1
Les compositeurs de musiques de films

Musiques de films

Pour en savoir plus sur les compositeurs de musiques de films et leurs créations, parcourez les pages suivantes !

2
La critique de film d'Alix

Critiques de films

3
Le Top 100 des plus belles musiques de films

Les 100 + belles BO de films

Est-ce possible ? Possible, oui bien sûr mais raisonnable, beaucoup moins.

Les musiques de films (XX)

Clint EASTWOOD, réalisateur et compositeur

 

 

 

 

 

Sports/Drame

MILLION DOLLAR BABY/La fille à un million de dollars, un film de Clint Eastwood (2004) avec Hilary Swank, Clint Eastwood, Morgan Freeman… D’après le livre La brûlure des cordes de FX Toole. Musique de Clint Eastwood. Un film distribué par Warner Bros.

Il est difficile voire impossible de parler d’un film dont on a déjà beaucoup parlé. Même les musiques de films composées par Clint Eastwood sont commentées sur la Toile alors inutile d’en rajouter. Que dire de plus ? Ce film est un bijou de perfection au niveau technique comme sur le plan artistique ; rien d’étonnant à ce qu’il soit bardé de récompenses, entre autres, de quatre Oscar et d’un César ce qui veut tout dire. Compositeur depuis les années 80 en même temps que la naissance de sa vocation de réalisateur, Clint Eastwood n’en fini pas d’évoluer. Totalement investi dans la maîtrise de corps de métiers aussi spécialisés que peuvent être la réalisation, la mise en scène, la composition, la production et j’en passe, il n’oublie pas de faire l’acteur. De telles capacités multiples sont exceptionnelles pour un parcours déjà hors du commun. Mais bon sang que dire de plus ? Sinon que le travail, l’abnégation, la volonté, la force de ne pas se laisser gagner par l’adversité, le désir de revanche, l’injustice, tous les thèmes profondément humains si chers au public français notamment seront traités par Clint Eastwood dans ses films, qu’il soit d’un côté ou de l’autre de la caméra – des deux côtés, en réalité, cela va sans dire -. Alors courez voir ou revoir ce film qui marquera l’histoire du cinéma. Avec sa gentille petite mélodie de notes formées d’intervalles de secondes montantes et de tierces descendantes délicatement égrenées au piano comme le jouerait « Breezy » à la guitare folk (musique de Michel Legrand) ou « Bird » au saxophone ténor, la musique du « Maître de guerre », l’homme « Impitoyable » dans ses choix pour parvenir au meilleur résultat possible, continuera de s’attribuer les « Pleins pouvoirs » pour mener à bien sa mission de création artistique très haut-de-gamme. « Jugé coupable » de posséder un talent rare et insolent, « Bronco Billy » saura dégainer un savoir-faire très professionnel et entraîner dans son inspiration de grands compositeurs et arrangeurs comme Lennie Niehaus, Sammy Cahn ou son fils Kyle Eastwood, tous sacrés « Space cow-boys » et futurs prétendants de « La fille à un million de dollars ». Chauds les cœurs et « Hauts les flingues », nous sommes ami(e)s pour la vie ! Appréciations d’Alix : un film Excellent mais d’une tristesse absolue avec sa musique indissociable.

Hillary Swank a également joué dans « Écrire pour exister », musique de Mark Isham, voir ici.

Un article de Julie Anterrieu sur les musiques de films de Clint Eastwood, cliquez ici (infos Filmdeculte)

 

 

Psychologique

GRAN TORINO, un film de Clint Eastwood (2008) avec Clint Eastwood, Bee Vang, Ahney Her, Géraldine Hugues, John Caroll Lynch… Musique et paroles de Kyle Eastwood et Michael Stevens (supervision de Lennie Niehaus). Un film Warner Bros. César 2010 du Meilleur film étranger.

Alix ira droit au but comme le personnage du film : on passe un excellent moment jubilatoire. Clint Eastwood est décidément un grand réalisateur mais aussi un grand comédien grâce en partie à la voix du comédien français qui le double, Hervé Jolly ; très proche de la vraie voix de Clint Eastwood, on entre immédiatement dans la peau du monstre sacré du cinéma. Son film raconte les difficultés de sociabilisation d’un retraité et ancien combattant du Viêt Nam qui a pour voisins « des bridés ». Il est à l’évidence raciste mais par chance quelque part, tout le monde y passe : les cons, les emmerdeurs, les jeunes, les vieux, les mal polis, les blancs, les noirs… Personne n’est épargné ce qui fait sa caractéristique et pour un peu, cet affreux bonhomme, on l’en excuserait. Ce gars-là ressemble à s’y méprendre au français de base, celui qui passe son temps à râler persuadé que l’on cherche à le contrer ; mais c’est aussi ce français élémentaire qui aura déclenché la Révolution avant tous les autres ! Le fond du personnage joué par Clint Eastwood est si généreux… On se demande tout de même pourquoi, au début du film, la caméra s’intéresse à un tel homme rebutant. Avec un scénario impeccable, une technique cinématographique éprouvée et toujours particulièrement brillante, le spectacle qui se voulait intimiste car tourné dans un microcosme, le quartier de l’infréquentable Walt Kowalski, prend une tournure inattendue. La fin sera t-elle dramatique ou heureuse ? Peut-être les deux à la fois. Si vous n’avez pas vu « Gran Torino » alors prenez le volant de sa belle italienne et foncez louer ou acheter ce Très bon film. La musique est assez discrète mais quand on l’entend jouée par son fils Kyle, on se rend vite compte qu’elle s’adapte Parfaitement aux images. Chez les Eastwood, c’est tel père – tel fils.

 

 

With Eastwood’s, all is good !

HONKYTONK MAN, un film de Clint Eastwood (1982) avec Clint Eastwood et Kyle Eastwood. Distribué par Warner Bros.

Le honky tonk est un style de musique très prisée des amateurs de musique country, un nom étrange donné aux cafés – bars – cabarets dans lesquels de sacrés musiciens viennent pratiquer leur art. L’ambiance y est toujours très sympathique et décontractée et comme l’ambiance peut monter vite à cause d’une grande consommation de jus de fruits (dans un bar quoi de plus naturel), elle peut devenir tout aussi rapidement explosive. Jerry Lee Lewis avec son célèbre titre de rockabilly « Honky tonk woman » mais beaucoup d’autres instrumentistes également tel Johnny Cash, ont popularisé les différentes variantes de la musique honky tonk : le ragtime, le hillbilly boogie, le blue grass, le honky rock, la honky tonk country, le swing et le rythm’n blues dans une certaine mesure. Il faut dire que la musique country a beaucoup évolué à partir des années 40 et il est difficile de s’y retrouver pour un novice. Les points communs à ces différentes variantes sont une mélodie construite sur une harmonisation simple en Majeur (sur trois accords) et surtout un rythme produit par des instruments chaleureux, ce n’est un secret pour personne. Le son et le rythme de la spécialité tout comme les accents et impulsions des interprètes suscitent aujourd’hui l’engouement des français pour le genre. Dans le film « Honkytony man », Clint Eastwood nous permet de suivre la fin de parcours d’un joueur fatigué et malade bien décidé à mener son rêve jusqu’au bout. Réalisateur, acteur, compositeur, chanteur et joueur (guitariste), le grand Clint nous livre un film passionnant et poignant. Son fils Kyle très présent dans le film est entré aujourd’hui dans la quarantaine ; jazzman attitré de la chanteuse française Camille et compositeur pour les films de son père, Kyle Eastwood partage ses activités entre l’Europe et l’Amérique. Spécialiste des sons graves (contrebasse et guitare basse) il interprète les standards aussi bien que les œuvres originales composées par Steve Dorff que l’on retrouve dans « Pink Cadillac » et « Tremors ». Les Eastwood nous prouvent que la réussite peut être de la belle ouvrage quand elle repose sur le talent et la bonne entente génétique : le père et le fils forment une sacré équipe ! Alix Adore ce film et sa musique Géniale. À noter la récente décoration française de Clint Eastwood promu Commandeur de la Légion d’Honneur.

