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Les compositeurs de musiques de films

Musiques de films

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La critique de film d'Alix

Critiques de films

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Le Top 100 des plus belles musiques de films

Les 100 + belles BO de films

Est-ce possible ? Possible, oui bien sûr mais raisonnable, beaucoup moins.

Les musiques de films (XVII)

Rachel PORTMAN, compositrice

Comment pourrait-on ne pas s’intéresser au travail de Rachel Portman ? D’abord il existe que très peu de femmes compositeurs et parlons-en, justement, pourquoi la composition musicale est-elle exclusivement une affaire d’hommes ? Bach, Beethoven, Rameau, Lully, Chopin et compagnie, pourriez-vous citer ne serait-ce qu’un seul nom de femme ? Les plus machos des machos pensent qu’il s’agit d’une question cérébrale, le cerveau des hommes étant plus ouvert au rêve et à l’imagination que celui des femmes, plus porté sur le réel et le pragmatisme. Il semblerait que cela ne soit pas tout à fait faux preuves scientifiques à l’appui. Nos cerveaux ne sont pas identiques et nous ne fonctionnons pas de la même manière, c’est la nature qui l’a décidé ainsi. D’autres personnes trouvent une explication dans la vie que nous menons : pendant que les hommes « se la coulent douce » en couchant des notes de musique sur du papier à musique, les femmes triment et se tapent tout le boulot, elles n’ont donc pas le temps de s’amuser ! Une autre explication : on ne leur a jamais rien demandé. Rachel Portman n’a donc pas attendu que l’on vienne la chercher ; la musique de film, très tôt, elle a décidé d’en faire son métier sans oublier d’élever ses trois enfants. Après des études archi-classiques dans les écoles, collèges et universités d’Oxford elle se fera remarquer depuis une bonne vingtaine d’années dans quantité de films : « Oliver Twist » version Roman Polanski (voir photo ci-contre) mais aussi « Chocolat », « La légende de Bagger Vance », « Le sourire de Mona Lisa », « Simples secrets », « La guerre des boutons » version anglaise (sans la présence rayonnante du Petit Gibus), « Je suis une légende », « Pinocchio » version 1996 et « Emma l’entremetteuse » qui lança sa carrière musicale au cinéma, pour ne citer que les plus connus. En ce qui concerne « Sirènes » en 1994 (voir ci-dessous) , son travail concernera un ovni du cinéma européen. Son réalisateur et compatriote John Duncan ayant quitté un jour son île natale l’Angleterre pour s’exiler dans la gigantesque Australie, il y réalisera plusieurs films et téléfilms avant de partir pour les États-unis où son style sera qualifié d’européen, allez comprendre pourquoi… Plongé dans des productions baignées d’exotisme et d’érotisme entre considérations philosophiques pas toujours très excitantes et scènes de nu pas toujours très artistiques, sa réalisation sera globalement jugée de qualité par la profession mais sans profondeur par Alix. C’est un film intéressant mais sans âme. Un point de vue qui en vaut un autre, à chacun de se faire sa propre opinion.

 

Dans ce film, Rachel Portman orientera son travail de manière à soutenir la fantasmagorie, l’étrangeté et l’ambiance que le réalisateur recherchait. Difficile d’être une compositrice comblée par le défi car à l’image, le film reste plutôt fade et sans saveur, ses musiques se sont donc adaptées à la ligne directrice, sans amplitude ni surprise. Ce film, d’emblée, assez divertissant n’était pourtant pas une simple histoire d’hommes… Hugues Grant y perdra sa boussole avec les téléspectateurs dépités. Dans « Oliver Twist » version Roman Polanski en 2006, Rachel Portman s’y perdra une nouvelle fois. Compositrice attitrée de Polanski puisqu’elle a assuré la partition de « Pirates », le talent rare de son réalisateur préféré (impossible en effet de ne pas se rappeler du chef d’œuvre extraordinaire « Le pianiste » voir ici) donneront naissance à une approche cinématographique toute personnelle des personnages de l’écrivain Charles Dickens. Le romancier et ses personnages imaginés mais proches de la réalité l’auront fortement impressionné ; tous possèdent un caractère angélique ou diabolique. Croire comme Dickens que l’on naît bon ou méchant à vie permet de savoir dès le départ à qui l’on a à faire mais entre le noir et le blanc il existe le gris et les personnages tiraillés ou tourmentés entre deux attitudes bien tranchées prennent leur relief dans le roman comme dans le film de Polanski. Ce dernier laisse globalement une bonne impression hélas pour lui aussi, fade et sans saveur. La musique de Rachel Portman restera tout de même de première importance en l’absence de mélodies dont on raffole pourtant. Nul doute que les Mélodies Modernes en entendront parler un jour à condition que la compositrice soit enfin sollicitée pour intervenir dans un film différent, un film pas comme les autres, un grand film, quoi. On pourrait alors entendre le travail motivé et passionnant de Rachel Portman bien obligée de se mettre à inventer des thèmes mémorables. Intervenir pour une œuvre cinématographique géniale avec un réalisateur exigeant travaillant à l’ancienne, ce délire devrait être le rêve de tout grand compositeur ou compositrice qui se respecte, non ?

SIRÈNES, un film de John Duncan (1994) avec Hugh Grant, Sam Neill, Elle Macpherson, Portia De Rossi, Kate Fisher. Musique de Rachel Portman. Un film T.F.1. video

OLIVER TWIST, un film de Roman Polanski (2006) avec Ben Kinsley, Jamie Foreman, Harry Eden, Leanne Rowe, Edward Hardwicke, Ian McNeice, Mark Strong et Barney Clark. D’après le roman de Charles Dickens. Musique de Rachel Portman. Un film Pathé !

 


Lee HOLDRIDGE, compositeur

Lee Holdride a débarqué sur la planète Terre en 1944. Bercé de langue française dans son Haïti natal, son père nord-américain et sa mère portoricaine sauront lui donner de très sérieuses bases musicales. Quelle chance d’avoir des parents attentifs et intelligents capables d’œuvrer au mieux des intérêts de leur fils doué pour la musique et violoniste à dix ans ! Suivront des études supérieures à Los Angeles puis tant qu’à faire à New-York, pourquoi s’en priver quand on est curieux et désireux d’apprendre au mieux. Touche-à-tout artistique, compositeur pour le théâtre, le ballet, les courts-métrages, la chanson de variété, la publicité, la musique instrumentale… il finira par rencontrer celui qui l’introduira définitivement dans le circuit professionnel des musiciens pour le cinéma, Neil Diamond, alors sollicité pour composer la musique de « Jonathan Livingstone le goéland ». Lee Holdridge assurera ses arrangements avec le succès que l’on sait. Après avoir survolé les océans il descendra sous l’eau en y faisant « Splash » en 1984 avec la délicieuse Daryl Hannah et le jeune Tom Hanks (photo ci-contre) à peine habitué aux longs-métrages, tout comme le réalisateur du film Ron Howard : ces jeunes-là, auraient-ils un quelconque avenir dans le cinéma allez savoir… On connaît la suite ! Après ce travail pour les Studios Walt Disney chacun continuera sa propre route et Lee Holdridge choisira la composition pour la télévision, une chance pour le téléspectateurs. Sa musique pour le feuilleton « À l’est d’Eden » sera remarquable et justement récompensée par les professionnels. La liste de ses musiques est bien trop longue à dresser ici, surtout qu’il faudrait y rajouter ses compositions pour de grands spectacles et les formations classiques, par exemple un concerto pour violon et orchestre enregistré par le London symphony orchestra, ailleurs qu’en France évidemment car ici les instrumentistes de musique dite « sérieuse» méprisent totalement les compositeurs de musiques de films, pauvres incultes ! Présent pour la musique d’un téléfilm catastrophe récent et pas mal « Magnitude 10.5 », Lee Holdridge démontre comme à son habitude qu’il écrit magnifiquement bien « pour l’écran et pour les petits ». Mais sans jeu de mot pour finir provisoirement cet article, il est temps de faire savoir que le talent existe toujours de nos jours : Lee Holdridge en est le parfait exemple. Il commence à en rester tellement peu, de ses vrais compositeurs de musiques de films…

