la radio et la télévision, pour les grands spectacles des immenses artistes que sont Les frères Jacques ou pour les séries et feuilletons télé, par exemple la chanson du générique du dessin animé « Babar » avec la collaboration d’Eddy Marnay (une mélodie déclinée dans le style d’une comédie musicale genre « La mélodie du bonheur ») et puis ce thème orchestré jazzy pour « Pont dormant » (superbe avec les mouvements mélodiques de la guitare basse dans le style des années 60 / 70, un régal !). Ah oui, il ne faudrait pas oublier les autres thèmes à succès pour « La bride sur le cou » et « La tête et les jambes ». Bref, le compositeur restera très sollicité pour le cinéma avec « Le petit prof. » (le meilleur film de Darry Cowl selon les spécialistes) et l’évènement de l’année 1961 avec le premier Tintin en personnages réels porté à l’écran « Tintin et le mystère de la toison d’or », un énorme succès public très mérité, sans oublier « Huit femmes » en 2002, tantôt expérimentateur avec la musique électronique, tantôt pédagogue, bref, André Popp est polyvalent comme la plupart des musiciens surdoués. L’une de ses chansons remportera le Grand prix Eurovision 1960 et la suivante « L’amour est bleu / Love is blue » fera le tour du monde (plusieurs millions de disques vendus) en tenant la tête du box-office américain pendant plusieurs semaines, un véritable succès sous-estimé en France selon l’adage bien connu : nul n’est prophète… Très connu en Allemagne, on continue à (re)parler de lui suite à la mise en images animées de son chef d’œuvre « Piccolo, saxo et compagnie », quel sacré beau cadeau de Noël en 2006 pour toutes les générations !

Pour en savoir + (fonds d’écran), cliquez ici (site officiel promotionnel du film PiccoloSaxo le film)

Pour en savoir + sur Les compagnons de la chanson, cliquez ici (infos RFI musique)

 

 

Narciso YEPES, concertiste

Il est impossible de considérer le compositeur et l’interprète Narciso Yepes comme un compositeur de musique de film et pourtant son intervention pour illustrer musicalement « Jeux interdits » fut un véritable triomphe. Le musicien n’avait certainement pas besoin de cela pour se faire apprécier de par le monde tant est grand son talent. Il inventera avec le luthier Julian Gomez Ramirez (que l’on ne présente plus) la guitare à dix cordes (chère à Marc Lajarrige, voir ci-dessous) et se produira partout en concert. Pour le film de René Clément il n’aura pas à proprement parlé composé une musique originale ; il aura simplement adapté à la guitare moderne des airs anciens de compositeurs français (Jean-Philippe Rameau, le père de l’harmonisation moderne) ou espagnols dont une pièce « anonyme » que l’on doit très probablement à un autre guitariste extraordinaire Fernando Sor ; c’est bien lui qui serait à l’origine du thème de « Jeux interdits ». Dans un cas comme dans l’autre c’est la musique qui en sort grandie. Combien de générations d’apprentis guitaristes vont-elles continuer à travailler avec bonheur cette pièce maîtresse du répertoire de la guitare classique ? L’impact d’une musique de film auprès du grand public est considérable lorsque l’œuvre est aboutie. Conséquence, le réalisateur d’un film et le compositeur devraient systématiquement travailler main dans la main pour leur intérêt commun à savoir la réussite et la diffusion très large de l’œuvre cinématographique. Anton Karas s’est fait mondialement connaître grâce à Franck Capra mais en échange le réalisateur s’est fait connaître grâce au succès de la musique de son film ! Il est inconcevable, tant les exemples de réussite sont nombreux dans ce domaine, de négliger aujourd’hui cette spécialité musicale au moment de l’élaboration d’un film et pire encore, de ne pas lui attribuer un budget décent pour sa réalisation dans des conditions artistiques satisfaisantes. La collaboration fut exemplaire avec la fructueuse association Yepes/Clément !

