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Les compositeurs de musiques de films

Musiques de films

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La critique de film d'Alix

Critiques de films

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Le Top 100 des plus belles musiques de films

Les 100 + belles BO de films

Est-ce possible ? Possible, oui bien sûr mais raisonnable, beaucoup moins.

Les musiques de films (XV)

La musique de film des westerns allemands, par Thierry Blain.

 

Genre cinématographique américain par excellence, le western a posé les canons du film d’aventures épiques universel dès les premiers jours du cinéma. Tellement universels que ce genre est très vite sorti de ses frontières. On se rappellera de Joe Hamman « The french John Wayne » comme l’a surnommé « Western » le magazine américain de juillet 2007 qui célébrait le centenaire du Duke. Dès les années 1910-1920 Joe Hamman tournait en Camargue des westerns si épiques qu’ils avaient aussi la faveur du public américain. Plus près de nous, c’est l’épopée du western européen dans les années 1960-1970 qui caractérise le mieux son extension géographique. En sortant de ses frontières américaines le genre a perdu beaucoup de l’authenticité de ses histoires qui prenaient pour toile de fond des repères socio-historiques vérifiables et de nombreux pays ont récupéré et arrangé à leur manière, pour leur propre public, tous les éléments narratifs ce qui leur a permis de réaliser des films d’aventures parfois très réussis. Les plus célèbres avatars du genre sont sortis d’Espagne et d’Italie mais d’autres sont nés en France, en Turquie, au Mexique et en Allemagne alors République Fédérale et République Démocratique. Des deux Allemagnes ce fut à l’Ouest (on s’en douterait !) que l’on tira les premiers coups de feu. Inspirés par les romans de Karl May, les co-producteurs lancèrent dès 1962 un film important « Le trésor du lac d’argent/Der Schatz Im Silbersee » mettant en scène l’indien Winnetou. Le succès appela une suite inattendue dont les retombées sont encore visibles dans l’actuelle Allemagne. Ces films étaient de bonne facture et furent tournés en Yougoslavie dans les magnifiques paysages du parc des lacs de Plitvice (Croatie actuelle) et des montagnes du parc de Paklenica (près de Zadar) ; ces productions bénéficiaient d’acteurs de renommée mondiale tels que Lex Baxter, Stewart Granger et Herbert Lom. Mais le phénomène le plus spectaculaire fut l’ascension au statut de star d’un jeune acteur français d’origine brestoise, Pierre Brice, dont les apparitions à l’écran étaient accompagnées par un thème musical devenu étonnamment populaire. Il ne lui était pas destiné dans le premier film mais le public identifia très vite cette musique au personnage de Winnetou, l’Apache Mescalero. Composé par Martin Böttcher, ce thème est lyrique, romantique, il sollicite les violons les plus langoureux sur un rythme de balade très lente un peu à la manière de Victor Young dans « L’homme des vallées perdues/Shane » en 1953. Il traduisait parfaitement les aspirations du public allemand pour un film pacifique (nous nous trouvons après la seconde guerre mondiale) et dépaysant, à la limite, pro-écologique.

 

 

Martin Böttcher (photo ci-contre) est né le 17 juin 1927 à Berlin et fut dès son plus jeune âge amené à jouer du piano. Mais sa première passion était l’aviation et jusqu’à l’âge de 17 ans il concentra ses efforts pour devenir pilote dans l’armée de l’air. Mais en 1944, l’armée allemande est clouée au sol faute de carburant et ses pilotes sont faits prisonniers de guerre. Durant sa captivité, Martin Böttcher revint à la musique et se mit à la guitare. A sa libération, il partit pour Hambourg où il démarra sa carrière musicale comme guitariste dans un orchestre de variétés réputé jusqu’en Grande-Bretagne. Il se concentra d’abord sur le jazz puis s’orienta peu à peu vers les arrangements pour des compositeurs de musique de films parmi lesquels Michael Jary et Hans-Martin Majewski. Il fit ses débuts dans la composition pour le cinéma en 1955 avec « Der Hauptman Und Sein Held » mais c’est son second film « Die Halbstraken » avec Horst Buchholz (rappelez-vous « Chico », le septième mercenaire voir ici et photo ci-dessous) qui l’amena au succès. A partir de ce jour l’orchestre de Martin Böttcher fut l’un des plus célèbres jazz band de l’Allemagne de l’Ouest avec le gotha des musiciens parmi lesquels Hans « James » Last. Sa musique composée pour le film « Max, Der Taschendieb » (1962), qui contient le thème « Hawaï Tatoo », lui ouvre les portes de la renommée internationale. C’est donc tout naturellement qu’on lui proposa cette même année la composition de la bande originale de la co-production internationale « Le trésor du lac d’argent » (1962). La musique de ce western italo-germano-yougoslave reprend tous les schémas de la musique de la période classique hollywoodienne. Böttcher écrit un thème romantique pour Old Shatterhand, le personnage principal de l’histoire (mais qui se substituera très vite à celui de Winnetou), un thème plus incisif pour le « Badman » interprété par Herbert Lom et un thème pour l’indien Winnetou, plus proche alors de l’esprit de la musique amérindienne (flûte indienne et tambour). L’œuvre comprend également des pièces musicales pour grand orchestre (notamment les scènes de bataille autour du ranch) ainsi que des pièces musicales populaires (« Oh Susannah » de Stephen Foster) pour les scènes de saloons. La bande originale de ce western est plutôt bien fournie. Les suites « officielles » qui suivirent, mis en musique par Martin Böttcher, confirmèrent l’habileté de ce musicien pour l’illustration de films épiques. En parallèle, une série « officieuse » qui n’était plus mise en scène par Harald Reinl appela d’autres noms aux génériques comme Stewart Granger dans le rôle d’Old Surehand, Rod Cameron dans le rôle de Old Firehand, Riz Ortolani et Peter Thomas qui remplacèrent Martin Böttcher pour « Old Shatterhand » en 1964et « Massacre à la frontière/ Winnetou und Sein Freund Old Firehand » en 1966.

 

Le succès de ces films permit la réalisation d’autres westerns allemands à travers lesquels s’illustrèrent des compositeurs intéressants. Peter Thomas, justement, n’est pas venu à Winnetou par hasard. En 1965, il venait d’écrire la musique d’un film pro-indien intitulé « Le dernier des Mohicans/Der Letzte Mohicaner », adaptation germanique du roman de James Fenimore Cooper. Né à Breslau en Silésie le 1er décembre 1925, Peter Thomas commença d’abord sa carrière à la télévision en 1955 puis dans le cinéma en 1959 avec « Zurück Aus dem Weltall » ; suivit une série de film avec le personnage d’Edgar Wallace dans « La porte aux sept serrures » en 1962 ou encore « L’attaque du fourgon postal » en 1964, entre autres exemples. Un an plus tard il signa la musique d’un film se déroulant aux États-Unis, « La case de l’oncle Tom » ce qui l’amena tout naturellement à écrire la musique du film « Le dernier des Mohicans ». Selon le schéma classique, il créa pour cette production plusieurs thèmes correspondants aux différents protagonistes. Le thème principal est associé au Capitaine Hayward (interprété par Joachim Fuchsberger), une très belle balade romantique qui aurait fort bien pu inspirer David Rose quelques années après pour le générique de « La petite maison dans la prairie » (1974). Dans ce western, les Mohicans, emmenés par Uncas et Œil de Faucon (Anthony Steffen) sont les « Good Guys », illustrés par un autre thème romantique joué aux violons. Les « Bad Guys » sont les Iroquois du chef Magua et les hors-la-loi, emmenés par un certain Roger sont à leur tour accompagnés d’un thème curieusement très jazzy au saxophone ou à la « trompette bouchée » (trompette utilisant une sourdine). Dans l’ensemble, la partition est de facture très classique et très nuancée, parfois très lyrique (la double histoire d’amour entre Uncas et Cora et entre Hayward et Alice est soulignée par un thème pour flûte indienne accompagnée de tendres violons mélodieux), parfois très atonale (lors des confrontations et des scènes de bataille). On notera aussi l’utilisation de la guitare électrique qui se rapproche d’avantage de la musique du western italien que des partitions de Martin Böttcher. On passera sur les épouvantables anachronismes de l’histoire (lieux, costumes, armes) et on appréciera ce petit western sans prétention soutenu par une musique de qualité.