* Pour consulter la liste déroulante de ses compositions, cliquez ici (infos Wikipedia, en français)

* Pour accéder au site officiel de Lee Holdridge, cliquez ici (en anglais)

 

Saga

À L’EST D’EDEN/East of Eden, un C.D. du feuilleton télévisé de Harvey Hart (1981) avec Timothy Bottoms, Jane Seymour, Bruce Boxleitner… D’après la nouvelle de John Steinbeck. Musique de Lee Holdridge. The London symphony orchestra, direction Charles Gerhardt pour le ré-enregistrement du thème principal ; l’Unione Musicisti di Roma, direction Gianfranco Plenizio pour l’essentiel des enregistrements d’origine entendus dans le feuilleton. Une production Intrada (édition limitée à 1 000 copies).

Trouver un thème qui rassemble plusieurs ambiances (romantique, champêtre, énergique, optimiste…) relève de l’exploit. Le but de tout bon générique télé consiste en quelques secondes seulement à retenir l’attention du téléspectateur. Les compositeurs ont compris depuis longtemps que leur talent serait dévoilé en quelques instant et dans le cas présent, il s’agit d’une famille qui s’établie dans la verte vallée du Connecticut, brune en automne et rouge en hiver par le drame qui s’y déroulera. Le bon et les méchants, l’histoire est vieille comme le monde mais l’originalité consiste à décrire la manière dont on subit les épreuves et les moyens que l’on déploie pour y faire face. Ouvrage très important dans l’œuvre de John Steinbeck avec « Les raisins de la colère », « À l’est d’Eden » donnera lieu à plusieurs versions dont celle d’Elia Kazan avec James Dean sur une musique elle aussi extraordinaire de Leonard Rosenman et une même manière technique de procéder : l’absence de thèmes uniques par personnages du film (voir ici). La mélodie de Lee Holdridge fédère présentement tous les ingrédients ; construite sur la descente de la gamme Majeure (en Ut cela donnerait à la basse do, si, la, sol, fa, mi, ré puis sol et retour au do) un schéma somme toute banal mais performant comme on peut l’entendre dans beaucoup d’autres mélodies (la chanson de Joe Dassin Les Champs-Élysées par exemple), les arrangements du compositeur reposent sur les cordes et là on peut comprendre l’importance de son instrument de base. Lorsque l’on sait jouer du violon, de l’alto, du violoncelle ou de la contrebasse on ne se sent bien que parmi les siens : l’orchestre à cordes au sein de l’orchestre symphonique se taille donc la part du lion en étant sollicité pendant les 80 minutes de musique enregistrée, un style de moins en moins prisé par les arrangeurs de musiques de films – à supposer qu’il en existe encore -. Une deuxième mélodie au milieu du C.D., le thème d’Abra, est interprétée à la flûte traversière sur un tapis de cordes : c’est rempli d’émotion, de nostalgie, c’est superbe à en pleurer lorsque la guitare classique s’en mêle. Autant dire que la musique du feuilleton « À l’est d’Eden » chante et rassemble les sonorités chaudes car même les parties atonales ou de simple illustration des images sonnent bien, la présence des cuivres et du fameux son de la trompette Conn américaine, créée en 1910, y sont pour beaucoup. Cette trompette supplantera progressivement le bugle et le cornet, plus limités dans l’aigu, moins faciles à jouer et inutilisable dans le sur-aigu. Le placement élevé de la mélodie dans l’échelle sonore s’explique également par une raison purement technique : la musique ne couvre pas de ce fait les dialogues utilisés dans une tessiture plus grave (dans les médiums). Avec ces arrangements intelligents et très artistiques, le spectateur peut s’installer au pied de son arbre où l’on vivait heureux (dixit Brassens) en regardant passer les oies sauvages (dixit Delpech) en écoutant la musique du feuilleton « À l’est d’Eden » de Lee Holdridge, pour se faire plaisir (dixit Les Mélodies Modernes) !

À noter : une nouvelle version sur les déboires de la famille Hamilton devrait voir le jour prochainement, un film qui aurait du être réalisé par Ron Howard et sorti en 2011 mais le choix d’Universal s’est porté sur le britannique Tom Hooper, oscarisé pour Le discours d’un roi cette même année. Ceci explique peut-être cela alors affaire à suivre…

 

Saga

À L’EST D’EDEN/East of Eden, un feuilleton télévisé (1981) distribué par Koba Films vidéo (France).

Malgré un début un peu poussif, l’intérêt pour l’histoire ne cesse jamais de croître au fur et à mesure que surviennent les multiples rebondissements. La prestation remarquable de Jane Seymour y est pour beaucoup mais elle n’explique pas tout : la musique contribue largement au succès du feuilleton. La flûte traversière, le hautbois et les violons, lorsqu’ils entament une des mélodies de Lee Holdridge plongent le spectateur dans un environnement propice au rêve et au dépaysement. La destinée de Cathy, une véritable garce semant la zizanie et pire encore, la douleur et la mort partout où elle passe, suscite l’intérêt du spectateur : jusqu’à quel point poussera t-elle sa perversité maladive pour assouvir son ambition démesurée ? Le parcours des deux frères Trask rappelle évidemment la Bible (Cain et Abel) mais aussi les préceptes communs à toutes les religions : pour vivre heureux vivons cachés. L’étalage de la réussite et de la fortune personnelle tout comme le déballage en public des tensions familiales alimenteront la rumeur, les frustrations, les jalousies et l’esprit de vengeance. C’est vrai, tout bon mélodrame se forge toujours sur les mêmes comportements humains. Au niveau de la musique du film, c’est un bonheur total ; souvent très mélodique et parfois atonale, la grosse difficulté proviendra d’un problème technique habituel dans ce genre de situation, la recherche des masters d’enregistrement ce qui est rarement une mince affaire. Quelques passionnés auront longuement fouillés les dépôts et archives de la Paramount pour y trouver le trésor tant désiré, des bandes argentiques et des vinyles en bon état : le transfert en stéréo sur disque compact des principaux arrangements de la musique du film (voir commentaire ci-dessus) est une grande réussite. Le compositeur Lee Holdridge avoue sa préférence musicale : le thème d’Abra. Sa mélodie jouée à la flûte traversière sur une orchestration de cordes repose sur le principe de la marche harmonique ascendante largement décrite dans le site des Mélodies Modernes : cette très belle composition trop courte, hélas, mérite sa place parmi les plus belles musiques de films et de feuilletons télévisés. Cela devrait se savoir ailleurs qu’avec Cain à l’est d’Eden ! Appréciations d’Alix sur la réalisation du film et sur sa musique romantique : elles sont Excellentes.

 

Road movie

TRAQUE À PUERTO VALLARTA/Puerto Vallarta Squeeze, un film de Arthur Allan Seidelman (2004) avec Giovanna Zacarias, Scott Glenn, Harvey Keitel, Craig Wasson, Jonathan Brandis, Miguel Sandoval. Musique de Lee Holdridge supervisée par David Franco. Un film Showcase Entertainment.