Pour mieux connaître Narciso Yepes,cliquez ici (infos narcisoyepes.org, infos en espagnol)

Photo ci-contre empruntée au site « Fotos de Personalidades », cliquez ici

Pour mieux connaître la guitare, cliquez ici (infos médiathèque de la Cité de la musique à Paris)

 

 

Un amour de guitare

Vous êtes-vous un jour demandé pourquoi la guitare était plus répandue dans les pays du sud de la planète plutôt qu’au nord ? L’instrument de prédilection des pays chauds est la guitare alors qu’en Irlande ou en Allemagne le violon arrive en tête y compris dans la musique traditionnelle. Alors pourquoi ? Parce que l’on vit davantage dehors que dedans. La guitare s’est transformée au fil du temps pour permettre une utilisation extérieure par les joueurs de musique traditionnelle gitane et espagnole alors que le violon utilisé en plein air ne produit qu’un tout petit son… Le choix d’un instrument dans une région donnée est ici justifié par une simple question de coffre ! La guitare existait sous une forme « primitive » dans l’antiquité. Est-ce le musicien espagnol Rodrigo de la Guitarra qui aurait donné son nom à l’instrument au début du XVe siècle ? Toujours est-il qu’au XVIIIe siècle le fond de l’instrument perdra ses rondeurs proportionnellement à l’amélioration du son et c’est le menuisier espagnol Jurado qui interviendra sur la caisse de l’instrument : elle sera dès lors construite en sapin. Bonjour la sonorité nouvelle ! Fernando Sor et ses successeurs obligeront la lutherie à s’organiser davantage encore pour produire des guitares disposant de plus en plus de puissance sonore et qui acceptent la dextérité de leurs interprètes de génie !

Photo ci-contre : l’inoubliable Brigitte Fossey dans Jeux interdits, un film de René Clément (1952) avec Georges Poujouly, Lucien Hubert, Laurence Badie et bien d’autres encore. Distribution Studio Canal Video. Photo D.R.

 

 

À cordes parfaites

Si vous vous découvrez une passion soudaine pour la guitare, choisissez une guitare classique plutôt qu’une guitare folk. La première se joue avec des cordes en nylon beaucoup plus agréables au toucher que les cordes en acier de sa petite sœur. Après avoir joué « Jeux interdits » en lisant la partition, vous posséderez la base utile afin de découvrir tous les styles et vous mettre à la guitare folk pour jouer de la country, du rock, du celtique… À la condition expresse de posséder l’impulsion et l’état d’esprit nécessaires, cela ne s’apprend pas forcément ! Je me rappellerai toujours de cette fameuse phrase d’un grand jazzman au crépuscule de sa carrière et qui disait : « Mon plus grand regret sera de n’avoir jamais pu jouer une partition telle qu’elle est écrite ». Effectivement, il glissait des septièmes dans les accords parfaits, il rajoutait des notes à la mélodie, créait un contrepoint, syncopait les rythmes, bref, il en faisait des tonnes… C’était magnifique à entendre mais peu conforme à ce qu’imaginait le compositeur, surtout s’il s’appelait Jean-Sébastion Bach ! Voilà pourquoi une bonne base classique (lecture, écriture, interprétation) vous permettra de tout jouer un jour. Mais l’inverse est également vrai : une formation classique trop poussée, surtout avec un enseignant à œillères peu ou pas musicien vous empêchera d’improviser et même de comprendre à quel point cette technique musicale est très naturelle. Conclusion, il n’y a pas une bonne et une mauvaise musique ; il y a toutes les musiques. Virevoltez de l’une à l’autre pour trouver votre propre style et obligez-vous à partir d’un bon pied !

Photo : Alexandre Lagoya, un autre grand guitariste. Intérieur jaquette du CD « Les Triomphes d’Alexandre Lagoya » avec les plus grands succès de sa brillante carrière, chez Philips Classics Productions.

 

 

Commentaire avisé d’un artiste. « Quelqu’un de très important du monde de la guitare aurait dit cette phrase : il est très facile de jouer de cet instrument, il ne faut que dix ans par corde pour bien l’appréhender. Par la grâce de Dame Musique, Alexandre Lagoya possède très jeune ce don au bout des doigts. Interprète majeur de ces musiques teintées de sang, de soleil et de poussière, inoubliable dans Scarlatti et dans Haendel, munificent dans Albeniz, magnifiquement solitaire dans Soler et dans Bach, magique dans Vivaldi, Alexandre Lagoya est un maître de la précision, du toucher juste, un gentilhomme de l’anti-maniérisme, fidèle avant tout à l’esprit des compositeurs qu’il interprète avec modestie. Je recommande vivement aux amateurs de musique ‘ Les Triomphes d’Alexandre Lagoya ‘, triomphes auxquels je joins une branche de laurier tout empreinte de mon respect et de mon admiration ». Propos de notre très grand regretté Jacques Martin National.