 

Pour son second western « Massacre à la frontière », Peter Thomas a du s’adapter. Winnetou n’est pas Œil de Faucon ! Et pour laisser l’originalité du thème principal à son collègue Martin Böttcher, il composa pour le générique un nouveau thème plus dynamique confié aux cuivres. Globalement sa partition est moins atonale que pour « Le dernier des Mohicans » et correspond davantage à l’esprit romantique des personnages de l’écrivain Karl May (voir photo ci-dessous). Les thèmes sont très courts, très variés allant de l’ensemble orchestral aux instruments solistes et restent toujours adaptés aux personnages : un thème lyrique pour Old Firehand, un thème écossais pour un personnage britannique, un thème à l’accordéon pour un personnage français. Toutefois, comme le film essaie de croiser le western romantique allemand et le spaghetti western, Peter Thomas inclut ici aussi dans sa partition de nombreux thèmes interprétés à la guitare électrique. En 1965 sortit sur les écrans européens « Les aigles noirs de Santa Fe/Die Schwarzen Adler Von Santa Fe » dont la musique était signée Gert Wilden. De son vrai nom Gert Wychodil, le musicien est né le 15 avril 1923 à Mährich Trübau en Moravie (aujourd’hui Moravskà Trebova en République Tchèque). Après des études de composition au conservatoire de Prague sous la tutelle de George Szell, Fritz Rieger et Fidelio Fincke, il composa et arrangea de nombreuses musiques pour les stations radiophoniques allemandes dans les années 1940. Après la seconde guerre mondiale il s’installa à Munich et travailla comme arrangeur pour des compositeurs de musique de films tels que Richard Werner Heymann, Lothar Brühne ou Hans-Martin Majewsky et même Alfred Newman et Victor Young. Il composa sa première musique « Neue Welt » en 1958 ; puis de 1961 à 1964 il dirigea l’orchestre de danse de la télévision bavaroise à Munich. Il fut célèbre dans les années 1970 grâce à ses compositions pour une série de comédies sexy-groove emmenées par le personnage de Schüler-Report. Dans les années 1960 il s’essaya deux fois au western, en 1965 avec « Les aigles noirs de santa Fe » et en 1969 avec une série franco-germano-roumaine intitulée « La légende de Bas de Cuir/Die Lederstrumpferzählungen » d’après James Fenimore Cooper.

 

Le thème principal du film « Les aigles noirs de Santa Fe » n’est pas sans rappeler le thème dynamique et déterminé d’Alfred Newman pour « Bravados » en 1958. Ce n’est peut-être pas sans rapport. Il faut rappeler qu’en 1958, une importante grève des musiciens des studios d’Hollywood avait contraint certains compositeurs américains à venir en Europe enregistrer leurs partitions notamment avec le Graunke Symphony Orchestra de Munich ; Alfred Newman pour « Bravados » ou encore Hugo Friedhofer pour « Le Barbare et la Geisha » utilisèrent ses services. Un autre thème du film – Mule Walk – rappelle le thème écrit par Alfred Newman pour le personnage de Cleve Van Valen (interprété par Gregory Peck) dans « La conquête de l’Ouest/How The West Was Won » en 1962. Dans l’ensemble Gert Wilden reprend parfaitement les recettes du cinéma classique américain (un thème principal interprété par les cuivres), tout en suivant l’évolution du genre en ces années soixante, n’hésitant pas lui aussi à insérer la guitare électrique. En revanche son approche dans la « source music », c’est-à-dire la musique folklorique, reste très inspirée par ses racines européennes (Nino Rota ou Angelo Francesco Lavagnino) : tous les thèmes écrits pour illustrer la musique de saloon sont davantage inspirés du petit ensemble « charleston » ou du « french can-can » que du piano « rag-time » ou « honky-tonk ». Pour clore cette première approche de la musique dans les westerns ouest-allemands, il faut encore citer trois compositeurs : Erwin Halletz, Willy Mattes et Heinz Geitz qui ont tous les trois sorti une musique de western au cours de l’année 1964.

 

L’Autrichien Erwin Halletz est né à Vienne le 12 juillet 1923 et reçut très tôt une formation de violoniste. A 23 ans il fut chanteur, saxophoniste et arrangeur dans un big-band avant de prendre, à partir de 1950, la direction de l’orchestre de danse de Vienne avec lequel il entreprit des tournées à l’étranger. Il écrivit sa première musique de film en 1953 pour « Un bon fruit/Ein Tolles Früchtchen », puis divers films « Les dix derniers jours d’Hitler/Der Letzte Act » en 1955, « Liane, la désesse de la jungle /Liane, das Mädchen aus dem Urwald » en 1956, « Liane, l’esclave blanche/Liane, die weisse Sklavin » en 1957 et « Liane, die Tochter des Dschungels » en 1961, trois films d’aventures qui l’amenèrent à composer « La dernière chevauchée de Santa Cruz/Die Letzte Ritt Nach Santa Cruz » en 1964. Suivirent « La légende d’un pistolero/Heiss Weht der Wind » en 1964. L’année suivante il signa la musique d’un film d’aventures important réalisé en deux parties, « Les mercenaires du Rio Grande/Der Schatz der Azteken et Die Pyramide des Sonnengottes » en 1965, un film inspiré des romans de Karl May. Plus récemment, il rendit hommage au « roi de la valse » dans « Johann Strauss, le roi sans couronne/Johann Strauss, Der König ohne Krone » en 1987. Autrichien lui aussi, Willy Mattes est né à Vienne le 4 janvier 1916 ; il est décédé le 30 juillet 2002 à Salzburg. Il débuta sa carrière dans la musique de film en 1944 et la termina en 1964 avec « Les pirates du Mississippi/Die Flusspiraten vom Mississippi », son unique incursion dans le western. Heinz Gietz, lui, est né à Francfort le 31 mars 1924 et décèdera à Cologne le 24 décembre 1989. Après des études au conservatoire de Francfort, il joua du jazz dans différents groupes. Puis à partir de 1952, il écrivit des textes pour presque toutes les stars de la chanson allemande jusque dans les années soixante-dix. Il fit un passage dans la musique de film de 1954 à 1969. On retiendra de lui deux musiques de westerns : « Les chercheurs d’or de l’Arkansas/Die Goldsucher von Arkansas / Alla conquista dell’ Arkansas » en 1964 en co-composition avec l’italien Francesco De masi et « On l’appelait Gringo/Sie nannten ihn Gringo » en 1965. Les westerns de la République Fédérale Allemande ont révélé de talentueux compositeurs fortement imprégnés de la tradition romantique germanique. Pourtant de la République Démocratique Allemande sont sortis d’excellents compositeurs, moins romantiques et certainement plus proche de la tradition musicale hollywoodienne.

 

 

 

 

 

Au cours de la guerre froide, les deux Allemagnes se regardèrent comme dans un miroir. Alors que les occupants alliés en Allemagne de l’Ouest voyaient avec suspicion et méfiance la renaissance rapide du cinéma d’Outre-Rhin dans son ensemble (par le souvenir récent qu’il fut un terrible outil de propagande utilisé par le troisième Reich), les occupants soviétiques en Allemagne de l’Est utilisèrent à leur tour l’industrie du cinéma comme outil de propagande anticapitaliste afin de produire ce qu’ils appelèrent un « cinéma historique ». Et aussi curieusement que cela fut, en réponse à la popularité des aventures de Winnetou, la République Démocratique Allemande mit en chantier dans les années soixante un étonnant cycle de westerns indiens, le « Roter Kreis » (ou cycle rouge) produits par la D.E.F.A.