Autres films utilisant la musique country sur le site Mélodies Modernes : cliquez ici

Site offficiel de Kyle Eastwood, cliquez ici

 

Pour en savoir + sur le film Breezy de Clint Eastwood, musique de Michel Legrand, cliquez ici

 

 

 

Alessandro CICOGNINI, compositeur

LE PETIT MONDE DE DON CAMILLO, un film de Julien Duvivier (1951) avec Fernandel, Gino Cervi, Sylvie, Véra Talchi, Franco Interlenghi, Luciano Manara, Charles Vissières… D’après le roman de Giovanni Guareschi. Musique d’Alessandro Cicognini. Un film distribué par Studio Canal (France)

DON CAMILLO, un cd distribué par Cinevox record, gruppo editoriale bixio, Roma. Infos : www.cinevox.it

Dès les premières images du film, les vues d’avion qui nous rapprochent du petit village de Don Camillo et de Peppone sont soutenues par une musique enjouée à la mélodie facilement mémorisable. Champêtre, dynamique, imposante, finalement assez italienne dans le style, à la fois drôle et grave, légère et profonde, disons latine dans l’esprit, cette musique plante le décor et permet au spectateur de plonger immédiatement dans l’esprit du film. Les compositeurs de musiques de films ne vous l’avoueront jamais par dignité mais ils rêvent tous de composer un jour une mélodie semblable sur une orchestration aussi réussie : le succès du film de Duvivier et des suivants sont aussi le résultat du travail extraordinaire d’Alessandro Cicognini, un résultat d’une très grande richesse musicale. Né en janvier 1905 le mois où s’ouvre à Montréal au Québec la première vraie salle de cinéma et l’année où un adolescent nommé Charlie Chaplin obtient son premier contrat d’imitateur, Alessandro Cicognini se fera remarquer jeune pour son talent de pianiste. L’étude du piano classique l’aura pourtant fait se rapprocher du cinéma, d’ailleurs, à cette époque-là, qui ne s’y intéressait pas ? Il jouera donc sous les écrans pour accompagner les images animées : au temps du cinéma muet, les bons pianistes capables d’enchaîner les airs et d’improviser au moment des brusques changements de scènes trouveront toujours du travail. Alessandro se fera embaucher mais ne se laissera pas débaucher : il sortira à 21 ans du conservatoire de Milan avec diplômes et honneurs. « Le voleur de bicyclette » en 1948 (voir ci-dessous), « Miracle à Milan », « Pain, amour et fantaisie », « Vacances romaines », « L’orchidée noire » et les fameux « Don Camillo » devront beaucoup au compositeur. Envolées de clarinettes en gammes chromatiques ascendantes et descendantes, trilles au fifre et notes piquées à la trompette, fanfare militaire et mélodie suave sur un tapis de cordes très douces et romantiques, les contrastes font bouillir l’imagination du compositeur : la musique devait relever le même défi que celui qui oppose Fernandel et Gino Cervi à l’écran. Un travail d’orfèvre.

Peppone, ils sortent la musique de nos films
– C’est des italiens qui jouent, au moins ?
Non, ce sont des musiciens
– Oui mais des musiciens italiens !
Oh moi Peponne, pour ce que j’en pense…
– Tu n’es jamais content, curé, et moi je te dis qu’ils sont formidables !

La musique du film vient de sortir dans un cd « Deltadischi », les orchestrations ayant été retranscrites par Federico Ermirio et Fabrizio Francia avec grand soin dans le respect des arrangement originaux ce qui est une très bonne démarche. Pourtant l’intégrité des choix du compositeur ne sont pas tous respectés. Le compositeur Alessandro Cicognini s’est posé la question de savoir s’il gardait ou s’il enlevait deux petites notes à son thème principal, un problème de mélodie rencontré quatre ans plus tard par son collègue Miklos Roza pour « Les contrebandiers de Moonfleet » en 1955 ; ce dernier conservera la double appogiature du thème là où Alessandro Cicognini l’enlèvera pour le sien . L’ornement vient pourtant d’être rétabli par les arrangeurs de ce nouvel enregistrement, une mélodie associée aux faits et gestes de Don Camillo qui commence par la répétition des notes Do Mi Ré (en supposant que l’on se trouve en DoM), trois notes reprises par les cloches de l’église activées par Don Camillo. C’est du grand art ! Par ailleurs le thème du film « Don Camillo Monseigneur » en 1961 a visiblement inspiré un autre grand compositeur quatre ans plus tard également, Elmer Bernstein (voir ici) : la musique de la série télé « Yankee sails across Europe » démarre sur le même thème : pendant douze notes, la mélodie et son rythme sont calqués à l’identique sur celles d’Alessandro Cicognini… Dont certains passages de « Don Camillo » reproduisent à leur tout du Bizet ! Voici une nouvelle preuve que tout est lié et que la musique vit, se transforme, réapparaît et s’évapore au travers des compositeurs. Le mouvement symphonique de « La grande bagarre de Don Camillo » est d’une beauté rare. À ce propos, le problème de l’enregistrement, s’il ne devait n’y en avoir qu’un, proviendrait de l’interprétation de l’Orchestra Sinfonica Antonio Vivaldi : constitué d’étudiants en musique classique, le chef Marcello Rota (qui n’est pas le fils de Nino Rota) ne parvient pas à en extirper la « substantifique moelle ». L’interprétation non gargantuesque des passages entendus dans « Don Camillo en Russie » démontre un manque singulier de qualités musicales ; la marche harmonique du second volet « Le retour de Don Camillo » avec également un thème magnifique, n’explose pas. On ne vibre pas, l’orchestre n’a pas d’âme, il joue trop musique classique (pour parler clairement, on s’ennuie). Au lieu de donner une vitalité et un dynamisme qui nous rapprocheraient des truculents acteurs du films, l’orchestre livre une prestation propre mais sans panache. La déception est d’autant plus grande et naturelle que les italiens ont oublié un élément essentiel en procédant à l’enregistrement du cd : il n’y avait pas de synchronisation de la musique sur les images du film. Enregistrer une musique de film sans film, c’est une erreur fatale. Le cd vaut donc largement le détour pour se replonger dans une superbe musique très dignement interprétée. L’attente d’une réédition par de grands professionnels risque néanmoins d’être longue. Quant aux masters, les enregistrements originaux des trois premiers « Don Camillo », ils sont définitivement perdus.