Pour en savoir davantage sur Alexandre Lagoya, cliquez ici (infos Wikipedia)

Pour découvrir le Concours International Alexandre Lagoya qui se déroule chaque année en Martinique, cliquez ici (site officiel)

Jacques Martin nous a quitté en 2008 pour le paradis des artistes. Pour en savoir +, cliquez ici (infos Toutelatele)

 

 

Marc LAJARRIGE, compositeur

Marc Lajarrige est né dans les environs de Paris en 1945. Ses passions ? La guitare classique et la musique sud-américaine. Mais pas n’importe quelle guitare, celle qui se joue sur dix cordes, histoire de posséder sous ses doigts la totalité des sons harmoniques. Car ce musicien adore l’harmonie, il le prouve avec son traité « L’harmonie par la guitare classique » publié aux éditions Billaudot. Passionné par la vie, il partagera l’amour de la peinture que lui transmettra son épouse Sylviane pour nous présenter leurs échappées belles vers le sud, les senteurs du Portugal et davantage encore, les couleurs du Maroc. Gouache, pastel, aquarelle, musique et liberté : il fallait rajouter au tableau la mer déchaînée de Bretagne et ses contrechamps pour engendrer l’inspiration. En recomposant la Bretagne, en réunissant le soleil doré de l’Occident et les vents de l’Atlantique, Marc Lajarrige n’en finira pas de nous épater. Et de nous faire rêver. De tout, surtout.

Vous pouvez entendre une interprétation de Villa-Lobos par Marc Lajarrige dans le film « Les Magiciens », cliquez ici. Marc Lajarrige est le fils de Bernard Lajarrige, comédien français de cinéma et de théâtre à la filmographie impressionnante (de Angélique à Fanfan la tulipe en passant par une quantité astronomique de films extraordinaires). Il œuvrera avec les meilleurs réalisateurs et connaîtra tous les comédiens français ; il saura se faire apprécier pour son talent et son grand professionnalisme.

L’atelier de Marc et Sylviane Lajarrige, cliquez ici / Disque compact « Atlantic » (photo ci-contre), Ballade pour guitare 10 cordes.

Un autre guitariste de talent dans un autre genre, Jean-Félix Lalanne compositeur, cliquez ici (page XVII des compositeurs)

 

 


Francis LEMARQUE, compositeur

« J’ai vu défiler sous la lumière des deux projecteurs du cabaret la fine fleur de la chanson française qui faisait avec panache ses premiers pas dans tout l’éclat de sa jeunesse (…). La salle était tellement bondée qu’il ne restait plus de place pour les artistes. Chaque centimètre carré était réservé aux clients (…). Quand aux loges… il n’y en avait qu’une, grande comme un timbre poste. Alors, les soirs d’été, on préférait attendre son tour dans la rue en faisant les cent pas, discutant poésie avec Brel, cyclisme avec René-Louis Lafforgue, sculpture avec Mick Micheyl, littérature avec Mouloudji, gastronomie avec Fernand Raynaud, tout en prêtant l’oreille au spectacle afin de repérer le moment où il fallait à son tour entrer sur scène (..). D’illustres spectateurs venaient nous applaudir : Clarck Gable, Marlène Dietrich, Gary Cooper, Dany Kaye, entre autres. Ils étaient là sous notre nez, levant la tête pour mieux nous écouter. Nous avons eu le grand privilège de leur chanter nos refrains les yeux dans les yeux.” L’artiste raconte : ”Dans un autre cabaret (…) Boris Vian jouait de la trompette.” Dans tel autre, ”Le tour de chant d’une étrange interprète qui mourrait de trac chaque soir avant d’entrer en scène : Barbara. Plus loin il y avait aussi (…) Léo Ferré, Francis Claude, Catherine Sauvage, Claire Leclerc.». Francis Lemarque a également connu Les frères Jacques, Cora Vaucaire, Yves Robert, Les marionnettes de Lafaye, Philippe Clay, un jeune danseur du nom de Maurice Béjart, Charlie Chaplin en spectateur enthousiaste. « Oui, c’était un sacré quartier que ce quartier-là » : Saint-Germain-des-Prés, à Paris, de l’immédiat après-guerre jusqu’à l’irruption du « yé-yé » des années 60, le début de la fin pour les chansonniers ! Bref exemple d’une vraie vie d’artiste : courts extraits du livre « J’ai la mémoire qui chante » de Francis Lemarque aux Presses de la Cité.