Première compagnie cinématographique allemande de l’après-guerre, la DEutsche Film Aktiengesellschaft (ou D.E.F.A.) était un monopole d’état né le 13 mai 1946 à Berlin en zone d’occupation soviétique. Elle fut transférée le 14 juillet 1947 à Potsdam dans les anciens studios de Babelsberg qui depuis 1912 avaient produits des films prestigieux dont le célèbre « Metropolis » de Fritz Lang. Le 23 juin 1950, quelques mois après la naissance officielle de la République Démocratique Allemande, Sepp Schwab, un communiste convaincu, fut nommé directeur général de la D.E.F.A. Dès lors, il contrôla si sévèrement la production cinématographique que la sélection de scénarii acceptables devint extrêmement étroite. Les thèmes retenus traitaient de la « redistribution des terres » et du « plan bi-annuel ». Par conséquent entre 1948 et 1953 la R.D.A. ne produisit que 50 films. A la mort de Staline, les choses commencèrent à changer et dans les années soixante, un spectaculaire revirement se produisit. En 1966, sur les écrans de Berlin-Est sortit un… western !

 

« Les fils de la Grande Ourse/Die Söhne der Grosse Bärin » (1966) est le premier des « westerns rouges ». Rouges parce que ces films sont teintés d’idéologie communiste mais aussi parce que les héros sont les peaux-rouges. La présentation de l’indien comme étant un noble sauvage rejoint celle de quelques films américains jusqu’alors relativement minoritaires par leur vision favorable à la cause indienne, « La race qui meurt/The Vanishing American » en 1925, « La flèche brisée/Broken Arrow » en 1950 ou encore parmi d’autres « Au mépris des lois/The Battle at Apache Pass » en 1951. Toutefois, à la différence de ces films américains au propos généreux et intelligemment modéré, le scénario des « Fils de la Grande Ourse » se révèle extrêmement manichéen et inverse complètement les pôles traditionnels du genre pour faire de l’indien le héros en donnant à l’armée américaine le rôle du « vilain » venu détruire sa société et voler sa terre, bien avant « Little Big Man » ou « Soldat Bleu » en 1970, deux films excessifs, de mon point de vue. Ce parti pris résolument pro-indien, dans les films de la R.D.A., est surtout du à une vision anticapitaliste des scénaristes, réalisateurs et producteurs, régime communiste oblige. Ironie du sort (comme c’est souvent le cas dans l’Histoire), cette coproduction R.D.A.-Tchécoslovaquie tournée en Yougoslavie, Bulgarie et Mongolie est devenue une bénédiction du capitalisme, paradoxalement. Le succès commercial engendra une série de films et lancèrent la carrière de l’acteur yougoslave Gojko Mitic qui avait déjà joué dans un épisode de « Winnetou ». La sortie du film fut suivie d’une véritable opération de « merchandising » avec des jouets, bande-dessinées et autres articles commerciaux ! La seule différence entre le petit américain et le petit allemands de l’est qui voyaient chacun de leur côté un western produit dans leur pays respectif se situait an niveau des jeunes allemands de l’est : ils jouaient aux « cowboys et aux indiens » en voulant tous être… les indiens !

 

Pour ce premier « western socialiste », la partition musicale fut confiée à Wilhelm Neef, compositeur, arrangeur et auteur de chansons né le 28 janvier 1916 à Berlin et décédé le 20 mars 1990 à Potsdam. Il commença sa « petite » carrière de compositeur pour film en 1952 et sur la vingtaine de films qu’il entreprit, il signa tout de même quatre musiques de westerns. Ces partitions révèlent une tradition romantique évidente qui nous rappelle forcément le western classique hollywoodien et les compositeurs germano-autrichiens (Max Steiner, Hans J. Salter, Hugo Friedhofer). Le générique des « Fils de la Grande Ourse » est une composition magistrale, lyrique, avec un thème imposant interprété par les violons qui rend tout de suite le film attractif. L’ensemble de cette partition est dynamique et colorée, tantôt lyrique, tantôt dramatique ou humoristique. Un léger thème pour flûte solo et hautbois évoque bien évidemment la culture indienne. Plus loin, un thème développé pour formation de style big-band insère une rythmique à la basse électrique et un thème joué à la guitare électrique, instruments très à la mode à cette époque. La chanteuse de jazz est-allemande Ruth Hohmann interprète deux chansons : « Missouri » qui fait office de thème d’amour et « Saloon Song » qui n’a absolument aucun rapport avec la musique folklorique américaine mais plutôt avec la musique de variété allemande. La richesse musicale de Wilhelm Neef et la virtuosité du Grosses Rundfunkorchester de Leipzig sous la direction d’Adolf Fritz Guhl ont certainement contribué à l’enthousiasme qui se dégage du film, une production qui a tout de même attiré dix millions de spectateurs (pour la seule Europe de l’Est !). On retrouve la même énergie dans la musique du second western du cycle « Chingachgook, le Grand Serpent/Chingachgook, die Grosse Schlange » en 1967. Toutefois, Wilhelm Neef incorpore cette fois d’avantage d’éléments folkloriques (percussions et flûtes indiennes) exclusifs dans certains passages du film. Comme pour sa première œuvre, l’ouverture est imposante et lyrique. Le monde indien est évoqué par des thèmes bucoliques en gamme pentatonique, évoquant les grands espaces paisibles. La musique de la grande confrontation finale est atonale avec une grande ampleur. Le thème d’amour est interprété aux violons et hautbois, avec percussions indiennes, guitare électrique et ensemble orchestral. L’acteur et chanteur Gerry Wolff interprète « Der Grosse Strom », une chanson fortement teintée de blues New-Orleans et « Dazwischen », une chanson de variété allemande à l’orchestration humoristique.

 

Après avoir passé deux ans la baguette à un collègue de la grande tradition classique également, Wilhelm Neef revint au western avec « Tödlicher Irrtum » (1970) et « Osceola » en 1971. Dans la musique de ces films, Wilhelm Neef amorça un tournant. L’utilisation d’une orchestration plus légère avec beaucoup moins de violons, notamment au profit de thèmes plus épurés interprétés par une trompette en solo ou une flûte, donne à ces œuvres plus d’intimité et de douceur même si elles conservent encore le caractère classique et romantique du compositeur, dans la plus pure tradition du western hollywoodien de la belle époque. Pour « Osceola », Neef composa deux chansons d’ambiance de saloon « Die Playgirls in der Yankee Bar » et « Florida », interprétées par Bianca Cavallini. Entre les deux incursions de Wilhelm Neef dans l’univers du western (en 1966 et 67 et en 1970-71), Karl-Ernst Sasse, un autre compositeur de solide formation classique, se distingua d’une manière plus inattendue.

Karl-Ernst Sasse est né le 5 décembre 1923 à Brême, d’un père chef d’orchestre et pédagogue musical et d’une mère assistante en chimie. A sept ans, il reçut un enseignement musical privé et apprit très tôt à jouer de divers instruments tels que le piano, la flûte traversière, le violon-alto et le saxophone. En parallèle à sa scolarité, il étudia la théorie musicale en autodidacte. A la fin de ses études en avril 1942, il fut recruté dans un corps de musique des forces aériennes de la Wehrmacht et fonda un orchestre à l’école d’aviation de Grottkau en Silésie. A la fin de la guerre, il s’inscrivit au conservatoire de Sondershausen, où il étudia la direction d’orchestre et la composition, le piano et le chant également tout en se perfectionnant au violon-alto. Parallèlement à ses études, de 1945 à 1959, Karl-Ernst Sasse travailla pour des théâtres comme répétiteur et chef d’orchestre, il donna des concerts et écrivit des chansons. Il devint le deuxième chef d’orchestre symphonique d’état vers le milieu des années cinquante. Le 1er janvier 1959, il reprit la direction de l’orchestre symphonique de la D.E.F.A. à Potsdam-Babelsberg grâce auquel il s’initia à la musique de film (composition, orchestration et montage de la musique). En 1963, sa première composition accompagna le téléfilm « Carl Von Ossietzky ». En tant que chef d’orchestre d’état de l’orchestre symphonique de Halle, il composa quelques musiques pour le cinéma et la télévision et en 1967 devint compositeur indépendant. C’est avec ce solide bagage musical qu’il fut commissionné en 1968 pour écrire la musique du troisième western de la D.E.F.A. « La piste du faucon/Spur des Falken ».

