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Les compositeurs de musiques de films

Musiques de films

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La critique de film d'Alix

Critiques de films

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Le Top 100 des plus belles musiques de films

Les 100 + belles BO de films

Est-ce possible ? Possible, oui bien sûr mais raisonnable, beaucoup moins.

Les musiques de films (XXII)

Enrico SIMONETTI, compositeur

D’origine italienne c’est au Brésil qu’Enrico Simonetti réalisera l’essentiel de sa carrière. Pianiste dès l’âge de quatre ans, la musique classique ne contentera pas son goût immodéré de la belle mélodie. Il se mettra donc à la composition (on n’est jamais si bien servi que par soi-même en la matière) et imaginera des airs entraînants et enthousiasmants. Prolifique, il saura rapidement se faire remarquer du public féru de grandes mélodies dansantes puis la télévision brésilienne lancera sa carrière à une heure de grande écoute. Le musicien réalisera parallèlement un très beau travail de composition pour le cinéma. La maison de disques microsillons Polydor saura s’y intéresser d’où un succès aux divers hit-parades qui dépassera les frontières Sud-américaines. Farceur, il n’hésitera pas à assurer les spectacles musicaux retransmis à la télévision ou réalisés en concert en demandant parfois à ses musiciens de faire le clown à l’instar de l’actuel « Quatuor », le non moins célèbre ensemble humoristique de musiciens français. La jovialité et l’esprit de convivialité n’ont d’égal que la simplicité et l’efficacité du compositeur : les qualités humaines d’Enrico Simonetti transparaissent dans sa musique. Très rythmée, très mélodique, les arrangements font la part belle aux accords de jazz et Alix trouve ça génial. Le talent d’Enrico Simonetti sera si apprécié de tous que là-haut, les anges le rappelleront trop tôt en 1978 à l’âge de 54 ans ; il avait pourtant beaucoup d’autres compositions formidables à proposer comme celles de « Kid, il monello del west ». Tant mieux pour eux mais trois fois hélas pour nous. Les compositions d’Enrico Simonetti gagneraient maintenant à être reconnues et surtout rééditées. On en mourrait presque d’impatience…

 

Western

KID, IL MONELLO DEL WEST/La banda del west, un film de Tony Good (Tonino Ricci, 1973) avec Andrea Balestri, Carlo Carloni, Flavio Colombaioni, Maurizio Fiori, Barbara Fiori, Mirko Ellis, Clara Park et Franco Ressel. Musique d’Enrico Simonetti. Un CD en édition limitée chez Gigitmovies Alternative Entertainment info@digitmovies.com

On rencontre dans ce film la même bande caricaturale d’enfants livrés à eux-mêmes avec les mêmes traits de caractère et les mêmes comportements que ceux du film français de 2009 « Big city » (voir ici) ; ils habitent tous dans une ville qui s’appelle Big City (!) et l’un des héros se nomme Andréa Balestri (au centre de la photo ci-contre) très remarqué un an plus tôt dans le célèbre feuilleton télé « Les aventures de Pinocchio » (voir ici). Quant à la musique, alors là, elle est délicieuse : un thème formidable et très dynamique chanté par le Cortiglioni children choir avec naturel sans chi-chi, une mélodie arrangée en charleston avec piano mécanique et banjo, un groupe de jazz version New Orleans (ils sont excellents instrumentistes), l’ensemble des airs entendus dans le film et le disque compact ramène tout simplement vers Elmer Bernstein, Michel Legrand et Ennio Morricone d’où une harmonisation très riche bourrée d’accords de septième. C’est très fort et très fin. Ce rapprochement avec les grandes compositions pour le cinéma était voulu par les concepteurs de ce western spaghetti atypique sur proposition du compositeur Enrico Simonetti. Son fils Claudio composera lui aussi pour le cinéma avec son groupe Goblin pour les films de Dario Argento (dont les fameux films de zombis). Célèbre musicien de la télévision italienne, Enrico Simonetti ne doit rien à personne : cet artiste complet possède pleinement le talent des plus grands compositeurs de musiques de films. Vous ne le connaissiez pas ? Eh bien c’est maintenant chose faite et PAN ! dans les dents…

 

Kid, il monello del west, thème principal et chanson du film : analyse

Enrico Simonetti n’a pas eu de difficulté à imaginer un thème simple, rythmé et jazzy. L’Ouest américain, les cowboys, les chevaux, le saloon, tous les ingrédients sont réunis dans le film et chaque thème visuel possède sa propre illustration sonore. Sons et images sont associés par la musique. Banjo, piano mécanique, guitare sèche… Il reste à concevoir la mise en pratique sur le papier à musique ce qui est une autre paire de crampons.