 

Francis Lemarque est né à Paris en 1917 et sa vie fut exceptionnelle. Comme toujours malheureusement, c’est après la disparition d’un artiste que l’on commence à s’intéresser de près à son œuvre. À son décès en 2002 on s’est mis à redécouvrir un musicien/parolier (on dit un auteur/compositeur/interprète) au talent aussi énorme que pouvait être proportionnellement sa discrétion. Pourtant il connaîtra tout au long de sa carrière un important succès populaire grâce à son écriture divine. La chanson « Marjolène » est un fleuron de la chanson française. « À Paris », interprété par Yves Montand, restera pour toujours dans la mémoire collective. La liste est trop longue car il faudrait y rajouter ses fructueuses collaborations avec quelques collègues pour la composition de musiques de films, c’était le bon temps avec les copains : « Les vieux de la vieille » en 1960 en collaboration avec Paul Durand, « Playtime » de Jacques Tati en 1963 en collaboration avec le chef d’orchestre François Rauber, « Le gentleman d’Epsom », « Le cave se rebiffe » et « Maigret voit rouge » en collaboration avec Michel Legrand. Des thèmes musicaux superbes emmenés par notre incontournable symbole national, l’accordéon. Francis Lemarque avait une personnalité attachante et pour le remercier de sa fidélité à la Ville lumière qui l’aura forgé et à laquelle il aura tant apporté en retour, la Ville de Paris a donné son nom à une place. Un hommage bien insignifiant mais la démarche est chaleureuse et sincère. Ce qui correspond bien à l’état d’esprit du personnage, conscient à la fois de l’importance de la vie et des bienfaits qu’elle peut nous apporter comme de sa superficialité à l’occasion d’un destin tragique. Philosophe, visionnaire, poète, terriblement humain… Tout ce que peut être un artiste véridique : admirable, la marque de fabrique de Francis Lemarque.

 

* Pour en savoir + sur Francis Lemarque, cliquez ici (site officiel)

* Pour en savoir + sa biographie, cliquez ici (infos R.F.I. musique)

* Pour en savoir + sur l’éditeur d’oeuvres de Francis Lemarque, Christian Pirot à Paris, cliquez ici (infos Christian Pirot)

* Pour en savoir + sur un photographe incroyable et un artiste philisophe complet, le franc-tireur des images du 20e siècle Gérald Bloncourt, cliquez ici (site officiel). De nombreuses photographies sur notre histoire collective à ne pas manquer. Ne pas louper la photo d’Yves Montand avec Francis Lemarque sur les berges de la Seine à Paris.

PHOTO ci-contre : Pour en savoir + sur le square Francis Lemarque à Paris, cliquez ici (infos Mairie de Paris XIe)

Photos :

* DVD Play Time (1967) de et avec Jacques Tati, produit et distribué par Les films de mon oncle

* CD Francis Lemarque À la découverte de la chanson populaire, produit et distribué par Sélection du Reader’s Digest

 


René AUBRY, compositeur

Parfois la question suivante se pose : c’est quoi, un bon film ? Et souvent la réponse est évidente : « Malabar Princess » par exemple. Le scénario est très crédible puisqu’il repose sur une histoire vraie, la collision en novembre 1950 d’un avion Lockheed Constellation qui assurait la liaison Bombay/Londres en volant au-dessus du Mont-Blanc , un peu plus d’un an après l’ouverture de la ligne d’Air India. Cinquante cinq ans plus tard le petit Thomas (Tom) joué par Jules-Angélo Bigarnet (voir photos ci-contre et autre article ici) n’a qu’une obsession : retrouver sa maman disparue alors qu’elle recherchait l’épave de l’avion au fond d’une crevasse du glacier des Bossons dans la somptueuse vallée de Chamonix. Les paysages, l’éclairage, la lumière, les décors sont magnifiquement cadrés et les acteurs y évoluent avec beaucoup de justesse. Le duo de gamins est formidable (Jules-Angelo Bigarnet que l’on retrouve avec l’excellent Damien Jouillerot dans « Les aiguilles rouges »), les moins jeunes comédiens du métier -leurs modèles- le sont tout autant (Villeret, Brasseur, Laroque, Cornillac and Co) ! Voici bien le film français par excellence : crédibilité, simplicité, émotion, maîtrise parfaite de la technique cinématographique et magnificence artistique. La musique du film ne pouvait que répondre « présent ! ». Il faut dire que le compositeur René Aubry n’est pas un débutant.