Certains réalisateurs peinent à créer une ambiance propre à leur film ; ils cherchent tant bien que mal à réunir les différents éléments qui, une fois rassemblés avec sérieux et doigté, permettent à la sauce de prendre (ou pas). Sachant qu’un film est une création unique et exemplaire, côté ambiance, Arthur Allan Seidelman n’a aucun souci à se faire : son film est véritablement original et novateur. La chaleur et les dangers des zones d’ombre d’où peut partir le coup de feu mortel, l’odeur du sang car il s’agit d’une féroce chasse à l’ « hombre » et les surprises au détour du chemin font de ce road-movie une aventure passionnante qui nous entraîne dans le désert aride du Mexique et dans ses villages oubliés pleins de vie. Ces habitants ne verront pourtant rien au drame qui se joue devant eux : l’agent de la C.I.A. (Harvey Keitel) chargé de ramener mort ou vif Clayton Price (Scott Glenn) autoproclamé tueur à gage retraité parviendra t-il à ses fins ? « Mettre hors circuit » une personne qui dérange tel ou tel groupe de pression qu’il soit politique ou maffieux est une pratique habituelle de tous les services secrets du monde, officiellement ou officieusement la technique de se débarrasser par tous les moyens des personnes qui dérangent servira même pour les plus illustres personnalités, J.-F. Kennedy en tête de liste. Dans le film apparaît pour la première fois une femme au jeu formidable, Giovanna Zacarias, un premier rôle et déjà une sacré réussite ! Il est néanmoins regrettable que ce film du cinéma indépendant américain soit resté confidentiel à sa sortie européenne. Violent, il l’est à coup sûr ; cruel, davantage encore. Excellent, sans problème. La musique est donc signée Lee Holdridge, « un vieux de la vieille » de la musique de film et cela s’entend : la mélodie superbe et les arrangements somptueux des cordes bercent nos oreilles et soutiennent idéalement les images. Jeunes compositeurs prenez-en de la graine ! Alix souhaite donner une Très bonne note à ce film et sa musique.

 


Francis PERRIN, artiste

Si un seul comédien – acteur – scénariste – réalisateur – méritait le titre d’enfant doué du spectacle, alors il faudrait l’attribuer à Francis Perrin. Présent sur les planches des théâtres français depuis ses premières prestations dans les œuvres de l’incontournable Molière, le talentueux homme de scène a su multiplier ses performances dans tous les moyens d’expression artistique existants, le théâtre et le cinéma pour ne citer qu’eux : « Le concierge », « Le roi des cons », la « Tête à claques », « Billy the kick » et le gifleur de « La gifle » se souviennent encore de ce joli cœur. Dans « Tête à claques » par exemple (voir photo ci-dessous), Francis Perrin se lançait dans la réalisation de son premier film en tant que co-producteur, co-scénariste, acteur principal, metteur en scène, en tant qu’homme à tout faire et présent partout ; dans ces conditions le succès du film fut évidemment très large et les critiques des revues spécialisées devinrent dégueulasses, comme d’habitude lorsque l’évidence saute aux yeux de tout le monde sauf des leurs, pauvres aveugles incompétents… Une chanson du film composée par Yves Gilbert (le compositeur des chansons de Serge Lama) et par le parolier Francis Perrin (une corde supplémentaire à son arc) devint également très populaire : écrite simplement sans prétention, « Le roi du sex-appeal » resta un bon moment de plaisir et d’amusement pour l’équipe et les fans. Perçu par les français comme un amuseur public de la même trempe que son compatriote Pierre Richard, deux éternels gaffeurs que l’on aime tant, les spécialistes de la Comédie-française savaient sur le fond que le personnage Perrin reposait sur du « plus que sérieux » d’où ses innombrables premiers prix à l’aube de sa carrière. Son tempérament travailleur, impulsif et dynamique cachent à peine un caractère humble et pudique : à l’arrivée ce sont les énormes capacités du génial comédien qui transparaissent au grand jour. Francis Perrin est un être attachant. Entreprenant, consciencieux, imaginatif, naturel, son tort s’il devait en n’avoir qu’un pourrait se définir par un excès de gentillesse, vous savez, ce défaut qui fait de vous un être de compagnie très agréable mais qui autorise certains à penser que vous êtes le roi des cons ; être trop gentil n’est plus une formidable qualité dans nos sociétés déjantées et ce, depuis longtemps… C’est peut-être aussi cette démarche de toujours chercher à « faire le rigolo » pour épater la galerie et pour se faire remarquer (normal quand on possède une âme d’artiste) qui ne lui aura pas permis d’obtenir toute l’assurance et la reconnaissance d’un milieu professionnel difficile, un soutien qui lui aurait pourtant été très profitable dans les jeunes années de sa profession naissante. Être comédien, c’est un statut magnifique mais qui peut devenir terriblement ingrat. Le temps aura néanmoins donné raison à Francis Perrin. Ses succès et sa popularité auront contribué à sa parfaite maîtrise de la discipline artistique. Du théâtre au spectacle en solo, du cinéma aux scénarios accrocheurs, le versaillais anciennement gestionnaire du théâtre Montansier, un petit bijou de théâtre à l’italienne qui restera quelque part un peu le sien (il n’en existe que deux en France) peut demeurer particulièrement fier de son parcours exemplaire car ponctué de prestations passionnantes. Constamment à la recherche de nouveaux rôles qui lui permettront d’évoluer vers la perfection, le voici devant l’Orchestre symphonique de Mulhouse avec lequel il vient d’interpréter Le petit prince, une version revisitée à la sauce Perrin comme celle des grands cuisiniers qui savent mélanger les meilleurs ingrédients d’un terroir pour en faire des produits finis exemplaires. Et quel goût, quelle saveur, quelle délicatesse du met ! Comme une denrée rare et subtile, en fin artiste, Francis Perrin sait encore nous émerveiller. Un artiste, un vrai de vrai, terriblement unique, à ne pas en douter. Et carrément irremplaçable : la question ne se pose même pas !

* Film Tête à claques, un film de et avec Francis Perrin (1981) et Fanny Cottençon, Antoine Bessis (le beau-fils de Francis Perrin), Jacques François. Musique d’Yves Gilbert. Un film Capac-films A2. En bonus, l’interview récente du réalisateur.

* Pièce de théâtre Numéro complémentaire, une comédie irrésistible de Jean-Marie Chevret (2006) avc Francis Perrin, Stéphane Bern, Isabelle de Botton… Un DVD France télévisions.

 

Roulez jeunesse !
 

Leith STEVENS, compositeur

Leith Stevens est un compositeur de tout premier plan. Ses idées musicales sont exceptionnelles car il sera intervenu dans le domaine délicat de la musique de films très innovants : la science-fiction appelée autrefois anticipation a trouvé ses marques dans les années 50 – 60 avec « Le choc des mondes » et « Destination lune ! » inspiré par le roman de Bernard Heuvelmans qui aura aussi inspiré Hergé pour les deux albums de Tintin « Objectif lune » et « De la terre à la lune ». Leith Stevens est le spécialiste des musiques de films pour les séries télés : « Voyage au fond des mers » une série géniale et angoissante compte tenu de l’espace clos, idem pour « Les naufragés de l’espace » une famille de Robinson prisonniers dans l’espace, « Au pays des géants » peu diffusé en France contrairement aux extraordinaires aventures de deux chercheurs dans la série « Au cœur du temps » qui voyagent, eux, dans l’espace-temps à partir d’un tunnel très impressionnant pour les jeunes téléspectateurs d’alors. Mais en compositeur inspiré, Leith Stevens interviendra dans d’autres genres plus ambitieux encore avec « L’équipée sauvage » que l’on ne présente plus. Son œuvre maîtresse restera néanmoins son travail pour l’inoubliable film « La guerre des mondes », l’un des chef-d’œuvres du film fantastique avec « Planète interdite » (voir ici) ; les bruitages créent à eux seuls une ambiance extraordinaire. Les sons électroniques mélangés au sons acoustiques évoquent les bruits terrifiants de la crécelle du serpent à sonnette ou de l’ampoule électrique qui surchauffe, une mixture sonore efficace pour soutenir de manière admirable l’angoisse, l’invasion de la planète par des extraterrestres belliqueux. Les sons entendus dans ce film ne ressembleront jamais à aucun autre ; ils sont tellement élaborés qu’ils demeureront uniques et indéfinissables dans leur composition. Lorsque le bras articulé sort du vaisseau spatial et s’avance vers les malheureux terriens, l’œil triple et destructeur des envahisseurs symbolisant les trois couleurs primaires (rouge, vert, bleu) est précédé d’un son particulier qui vous glacera le sang pour toujours.