 

Le village de Don Camillo et de Peppone existe vraiment : il s’agit de Brescello dans le nord du pays et deux statues en bronze d’Andrea Zangani trône au coeur de la ville de 5 000 et quelques habitants. Avec son musée dédié aux personnages du film et aux à-côtés, votre visite dans la magnifique région d’Emilie-Romagne s’impose. Renseignement à l’Office de tourisme, cliquez ici. Au fait, prononcez Camillllo (avec des L) et pas Camiyo (avec un yeu)…

 

Le saviez-vous ? Un sixième et dernier film sur les aventures de Don Camillo et de Peppone verra le jour en 1972, « Don Camillo et les contestataires ». Tourné avec un nouveau réalisateur et de nouveaux comédiens (Fernandel aura interrompu le premier tournage pour cause de maladie et Duvivier ne voulait pas réaliser la suite sans lui), le film fera un bide mais la musique signée Carlo Rustichelli restera en mémoire avec son très beau thème romantique. Orchestre symphonique, chorale, dynamisme et enthousiasme communicatif… La fête aurait pu être complète si le destin ne s’y était pas mêlé avec la disparition de Fernandel.

 

 

Drame

LE VOLEUR DE BICYCLETTE/Ladri di biciclette, un film de Vittorio De Sica (1948) avec Lamberto Maggiorani, Enzo Staiola, Lianelle Carell… D’après le roman de Luigi Bartolini. Musique d’ Allessandro Cicognini. Un film présenté par Galeshka Moravioff dans la collection Ciné-club, restauré par CMC avec la participation du CNC et du Plan média II de l’ Union européenne.

Ce film est ancré dans la mémoire populaire, sans doute parce qu’il raconte l’histoire d’une famille ordinaire dans une Italie d’après-guerre. En 1945, les peuples européens avaient matériellement tout perdu. Les gens n’étaient pas riches comparé à la luxuriante Amérique du nord mais ils tentaient de vivre heureux malgré la crise sociale terrifiante et le chômage qui ne permettaient pas d’assurer la nourriture quotidienne. La population courageuse et déterminée tenait grâce à un fait certain, un seul fait et le bon : l’espoir de jours meilleurs. La jeune démocratie italienne débarrassée du dictateur Mussolini et de la royauté se lançait dans un programme politique sans précédent : donner du travail à tous. L’époque du Miracle économique italien favorisera bientôt l’embauche de nombreuses personnes même sans qualification pour des métiers en plein développement, par exemple poseur d’affiches. La société de consommation naissante motivera Vittorio De Sica (gros plans en couleur sur la photo ci-contre) en tant que réalisateur car l’homme inspiré saura rester proche de la population ; d’origine modeste, l’estime du public sera constante, avec des hauts et des bas, tout au long d’une carrière remarquable – ses carrières remarquables – car acteur de cinéma, scénariste et comédien de théâtre qu’il affectionnait tant. En racontant avec réalisme la vie difficile de ses contemporains dans un monde en plein bouleversement, Vittorio De Sica réussira son pari novateur et audacieux, restituer le réel. Décrié par la critique de son pays trop habituée à la censure étouffante d’un passé lourd et trop récent, le film connaîtra un succès international immense en étant plébiscité, entre autres, à Paris et oscarisé à Hollywood. Tourné avec des comédiens amateurs en noir et blanc, « Le voleur de bicyclette » fait partie des monuments du Septième art et cette immortalité, Vittorio De Sica la doit aussi au compositeur Alessandro Cicognini. Sa musique orchestrale très présente dans le style de l’époque où chaque scène était accompagnée d’une ambiance sonore particulière (les trémolos des cordes pour annoncer un drame, les percussions pour la course-poursuite, les violons pour les moments romantiques etc.) s’écarte pourtant des sentiers battus : le thème de « Don Camillo » se dessine déjà dans un mouvement de caméra intelligent et artistique et la partition du Maestro Cicognini donne le ton de la modernité. Sa musique n’est pas seulement faite de clichés, elle laisse entendre déjà les sonorités bien sélectionnées d’une écriture classique toute dévoué à l’image : « Le voleur de bicyclette » possède une musique de film exemplaire et populaire, en témoigne l’utilisation de la tierce picarde (voir ci-dessous) en fin de générique, une technique musicale vieille comme le monde qu’utilisait déjà les ménestrels au Moyen-âge. Alix Adore ce mélodrame et Aime beaucoup les compositions d’Alessandro Cicognini, de quoi redécouvrir la richesse culturelle de l’Italie, l’autre patrie du cinéma.

 

UNE QUESTION DE TECHNIQUE : la tierce picarde. Vous jouez dans une tonalité mineure mais votre accord final se transforme en accord parfait Majeur. Ce changement de la tierce (IIIe degré de la tonalité) qui s’élève d’un demi-ton par l’emploi d’un bécarre ou d’un dièse provoque une ouverture, donne un espoir, évoque un avenir meilleur, permet en tout cas d’envisager une suite plus radieuse à une partition mineure bien triste et bien sombre. C’est une technique incontournable, à condition de ne pas en abuser mais ceci est une autre histoire…

Exemple : tonalité de La mineur, Sol dièse altération accidentelle, l’accord parfait mineur est composé des notes La, Do et Mi. En accord final, pour utiliser l’effet produit par la tierce picarde, rajoutez un dièse au Do (accord parfait Majeur La, Do dièse et Mi). Voilà une sacré ouverture porteuse d’espoir !

Pour en savoir + sur la composition musicale, cliquez ici (page B.a-ba de la composition).

 

 

 

Klaus BADELT, compositeur

Mai 68 aura donné naissance à de grands changements. Notre écoute de la musique, des chansons, des instruments et des rythmes, toutes les sonorités vont changer en cette fin d’années 60. Depuis l’origine de l’humanité la musique a évolué pour aboutir à la complexité sonore, celle que peut produire un violon par exemple. La maîtrise du son électronique va tout modifier. Dès les années 70 la musique se scinde clairement en deux parties : la musique acoustique et la musique électronique en pleine croissance. Klaus Badelt est né en 1968 et deviendra l’un des acteurs de ce changement ; il est le fruit de cette nouvelle conception des arts conjugués, le naturel et l’artificiel. À sa suite toute une génération de compositeur de musiques de films fermement accrochée à leurs synthétiseurs va voir le jour au sein d’une structure imaginée et conçue par Hans Zimmer (voir page suivante la rubrique dédiée au compositeur). Parti d’Allemagne, Klaus Badelt suivra le même itinéraire que son aîné et le rejoindra en Californie en 1998 : Hans Zimmer venait alors de recevoir l’Oscar pour « Rain man » de Barry Lewinson en 1988 et les commandes commençaient à pleuvoir. Débordé, c’est pour mieux répondre aux sollicitations des producteurs et des réalisateurs qu’Hans Zimmer, soucieux de partager ses connaissances tout en allant de l’avant dans son entreprise, engagea Klaus Badelt en tant qu’arrangeur et programmateur. Il conçu ses premières œuvres dans l’ombre du maître dans la structure Media Ventures et s’émancipa dans « Equilibrium » de Kurt Wimmer en 2002 avec Christian Bale ; il y démontre déjà sa maîtrise et révèle son travail très particulier qui tient autant à ses connaissances musicales qu’à celles de l’ingénieur en informatique !