 

Né en 1956 René Aubry travaille beaucoup sur la musique de scène pour laquelle il aura apporté sa personnalité forte et attachante que l’on retrouve dans le style de ses mélodies, simples et belles donc vraies et sensibles, le public des spectacles de danse de Carolyn Carlson avec la lumineuse Pietragalla ou les visages émerveillés des spectacles du marionnettiste Philippe Genty s’en souviennent encore. Les musiques du compositeur sont régulièrement utilisées pour des génériques d’émission télévisées mais le plus important dans l’histoire, c’est la capacité du musicien à se produire en concert avec son Septet original. Guitariste de base, ami de Michel Simon, René Aubry explose dans un registre très moderne : enfant de la Terre et du vent, il puise son inspiration dans toutes les formes musicales, du traditionnel au classique, du jazz au contemporain. Rien d’étonnant à ce qu’il soit armé pour composer de superbes musiques de films ! Vivement les prochaines…

* Pour en savoir + sur René Aubry, cliquez ici (site officiel du compositeur chez Hopi Mesa son distributeur)

* Pour en savoir + sur le film Malabar Princess, cliquez ici (site du film chez Warner Bros)

* Pour en savoir + sur Air India, cliquez ici (infos Wikipedia)

Visitez le site officiel de Jules-Angelo Bigarnet : cliquez ici

 

Drame

LA RÉVOLTE DES ENFANTS, un film de Gérard Poitou-Weber (1992) avec Robinson Stévenin, Jonathan Zaccaï, Sagamore Stévenin, Michel Aumont, André Wilms, Clémentine Amouroux… Musique de René Aubry. Un film

Un poème de Jacques Prévert raconte la mutinerie qui s’est déroulée à Bell-Île en mer en août 1934. Son fidèle complice Joseph Kosma l’a mis en musique et nul doute que le réalisateur du film s’en est inspiré. La question des enfants délinquants d’âge mineur n’est pas nouvelle et se posait sérieusement à la fin du XIXe siècle : une colonie pénitencière sera instituée sur l’île bretonne par le Ministère de la Justice en 1902. Les conditions de traitement des enfants et des jeunes étaient terribles ce qu’évoque le film avec une certaine retenue plutôt dérangeante : le réalisateur, avec ses plans trop soignés et ses images souvent trop belles (trop artistiques) rend difficile la crédibilité de l’histoire, peut-être est-ce en partie la faute aux acteurs qui ne « sentent » pas suffisamment leur rôle, on peut les comprendre, ce n’est pas évident. Le jeune Robinson Stévenin devenu acteur professionnel se fera pourtant remarquer à cette occasion mais sa bonne bouille trop lisse comme les efforts de perfection entrepris par l’équipe de tournage n’intègrent pas bien le contexte triste et sombre de l’histoire. Lorsque la violence s’invite, les sévices et les drames qui s’en suivent sont mal retranscrits à l’image qui manque de force. Le réalisateur a du penser que choquer le spectateur par des images crues et brutales n’était peut-être pas la meilleure manière de convaincre. A t-il raison, a t-il tort ? La musique de René Aubry, elle aussi, semble éloignée du contexte : brumeuse, bizarre, mélodique mais sans l’être vraiment, basée sur le contrepoint, le synthé du compositeur ne donne pas la dimension lyrique espérée par Alix. Le réalisateur-producteur n’avait pas semble t-il les moyens financiers de commander une partition symphonique et c’est bien dommage car René Aubry aurait alors fait des merveilles. Ce film qui sent le téléfilm a petit budget reste néanmoins Bon car Alix relève les défauts sans oublier pour autant les difficultés de l’entreprise. Simplement, il était possible de mieux faire en s’y prenant autrement par la mise en valeur des sentiments exacerbés, en cachant un peu moins sous le manteau les moments d’émotions pures et les instants dramatiques. Pour résumer, le film laisse une impression mitigée car la réalisation est tamisée, en demi-teinte. Était-ce vraiment le but recherché ?

Marcel Carné souhaitait faire un film sur le sujet après la Seconde guerre mondiale. Pour en savoir + sur la Révolte des enfants, cliquez ici (infos Imsi).