Il faut dire que le public des années 1945 à 50 était prêt à accepter l’idée d’une invasion extraterrestre. Déjà un certain soir de l’automne 38 une intervention radiophonique unique en son genre créa une panique nationale sans précédent : c’était Orson Welles avec sa fameuse émission inspirée du roman de H.G. Wells auteur de « L’île du docteur Moreau » et de « La machine à explorer le temps ». Orson Welles et Leith Stevens auraient pu se rencontrer à la radio C.B.S. mais ils y ont travaillé à des périodes différentes. Puis ce fut l’arrivée en 1947 de « La chose d’un autre monde » et de « Le jour où la Terre s’arrêta », tous filmés avec plus ou moins de bonheur. Sans oublier la créature de Roswell : rencontre du troisième type ou canular ? Avec « La guerre des mondes » il est clair qu’ H.G.Welles venait de frapper un grand coup en cette année 1897 ; hélas, la version de 2005 de Steven Spielberg remplie d’effets spéciaux n’occulte pas le manque d’expression de Tom Cruise ni celui de la petite Dakota Fanning. L’ensemble est passionnant mais à vouloir trop en faire, le film y perd en mystère, en émotion et en charme. Les époques ne sont plus les mêmes et personne ne boudera son plaisir à revoir les deux versions, Excellentes avec leurs qualités respectives et leurs musiques impeccables. Il ne faut donc pas se priver de l’un ou de l’autre si on se prétend cinéphile averti. D’accord ?

La guerre des mondes (1952), un film de Byron Haskin avec Gene Barry, Ann Robinson, Less Tremayne… Musique de Leith Stevens. Un film Paramount pictures.

La guerre des mondes (2005), un film de Steven Spielberg avec Tom Cruise, Dakota Fanning, Miranda Otto, Tim Robbins… Musique de John Williams. Un film Paramount Pictures.

 


Jerry FIELDING, compositeur

Jerry Fielding est né en 1922 de son vrai nom Joshua Itzhak Feldman. Avec ce grand représentant de l’art créatif et imaginatif dans sa version colorée de jazz et d’orchestrations symphoniques, le peuple juif démontrera une nouvelle fois ses immenses connaissances musicales, un nombre considérable de compositeurs de musiques de films américains étant juifs ou d’origine juive (enfants d’immigrés), un fait lié à l’histoire et à ses vicissitudes, aux différents mouvements de la population mondiale très tôt attirée par le Nouveau monde, ses spectacles et son cinéma mais d’abord et surtout par les fondements de la culture juive. Imprégnés par la musique dès leur plus jeune âge, capables de chanter les textes bibliques, dotés d’un instrument de musique dont le violon deviendra un symbole fort, les Hébreux baignaient déjà dans une ambiance mélodique et harmonique il y a 3000 ans… Les dons musicaux de Jerry Fielding, ses connaissances très poussées issues de solides études musicales et sa capacité à s’intégrer dans un mouvement cinématographique puissant engendré par d’immenses réalisateurs (Eastwood, Peckinpah et Winner) l’amèneront à produire des musiques énergiques, vivifiantes, très présentes mais aussi dramatiquement sombres, percutantes et inspirées comme les films extraordinaires auxquels elles seront destinées. Passionné par les standards de jazz interprétés au big-band, Jerry Fielding s’orientera vers la prestation publique (les grands shows et autres spectacles de variétés), la radio et la télévision mais aussi le cinéma après la révélation de son travail étonnant pour « La horde sauvage» en 1969, une écriture musicale basée conjointement sur la trompette et la musique traditionnelle mexicaine qui renforce l’ambiance dramatique du film. Victime du maccarthisme et de la chasse aux sorcières de l’après-guerre qui orientera bien malgré lui sa carrière de jeune homme talentueux et motivé, son parcours professionnel restera exemplaire et bien rempli dans une vie riche en émotions, un destin heureux qui s’achèvera brutalement à l’âge de 57 ans à cause d’une épouvantable crise cardiaque.

Imprégnés par la culture juive qui repose beaucoup sur l’usage du violon et de la clarinette, les juifs errants en Europe furent victimes de lois discriminatoires et antisémites en vigueur avant le romantisme (avant l’an 1900): ils ne pouvaient pas utiliser d’autres instruments tels que le piano (trop lourd à déplacer), la trompette et autres cuivres (car trop sonores) ce qui pouvait concurrencer les autres musiciens. En Russie dans les pays de l’est et plus particulièrement en Ukraine, les juifs n’avaient pas le droit d’utiliser ces instruments. À noter dans ce contexte que le pogrom est une action violente et sanglante menée par une communauté contre une autre. Les juifs, les tziganes et les musulmans eux aussi n’ont pas été épargnés au fil du temps par des systèmes répressifs et racistes provoqués tour à tour par les uns ou par les autres… Triste humanité !

Merci à Dan (un internaute qui a découvert le site des Mélodies Modernes en 2008) pour ses réflexions pertinentes.

 

Les chiens ne s’en sortiront pas tous : on tire à la courte paille ?

LES CHIENS DE PAILLE/Straw dogs, un film de Sam Peckinpah (1971) avec Dusin Hoffman, Susan George, Peter Vaughan, T.P. Mckenna, David Warner… Musique de Jerry Fielding. Un film produit par Daniel Melnick.

Que faut-il pour faire un bon film ? Un bon scénario, de bons acteurs, un bon metteur en scène, un bon compositeur de musique originale etc. Mais que faut-il de plus pour que l’œuvre devienne la référence absolue quarante ans après sa sortie ? Sans aucun doute s’appeler Sam Peckinpah (voir ici). Spécialiste de la violence dans les films, on ne peut s’empêcher de constater l’étendue de son talent pour rendre crédible et juste une histoire très difficile à coucher sur le papier. La psychologie des personnages des « Chiens de paille » est tellement bien étudiée et reproduite à l’écran que l’on vibre d’un bout à l’autre de l’action. Face à la montée en puissance de la violence meurtrière qui va probablement se terminer par un bain de sang, chaque étape est soigneusement disséquée par le réalisateur. Il rajoutera à la transcription du roman, par-ci par-là, des idées toutes personnelles ce que fera également Dustin Hoffman ; ce dernier, encore peu connu, n’hésitera pas à en imposer, n’a t-il pas été formé à une école d’acteurs où chaque interprétation doit être vécue par l’artiste comme s’il s’agissait de sa propre histoire et non de celle d’un autre ? Le réel compte davantage que la fiction, le vécu plus que l’interprétation, voici une description facile de l’Actors studio. La psychologie du personnage joué par Dustin Hoffman doit s’accorder parfaitement à la sienne et inversement jusqu’à ne plus savoir qui fait l’acteur ni même s’il y en a un dans la salle. Le comédien français Philippe Ogouz prête sa voix à l’acteur américain mieux que ne le fera Richard Darbois pour le film plus récent « Héros malgré lui », question d’intonation par rapport au physique de l’acteur. Autres harmoniques, celles de Jerry Fielding qui assène à coups d’atonalité le déroulement du calvaire subit par un jeune couple sans histoires. Un toit à recouvrir d’urgence va pourtant changer radicalement leur vie. La nôtre aussi. Alix estime que ce film est Exceptionnel et sa musique Excellente.