Le temps ou les compositeurs œuvraient assis devant leur clavier de piano, le crayon à papier dans la bouche comme source d’inspiration, ou lorsqu’ils restaient penchés sur leur manche de guitare le magnétophone multi-pistes en marche forcée, est définitivement révolu. L’orchestration ne s’imprime plus dans la tête, elle est fixée d’avance dans les circuits. Les accords automatiques, les sons, les rythmes, tout est programmé. Si les synthétiseurs et autres consoles sont une aide incroyable dans la réalisation de l’orchestration, la conception d’un travail élaboré s’établit encore par l’homme, ouf !, mais jusqu’où et pour combien de temps encore ? La machinerie et les robots nous commandent déjà…. C’est dans la technicité du travail informatique que Klaus Badelt va principalement œuvrer : le choix de nouveaux types d’effets, la mémorisation des paramètres, le formatage des disques durs, les fonctions Master transpose n’ont plus de secrets pour lui. Klaus Badelt peut assurer l’édition d’une partition pour orchestre symphonique de 90 musiciens sans jamais quitter ses multiples claviers et ça, franchement, il faut pouvoir le faire ! Dans le très bon film « 16 blocks » de Richard Donner en 2006 avec Bruce Willis, la musique de Klaus Badelt est parfaite. Présente et agréable, fondue dans le scénario, elle n’est pas fondamentalement constituée de mélodies ; insérée dans les images, on ne retient pas grand-chose à l’arrivée si ce n’est l’impression très agréable d’avoir plongé dans un grand spectacle de scènes d’action. Basée sur les rythmes électroniques, la musique rempli sa mission d’efficacité. C’est déjà énorme !

Un vrai travail d’orfèvre, voilà son crédo, une synchronisation parfaite avec les images comme pour le très bon « K19 le piège des profondeurs » de Kathryn Bigelow en 2002 avec Harrison Ford ou le récent et plutôt décevant « Prémonitions » avec Sandra Bullock ou encore la nouvelle version presque inutile de « Poséïdon » voir ici sur des musiques qui deviennent fatigantes à l’oreille car du point de vue d’Alix (votre critique avertie de musiques de films), il manquera toujours une âme aux sons synthétiques, celle transmise par le travailleur manuel avec son crayon et sa gomme, celle des instruments acoustiques et des sonorités chaudes qu’ils produisent, celle des musiciens les yeux rivés sur la partition avec un chef passionné aux commandes, ce qu’ont vécu par exemple les instrumentistes d’Ernest Gold dans l’extraordinaire « Un monde fou, fou, fou, fou » de Stanley Kramer (1963) voir ici ou ceux de Bill Conti dans l’enregistrement de la musique culte de « Rocky » de Sylvester Stallone en 1976 dans une ambiance particulièrement décontractée car personne ne prévoyait le succès phénoménal du film, il n’y avait donc pas de pression (voir ici). Les musiciens se connaissaient ou prenaient le temps de se connaître, ils se respectaient les uns les autres et restaient conscients de leur valeur sans avoir « la grosse tête ». Les temps changent, les époques diffèrent et les deux écoles ne formeront bientôt plus qu’une avec heureusement l’objectif commun de servir le cinéma par la musique. Une noble mission quelque soit les moyens utilisés. À condition de rester dans une démarche artistique et pas uniquement mercantile : la musique devrait pouvoir exister et se diffuser en dehors de motivations purement économiques…

Site officiel du compositeur, cliquez ici (en anglais)

* « Equilibrium » un film écrit et réalisé par Kurt Wimmer (2002) avec Christian Bale et Taye Diggs. Musique de Klaus Badelt. Produit par Jan De Bont et Lucas Foster. Distribué par T.F.1. vidéo.

* « 16 blocks » un film de Richard Donner (2005) avec Bruce Willis, Mos Def et David Morse. Musique de Klaus Badelt. Écrit par Richard Wenk. Produit par Jim Van Wyck. Édité par Metropolitan Filmexport. Distribué par Seven Sept

* « K19 le piège des profondeurs » un film produit et réalisé par Kathryn Bigelow avec Harrison Ford et Liam Neeson. Musique de Klaus Badelt. Histoire de Louis Nowra. Scénario de Christopher Kyle. Un film Paramount Pictures.

 

 

Fantastique

SOLOMON KANE (2009), un film de Michael J. Bassett avec James Purefoy, Rachel Hurd-Wood… D’après le personnage créé par Robert E. Howard. Musique de Klaus Badelt. Un dvd Metropolitan Filmexport.

Personnage fantastique créé dans les années 20, Solomon Kane aura inspiré le réalisateur européen pour une coproduction heureuse. Malgré la désolation percutante d’un monde déprimant et la violence continue engendrées par l’ambiance glauque du film, le dépaysement avec notre vie quotidienne est tout de même total et c’est bien ici un des rôles fondamentaux du cinéma, nous divertir. Livres, bandes dessinées, jeux vidéos, jeux de rôles, l’univers surréaliste des personnages imaginés par l’auteur américain de Conan le barbare stimule les fans avides d’aventures originales hors du commun. La religion met en avant le combat ente le bien et le mal avec tous ses ingrédients (la vengeance, la repentance, la pitié, la cruauté…) et tisse le fil conducteur d’une histoire assez délirante il faut bien le reconnaître. La qualité des mouvements de caméra et du montage, de la bande sonore, les effets spéciaux obtenus à partir d’incroyables images de synthèse, les effets de relief par le tournage de scènes « à l’ancienne » avec des personnages qui œuvrent au premier plan pendant que d’autres préfigurent la scène suivante à l’arrière plan, les couleurs, bref, tout concoure au succès du film pour lequel une équipe française se sera impliquée (création des monstres, générique de fin original…). Seule la musique de Klaus Badelt reste tristement pragmatique dans la forme. Les fans du compositeur affirment que la musique de « Solomon Kane » annonce son retour en tant que musicien inspiré (il avait donc perdu sa motivation ?!) mais Alix ne note pas de grands bouleversements dans son style, cette fois-ci : la musique délivrée « au mètre » par un appareillage électronique qui passerait pour un attirail d’extraterrestre en 1928, année de naissance du personnage imaginaire Solomon Kane, ne convient pas aux oreilles expertes des connaisseurs de longue date. En l’absence de mélodie facilement mémorisable, par l’ostinato parfois pénible car trop répétitif par définition, le travail de Klaus Badelt sur la musique du film reste de très bonne facture surtout pour un film fantastique. Mais rien ne le sera jamais autant qu’une bonne vieille musique de film « comme grand papa et papa » savaient le faire… Alix trouve le film Très bon et la musique Bonne.