 

 


Arthur B. RUBINSTEIN, compositeur

Arthur B. Rubinstein a composé un nombre incalculable de musiques de films pour le petit écran. Avec Patrick Williams (voir ici) et une poignée d’autres musiciens il reste le plus grand représentant de l’art musical dans toute son amplitude : de la douceur à la violence, de l’indolence à l’action, les sentiments transmis par un ses génériques ou l’une de ses mélodies provoquent une émotion intense et rare. Si vous voulez adresser un jour un compliment à Arthur B. Rubinstein, dites-lui que ses compositions favorisent l’interprétation tant elles sont synonymes de vie. Le musicien honore notre meilleure forme d’expression et de communication, la musique de film, en associant les éléments fondateurs contradictoires mais complémentaires de la discipline instrumentale : la musique baroque pour la rigueur, la musique classique pour la grandeur, le jazz pour l’harmonie, le traditionnel pour le véridique, l’atonal pour la recherche, le synthétiseur pour la nouveauté. Les musiques d’Arthur B. Rubinstein reflètent aussi les variétés et complexités de nos mondes. En mélangeant habilement les sonorités anciennes et nouvelles, en innovant par des sons inconnus (il a placé un micro dans une bouteille remplie d’eau posée dans son piano à queue par exemple), en utilisant les techniques d’écriture éprouvées mais savamment utilisées (par exemple donner un tempo de 60 ou 120 pulsations à la minute à l’orchestre pour marteler le temps qui passe), ses musiques d’accompagnement comme ses mélodies originales marquent les esprits. Elles sont superbes.

Le compositeur collaborera avec le metteur en scène et producteur britannique (naturalisé américain lorsqu’il était enfant) John Badham pour de très bons films populaires, « Tonnerre de feu » en 1983 avec Roy Scheider où prédomine une musique électronique en plein essor, « Wargames », « Deal of the Century » avec Sigourney Weather toujours la même année, « Étroite surveillance » en 1987 puis « Indiscrétion assurée » en 1993, « Meutre en suspens » en 1995 (voir jaquettes ci-contre) avec cette fameuse musique qui soutient la course contre la montre d’un père qui doit sauver son enfant. D’autres films sont à retenir pour leurs thèmes psychologiques forts « C’est ma vie, après tout » en 1981 avec Richard Dreyfuss ou « La manière forte » en 1991 avec Adrien Brody dont le talent explosera au grand jour dans l’exceptionnel film « Le pianiste » de Polanski (voir ici). Les musiques d’Arthur B. Rubinstein seront reprises, entre autres, dans le film français « L’auberge espagnole » de Cédric Klapish en 2002 ou « The Truman show » avec Jim Carrey en 1998. L’essentiel de son œuvre s’entendra néanmoins dans les téléfilms et séries télévisées. Par exemple « Sawyer et Finn », plusieurs épisodes des « Simpsons », la série « Les deux font la paire » avec la délicieuse drôle de dame Kate Jackson ou le documentaire « Eastwood par Eastwood ». Né en 1938 à Brooklin, New-York, membre du groupe « The Beepers », il écrira avec ses trois collègues la musique du film « Wargames » (voir photo ci-dessous). Un étonnant mélange de sons électroniques issu des claviers et autres boites à rythmes. Avec l’aide de ses programmateurs informatiques adjoints il se lancera dans l’expérimentation : en 1983, nous ne sommes décidément qu’au début de l’ère des sons synthétiques déjà devenus indispensables.

 

 

Standing together at the edge of the world…

Arthur B. Rubinstein possède la faculté d’imaginer une musique très descriptive composée d’un mélange nouveau et très agréable : guitare classique, harpe et harmonica sur fond de cordes – sans oublier les contre-chants parfaitement maîtrisés -. Inventeur d’une magnifique mélodie, la chanson « Edge of the world » jouée par ces instruments est exceptionnelle de beauté et de grâce par ses modulations (ces fameux changements de tons que tout bon orchestrateur se doit d’utiliser et que l’on devrait appeler tonulation au lieu de modulation, terme à réserver pour un changement de mode c’est-à-dire un enchaînement de Majeur à mineur ou inversement voir ici la rubrique B.A.-ba de la composition). Rappelez-vous, pour « La tour infernale » et « L’aventure du Poséïdon » John Williams avait trouvé de superbes chansons (voir ici). Eh bien, Arthur B. Rubinstein n’a rien à lui envier. La musique « Edge of the world » entendue dans la version chantée sur le C.D. seulement (car coupée au montage du film par le réalisateur) puis dans la version instrumentale pendant le générique de fin mérite tout autant qu’on en tombe amoureux. Au fait, avez-vous déjà craqué une fois dans votre existence pour une mélodie jusqu’à l’aimer pour toujours ? Allez, la mélodie de votre vie, réfléchissez bien, celle qui vous suit partout… Si vous en êtes dépourvu, alors pauvre de vous ! Mais il n’est pas trop tard, pourquoi ne pas choisir celle-ci ou une Mélodie Moderne ? Dépêchez-vous d’en trouver une à moins de parvenir démuni jusqu’à « la fin du monde »…