Pour connaître la liste des acteurs formés à l’Actors studio de New-York, cliquez ici (info Wikipedia, en français)

 

Catastrophe

SAUVEZ LE NEPTUNE/Gray lady down, un film de David Greene (1977) avec Charlton Heston, David Carradine, Stacy Keach, Ned Beatty, Ronny Cox, Stephen McHattie, Rosemary Forsyth, Dorian Harewood, Christopher Reeve… Musique de Jerry Fielding. Un film Universal.

Sur le chemin du retour vers sa base, l’équipage d’un sous-marin nucléaire et leur commandant s’offrent un bref moment de détente avant une catastrophe qui ne serait pas sans précédents. Cette fiction est en effet basée sur une histoire vraie qui serait survenue plus d’une fois, il suffit de se rappeler le Koursk en mer de Barents en août 2000, il deviendra le plus grand sous-marin à avoir sombré avec neuf victimes. Le petit sous-marin de sauvetage utilisé dans « Sauvez le Neptune » pour remonter les sous-mariniers bloqués dans leur bateau, le DSRV, existe bel et bien lui-aussi : utilisé par les forces de l’OTAN, le Japon, la Russie, la Chine et la Corée du nord, il sauvera peut-être encore des vies. Mais en cas de catastrophe le facteur temps reste l’élément le plus difficile à maîtriser : pour transporter un tel engin dans un avion gros porteur et l’acheminer sur zone à bord d’un navire spécialement conçu pour le recevoir, la mise à l’eau pourrait se faire beaucoup trop lentement en voyant s’épuiser les réserves d’oxygène du bateau. Heureusement, le scénariste a prévu David Carradine et Ronny Cox, à bord de leur sous-marin miniature et expérimental, pour faciliter la descente du DSRV. La France utilise actuellement un sous-marin de poche similaire de l’IFREMER pour la recherche des boîtes noires de l’Airbus du vol Rio — Paris. Mais revenons à nos moutons : en cette année 1977, date de sortie du film sur les écrans, David Carradine en avait définitivement terminé avec le tournage de la série « Kung Fu », Charlton Heston se remettait à peine de son rôle marquant dans « Soleil vert », Ronny Cox repensait à sa prestation dans « Délivrance » et dans un rôle très secondaire, un acteur effacé attendait son heure de gloire qui surviendra un an plus tard, il s’appelle Christopher Reeve et jouera « Superman ». Jerry Fielding, compositeur remarquable, démontre dans « Sauvez le Neptune » son attachement à la mélodie et aux arrangements tumultueux et originaux comme ceux entendus dans ses partitions les plus célèbres, « La horde sauvage », « Les chiens de paille » et « Josey Wales hors-la-loi ». Film et musique : c’est Bien.

 


Jean-Félix LALANNE, compositeur

Jean-Félix Lalanne ne pouvait qu’être ouvert aux autres et au monde. Son père né dans le Béarn et sa mère native d’Uruguay le prédisposaient déjà à cadrer le rythme sous deux formes très éloignées mais totalement complémentaires : la farandole dans sa version béarnaise et le tango dans sa version uruguayenne, la murga. Les pieds bien fixés sur le sol et l’esprit léger comme un papillon, il saisira très jeune l’importance et l’influence de la musique traditionnelle dans la musique classique et le jazz. Ses premières gammes effectuées très sérieusement à la guitare dont il est l’un des meilleurs représentants l’emmèneront vers les confins de la composition et de l’orchestration, par ambition et désir de réussite professionnelle (quoi de plus naturel) mais aussi par curiosité intellectuelle car le musicien est intelligent. Son constant besoin d’évoluer est motivé par un esprit de grande solidarité familiale : ses frères Francis au micro et René (Manzor, son nom d’artiste) à la caméra feront appel à ses compétences pour assurer la réussite de leurs propres projets artistiques. Son mentor de l’adolescence des années 70 s’appelle Marcel Dadi, un guitariste qui sera très mal considéré dans le milieu des musiciens classiques, principalement pour son utilisation de matériaux artificiels encore peu utilisés à l’époque, des« gadgets » peu admis chez les musiciens dits sérieux qui ne comprendront jamais le sens des mots évolution et différence : le capodastre, une barrette en métal placée sur la manche de la guitare qui modifie le son d’où une plus grande facilité à transposer et à jouer dans l’aigu et le médiator, un petit triangle plastique utilisé entre le pouce et l’index du guitariste qui permet d’attaquer les notes ou d’attraper plus facilement toutes les cordes de l’instrument. Le succès populaire et phénoménal du « style Dadi » qui sortira la musique et la guitare de leur carcan par un sens aigu de la pédagogie et par des prestations toujours décontractées indiqueront la marche à suivre au jeune Jean-Félix qui emboîtera ses pas. L’élève jouera avec le maître jusqu’au jour où il le précédera : les méthodes d’apprentissage de la guitare et les rendez-vous incontournables de Lalanne organisés autour de la guitare font du créateur la référence indiscutable du bel et noble instrument. Gageons qu’il saura longtemps faire parler de lui pour notre plus grande satisfaction auditive. D’ac’cordes ?

LE PASSAGE, un film de René Manzor (1986) avec Alain Delon, Alain Musy, Chritine Boisson, Jean-Luc Moreau. Musique de Jean-Félix Lalanne. Un film LM Productions/Pathé Renn Production.

Un film qu’Alix trouve dépassé alors qu’il était en avance mais qui reste sympathique sous bien des aspects (dont le plaisir de retrouver Delon) ; son appréciation est Bonne car le film reste très spécial, le mélange dessin animé et personnages réels est formidable. La musique originale jouée principalement aux synthétiseurs n’oublie pas d’être mélodique et atteste des prédispositions de Jean-Félix Lalanne pour la musique de film, l’une de ses multiples activités réalisées avec un talent fou. Appréciation sur la musique du film : Très Bien pour son originalité et son à-propos.

Le site officiel de Jean-Félix Lalanne, cliquez ici

Quelques autres guitaristes de talent, voir ici (page XIII des compositeurs)

 

Horreur

3615 CODE PÈRE NOËL, un film de René Manzor (1990) avec Alain Musy, François Éric Gendron, Stéphane Legros, Brigitte Fossey, Patrick Floersheim. Musique de Jean-Félix Lalanne. Un film produit par L.M. Productions / Deal / Garance / VVB Finances. Distribué en cassette V.H.S. par Fil à film.