 

À l’écoute des premières notes de la partition de ce film, l’oreille est vivement interpellée ! Non seulement la musique surprend par une rythmique aussi familière qu’inattendue, très syncopée et très enlevée, mais le thème principal glorieux et puissant, ses changements de tonalités, son orchestration et son arrangement nous renvoient sans hésitation au plus célèbre des thèmes de musique de western « Les Sept Mercenaires » ! En effet pour ce film, le réalisateur Gottfried Kolditz et les producteurs de la D.E.F.A. ont demandé à Karl-Ernst Sasse et à son arrangeur Wolfgang Meier une musique de western « très américaine ». Et fort de ce conseil, les deux hommes se sont lancés dans l’écriture d’une partition très fortement inspirée de l’œuvre d’Elmer Bernstein qui l’a rendu mondialement célèbre. Plagiat ou hommage ? En tout cas, le résultat est saisissant et on peut se livrer à un véritable petit jeu de comparaison des deux œuvres. Dès le prologue, les violons donnent une rythmique un peu oppressante comme le thème de « Calvera » des « Sept Mercenaires », un thème dramatique, atonal qui correspond aux Vilains du film, c’est-à-dire les soldats américains avant de laisser le thème principal aux cuivres, un thème comme on l’a dit glorieux, coloré, et extrêmement puissant. Wolfgang Meier a écrit une variation encore plus poussée de ce thème intitulé « Weitspähender Falke » qui commence sur quelques notes de xylophone très enlevées avant de donner la rythmique aux cuivres, un procédé identique au thème des « Sept Mercenaires ». Les violons lancent ensuite la mélodie, très aérienne comme celle d’Elmer Bernstein (on peut découvrir cette variation sur la compilation « Wigwam, Weste(r)n, Weisse Wölfe » produite par le label allemand Allscore Media en 2001). Ce thème réapparait constamment au cours du film pour illustrer l’action des héros, à savoir, les indiens. Une des meilleures reprises est intitulée « Der Treck » qui a été composée sur le modèle de « The Journey » des « Sept Mercenaires » avec des temps forts (tout l’orchestre) et des pauses (à la guitare et aux bois). Un autre thème « Moment der Trauer » est plutôt sombre et grave, interprété par les bois, à l’instar de « Council » dans la partition de Bernstein. La vie paisible des indiens Sioux des Collines Noires est illustrée par le thème « Im Indianerlager » pour flûte, harpe et bois, qui est peut-être le thème le plus original de l’œuvre. « Umzug ins Winterquartier » est un thème sombre, martelé par des tambours de guerre sur lesquels joue une flûte grave, qui nous rappelle le thème « Crossroads » d’Elmer Bernstein, moment où les sept mercenaires sont capturés par les hommes de Calvera et doivent choisir leur destinée. Karl-Ernst Sasse compose aussi une petite marche militaire qui est une allusion évidente au « Carry Owen » du septième de cavalerie du Lieutenant-colonel George Armstrong Custer, un petit thème à l’harmonica au coin du feu et trois musiques d’ambiance de saloon pour piano et violon. Grace à leurs talents conjugués et à leur extraordinaire habilité d’écriture (juxtaposition des deux thèmes principaux dans les scènes d’action), Karl-Ernst Sasse et Wolfgang Meier ont su dynamiser le film et faire de la partition de ce western, aussi proche soit-elle de celle d’Elmer Bernstein, un petit bijou de musique de film d’aventures.

 

Et c’est ainsi qu’en 1969, lorsque sort le quatrième western « Loup Blanc/Weisse Wölfe », Karl-Ernst Sasse est rappelé pour écrire la musique. Il reprend les thèmes qui ont fait le succès de son premier western, le thème des Sioux, celui des Soldats et les arrange savamment pour donner le rythme au film. « Am Wasserfall » est le nouveau thème d’amour, pour harpe et hautbois. « Die Black Hills » est un thème langoureux qui évoque avec majesté le paisible pays des indiens, inspiré par le largo de la Symphonie du Nouveau Monde d’Anton Dvorak. Les thèmes dynamiques pour les scènes de bataille sont écrits pour un grand ensemble de percussions. Il écrit également un thème pour un carillon, un peu comme l’a fait auparavant Ennio Morricone pour « Et pour quelques dollars de plus » puis encore trois autres musiques d’ambiance folklorique, pour violon et banjo. Sa deuxième partition de western restait fidèle à la grande tradition mais en revanche, avec « Ulzana » en 1974, Karl-Ernst Sasse change totalement de style. Effet de mode ? Manque de moyens ? Volonté délibérée ? Après avoir cédé la place pendant deux ans à deux autres compositeurs aux origines beaucoup moins classiques, il revient au western avec une musique beaucoup plus épurée. Sa partition est dominée par des thèmes pour flûte et guitare, accompagnées de percussions légères. Sa verve se retrouve seulement dans le thème principal et les thèmes enlevés de chevauchées où il écrit pour un orchestre plus fourni en cuivres. A côté, trois thèmes pour piano de saloon apportent toute la fraîcheur à une œuvre qui manque un peu d’ampleur et qui dans l’ensemble reste dramatique.

 

Pourtant, cette même année 1974, Karl-Ernst Sasse écrivit une belle partition lyrique pour « Kit & Co. », un western se déroulant en Alaska. Son thème principal commence avec un solo de banjo suivi d’une fanfare joyeuse qui entonne le « Oh Susannah » de Stephen Foster, une mélodie très originale donnant au film une couleur humoristique. Un autre thème, plus pesant, accompagne tous les prospecteurs qui rejoignent à pied le « Klondyke », les mines d’or de l’Alaska par la célèbre Chilkoot Pass. Monika Woytowicz complète l’œuvre avec la chanson « Alaska ». En 1975, Karl-Ernst Sasse écrivit encore pour un autre western, « Frères de sang/Blutsbruder » en 1975. Comme pour « Ulzana », l’ensemble de la partition a perdu son lyrisme au profit de thèmes extrêmement épurés pour harmonica, flûte et guimbarde en solistes. Cela aboutit parfois à des compositions humoristiques entrainantes, parfois à des compositions très atonales et dérangeantes à l’oreille. L’utilisation de l’harmonica est un clin d’œil au film de Sergio Leone « Il était une fois dans l’Ouest » puisque le personnage principal du film s’appelle Harmonica. Il est interprété par Dean Reed, un atypique chanteur-acteur américain. Originaire de Denver au Colorado, Dean Reed (1938-1986) commença une carrière de chanteur dont le succès l’emmena en Amérique du Sud où il s’installa au Chili, au Pérou puis en Argentine. Il était connu comme « Senor Simpatia » parce que ses opinions politiques allaient à l’encontre de l’expansionnisme capitaliste même s’il n’a jamais rejoint le Parti Communiste. Il fut chassé de l’Argentine en 1966 et arriva à Rome pour commencer une petite carrière dans le western-spaghetti dont le célèbre « Adios Sabata » avec Yul Brynner en 1971. Puis, un autre succès enregistré lors d’un concert en Union Soviétique l’amena dans les studios de Berlin-Est pour jouer dans quelques westerns. En 1985, il revient aux États-Unis avec un projet cinématographique dans l’espoir d’y trouver le succès mais il fut retrouvé mort dans sa maison à l’extérieur de Berlin-Est avant le premier jour de tournage en Crimée. Il laissa sa signature dans l’œuvre de Sasse en interprétant « Love Your Brother » (en anglais et en allemand), la chanson du film « Frères de Sang ».