* Pour en savoir + sur Arthur B. Rubinstein, cliquez ici (site officiel, en anglais)

* Pour en savoir + sur le réalisateur John Badham, cliquez ici (infos Wikipedia, en français) ; sa jeune soeur s’appelle Mary, remarquée dans Du silence et des ombres, cliquez ici

* Pour tomber amoureux d’une Mélodie Moderne, cliquez ici

* Film Wargames (1983) de John Badham avec Matthew Broderick et Ally Sheedy. Metro Goldwin Mayer

* Film Tonnerre de feu / Blue Thunder (1983) de John Badham avec Roy Scheider, Warren Oates, Candy Clark, Daniel Stern et Malcom Mac Dowell. Columbia Pictures. Distribution Columbia Tristar Home Video.

* Film Meurtre en suspens / Nick of time (1995) de John Badham avec Johnny Deep et Christopher Walken. Paramout Pictures.

* Film Etroite surveillance / Skateout (1996) avec Richard Dreyfuss et Émilio Estevez. Touchtone Pictures. Distribution Buena Vista Home Video.

* Film Indiscrétion assurée / Another skateout (2002) avec Richard Dreyfuss, Émilio Estevez et Rosie O’Donnell. Touchtone Pictures. Distribution Buena Vista Home Video.

N.B. Comme vous l’aurez remarqué, notre compositeur Arthur B. Rubinstein n’est pas la même personne que le pianiste-concertiste classique Arthur Rubinstein, un autre talent dans un autre registre !

 

 

Métronome, baguette de chef et carotte au bout du bâton

L’efficacité d’Hollywood. Vous choisissez un compositeur, vous lui passez commande d’une musique pour votre film et le tour est joué. Si vous pensez vraiment que les choses se font ainsi, alors vous êtes un piètre réalisateur. Derrière une apparente facilité dans la procédure se cache une armée de bons et loyaux petits soldats. Pour la musique de « Wargames », jugez-en plutôt : 1 ingénieur du son et ses assistants, 1 superviseur des copistes, 7 copistes chargés d’écrire la musique « proprement » pour être jouée le plus souvent en déchiffrage par les musiciens, 4 orchestrateurs dont Arthur B. Rubinstein lui-même pour la mise en musique, 1 pianiste concertiste, 3 pianistes spécialistes des claviers, 7 percussions, 2 harpes (les grandes harpes classiques), 1 harmonica, 1 guitare « sèche» , 1 guitare basse, 2 tubas, 8 trombones (excusez du peu), 8 trompettes, 5 cors, 18 autres instrumentistes à vent (flûtes traversières, clarinettes, hautbois, saxophones, cors anglais, tubas, bassons et compte tenu de l’orchestration grave et inquiétante réalisée, probablement des clarinettes basses, des trombones ténors et/ou basses et peut-être même des trombones contrebasses ainsi que des saxhorns, saxotrombas et sarrusophones très prisés des fanfares américaines), 4 contrebasses à cordes, 7 violoncelles, 9 violons-altos et 21 violons (dont Seymour Rubinstein), 1 superviseur, le chef d’orchestre Arthur B. Rubinstein en personne sans oublier 2 groupes de choristes hommes et femmes qui possèdent des voix magnifiques, les programmateurs des synthés, les encodeurs, les mixeurs, l’éditeur des partitions, l’intendant de l’orchestre, les 3 paroliers et parolières des chansons, une bonne dizaine de collaborateurs, tous ce beau monde réunis pour 70 minutes de musique enregistrée en… 3 jours seulement. Rendez-vous compte un peu de l’organisation que cela implique et de l’importance que l’on accorde à la musique de film Outre-Atlantique ! De plus ce personnel important fut enthousiasmé par le thème magique « Edge of the world » joué à l’harmonica et la trompette, en témoigne les chaleureux applaudissements des musiciens et des techniciens à l’issue des séances d’enregistrement, comme l’ont fait pour le film les acteurs présents dans la salle de contrôle de Joshua, l’ordinateur devenu fou qui déclenche par jeu le feu nucléaire sur la planète. Un soutien de la musique à l’intensité dramatique du film qui vaut au compositeur un sacré coup de chapeau des Mélodies Modernes assurément très très admiratives ! 