 

Thriller

19536658À BOUT PORTANT, un film de Fred Cavayé (2010) avec Gilles Lellouche, Roschdy Zem, Gérard Lanvin, Elena Anaya, Mireille Perrier, Claire Perot, Moussa Maaskri… Musique de Klaus Badelt. Un film Gaumont International.

Les critiques français jugent ce film Moyen mais Alix, la critique de film des Mélodies Modernes, le trouve Excellent tout comme le million de spectateur à s’être déplacé en salle pour le savourer. C’est dire une nouvelle fois le décalage entre les critiques mal embouchés et les connaisseurs-consommateurs ! Avec un scénario en béton, l’action, la violence et l’émotion placent la production sous le sceau de la réussite. Lors des courses poursuites vertigineuses dont les plus remarquables se font à pied, un exploit cinématographique rarement tenté, la musique de Klaus Badelt de retour d’Hollywood soutient bien les images. La musique parfois composée au kilomètre pour certaines productions fatigantes n’assourdit ici pas les oreilles alors voici un bon exemple de son travail somme toute alimentaire. Gilles Lellouche également fait preuve d’un vrai talent à l’image des rôles très bien distribués. On ne peut que dire bravo et merci à l’équipe. Autre commentaire, celui d’Aanor pour « Mea culpa » également de Fred Cavayé, voir ici

À bout pourtant est le titre d’un autre film, celui de Don Siegel en 1964 avec Lee Marvin, John Cassavetes, Angie Dickinson…

 

Comédie

Supercondriaque Mélodies ModernesSUPERCONDRIAQUE, un film de Danny Boon (2014) avec Danny Boon, Kad Merad, Alice Pol, Jean-Yves Bertheloot, Judith El Zein, Valérie Bonneton, Jérôme Comander, Marthe Villalonga… Musique de Klaus Badelt. Un film Pathé !

Après « Bienvenue chez les Ch’tis » et « Rien à déclarer », ce troisième film est sans conteste le meilleur. Les situations drôles, dynamiques, joyeuses et surtout très crédibles, malgré la caricature, s’enchaînent dans une comédie « à la française » très réussie : on se marre du début à la fin, qu’est ce qu’on rigole ! Danny Boon confirme donc son talent à la fois devant et derrière la caméra pendant que Kad Mérad lui donne parfaitement le change, l’un n’allant pas sans l’autre, avec des répliques qui fusent comme savaient le faire d’autres complices, rappelez-vous ceux que l’on aime, Bourvil et de Louis de Funès. Autre confirmation de talent et de professionnalisme, celui de Klaus Badelt l’expérimenté qui s’investit de plus en plus avec les français, c’est une excellente nouvelle. Sa musique très bien pensée et travaillée s’incruste idéalement dans le film sans jamais déranger les oreilles averties. Si vous êtes morose ces temps-ci et franchement, cela n’aurait rien d’étonnant, dégustez « Supercondriaque » sans la peur que s’engendre l’hypocondriaque ; il se rend malade lui-même. Et si vous ne voulez pas vous laisser séduire par cette proposition plus qu’honnête, c’est bien regrettable ; il faudrait être un super condriaque pour ne jamais changer d’avis !

 

 

 

François DE ROUBAIX, compositeur
Un CD

FRANCOIS DE ROUBAIX, Les grandes Gueules, Le vieux fusil, Ho !, Les Caïds, bandes originales des films de Robert Enrico. Chez Universal. Collection regroupant de très nombreux CD permettant une écoute globale du cinéma français à travers ses musiques. Cette transcription auditive remarquable est dirigée par Stéphane Lerouge, le spécialiste français (et avant tout Breton natif de Douarnenez) à l’origine de ce véritable travail de restauration et de devoir de mémoire. Universal Music S.A. France. CD.

Présenter François de Roubaix, c’est parler de l’un des meilleurs compositeurs de musiques de films. Né en avril 1939 à Neuilly sur Seine, autodidacte, c’est son père Paul de Roubaix qui le lancera sur un court métrage dont la mise en scène est confiée à Robert Enrico. Enthousiaste, plus que cela, passionné, François relève le pari : composer professionnellement pour le cinéma. Déjà il fera preuve de créativité en utilisant des instruments ou objets peu ou pas usités dans la composition musicale ; il sera par exemple l’un des premiers à employer un générateur de fréquences (l’ancêtre du synthétiseur).

Et voici l’avis personnel d’Alix : même si l’on ne peut qu’apprécier son étonnant travail de recherche dans le domaine des sons électroniques, ses dons de mélodiste et d’arrangeur très inspiré reçoivent l’admiration d’Alix ; l’harmonica qui résonne dans « Les grandes gueules » n’a absolument rien à envier à celui de Morricone dans « Il était une fois dans l’ouest ». Le rythme des percussions et le son de la guitare de l’excellent film « Les grandes gueules » justement, avec les immenses acteurs et comédiens que sont Lino Ventura et Bourvil sont parfaitement adaptés au contexte du film ; les divers protagonistes de l’intrigue sont d’ailleurs excellents. Dans le sombre « Dernier domicile connu » de José Giovanni avec Lino Ventura et la délicieuse Marlène Jobert, c’est le violoncelle qui part dans une suite de notes, conjointes ou arpégées, pas conventionnelle du tout : encore une démonstration de l’inventivité de François de Roubaix qui y interprètera le thème à la guitare, comme à son habitude. Quant au piano entendu dans le générique du film « Le vieux fusil » avec Philippe Noiret et Romy Schneider, il restera définitivement ancré dans la mémoire collective des cinéphiles. Les sons électroniques renforçant l’horreur des images sont issus d’une imagination et d’une expérimentation exceptionnelles. Résolument, pour n’avoir jamais posé le pied dans un conservatoire de musique, François de Roubaix restera comme un monument de talent et d’inventivité, comme quoi… Les arrangements savants de ces compositions seront signées, entre autres orchestrateur, Éric Demarsan, un autre grand compositeur français et Jean-Pierre Pellissier (voir ici une interview exclusive) à la batterie complète et autres instruments, l’ingénieur du son extraordinaire du maître… Collègue musicien et ami fidèle de François, il effectuera un travail technique rare sur la prise de son ; c’est à lui que l’on doit les sonorités si caractéristiques des musiques du compositeur avant sa disparition accidentelle en 1975. Par malheur, il ne remontera pas d’une plongée sous-marine aux Canaries, activité qu’il adorait tant. « On était comme deux frères qui, régulièrement, se retrouvaient autour d’un film » résumait Robert Enrico parlant de son pote François. « Sa vie, il l’a vécue à deux-cent à l’heure, ne se donnant pas une minute de répit, ne supportant pas l’idée de perdre du temps ». Le destin malheureux d’une vie trop courte qui nous manque à tous.