 

 

Enfin dans les années 1980, Karl-Ernst Sasse signa les musiques des westerns « Der Scout » en 1983 et « Präriejäger in Mexico/Benito Juarez » en 1988. Pour ces deux films, il revient au lyrisme et au romantisme et écrivit deux superbes génériques pour un grand orchestre généreux. Les thèmes de scènes d’action retrouvent ainsi de l’ampleur. Tout en conservant la couleur ethnique par l’utilisation des flûtes indiennes, guitare, et percussions, Sasse suit le courant moderne et inclut quelques thèmes joyeux pour synthétiseur et orchestre folklorique de violons et banjos. Pour avoir composé sept partitions de westerns aux styles très variés, Karl-Ernst Sasse peut être reconnu comme le grand compositeur du cycle « Westerns Rouges ». On peut également citer son œuvre « Spur des Falken » comme étant certainement à l’échelle mondiale la plus belle imitation du style western donné par Elmer Bernstein. Cinq autres compositeurs des pays de l’Europe de l’Est sont venus marquer leur empreinte dans l’histoire du western « Made in East-Germany ».

En 1972 sortit « Tecumseh » dont la musique fut composée par Günther Fischer. Né le 23 juin 1944 à Teplice-Schönau en République Tchèque, ce pianiste de jazz fit ses études au Conservatoire Robert Schumann à Zwickau de 1960 à 1963 puis à l’École Supérieure de Musique Hanns Eisler à Berlin de 1965 à 1969. En même temps qu’il étudia la clarinette, le saxophone, la direction d’orchestre, la composition et les arrangements, il joua dans l’orchestre de Klaus Lenz. En 1969 il fonda son propre orchestre de jazz et en 1972 fut chargé de cours au département de musique et de danse de l’université de Berlin. Cette année-là, il composa la bande musicale du septième western de la D.E.F.A. Günther Fischer apporta au genre un style résolument jazz-funky. Le générique du film est une composition originale pour flûte et chœur féminin sur fond de rythmique basse/guitare/percussion. Quelques fois, il ajoute des violons dans certains thèmes pour donner un peu d’ampleur, notamment dans la musique de scènes d’action (l’attaque sur le fort). L’ensemble de l’œuvre est plus intime et annonce un tournant dans le ton de la série en orientant les westerns vers des œuvres moins romantiques donc plus dramatiques. Ce choix se confirme dans la musique de « Severino » en 1978 dans lequel l’emprunte rock de Günther Fischer n’est plus à démontrer. Son thème principal à la guitare électrique est pesant et fait inévitablement penser à « L’homme à l’harmonica » d’Ennio Morricone pour « Il était une fois dans l’Ouest ».

 

 

La musique du western de 1973 « Apachen » fut composée par Hans-Dieter Hosalla. Né le 8 décembre 1919 à Erfurt (Allemagne) et décédé le 18 août 1995 à Berlin, ce compositeur travailla occasionnellement pour le cinéma dès 1958. L’originalité de sa musique de western, vient du fait qu’il s’agit avant tout d’une musique d’atmosphère, « naturaliste » et minimaliste, les thèmes musicaux pour guitare, percussions et cuivres ne constituant pas une mélodie véritable. Son écriture se rapproche de celle du compositeur italien Piero Piccioni. Citons les thèmes « Dorfleben » et « Einzug in Santa Rita » en jazz-waltz pour trompette et marimba, « die Plaza » qui évoque l’Amérique du sud avec ses flûtes de pan, « Rachegalopp » un thème plus funky pour guitare électrique tandis que le « finale » conclut avec un thème lent pour trompette et guitare, telle une élégie. La musique du western « Sing, Cowboy, Sing » (1981) a été composée par le célèbre et regretté Karel Svoboda. Né le 19 décembre 1938 à Prague et décédé le 28 janvier 2007, il débuta dans les années 1960 comme membre du groupe de rock « Mefisto », avant d’écrire de nombreuses chansons pour Karel Gott, grande vedette de la chanson tchèque et allemande. Il démarra la composition pour films en 1965 et connu la célébrité internationale en 1974 avec la série télé « Vic le viking » un dessin animé mais encore plus sûrement en 1975 grâce à une petite abeille malicieuse du nom de « Maya » ! En 1988-89, il composa pour la série « Le professeur » incarné par Bud Spencer, puis à partir de 1995 il composa l’intégralité des jingles de la télévision d’état tchèque. On lui doit des comédies musicales « Monte Cristo » et « Dracula ». Pour « Sing, Cowboy, Sing », Svoboda écrivit plusieurs chansons dont « Heigh, Cowboy » interprétée en anglais par le chanteur thèque Vaclav Neckar, « Thunder and Lightning » (en anglais) et le générique « Susan » (en anglais et en allemand), toutes deux interprétées par l’acteur-chanteur et réalisateur de ce western, Dean Reed.

 

 

Enfin, citons Peter Rabenalt, né le 16 juillet 1937 qui écrivit la musique du western « Blauvogel » en 1979, une partition électronique et Jürgen Kehrt, guitariste de blues qui écrivit en 1985 la musique du western « Atkins », du blues pour guitare et harmonica.

Paradoxalement au contexte socio-historique, ce sont les compositeurs de la D.E.F.A. qui se sont le plus rapprochés de la musique de western hollywoodien, soit par leur classicisme, soit par leur modernité. Mais les deux Allemagnes ont véritablement révélé des compositeurs de musique de films talentueux auxquels il semblait nécessaire de rendre hommage à travers cet article. Cerise sur le gâteau, ces quelques lignes accompagnent une petite résurrection du western allemand en DVD ainsi que celle des musiques de films en CD. Dans un sous-genre moins prolifique que le « western-spaghetti », ces « westerns-choucroute » ouest-allemands comme on les appelait à l’époque se situent entre la tendance américaine et la tendance italo-espagnole. Quant aux très subjectifs westerns pro-indiens de l’Europe de l’Est, ils furent surtout destinés à un public exclusif ce qui nuisit à l’époque leur diffusion à l’échelle internationale. Aujourd’hui, ironie de l’histoire encore une fois, ces mêmes films de la D.E.F.A. connaissent un certain regain d’intérêt en Amérique du Nord. Espérons que nous pourrons les découvrir bientôt en France.

Article conçu et écrit par Thierry Blain, Nantes, le 6 août 2008.

 

Pour en savoir + sur Horst Buchholtz, cliquez ici (info germanhistorydocs, en allemand)Pour en savoir + sur Martin Böttcher, cliquez ici (infos deutscher-tonfilm, en allemand)

 

 

Georges VAN PARYS, compositeur

 

Un sens inné de la mélodie : voici comment on pourrait résumer très brièvement l’ensemble de son œuvre. Rarement un compositeur aura produit autant de succès : « Comme de bien entendu » chanté par Arletty puis par Michel Simon, « Un jour tu verras » la chanson fétiche de Mouloudji, « La complainte de la butte » par Lucienne Boyer… Pianiste inspiré dans un cabaret parisien, né en 1902, immergé dans une ambiance folle de joie de vivre et d’artistes en pleine éclosion de leur talent, fortement influencé par les nouvelles formes musicales développées par ses collègues Ravel, Auric, Debussy et consorts, Georges Van Parys ne loupera pas la transformation du cinéma muet en écrivant pour les films de son époque. Sa collaboration avec Luis Buñuel et René Clair seront exemplaires avec « Fanfan la tulipe » qui confirmera la présence rayonnante de Gérard Philippe à l’écran ou le non moins célèbre « Casque d’or » qui lancera complètement la carrière de Simone Signoret au cinéma. Nous sommes dans les années 50. Musicien pour les chanteurs et artistes du music-hall, Georges Van Parys n’aura pas à passer d’un monde à l’autre : il n’y avait pas de passerelle à franchir entre le « show-biz » et le 7e art car l’un et l’autre fusionnaient pour le meilleur et parfois pour le pire ; en effet, chaque artiste voulait jouer dans son propre film, c’était à la mode et le public en redemandait ! Un concept difficile à imaginer aujourd’hui car Artiste, on l’était ou on ne l’était pas. Si on était bon sur les planches du théâtre, on se devait également de l’être au cabaret, au cinéma et à la radio : celles et ceux qui n’avaient pas de capacités d’adaptation étaient à coup sûr détruits par la machine à broyer de la critique et de la concurrence.