C.D. « Wargames » Intrada special collection limité à 2 500 copies ; dans les parties instrumentales, les enregistrements et la remastérisation sont impeccables sans écho excessif, toutes les parties de l’orchestre s’entendent bien distinctement avec un équilibre parfait entre les instruments acoustiques : piano, violons, cors, caisse-claire entre autres et les électriques (la basse). Les voix féminines de la version chantée trop brève à la fin du C.D., un choeur de 16 jeunes filles d’une High school américaine et la version avec Yvonne Elliman en soliste, une chanteuse pop. d’origine polynésienne très connue chez nos amis anglo-saxons pour avoir chanté avec les Bee-gees ou dans « La fièvre du samedi soir » sont toutes admirables de justesse et de délicatesse : dans l’interprétation sensible et mélodieuse, franchement, en entendant ça, on a vraiment envie de se remettre à la langue anglaise ! Simples, belles, efficaces, les paroles de la chanson « Edge of the world » sont de Cynthia Morrow (peu de références sur sa fiche Imdb d’Internet) et elles collent parfaitement aux notes de la mélodie. Hélas, le réalisateur John Badman n’avait pas souhaité conserver l’une ou l’autre de ces versions chantées au montage aux grands regrets du compositeur Arthur B. Rubinstein ce qui ne permet pas d’agrémenter les scènes du film par ces magnifiques enregistrements ; la mélodie est néanmoins entendue à l’harmonica (lorsque David et Jennifer se rendent en ferry sur l’île de Faulken) et voici ce qui restera certainement comme une belle une erreur de jugement car le film aurait gagné en sensibilité et en intensité avec tous les arrangements musicaux. Un C.D. trouvable à www.intrada.com (C.D. trouvable par exemple sur e.bay France).

 

À deux pas l’un de l’autre

WARGAMES 2/Wargames 2, The dead code,un film de Stuart Gillard (2007) avec Matt Lander, Amanda Walsh, Nicolas Wright, Colm Feore. Musique de John Van Tongeren. Un film Metro Goldwin Mayer.

Quand un « ancien» film a marqué son époque, tôt ou tard un réalisateur se croit obligé de faire mieux. Peu d’exemples permettent de dire qu’un deuxième film est meilleur que le premier, à part peut-être « Aliens », « Le flic de Beverly Hills 2 » ou « Les bronzés font du ski »… À chaque fois les versions originales possèdent le charme, créent l’ambiance et fabriquent la magie issue de la nouveauté et de l’audace. Pour se lancer malgré tout dans l’expérimentation d’une re-création, c’est à dire vouloir changer dans la continuité ou faire du neuf avec du vieux, le réalisateur inspiré se fera généralement aider par une « major compagnie » qui souhaite tant qu’à faire remplir ses caisses en exploitant le filon éprouvé. L’argent reste le nerf de la guerre, produire un (bon) film coûte une fortune. Dans le cas présent le chef d’orchestre de l’opération semble certain de son projet : « Wargames 2 » demeure un projet intéressant et abouti, le film n’est pas un outrage à son aîné. Vif, énergique, parfois confu tout de même, cette production de qualité est dans l’air du temps, jeune et moderne. L’histoire ressemble à celle de Joshua l’ordinateur du Norad devenu fou mais l’électronique Ripley (encore un clin d’oeil ?) reste désespérément sans âme et « c’est là qu’est l’os ». Vidé de sa substantifique moelle comme écrivait Rabelais dans Gargantua, « Wargames » posséde tout ce qui manque à « Wargames 2 » mais peut-être que Stuart Gillard le réalisateur, acteur, scénariste et producteur canadien spécialisé dans les séries télévisées réussira t-il un nouveau « Wargames 3 » que l’on regardera aussi avec beaucoup de plaisir et d’attention. Matt Lander et la jolie Amanda Walsh (une québécoise qui possède un site personnel uniquement rédigé en anglais, dommage) seront-ils une nouvelle fois de la partie pour éviter la fin précipitée du monde ?!

Appréciation d’Alix : un Bon film, une Bonne musique de circonstance. Mais « Wargames », c’est quand même sacrément mieux !

 

 

Accès page suivante : Marc SHAIMAN, VANGELIS et Éric SERRA, compositeurs / John CARPENTER, scénariste, réalisateur et compositeur.

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