Les éditions Chapitre 12 viennent d’éditer un livre d’art d’une beauté rare intitulé « Charmeur d’émotions » de Gilles Loison et Laurent Dubois (quel sacré hommage au compositeur François de Roubaix !)

Jean-Pierre Pellissier s’est investi dans la musique de la série documentaire télé « La Terre » d’Haroun Tazieff et Éric Demarsan a signé la musique du film « Un bon petit Diable » et « Attention, les enfants regardent ! ».

 

 

Drame

LES GRANDES GUEULES, un film de Robert Enrico (1964) avec Bourvil, Lino Ventura, Jean-Claude Rolland, Marie Dubois, Jess Hahn… D’après le roman de José Giovanni Le haut fer (chez Gallimard). Musique de François de Roubaix. Un film produit par Michel Ardan. DVDY Films.

L’un des meilleurs films français, voilà comment définir ce bouquet d’artistes mis en scène par un orfèvre du cinéma sans oublier la musique de François de Roubaix, superbe, unique et exemplaire. Dès les premières images du générique, on constate les capacités du compositeur à trouver le bon rythme, les timbres adaptés et la mélodie en osmose avec le contexte. Le succès populaire des films qui parlent des traditions régionales disparues ou en passe de l’être, des gens qui en vivent ou qui disparaissent avec, n’a jamais été démenti dans l’hexagone en témoigne le succès de Bienvenue chez les Ch’tis qui paraît bien fade comparé aux grandes gueules déracinées de la forêt vosgienne. Le scénario, d’une justesse rare, est largement inspiré de l’histoire d’une vie montagnarde fortement compromise dans les années soixante, déjà, l’exploitation des arbres pour en faire des meubles ou des maisons d’une beauté incomparables, agonisait. Pourtant rien n’est plus beau et naturel, accueillant et chaleureux qu’un chalet en bois. C’est ce que pensait Hector Valentin alias Bourvil en héritant d’une scierie dont plus personne ne voulait car en bas dans la vallée régnait en maître des lieux un homme fort et sans scrupules… Qui l’emportera, le pot de terre ou le pot de fer ? Un scénario qui n’est pas sans rappeler celui des meilleurs films de western américains. L’entente entre les deux monstres sacrés du cinéma, Bourvil et Lino Ventura, fut totale, chacun trouvant dans le scénario un rôle à sa mesure. Leur performance est remarquable. Entourés d’une formidable équipe de d’acteurs rodés dont certains gros bras bien huilés, Jess Hahn en tête, ils orchestrent une aventure humaine difficile à imaginer aujourd’hui, la priorité étant donnée au modernisme informatisé… Tous les acteurs se démènent sans jamais prendre racine. Jean-Claude Rolland campe un personnage très difficile à interpréter et le comédien s’en sort avec les honneurs, il nous livre une composition elle aussi remarquable. Sans oublier aussi la belle et naturelle Marie Dubois, une excellente actrice sous-employée dans le cinéma français. Sans oublier aussi les bucherons qui se cassent le tronc… et la scierie reconstituée pour les besoins du film qui y brûlera définitivement. Il ne faut rien oublier, tout absorber et se satisfaire de l’excellence du cinéma français. Un film à voir et à revoir. Alix trouve ce film Exceptionnel tout comme sa musique, elle aussi Excellente.

À noter. Depuis la disparition des dernières exploitations forestières au début des années 60 dans le nord-est de la France, nous importons essentiellement d’Europe 2,7 millions de m3 de bois scié de résineux secs et nous exportons en même temps sept cent mille m3 de résineux frais. C’est insensé : nous exportons du bois qui nous revient sous la forme de meubles en participant à la mise à mort de l’Amazone : un quart des importations concerne les bois tropicaux. C’est lamentable.

Voici l’exemple d’une musique extraordinaire parfaitement rythmée sur le mouvement des machines de la scierie. Avec les instruments acoustiques enregistrés de main de maître sur un arrangement monstrueux de musicalité, il est honnêtement impossible de mieux faire.

http://youtu.be/DiifMZDLx30

 

Jean WIENER, compositeur

« Touchez pas au grisbi », c’est-à-dire à l’oseille, au fric. L’harmonica de Jean Wiener résonne encore à nos oreilles (un film de 1953 de Jacques Becker). Né à Paris en 1896, Jean Wiener vivra en totale immersion dans son époque ; étudiant au Conservatoire supérieur de musique de Paris, il sera très motivé par la musique de son temps, les années 1910 et les Années folles. Le ragtime restera toute sa vie son genre musical de prédilection mais comme Alix aime à le rappeler dans ce site des Mélodies Modernes, de sérieuses études classiques permettent toujours de s’orienter sans grandes difficultés vers tous les genres y compris le jazz pour peu, évidemment, que l’on dispose du bon état d’esprit. En formant un duo célèbre avec son ami Clément Doucet dans un répertoire éclectique de variété instrumentale, ils se produiront partout dans le monde à commencer par le cabaret « Le bœuf sur le toit » auquel ils apporteront leur contribution dès 1921 (ce lieu deviendra un endroit de rencontres extraordinaires de la vie parisienne, Jean Cocteau y puisera son inspiration). Pianiste classique capable d’époustoufler par sa virtuosité un public difficile de connaisseurs et de critiques dépassés par le phénomène, il peut troquer la musique atonale et contemporaine composée par Schönberg ou le Groupe des six (Satie, Poulenc, Milhaud et compagnie) pour des mélodies guillerettes de music-hall de tous les styles puisqu’il reprendra par exemple les tubes de Duke Ellington ou un rag célèbre composé par l’américain Joseph Doly « Chicken reel » entendu par exemple dans le monumental « Autant en emporte le vent » lorsque le domestique veut couper la tête au coq récalcitrant, un thème souvent utilisé dans les dessins animés de Tex Avery ou de Walt Disney. Cette mélodie rythmée très bien arrangée par ses soins illustrera le générique des « Histoires sans paroles » (des films muets) diffusée à la télévision française dans les années 60/70 avec l’énorme succès populaire que l’on sait. D’autres compositeurs français au parcours similaire auront œuvré pour le développement et l’enrichissement de la composition musicale en faveur du cinéma, George Auric par exemple. Mais le talent de mélodiste de Jean Wiener tout comme ses capacités d’improvisation extraordinaires exprimées par une maîtrise technique et musicale pianistique parmi les plus remarquables de tous les temps feront de ce compositeur fidèle à « l’esprit français » un exemple à suivre (un style basé sur une musique légère constituée d’une mélodie très finement orchestrée) même s’il n’est pas donné à tout le monde de composer près de 300 musiques de films (rappelez-vous sa prestation dans une séquence de la Caméra invisible, voir article ici). En hommage à son action, plusieurs écoles de musique et conservatoires français porte son nom. Un hommage des « Gens de Mogador » et c’est bien la moindre des choses…

 

* Pour en savoir + sur le compositeur, cliquez ici (infos L’encyclopédie du cinéma)