Georges Van Parys aura parfois souffert de la critique d’un certain milieu musical professionnel pour sur ses choix orienté vers la chanson de variété et la musique de film, deux spécialités qui resteront longtemps méprisés par les plus bêtes de ses compatriotes issus d’une tendance classique coincée et rétrograde mais la reconnaissance du plus grand nombre, comme toujours, viendra du public qui restera encore et toujours la référence en ces années de profusion artistique : il ne se sera jamais trompé pour devoir aux compositions de George Van Parys les plus agréables moments de leur vie. Qui pourrait oublier la superbe mélodie du feuilleton « La demoiselle d’Avignon » avec Louis Velle et la délicieuse Marthe Keller ? Ce thème exemplaire restera d’une très grande beauté comme ses autres compositions. Décédé en 1971, le célèbre et populaire compositeur aura entrepris de charmer les oreilles des anges au Paradis des Artistes polyvalents et son âme continuera éternellement à voyager dans les esprits et les cœurs éclairés. Un parcours terrestre et spirituel exemplaires : qui oserait prétendre en 2010 ne jamais avoir entendu, même sans le savoir, du « Georges Van Parys » ?

Pour en savoir + sur Georges Van Parys, cliquez ici (infos cinema-français) et ici (infos canalacadémie.com)

 

 

Les petits matins (Mademoiselle Stop), un fim de Jacqueline Audry (1962) avec Arletty, Gilbert Bécaud, Francis Blanche, Bernard Blier, Pierre Brasseur, Jean-Claude Brialy, Darry Cowl, Daniel Gélin, Robert Hossein, Pierre Mondy, Noël-Noël, Pierre Repp, Jean Parédès, Andréa Parisy, François Périer, Claude Rich, Lino Ventura… et pour la première fois à l’écran (au centre de la photo ci-dessous) Agathe Aems. Film produit par Paris Elysées Films, les Films Metzger et Woog. / Les Films Montfort. Musique de Georges Van Parys (thème de la chanson du film de Georges Garvarentz, paroles et interprétation de Charles Aznavour). Frais, agréable, original (l’idée de présenter chaque acteur à tour de rôle a été reprise dans le dernier Astérix aux Jeux olympiques), ce film désuet mais charmant permet de retrouver celles et ceux qui auront tant donné au public, un public admiratif qui aura su le leur rendre : Mesdames et Messieurs les Artistes, personne ne vous oubliera jamais.

Les reconnaissez-vous ? Les petis malins des petits matins…

 

 

Graeme REVELL, compositeur

 

Pour devenir un compositeur riche et célèbre (et encore, cette notion est à relativiser car peu d’entre eux roulent effectivement sur l’or), il ne suffit pas d’être musicien ; il faut aussi savoir gérer sa carrière et ses affaires en faisant preuve de stratégie. Graeme Revell a suivi des études de géopolitique et d’économie alors quoi de plus naturel que de parvenir un jour en haut de l’affiche ! Ce pianiste et corniste de formation fera partie de la « génération synthé » à l’exemple du compositeur allemand Hans Zimmer, le chef de file des nouveaux compositeurs de musiques de films des années 70 et 80 qui œuvrent sur les claviers électroniques en passant leur temps à tripoter les touches d’ordinateur. Son premier contrat, il le décrochera avec « Calme blanc », un film de son quasi-compatriote australien Philip Noyce puis suivront de nombreux succès internationaux : « Une nuit en Enfer », « La main sur le berceau », « Planète rouge », « Dommage collatéral », « Daredevil », « Les chroniques de Riddick » et le fameux « Kingdom of Heaven »… À chaque fois, ce sont de nouvelles épreuves qu’il faut relever mais Graeme Revelle s’en est toujours sorti avec les honneurs. Très calé en musique d’ambiance, il l’est pourtant un peu moins en création mélodique même si l’on se souvient encore de la très belle mélodie du film « La main sur le berceau » arrangée pour une petite formation instrumentale… Une superbe mélodie écrite par le compositeur britannique Arthur Sullivan pour son opéra comique le plus connu « Les pirates de Penzance » présenté en 1880. Finalement, il s’agit peut-être d’un clin d’œil de Graeme Revell au bateau du film « Calme blanc » pris d’assaut par un pirate psychopathe plutôt qu’un manque d’inspiration musicale allez savoir… Le résultat fut néanmoins à la hauteur et c’est l’essentiel.

– « Calme blanc », un film de Philip Noyce (1989) avec Nicole Kidman, Sam Neil, Billy Zane… Musique de Graeme Revell. Un film distribué par Warner Bros

– « La main sur le berceau », un film de Curtis Hanson (1992) avec Annabella Sciorra, Rebecca De Mornay (photo ci-contre), Matt Mc Coy et Ernie Hudson. Musique de Graeme Revell. Un film produit par David Madden et distribué par Warner Bros

– Un autre compositeur néo-zélandais, John Charles, voir page suivante

 

 

Horreur

 

COMBUSTION SPONTANÉE, un film de Tobe Hooper (1990) avec Brad Dourif et Cynthia Bain. Musique de Graeme Revell. Un film produit par Jim Rogers. Disponible chez Fravidis.

Le compositeur néo-zélandais Graeme Revell était à ses débuts. Sa musique est électronique et déjà, se révèle être bien adaptée aux différentes scènes. Inutile de chercher un semblant de début de mélodie accrocheuse, il s’agit juste d’un accompagnement sonore à une production de « série B » ceci dit sans être péjoratif car les effets spéciaux sont réussis et l’histoire est originale. Il faut imaginer une époque pas si lointaine où il était de bon ton de dénoncer les effets des retombées radioactives des expériences réalisées dans les déserts américains par des scientifiques, des hommes politiques et autres généraux militaires sans scrupules. On connaissait pourtant les dégâts considérables que pouvaient provoquer l’exposition des êtres humains au rayonnement nucléaire, Hiroshima en est le porte-flambeau horrible… Tobe Hooper s’inspirera des rapports confidentiels de l’armée américaine réalisés dès les années 30 et 40 sur des expériences secrètes terrifiantes : il fallait tout savoir et tout prévoir afin de se préparer à une éventuelle guerre nucléaire redoutée mais surtout pas espérée… Les temps changent. Aujourd’hui beaucoup de pays possèdent l’arme absolue, les centrales fleurissent partout, les déchets s’accumulent et presque personne ne s’en offusque contrairement à Tobe Hooper dans les années 70 : il participait au réveil des consciences à sa manière en utilisant l’horreur et la répulsion. Faire peur, c’est son truc. Seize ans après l’innovant Massacre à la tronçonneuse et huit ans après le fantastique Poltergeist (en collaboration avec Steven Spielberg qui s’est énormément investi dans le film), on retrouve avec émotion Brad Dourif dans Combusion spontanée, l’acteur révélé dans Vol au-dessus d ‘un nid de coucous qui joua le rôle de sa vie en interprétant Billy dans ce film exceptionnel de Milos Forman (voir ici). Il est très regrettable que cet acteur très doué au jeu si expressif n’ait pas réalisé une carrière plus fructueuse dans des rôles de tout premier plan (on le retrouve dans de très nombreux films et téléfilms, des Yeux de Laura Mars au Seigneur des anneaux en passant par Ragtime, Dune, Mississipi Burning…). Alix ne s’est pas trop enflammée pour Combustion humaine spontanée : elle trouve pourtant ce film Pas mal avec sa musique Adaptée. Normal, il n’y a pas de fumée sans feu !

Site officiel de Graeme Revell, cliquez ici

Liste des films de Brad Dourif, cliquez ici (infos Wikipedia)

 

 

Action

 

CHASSE À L’HOMME/Hard target, un film de John Woo (1993) avec Jean-Claude Van Damme, Lance Hericksen, Yancy Butler et Wilford Brimley. Musique de Graeme Revell. Un film Universal.