Tous les professionnels de l’image vous le diront : il n’y a rien de plus difficile à mettre en scène qu’un enfant ou un animal. En choisissant pour héros principal de son film un enfant de neuf ans pourri-gâté et son chien dubitatif, René Manzor (Lalanne) alors au début de sa carrière de jeune réalisateur partait sur une base très difficile : tourner un film d’horreur en démystifiant intégralement le Père Noël transformé pour l’occasion en psychopathe assassin. Non mais quel culot ! Beaucoup de spectateurs potentiels avaient poussé en 1990 les hauts cris devant un tel blasphème mais sûrement pas les amateurs du vrai bon cinéma hexagonal. Présenté à l’ouverture du Festival d’Avoriaz, ce film est terrifiant d’un bout à l’autre. La réussite de cette étonnante production n’est pas surprenante car tout contribue à donner un ton juste à l’histoire pourtant invraisemblable : le père Noël n’est pas une ordure, pire, c’est un tueur complètement malade. La musique de Jean-Félix Lalanne en devient parfaite ; parfois douce et apaisante avec un joli thème enfantin en leitmotiv (la musique est associée au personnage de l’innocent Thomas), elle s’anime ensuite selon l’action et la dureté des images. Les arrangements mi-acoustiques mi-électroniques sont très bien adaptés au contexte et le musicien composera même une mélodie moderne interprétée par Bonnie Tyler ; avec sa voix cassée, rocailleuse à souhait comme les coups de boule du film, l’artiste irlandaise apportera un plus sur des paroles de Francis Lalanne (et en anglais svp) : elles donnent une touche internationale sympathique à ce film boudé par la critique en France lors de sa première année d’exploitation. Depuis, Internet a détrôné le Minitel mais personne n’a encore pensé éditer en DVD ce petit bijou du genre. Comme toujours dans le cas d’une production originale, parfaite, innovante et extrêmement sensible, les fans doivent se serrer la ceinture. Il ne fait pas bon sortir des sentiers battus malgré un public nombreux qui sait reconnaître le talent sans prendre en compte l’avis des critiques mal embouchés. Franchement ici, le brio du réalisateur est étalé au grand jour autant que les malheurs du petit Rambo qui n’en finissent pas de lui tomber dessus le soir du réveillon de Noël. Mention spéciale au responsable de la lumière : pour tourner un film la nuit, il faut être super doué pour savoir disposer intelligemment ses projecteurs ; techniquement, rien n’est plus délicat à gérer qu’un tournage dans la pénombre en parvenant à créer une ambiance artificielle discrète et efficace. Pour résumer, « 3615 code Père Noël » est pensé, calculé et abouti. Il fut précédé par « Le passage ». Alix trouve ce film précurseur absolument Génial par sa maîtrise technique et artistique et pense que la musique de Jean-Félix Lalanne est Parfaite. Mais tout de même, quel culot et quelle audace dans cette entreprise folle complètement réussie !

Pour voir gratuitement les premières minutes du film ou pour le télécharger à petit coût, cliquez ici (infos Canalplay)

Pour accéder aux infos du film et lire les commentaires élogieux du public, cliquez ici (infos Gamekult).

 


Charles BERNSTEIN, compositeur

Charles Bernstein aura suivi un parcours rêvé : né en 1943 à Minneapolis, 3e ville des États-Unis après New-York et Chicago où les salles de spectacles (Theaters) sont les plus fréquentées, l’étudiant sortira diplômé de la célèbre Juillard school de New-York dans laquelle Miles Davis, Nina Simone, Michael Kamen, Richie Roy, Itzhak Perlman, Philipp Glass ou encore Thelonious Monk auront été formés (l’école forme aussi à la danse et à l’art dramatique). Chef d’orchestre à 16 ans, Charles Bernstein s’investira davantage encore dans les études et activités culturelles de l’U.C.L.A., l’université de Los Angeles. De la côte est à la côte ouest, voici comment un musicien du Middle west peut brasser toutes les cultures et les influences d’origines très différentes en témoignent ses musiques : de conception très classique, le compositeur accepte tous les instruments et tous les styles, jazz, traditionnel, électronique… Une sorte de François de Roubaix à l’américaine auquel pour l’anecdote il lui ressemble physiquement ! Voilà pourquoi les musiques de Charles Bernstein sont si bien écrites : elles se fondent dans les images qu’elles soutiennent et collent idéalement au film. Membre actif au sein d’associations de professionnels ou d’institutions fondamentalement orientées vers le développement de la musique et la défense des droits des compositeurs, le gestionnaire aura constamment cédé la place au musicien. L’essentiel de sa carrière s’étalera sur une bonne trentaine de films au succès international et une grosse soixante de compositions pour les téléfilms et mini-séries destinées au marché anglo-saxon, principalement. Peu connu par ce fait hors des frontières où la langue anglaise n’a plus le monopole, ses ouvrages consacrés à la discipline artistique et ses cours magistraux ici et là font dire que nous sommes devant un hyperactif bien inspiré car ses meilleurs amis s’appellent Quincy Jones, John Williams, Taj Mahal, Bruce Springsteen ou Jerry Goldsmith il y a peu de temps encore. Charles Bernstein : on lui dresserait bien dès à présent une statue pour bons et loyaux services rendus à l’art musical.

 

Le site officiel du compositeur, cliquez ici (en anglais)

Attention ! Ne confondez pas Charles Bernstein, Elmer Bernstein et Leonard Bernstein. Tous trois oeuvrent ou ont œuvré dans la musique ou la musique de film mais ils n’ont pas de liens de parenté.

CUJO, un film de Lewis Teague (1983) avec Dee Wallace, Daniel Hugh-Kelly, Danny Pintauro, Ed Lauter et Christopher Stone. D’après le roman de Stephen King. Musique de Charles Bernstein. Une K7 VHS Quadra vision.

Mr. MAJESTIC/Mr. Majestyk, un film de Richard Fleischer (1974) avec Charles Bronson, Al Lettieri, Linda Cristal et Lee Purcell. D’après le roman d’Elmore Leonar. Musique de Charles Bernstein. Un dvd M.G.M.

LES GRIFFES DE LA NUIT/FREDDY I/A nightmare on Elm street, un film de Wes Craven (1984) avec Robert Englud, John Saxon, Ronee Blakler, Heather Langenkamp… Musique de Charles Bernstein. Un film New Line Cinema. Éditeur du DVD : Metropolitan filmexport.

L’AMIE MORTELLE/Deadly friend, un film de Wes Craven (1986) avec Matthew Laborteaux, Kristy Swanson, Michael Charette et Anne Twomey. Musique de Charles Bernstein. Un film Warner Bros. Voir ci-dessous l’article sur Wes Craven, réalisateur.

 


Frank SKINNER, compositeur
Western

L’HOMME DE LA SIERRA/Apaloosa, un film de Sidney J. Furie (1966) avec Marlon Brando, Anjanette Comer, John Saxon, Emilio Fernandez, Franck Silvera. Musique de Frank Skinner. Un dvd Universal Studios France.

Marlon Brando a tourné dans plusieurs westerns : « Viva Zapata ! », « La vengeance aux deux visages », « Missouri Breaks » et « L’homme de la Sierra ». Acteur impressionnant par son physique flatteur et sa capacité à s’investir dans un rôle qui le fait devenir la personne qu’il interprète, Marlon Brando tournera aussi plusieurs films « alimentaires ». Celui-ci en fait partie, d’un bout à l’autre de « L’homme de la Sierra » l’acteur semble s’ennuyer et cela se voit. Ce n’est donc pas pour une nouvelle performance de l’acteur qu’il faut (re)découvrir « L’homme de la Sierra» mais plutôt pour la réalisation remarquable de Furie ; ses gros plans sont extraordinaires. Pour donner une explication qui se veut simple et sans prétention, le cinéma américain se caractérise par de longs mouvements de caméra qui permettent de voir un détail de l’action tout en nous faisant découvrir progressivement l’environnement de la scène. Par exemple, le point de départ du plan pourrait être le sabot de cheval qui se termine sur une vue panoramique de Monument Valley. Cette technique s’appelle le travelling et peut être doublée d’un mouvement du zoom. L’exemple de travelling arrière le plus fameux de l’histoire du cinéma restera probablement celui d’« Autant en emporte le vent » quand Scarlett découvre le nombre impressionnant de soldats blessées allongés sur le sol de la gare d’Atlanta. Si Abel Gance ou Les frères Lumière ont inventé ce procédé devenu habituel Outre-Atlantique, le cinéma français se caractérise, lui, par un autre style peut-être hérité de l’art scénique et théâtral : la caméra a une fâcheuse tendance à s’immobiliser contrairement aux acteurs qui se déplacent devant sans cesse et dans un cadre bien défini – donc limité -. Pour accentuer ce point de vue excessif d’Alix, on pourrait dire que la caméra bouge chez les uns pendant que les acteurs s’agitent chez les autres.