** Le cabaret parisien Le boeuf sur le toit est devenu un restaurant, pour + d’infos cliquez ici (site officiel)

*** Pour en savoir + sur le film Touchez pas au grisbi ! Cliquez ici (infos Allociné, photo ci-dessus)

**** Pour entendre la musique d’Histoire sans paroles, cliquez ici (infos Coucoucircus)

***** Un site perso. très original d’un passionné du ragtime, cliquez ici (infos et forum de Pascal)

Tel père, telle fille, Elisabeth WIENER aura emprunté les traces de pas de son père. Actrice talentueuse d’une rare beauté, pianiste et chanteuse émérite dans tous les styles, capable de chanter un extrait d’opéra ou du rock alternatif, cette artiste polyvalente aura longtemps évolué au sein d’un groupe les « Castafiore Bazzoka » sans oublier l’héritage cinématographique familial qui la font prêter sa voix au doublage d’actrices américaines célèbres dont Meryl Streep. Alix notre critique de films s’est souvent posée la question de savoir qui avait une voix française aussi agréable, pourvue à la fois de profondeur et de légèreté, riche et agréable car remplie d’harmoniques, une voix qui s’exprime dans une diction parfaite. Une voix charmeuse et mélodieuse à souhait qui doit vraisemblablement ressembler à la personne en profondeur : claire et limpide comme de l’eau de roche, chaleureuse et amicale, vivante et tonifiante. Maintenant qu’Alix connait la réponse elle ne s’étonne plus du fait suivant : dans la magie des sons, tout, absolument tout, fini toujours par s’expliquer !

* Pour en savoir + sur Elisabeth Wiener, cliquez ici (infos Wikipedia)

** Pour en savoir + sur son groupe, les Castafiore Bazzoka, cliquez ici (site officiel)

*** Pour connaître la liste de ses films, cliquez ici (infos DVD Toile, photo ci-contre)

 

 

Patrick WILLIAMS, compositeur

Patrick Williams, « Pat » pour les intimes, a composé un nombre astronomique de musiques de films et de séries télévisées mais sa grande spécialité restera l’arrangement musical, une véritable passion qu’il aura mis en pratique pour plusieurs albums de jazz et de style jazzy, Franck Sinatra s’en souviens encore ! À l’occasion d’un hommage rendu à sa longue carrière « Sinatraland », le compositeur aura assuré l’ensemble des arrangements du chanteur/crooner et quel travail cela représente, des tas d’idées harmoniques à coucher sur des tonnes de papier à musique. Né en 1939 dans le Missouri puis élevé dans le Connecticut, son amour du jazz et la formation classique reçue à l’Université de Columbia l’amèneront à évoluer sans cesse entre ces deux mondes difficiles à réunir : la rigidité de la musique classique contre la liberté du jazz. Mais on sait bien qu’avant d’improviser dans une grande liberté d’expression il faut savoir s’en tenir d’abord aux règles strictes et le musicien classique, lui, doit faire tomber un jour ou l’autre ses œillères d’instrumentiste coincé. Il fallait au moins la volonté et les grandes capacités « pédagogiques » d’un Patrick Williams inspiré pour se faire apprécier et respecter par deux clans que tout, d’emblée, semble opposer.

En 1968 soufflait en Californie un vent de renouveau y compris dans la musique de film et Pat Williams aura su faire évoluer les mentalités en introduisant à la télévision un genre nouveau. Dans les épisodes de « Mannix » comme dans ceux de « Cannon », ses musiques sont identifiables par leur originalité ; le générique de la série « Les rues de San Francisco » avec Karl Malden et Michaël Douglas (photo du haut) est absolument superbe car très audacieuse, les percussions dames le pion aux vents et aux cordes mais sans jamais les écraser. L’esprit de l’arrangement, c’est d’évoquer les bruits et ambiances de la rue (le klaxon des voitures, la foule, le joueur de saxo au coin de la rue… C’est un modèle du genre !). Voici l’une des autres différences essentielles avec certains compositeurs actuels qui, pour oeuvrer dans la facilité, favorisent souvent une famille instrumentale au détriment de l’autre. Jusqu’à l’avènement du disco à la fin des années 70, un heureux équilibre s’instaurait entre les pupitres de l’orchestre et tout le monde y gagnait. En somme, la musique de film et plus largement la musique instrumentale ne furent jamais aussi riche et variée qu’en ce temps-là, en témoigne son « An american concerto » écrit en 1976, œuvre symphonique de référence en la matière (mélange du classique et du jazz). Son collègue John Williams (aucune parenté entre les deux) enregistrera son « Theme for Earth day » et la profession lui remettra jusqu’au milieu des années 90 de très nombreuses récompenses évidemment méritées. Et pour vous divertir en écoutant ses compositions très jazzy sur de belles mélodies passez-vous « C’est ça l’amour » avec l’imbattable Bette Midler et Dennis Farina (1997), vous comprendrez aisément ici comme ailleurs le talent de Pat Williams.

Photo paragraphe précédent : Peter Falk dans Le privé de ses dames (1978), un film de Robert Moore avec Ann-Margret, Fileen Brenan, Sid Caesar et Louise Fletcher (voir aussi page précédente). Distribution Columbia Pictures www.sonypictures.com

Pour en savoir + sur Patrick Williams, cliquez ici (infos Wikipedia, en anglais)

Visitez le site officiel de Peter Falk, il est à l’image du personnage : passionnant ! Cliquez ici.

Pour écouter le générique des Rues de San Francisco, cliquez ici (site Les génériques tv)

 

 

Serge SAUVION, artiste 

Que serait le personnage de Columbo sans la voix extraordinaire de Serge Sauvion ? Homme de théâtre et de cinéma, de télévision et de radio, ses multiples dons auront jalonnés le parcours des auditeurs et téléspectateurs français sur plusieurs générations car ici et là, Serge Sauvion demeurait incontournable. Célèbre, il l’était assurément par sa voix : Peter Falk mais aussi Charles Bronson, Burt Reynolds, Jack Nicholson, Richard Burton, Sydney Potier, Stacey Keach (dans Mike Hammer) et même Peter Lupus : ne pas croiser tôt ou tard le doubleur devenait mission impossible. Mais Serge Sauvion était avant tout acteur et comédien de grand talent et ses prestations furent toujours remarquables, furtives parfois mais jamais sans importance, comme un château de cartes qui s’écroule dès que l’on enlève un seul élément de base. C’est ici que réside la qualité du doublage français : ce sont des comédiens aguerris qui rendent les acteurs étrangers meilleurs qu’avec leurs voix naturelles et ça, il faut vraiment le faire ! Hélas, la grande famille des passionné(e)s du cinéma, des sons inoubliables et des belles formules restera orpheline. Madame Columbo doit faire preuve de courage. Serge Sauvion s’est éteint en ce sombre mois de février 2010 quinze jours après son ami et collègue Pierre Vaneck, lui aussi comédien éternel. Serge a rejoint Peter décédé en juin 2011. Le public ne manquera pas de compassion pour l’entourage de tous ces formidables comédiens. Compassion rime avec passion, celle qui nous est commune avec Serge Sauvion perdurera grâce à la mémoire collective : l’Art sous toutes ses formes. Serge était un grand artiste aimé du public qu’il respectait bien chaleureusement à son tour ; une relation fusionnelle s’entretiendra dorénavant par images de films et téléfilms interposées. Quelle chance dans la douleur !