Graeme Revell réussira à concilier dans ce film d’action assez violent (à déconseiller aux jeunes enfants) la musique de style cajun – le film se déroule en Louisiane -, l’illustration de scènes plus tranquilles et le mariage d’instruments traditionnels de l’orchestre symphonique avec les sons électroniques. Bien conçue, la musique nettement rythmée accompagne la mécanique stéréotypée à souhait du héros à l’abri de milliers de balles et d’explosions qui auraient décimés toute une armée hors cinéma ! Le spectateur en prend plein les yeux car Jean-Claude Van Damme n’est jamais aussi bon qu’un effectuant de spectaculaires cascades sans trop parler (le cascadeur qui joue son rôle dans les prises de risques importantes est excellent), l’image véhiculée dans ses films en dépend, celle d’un personnage « brut de pomme » et viril à faire tomber en pâmoison ses admiratrices. Quand on a des muscles, de l’agilité et une grande capacité au combat en corps à corps (le full contact), pourquoi s’embêter à rajouter une dimension intellectuelle forte à son jeu d’acteur ? John Woo, spécialiste des films d’action l’a bien compris : Jean-Claude Van Damme est présentement très bien dirigé et répond aux attentes des fans du genre. Un film dynamique qui traite d’un sujet horrible (déjà vu à l’écran), celui de la chasse à l’homme. De riches malades de la gâchette et du meurtre organisé vont s’exciter autour de leur proie en justifiant leur démarche par l’hypocrisie des gouvernements organisateurs de tueries ici et là pour de funestes raisons d’état, la défense d’intérêts particuliers et partisans menant le monde. Une chose est sûre et certaine : la vie de l’être humain sur Terre ne peut toujours pas s’envisager sans douleur. Bonne appréciation d’Alix pour ce film et sa musique.

 

 

On a toujours besoin
d’un plus Petit
que soi !

Jean-Claude PETIT

Laurent PETITGIRARD

Carolin PETIT

Jean-Claude Petit et Laurent Petitgirard sont les enfants chéris des sociétaires de la Sacem. Présents partout et tout le temps, ces hyperactifs de la musique en auront peut-être fatigué plus d’un mais c’est par la valeur de l’exemple que l’on prêche le mieux pour sa chapelle. Leur impulsion donnera un souffle moderne à l’institution et ils continueront à composer pour le cinéma, à créer des ballets, à diriger des orchestres symphoniques… et des ensembles de jazz tout en orientant l’adaptation de la structure, la Sacem, aux nouvelles technologies : le synthétiseur, la musique assistée par ordinateur, les nouvelles formes d’expression musicale etc.

 

 

* Jean-Claude Petit deviendra pianiste accompagnateur pour de grands jazzmen et arrangera les mélodies des artistes de variété (Sardou, Lama, Souchon…) avant de se mettre à l’écriture de musiques de films : « Billy-Ze-Kick » de Gérard Mordillat en 1985 avec Francis Perrin (Zabou y recevra le César du meilleur espoir féminin) ou « Tranches de vie » de François Leterrier avec sa séquence géniale d’un petit chien qui ne veut pas d’un amant dans le lit de sa maîtresse (photo ci-contre). Difficile de ne pas citer le générique dynamique et entraînant (conçu avec son collègue Jean-Pierre Bourtayre) de l’émission phare de la télévision des années 80 « Stars », de (et avec) l’inusable Michel Drucker, tout de même viré, au passage, de France 2 pour cause d’âge canonique (mort aux vieux) par une nouvelle responsable de la programmation ou quelque chose comme ça, au mépris de ce que pensent les téléspectateurs, fondamentalement. Bref, lauréat du Conservatoire national supérieur de musique de Paris à l’issue de sa classe de composition (harmonie, fugue et contrepoint), Jean-Claude Petit marquera son entrée dans l’arrangement populaire avec le thème classique de l’opéra de Verdi « La force du destin », une musique extraordinairement bien orchestrée pour valoriser le chef-d’œuvre de Marcel Pagnol adapté à l’écran par Claude Berri, « Jean de Florette/Manon des sources » ; un harmonica, un thème mélodieux et fluide, voilà bien un souvenir musical grandiose définitivement gravée dans la mémoire collective (voirc ci-dessous).

Tranches de vie, un film de Francois Leterrier (1984) avec l’équipe du Splendid, Pierre Mondy, Jean-Pierre Cassel, Catherine Alric… Musique de Jean-Claude Petit. Un DVD T.F.1. video.

* Musique du film PODIUM, voir ici la critique d’Aanor

 

 

* Laurent Petitgirard est le compositeur de la série télé « Maigret ». Fondateur de l’Orchestre de Paris, chef d’orchestre attitré de l’Orchestre Colonne et chef invité par une multitude d’ensembles régionaux, nationaux et internationaux, le très prolixe musicien succèdera à Marcel Landowski (un compositeur et responsable ministériel qui ne s’est pas fait que des amis dans le milieu culturel français à l’époque où il a réformé « à la russe » l’enseignement musical français et l’Orchestre de l’Opéra de Paris mais ceci est une autre histoire) à l’Académie des Beaux-arts, comme quoi un musicien peut en cacher un autre… Avec les séries télé « Les 400 coups de Virginie », Laurent Petitgirard imaginera un générique suffisamment complexe sur le plan mélodique et rythmique pour se sentir obligé, au mixage, de superposer plusieurs fois l’enregistrement des violons un peu largués par le rythme très syncopé sur fond de guitare basse et de batterie assez éloigné de leur répertoire habituel, les pauvres… Avec « Toutes griffes dehors », « La belle époque » et plus d’une trentaine de téléfilms, Laurent Petitgirard marque de son empreinte indélébile le monde de la musique de film même si sa première passion demeure la musique classique. L’un ne va pas sans l’autre de toute façon, quand on est fondamentalement musicien, évidemment. Chef d’orchestre très sollicité, sa prochaine composition d’envergure « Guru » sera donnée en première exclusivité mondiale à l’Opéra de Nice en novembre 2010 avec la présence de son épouse Sonia Petrovna bien connue et appréciée dans le milieu artistique.

Le discours de Laurent Petitgirard sur le réformateur très contesté (à l’époque) de l’enseignement musical en France, Marcel Landowski, cliquez ici (lien en bas de la page consacrée à Laurent Petitgirard)

 

 

* Carolin Petit est né entre les études de Kreutzer et les chorals de Bach car à son chevet se trouvaient une mère professeur de violon au Conservatoire national supérieur de musique de Paris et un père compositeur Grand prix de Rome. Il trouvera pourtant sa voix tout seul en se lançant dans les formes musicales de son époque liées à la chanson de variété et à ses vedettes, les séries télé et les arrangements… L’influence de la diffusion des moyens d’écoute dans le public y sera pour beaucoup : Carolin Petit participera à sa manière à la démocratisation de la musique. Les derniers albums d’Indochine, de Dutronc, de Françoise Hardy, d’Eva, de Perry entre autres artistes seront réalisés par ses soins. Pour la télévision il signera les musiques des séries populaires telles « Le clan Pasquier », « Les Steenford », « Les Thibault », « Plus belle la vie » et « Louis la brocante (photo ci-contre) » et quelques téléfilms de première importance avec « Les Penn sardines » voir ici et « Marie Besnard l’empoisonneuse » avec une étonnante Muriel Robin voir ici. Dans « Rabiolot » il saura soutenir la prestation remarquable de Thierry Frémont. Le choix de Carolin Petit par le réalisateur Marc Rivière pour son téléfilm « La reine et le cardinal » produit lui aussi par France Télévisions ne pouvait être meilleur, le travail du compositeur étant à la hauteur de l’évènement : capable d’utiliser le piano moderne dans son orchestration alors que cet instrument n’existait même pas à l’époque de Louis XIV prouve les qualités de l’arrangeur. Il saura trouver les bons arrangements et une jolie mélodie pour le téléfilm « Aller-retour dans la journée » en 2006 (avec Pierre Arditi et Line Renaud). Pour le cinéma même topo et idem pour les orchestrations de grands spectacles populaires (Roméo et Juliette, par exemple). Connu à l’étranger, sa carrière ne fait que commencer. C’est une grande nouvelle pour un compositeur qui saura ne pas négliger la recherche de belles mélodies. Carolin Petit, un artiste, un vrai.