Dans « L’homme de la Sierra » évolue un acteur inspiré, John Saxon. Souvent présent dans les seconds rôles, il assurera la réussite de tous les films et téléfilms auxquels il participera grâce à son talent bien réel et toujours apparent, c’est un acteur né. On le retrouvera justement dans plusieurs westerns italiens largement influencés par le maître Sergio Leone. Lui aussi influencé par le style qui donne un coup de jeune et de modernité au genre (nous sommes en 1966 et le western semble devenu désuet dans son pays d’origine), « L’homme de la Sierra » possède un atout primordial avec sa musique. Elle est signée Frank Skinner, un compositeur au parcours sans histoires auquel on attribue un nombre incalculable d’arrangements et de compositions pour Hollywood tel « Shenandoah Les prairies de l’honneur ». Né en 1897 l’année où Méliès réalise un reportage filmé de la Tour Eiffel, Frank Skinner s’inspirera du folklore mexicain et de son style caractéristique mariachi avec un thème guilleret sur un arrangement de violons, de trompette et de guitarrón, une guitare à six cordes dont la caisse est plus grande que la guitare classique ce qui permet une harmonisation à partir des notes basses. Techniquement, si l’on considère que le thème principal est écrit en do Majeur, l’emploi de la note sol à la mélodie pendant que l’orchestre enchaîne l’accord de doM à celui de faM provoquent un frottement entre trois notes : le fa et le la de l’accord de faM et le sol de la mélodie (note de passage). Pour les spécialistes, c’est une neuvième superbe (pour en savoir + sur la composition, cliquez ici). Alix trouve ce film Bon, les images superbes et novatrices, la musique Excellente car elle bénéficie de l’immense métier d’un compositeur

prolifique très expérimenté. À noter sur le dvd le bonus instructif grâce aux connaissances de plusieurs spécialistes français du cinéma. On retrouve le talent du compositeur dans l’intéressant « Fort Bravo » avec William Holden et le jeu très moderne d’ Eleanor Parker (nous sommes en 1953).

* Liste impressionnante des compositions de Frank Skinner, cliquez ici (infos Imdb)

* Biographie de Marlon Brando, cliquez ici (info jesuismort.com) et Monsieur Biographie, en français

* Pour en savoir + sur le guitarrón, cliquez ici (forum Delcamp, en français)

 

Le titre original du film « L’homme de la sierra » est « Apaloosa » ce qui désigne une race de chevaux sauvée de l’extinction au XXe siècle suite à la propre disparition de leurs concepteurs, les indiens d’Amérique de la tribu des Nez Percés vivant paisiblement le long de la rivière La Palouse dans l’Idaho. Importé par les espagnols au XVIe siècle, le cheval aurait séduit les indiens pour ses qualités d’adaptation : costaud, rapide, polyvalent avec sa robe multicolore mouchetée si caractéristique (voir photo ci-contre), il fît leur réputation avant leur propre disparition par les colons blancs. Le mode de vie disparu des indiens et l’appropriation du territoire par la force ne laissaient que peu de place à un héritage d’une richesse et d’une identité extraordinaires. Une cause d’une identité minoritaire défendue toute sa vie par Marlon Brando, son épouse s’appelait bien Cheyenne ! L’homme pas si tranquille va donc mener dans « L’homme de la sierra » un combat sans merci contre un bandido afin de récupérer son cheval Apaloosa volé sous les yeux de son ami mexicain, de sa femme et de ses enfants ce qui accentue sa dignité blessée. Une lutte passionnante qui aurait pu nous intéresser au plus haut point si l’acteur principal Marlon Brando le nonchalant avait bien voulu forcer son talent en apportant pour une fois un peu plus de conviction à son jeu !

Pour en savoir + sur les chevaux Apaloosa, cliquez ici (infos pages perso Orange)

 

Guerre

Always all boats

BRISANTS HUMAINS/Away all boats, un film de Joseph Pevney (1956) avec Jeff Chandler, Lex Baxter, Richard Boone, Julie Adams… D’après le roman de Kenneth M. Dodson. Musique de Franck Skinner. Un film Universal.

 

Film à la gloire de l’armée américaine comme on peut s’en douter, Jeff Chandler en impose. D’abord par sa taille (il dépasse un mètre quatre vingt dix), ensuite par son comportement réservé : son flegme et sa posture lui permettront de marquer les esprits grâce à son rôle inoubliable de Cochise dans « La flèche brisée » avec James Stewart (musique d’Hugo Friedhofer, voir ici). Film de guerre, film d’action et d’états d’âmes à n’en plus finir, la prestation d’une multitude d’acteurs connus et reconnus (au sens propre du terme avec Clint Eastwood dans son premier rôle au cinéma, celui d’un officier bien discret volontaire pour sauver ses camarades d’infortune) assure la réussite de « Brisants humains », un spectacle intéressant avec des aspects psychologiques assez fouillés même s’ils semblent totalement dépassés. Le doublage français est comme toujours excellent (on reconnaît la voix de Clark Gable, John Wayne, Spencer Tracy, Burt Lancaster…) rajoute à l’ntérêt de l’histoire basée sur des faits réels, le débarquement des soldats de l’USS Belinda sur de simples plates-formes en contreplaqué face à l’artillerie lourde japonaise et des aviateurs kamikazes lors des combats du Pacifique pendant la Seconde guerre mondiale. La musique mélodique et orchestrale de Franck Skinner rajoute à la gravité de la situation mais son style permet de conserver une certaine légèreté à l’arrangement grâce à l’emploi des violons très chantants et par une bonne répartition des phrases musicales entre les différents pupitres de l’orchestre sans exagérer les doublures inutiles (une même phrase jouée par plusieurs instruments, souvent à l’unisson et/ou à l’octave, l’une des grandes spécialités de la musique de film pour les grandes scènes spectaculaires du cinéma hollywoodien). L’orchestration effectuée par ses collaborateurs et le mixage sont particulièrement soignés. Jeff Chandler le romantique sera mort jeune, à 43 ans, lui qui aura joué avec les plus grandes actrices de l’époque (Maureen O’Hara, Joan Crawford, Susan Hayward, Kim Novak…). Il adorait la musique de jazz, la variété et se produisait avec son copain Sammy Davis Junior rencontré dans une boite de nuit : Jeff Chandler s’y produisait à l’occasion, lui qui jouait très bien du piano et chantait avec beaucoup de talent au point d’enregistrer quelques 33 tours. Sa voix et son sens de la comédie lui permettront même de devenir populaire sur les ondes radio en interprétant divers personnages de fiction. Pour Alix, ce film est Bon selon les critères classiques en vigueur dans les années 50 et la musique est Très bonne, selon ces mêmes critères

 


Charles STROUSE, compositeur
Comédie musicale

BYE BYE BIRDIE, un film de George Sidney (1963) avec Janet Leigh, Dick Van Dicke, Ann-Magret, Maureen Stapleton, Bobby Rydeil, Jesse Peatson et Ed Sullivan. Musique de Charles Strouse, paroles de Lee Adams. Un film Columbia Pictures. Un c.d. BMFG Music (2003).