 

Poursuite

MACHO CALLAHAN, un film de Bernard L. Kowalski (1970) avec David Jansenn, Jean Seberg, Lee J. Jacob, James Booth, David Carradine, Bo Hopkins, Anne Revere, Pedro Armandariz Jr… Musique de Pat Williams. Un film MGM.

La musique de Patrick Williams pour ce film est impressionnante par sa justesse avec un mélange des sonorités classiques de l’orchestre symphonique et des musiques traditionnelles des pays d’Amérique du sud, particulièrement les sons spécifiques de la musique mexicaine que l’on retrouve dans les formations de type Mariachi (le violon, la guitare, la vihuela au possibilités harmoniques limités (elle ne possède que quatre cordes), le guitarón avec sa couleur sonore grave et forte compte tenu du volume de sa caisse de résonance, l’incontournable trompette et toutes sortes de percussions auxquels Patrick Williams va rajouter la petite harpe de Durango avec ses notes frêles et délicates pour établir un contraste saisissant. Sa musique mélodique d’une grande richesse harmonique et rythmique s’entend à bon escient lors des scènes violentes, par exemple au moment de la révolte des prisonniers au début du film : l’orchestration symphonique d’une soixantaine de musiciens va monter en puissance jusqu’à l’explosion finale génératrice d’un bain de sang. Le malaise général ressenti de manière récurrente pendant la projection du film provient du film lui-même : plus les images sont violentes et moins l’intrigue est justifiable. Au fil de l’histoire l’intérêt du spectateur s’amenuise et s’éteint à cause d’un rôle de fugitif (c’était précurseur) dévolu à David Jansenn : l’homme présenté comme machiste est en réalité un beau salaud. Tirer dans le dos, battre à mort son voisin et violer une femme rouée de coups après l’exécution en public de son mari définissent la marge de manœuvre du criminel, à savoir, n’avoir ni limite à sa violence ni états d’âme. Entre un macho au cœur tendre et un criminel endurci même à l’époque de la guerre civile américaine (1861-1865) où des crimes atroces furent commis (comme dans la plupart des conflits humains), cela ne passe pas. Le scénario créé en pleine montée du féminisme fait dans la provocation et s’inspire des mœurs au temps des hommes préhistoriques crasseux du moins on peut l’imaginer ainsi, lorsqu’il valait mieux cogner qu’être cogné, lorsqu’il valait mieux naître mâle plutôt que femelle… Bref le scénario ne tient pas la route et Jean Seberg dans son rôle non plus : le réalisateur fait passer la belle pour une « moins que rien » facile et débile. En tombant follement amoureuse de l’homme qui l’a battue et violée, parfois, on se demande vraiment pour qui on prend le spectateur. Quant à l’excellent David Carradine alors à ses débuts, il ne fait que (tré)passer… Pour Alix, ce film bien monté aux images artistiques bien cadrées est pourtant Raté car inutilement violent et pas crédibledu toutmais sa musique est Excellente, c’est toujours ça de pris dans la tronche…

 

 

Fantastique

YESTERDAY’S CHILDREN, un film de Marcus Cole (2001) avec Jane Seymour, Clancy Brown, Kyle Howard, Claire Bloom, Hume Cronyn… D’après l’histoire écrite par Sarah Bird et Richaard Leder. Musique de Patrick Williams. Un film produit par Jay Benson. Distribution Worl International Network LLc. Film tourné en Irlande avec l’aide de la Irish Film Industry. Adaptation française de Fanny Esnault.

Si vous aimez les films sentimentaux alors vous serez servis. Impossible de ne pas verser au moins une larme dans cette histoire fantastique sans effets spéciaux particuliers mais c’est bien là sa réussite : nous émouvoir dans la sincérité. Jane Seymour, actrice anglaise naturalisée américaine n’est plus à présenter, son gros succès populaire, elle le doit à la série télé « Docteur Quinn femme médecin » diffusée en France il y a une dizaine d’années dans une certaine confidentialité car Alix me confie être passée à côté – c’est bien dommage pour elle -. En revanche Alix s’est rattrapée avec une autre série très réussie, la nouvelle version d’ « À l’est d’Eden » (voir page XVII). Le doublage français est extraordinaire, particulièrement celui réalisé par la comédienne Evelyne Selena, voix habituelle d’une autre grande actrice, Meryl Streep ; ces voix parfaitement sélectionnées demeurent un enchantement pour les oreilles et renforce l’intérêt du film. Cette production du cinéma indépendant américain rappelle à quel point les talents sont dans la nature et pas seulement dans les grosses productions qui monopolisent l’attention du marché. Et cette question lancinante : pourquoi Jenny vit-elle deux vies, comme si une âme la possédait pour la raprocher d’autres enfants, ceux de sa vie antérieure en Irlande ? Le DVD « Yesterday’s children » vous la révèle (un titre de film non doublé en français alors Alix vous propose « Les retrouvailles »). La qualité de l’image est exceptionnelle, la musique de Pat Williams va la transcender. Malin et expérimenté comme pas un, notre compositeur va utiliser les sonorités traditionnelles de l’Irlande, la chaleur des cordes, le son de la flûte irlandaise, la harpe celtique et la langue du pays. Une mélodie exemplaire dans sa conception car elle repose sur le principe de notes conjointes entrecoupées d’un saut d’octave pour relancer son intérêt (voir le chapitre B.a-ba de la composition) ; basée sur la tonalité mineure sans sensible (mode ancien ou diatonique), le thème est chanté en langue gaélique par une voix enfantine très maîtrisée (justesse et vibrato), un refrain souvent entendu dans l’histoire sur un arrangement somptueux de l’orchestre à cordes. Une interprétation somme toute peu fidèle à la musique irlandaise traditionnelle comme on la connaît et on l’aime mais qui s’en rapproche honnêtement : par touches subtiles et légères comme le traitement de l’histoire effectué par le réalisateur, la magie du conte opère et laisse le télespectateur à ses sentiments. C’est ce qui fait son charme. Âmes insensibles s’abstenir car ce (télé)film vaut largement le détour pour les passionnés d’histoires originales et terriblement humaines. Alix aime ce Très bon film et sa Très bonne musique.

Les voix françaises du film : Evelyne Selena, Michel Hinderyckx, Frédéric Haugness, Françoise Oriane, Robert Roanne et Stéphane Flamand. Adaptatrice : Martine Chauvin, Directrice de plateau : Rosalia Cuevas.

 

Accès page suivante : Guido et Maurizio DE ANGELIS, Jack AREL, Percy FAITH, Paul GLASS, Howard GOODALL, John FRIZZELL, Trevor RABIN, Joseph WILLIAMS, Patrick DOYLE, Morton STEVENS compositeurs/ Ike EISENMANN, acteur

 

Mots-clés :

A lire également