Interview de Jean-Claude Petit (en 2006) pour Cinezik, cliquez ici

Site officiel de Laurent Petitgirard, cliquez ici (versions française et anglaise)

Site officiel de Carolin Petit, cliquez ici

A noter. Le seul lien de parenté entre ces trois compositeurs est la musique.

 

 

Drame

 

JEAN DE FLORETTE/MANON DES SOURCES, un film en deux parties de Claude Berri (1986) avec Daniel Auteuil, Emmanuelle Béart, Gérard Depardieu, Yves Montand, Élisabeth Depardieu… D’après les romans « L’eau des collines » et « Manon des sources » de Marcel Pagnol. Films aux 7 Césars pour le premier volet, aux deux Césars pour le second. Meilleur film étranger à Londres en 1988. Musique de Jean-Claude Petit.

Cette fresque superbe est un chef d’œuvre, le cinéma français prouve une nouvelle fois son excellence. Il est difficile de trouver les mots justes lorsque l’image, le jeu des comédiens, la réalisation et la mise en scène, la photographie, les lumières et l’éclairage, les décors et les costumes… Quand tout est parfait, que dire de plus ? La recherche du meilleur se retrouve même dans la musique : Jean-Claude Petit (voir ci-dessus) savait que rien n’illustrerait mieux que Verdi la force du destin de Jean de Florette et de Manon des sources, liés pour toujours à cette aventure touchante et tellement vraie. La mélodie est interprétée par le belge Jean Toots Thielemans que l’on ne présente plus (le thème de John Barry joué à l’harmonica pour « Macadam Cow-boy », c’est Bibi !). Basée sur les fondements de la vie que constituent la source et la terre, on rit et on pleure durant quatre heures. Les comédiens sont extraordinaires avec une mention spéciale à Daniel Auteuil : il ne sera jamais aussi bon que dans cette saga. Yves Montand, Emmanuelle Béart, toutes et tous méritent un tonnerre d’applaudissements. Car si le tonnerre gronde, on peut espérer que les nuages et la pluie salvatrice ne sont pas loin. Hélas, les drames non plus. Alix adore ces deux films Exceptionnels avec leur musique Exceptionnelle.

P.S. Les techniciens du monde entier cherchent à déposer les derniers brevets de la télévision de demain : olfactive, en relief (en trois dimensions sans avoir à chausser ses lunettes) ou mieux encore, holographique, tout cela existe déjà à titre expérimental mais rien ne sera utile à ces deux films. En les visionnant tels quels en deux dimensions seulement, on sent déjà la chaleur du soleil au zénith, on respire profondément la lavande, on s’incruste totalement dans la vie des personnages ; on entre dans l’image sans pouvoir la quitter. Le cinéma français aura décidément tout inventé.

Le site officiel de Jean Toots Thielemans, cliquez ici

Adieu Claude Berri, décédé ce 12 janvier 2009 à l’âge de 74 ans, c’est un jour gris comme l’humeur de Coluche dans « Tchao Pantin » (musique de Charlélie Couture) ou le béret de Michel Simon dans « Le vieil homme et l’enfant ». (musique de Georges Delerue). Bonne route jusqu’au Paradis des artistes où tu vas les retrouver !

 

Comédie

Podium, un film de Yann Moix (2004) avec Benoît Poelvoorde, Jean-Paul Rouve, Julie Depardieu… Musique de Jean-Claude Petit. Un film Mars distribution.

Le mépris de certains professionnels envers les artistes de variété, dans les années 60 et 70, était une chose horrible et insupportable. Le milieu des musiciens classiques, par exemple, se gloussait du succès populaire de Claude François, sa musique étant considérée comme « facile » et « commerciale » pour n’employer que des termes pas trop durs. Claude François, pour la caste, c’était « mauvais » : le fond réel de la pensée des « bien-pensants » censément intellectuels et cultivés était clairement méprisant… Aanor notre vraie critique de films n’a jamais pensé cela : la synchronisation des paroles sur de belles mélodies, les arrangements d’une grande richesse harmonique et rythmique tout comme l’énorme travail de présentation et d’interprétation témoignaient déjà du talent de Claude François dès le début des années 60. Avec sa reprise de « Belles, belles, belles » chanté à l’origine par les Everly brothers puis par Eddie Hodges (les américains estimait que cette chanson était d’un intérêt mineur, voir ici)., son parcours à 150 % dans le milieu très difficile du « show business » rencontrera des hauts et des bas (notamment ceux de ses compagnes d’une nuit ou d’une vie). Toujours infaillible grâce à son tempérament entrepreneur tout à fait remarquable, Claude François voulait tout vivre, tout faire, comme s’il savait intérieurement que la vie était courte et qu’il ne fallait pas perdre un seul moment de bonheur. Homme d’affaire et homme affairé, c’est dans sa maudite salle de bain qu’il rencontrera l’Éternité. La performance de Benoît Poelvoorde en hommage à l’artiste est spectaculaire, la comédie de Yann Moix porte bien son nom. Jean-Paul Rouve en Michel Polnareff n’est pas mal non plus et Julie Depardieu bien conciliante… Entre rires et émotion, l’intervention de la chorégraphe Mia Frye et des arrangements comme d’habitude excellents de Jean-Claude Petit (voir ici) dégagent la joie et le plaisir, ils rendent l’atmosphère du film chaleureuse et positive : Aanor l’Aime beaucoup et trouve la musique Très bien orchestrée.

 

 

 

Tranche de vie

 

GAMINES, un film d’Éléonore Faucher (2009) avec Sylvie Testud, Amira Casar, Zoé Duthion, Marc Barbé, Jean-Pierre Martins, Elise Otzenberger, Roxane Monnier, Laurence Cordier, Louise Herrero… D’après le roman de Sylvie Testud. Musique de Laurent Petitgirard. Un film UGC distribution, un dvd TF1 vidéo.

La réalisatrice n’a pas eu peur d’accumuler les difficultés : faire tourner des enfants d’âge différent, décliner une histoire sur plusieurs générations, utiliser une voix « off », échafauder un scénario sur un parcours personnel assez banal… Même Laurent Petitgirard, le compositeur aguerri à tous les styles de musiques, se laisse un peu aller : sa musique guillerette basée sur les petites percussions utilisées par les instituteurs des classes primaires françaises manque terriblement d’inspiration, sa musique n’intéresse pas du tout Alix. L’ensemble du film manque cruellement de sensibilité. Ce film donne l’impression d’être un travail alimentaire, professionnel et de qualité si l’on prend certains éléments en compte (la lumière, certains plans, la direction d’acteurs…) mais à aucun moment, une scène engendre une émotion forte et marquante. Peut-être est-ce la faute au récit : trois fillettes élevées sans leur père italien vivent leur enfance différemment. Bon, et après ? Est-ce vraiment si intéressant ? Alix n’a pas lu le roman de Sylvie Testud qui sert de base à « Gamines » ; comme elle apprécie grandement l’actrice très talentueuse elle ne doute pas de la qualité de son ouvrage et Alix vous en reparlera certainement. Mais quitte à se répéter le film est plutôt Raté car insipide, ennuyeux et, plus grave, mal monté ; il est toujours très délicat de faire voyager dans le temps le spectateur facilement déboussolé par des changements d’époques, de lieux et de personnages lorsqu’ils sont mal maîtrisés. À force de passer du monde adulte à celui de l’enfance et inversement on fini par s’y perdre et la voix « off » ne fait qu’aggraver la situation. Rajoutez-y quelques « clichés » comportementaux, par exemple Sylvie Testud gamine qui découvre les jeux de lumière du soleil à travers le feuillage de l’arbre auquel elle est adossée, et vous vous trouver en présence du meilleur des somnifères. Pour ne pas rester sur sa faim, Alix a retrouvé Sylvie Testud dans ses autres compositions et de l’autre côté le musicien dans une œuvre qui ne sent pas l’Éducation nationale (l’initiation musicale à l’école, c’est catastrophique, voir ici) !

 

 

« Vive la vie en compagnie de nos musiques de films préférées ! »

 

 

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