Autant être clair, cette comédie musicale d’une importance majeure au niveau des compositions de Sharles Strouse est complètement dépassée sur le plan du scénario. Il faut néanmoins replacer les choses dans leur contexte : les années 60 débutent avec l’avènement du rock impulsé quelques temps plus tôt par le King Elvis, la folie gagne la jeunesse et pas seulement la jeunesse américaine, un parfum de scandale et de liberté souffle dans l’air, les étudiants se sentent pousser des ailes rappelez-vous du succès de « West side story » sur une excellente musique de Leonard Bernstein pour un film devenu lui aussi totalement ringard. En cette année 1963 le monde change vite mais pas forcément dans le bon sens. Cette époque est fantastique et terrifiante à la fois puisque l’on verra Audrey Hepburn se faire habiller de plastique par Paco Rabanne alors jeune débutant aux idées révolutionnaires pendant que Bébel tournera avec Melville dans « Le doulos » ; une autre arme sera bien astiquée avant usage pour être bien vue et filmée de près par les caméras, celle de Lee Harvey Oswald, un mauvais plan américain. Loin de la disparition de JFK dramatique pour (presque) toute l’humanité, les moines bouddhistes s’immoleront par le feu au Viêt Nam pour protester contre l’invasion des Yankees dans leur pays, des soldats transformés en malheureux figurants dans un rôle de premier plan initié à l’origine par les frenchies qui se seraient bien passé eux aussi de ce rôle ingrat au temps du cinéma en noir et blanc. Du coup, personne n’aurait eu de cause à défendre ni des marées de sanglots à verser sur des millions de victimes de part et d’autre… Ces mondanités culturelles entre des nations qui s’estiment et se respectent mutuellement aujourd’hui n’auront en rien troublé l’astucieux cambrioleur du train Glasgow-Londres ; mais son plan a déraillé par la suite. Toujours sur les rails en 63, les essais nucléaires français qui vont bon train et n’en finissent pas de fertiliser le sol aride d’un bout de France du sud que l’on apprend à connaître sous le nouveau nom d’Algérie libre et indépendante avec son premier Président Ahmed Ben Bella. Pendant ce temps-là, une roue tourne dans l’hexagone, celle de Raymond. Mais au fait, que fait-il exactement Raymond pour se faire remarquer ? Il gagne pour la quatrième fois le Tour de France (Raymond Anquetil). La France pleure la première représentation d’Édith (Piaf) au Paradis des artistes dans une nouvelle mise en scène très brillante de (Jean) Cocteau penché sur les mineurs de fond qui, eux, ne verront plus jamais la couleur du ciel effondré sur leur tête dans une triste mine (ouest) allemande. « Les oiseaux », « Le guépard », « Le mépris », « Huit et demi », « Cléôpatre », le Septième art fait son cinéma et Les beatniks font la nique à l’American way of live. Dans les faits, une confrontation oppose depuis une décennie le blue-jean et blouson (noir) contre le costume cravate. Oui, les gens du beau monde vont aussi devoir s’adapter à une société moderne de consommation ouverte à tous, c’est une simple question d’état d’esprit. Dans cette ambiance de changements si particulière, la pièce de Broadway « Bye Bye Birdie » devient film et ses chansons magnifiques font quarante huit fois le tour de la Terre comme la cosmonaute Valentina Terechkova dans sa boite de conserve extraordinairement moderne et ingénieuse. Au grand désespoir de ses adversaires astronautes bien décidés à botter le Lem ailleurs qu’en touche.

 

 

Les musiques de Charles Strouse sont extraordinaires. À l’instar de ses collègues particulièrement nombreux dans la musique de film, elles réunissent toutes les composantes quasiment impossibles à réunir dans un autre domaine artistique. La mélodie que l’on oublie jamais : celles de « Bye Bye Birdie », chantées à l’origine par les comédiens de la pièce de Broadway puis du film ont été immédiatement reprises par Frank Sinatra et Sammy Davis Jr toujours à l’écoute de ce qui se faisait de mieux (Rosie...). Un arrangement d’une richesse rare : ceux de Johnny Green et d’Albert Woodbury pour « Bye Bye Birdie » s’inspirent de toutes les sources musicales disponibles à l’époque, le classique bien entendu, le jazz évidemment, la variété pour sûr, la bossa-nova, le swing, le rock (quelle question !), la musique traditionnelle aux couleurs de l’Orient ou de la Sibérie, la sonate, la musique récitative et romantique, même la musique très imagée des dessins animés est réquisitionnée… Le tout sur des enchaînements rythmiques et tonaux assez fous pour surprendre une auditrice aguerrie comme Alix. Très mélodique sur des arrangements extraordinaires aux changements de tons et de modes surprenants, trompettes, saxophones, trombones, flûtes traversières et flûte piccolo, violons et cordes déchaînés, guitares électriques et guitare basse, batterie d’une précision et d’une finesse incroyable, big-band et orchestre symphonique (65 musiciens) démontrent combien la qualité peut servir une cause commune et assurer le succès d’un film. Le tout chanté avec un accent parfois épouvantablement américain issu des banlieues plutôt que des quartiers chics, un parti pris bien entendu… Il est possible de retrouver l’esprit radieux et dynamique du style Strouse musicalement très riche et original dans le western déjanté « Le reptile » en 1970 (voir photo ci-contre) un travail qui lui plaisait beaucoup, lui qui était habitué à manier la parodie avec un triste personnage très sombre et discret, vous savez, Mel Brooks (!). Une phrase également au sujet d’ « Applause », un film qui ne sera pas sortit des frontières du pays malgré la présence de la grande et très douée Lauren Baccall et de Larry Hagman pas encore assez J.R. pour agresser Sue Ellen (Dallas)

Le parolier qui permet de fondre la musique dans les propos chantés (lyrics) de « Bye Bye Birdie » s’appelle Lee Adams déjà remarqué pour son travail exemplaire en binôme avec Alan Jay Lerner (My fair lady, Gigi, Camelot…). Ceci dit, hormis ses opéras, concertos, compositions de musique de chambre conçus histoire de passer le temps, la partition la plus populaire de Charles Strouse se nomme « Annie ». Depuis 1977, tous les écoliers américains et plus particulièrement les petites filles fredonnent Tomorrow, la chanson-phare d’une comédie musicale innocente pour les plus jeunes mais qui se trouve être porteuse d’un message politique contre la guerre du Viêt Nam et contre la gestion économique désastreuse qui tient aujourd’hui encore la population mondiale par les fesses, un fond solide et philosophique que saisiront au second degré dans cette création les adultes avisés. « Bye Bye Birdie » au thème romantique très passe-partout est une comédie musicale parfaite pour permettre aux étudiants de monter leur « Talent show » traditionnel de fin d’année scolaire ou autres ateliers d’universités d’été. La reprise continuelle de la pièce et des musiques de Charles Strouse par tous les temps et sous tous les toits assurent donc la pérennité de son oeuvre. C’est ainsi que l’on devient immortel.

Pour Alix, « Bye Bye Birdie » est devenu un film Insatisfaisant car beaucoup trop rétro, complètement désuet et sous bien des aspects typiquement « américain » ; pourtant la musique restera définitivement Exceptionnelle preuve de la modernité et de l’efficacité du compositeur. À noter le présence d’Ann-Margret que l’on retrouvera aux côtés de Steve Mac Queen dans « Le kid de Cincinnati » et Janet Leigh, épouse de Tony Curtis et maman de Jamie Lee Curtis. À noter également la présence d’une jeune actrice débutante dans la troupe des danseuses, Kim Darby, si remarquable dans le film « 100 dollars pour un shérif, voir ici ». Le cinéma, quelle famille d’artistes !

 

Je vous ai compris !

Comme vous avez pu le constater tout au long des pages du site, les Mélodies Modernes adorent le doublage des films étrangers en langue française par des acteurs et comédiens français au talent fou. À une période où l’on se demande en France ce que c’est exactement qu’être français, voici un élément de réponse très satisfaisant et tout à fait éloquent. Pour savoir qui sont ces maîtres de l’art du doublage, cliquez ici (infos RS Doublage)

 

Accès page suivante : John FORD, réalisateur / Alex NORTH, Ennio MORRICONE, Daniel WHITE et Victor YOUNG compositeurs

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