La tonalité ne peut pas être plus simple : Do Majeur. Loin d’éprouver une quelconque difficulté à composer avec une armature (armure) plus compliquée, il faut trouver la justification du choix de cette tonalité facile dans la tessiture nécessaire au choeur d’enfants. En effet, l’un des deux thèmes principaux du film La banda del west est repris dans une multitude de versions très différentes ; prévu à la base pour être chanté, les notes sont conçues en fonction des paroles italiennes dans le pur respect de la musicalité des phrases (le phrasé est un terme utilisable en musique, en lecture et en diction). Les jeunes auteurs compositeurs interprètes français et francophones feraient d’ailleurs bien de s’y mettre un peu, la mode étant au découpage des mots et des phrases de manière complètement insensée.

Enrico Simonetti utilise les accords de DO Majeur, Fa Majeur et Sol Majeur, les trois accords de la tonalité étant utilisés de manière systématique dans la musique country. L’accompagnement des mesures 4 à 12 (la 12 incluse) peut être joué à l’octave inférieure, prévoir sur votre synthétiseur un son de cordes pour faire ressortir les notes tenues. La mélodie devra être jouée de façon énergique (trompette par exemple). Au fait, connaissez-vous vos signes de renvoi ? Détail des règles de la composition et de l’écriture ici, page B.a-ba de la composition)

- Mesure 10 enchaîner tout naturellement sur la mesure 11 puis retour immédiat mesure 4 (double barre de reprise avec ses deux points mesure 11 faisant face à ceux de la mesure 4)

- Mesure 10 pour la deuxième fois, passer directement mesure 12 sans utiliser la mesure 11 réservée au premier passage

- Mesure 24 revenir immédiatement mesure 4 selon l’indication D.C. al segno (Da Capo à effectuer jusqu’au signe indiqué S barré avec deux petits points)

- Mesure 10 à la troisième lecture passer directement mesure 12 pour terminer sur le troisième temps à l’indication FIN.

Les possibilités créatrices du côté de l’harmonisation sont quasiment illimitées dans la simplicité lorsqu’elle est aussi transparente et d’aussi bonne qualité. Les notes entre parenthèses (écriture non conventionnelle) à partir de la mesure 4 permettent d’enrichir à chaque fois un accord parfait en le transformant en accord à quatre sons (accord dit de septième) ; elles sont indiquées en noires mais doivent être intégrées au deux temps de l’accord (les blanches).

À NOTER : mesure 5 et suivante, le signe de la barre oblique placé en plein milieu de la mesure avec les deux points signifie qu’il faut reproduire exactement dans cette mesure-là le contenu de la mesure précédente. Il s’agit d’une facilité d’écriture mais aussi de lecture compte tenu du tempo rapide : faites donc fonctionner votre mémoire quasi-immédiate !

 

Kid, il monello del west, second thème : analyse

Le deuxième thème du film est un hommage à Elmer Bernstein. En effet, le compositeur Enrico Simonetti a souhaité saluer la performance de son collègue américain pour le film « Les sept mercenaires » (voir ici). La technique d’écriture n’est pas la même car les deux compositeurs sont très différents l’un de l’autre mais le procédé reste identique. Lorsqu’il s’agit d’illustrer le galop des cavaliers par exemple, Elmer Bernstein provoque un rythme saccadé en confiant aux pupitres des vents une succession de notes martelées avec une large participation de la basse là où le compositeur italien préfère solliciter d’autres pupitres (les cordes y compris la guitare classique, le banjo, la caisse-claire sur fond de guitare basse qui pose simplement la fondamentale de chaque accord sans oublier les percussions fortes représentées par les timbales). Dave Grusin pour la série « Le virginien », Maurice Jarre pour « Cimarron », Dennis King pour la série anglaise « Prince noir / Black beauty », Michel Legrand pour « Le gentleman d’Epson »… Tous les compositeurs de musiques de films connaissent la technique permettant d’illustrer une course de chevaux. L’exemple donné ci-contre est éloquent : le rythme constant de la caisse-claire formé d’une croche suivie de quatre doubles-croches répond à celui de la guitare classique (et des timbales au début et à la fin du thème), un contre-chant dans le médium assurant à son tour le dialogue avec la mélodie qui grimpe d’une octave : l’évocation des grands espaces est assurée.

L’invention vient d’on ne sait qui. Il faudrait probablement remonter à l’époque du cinéma muet pour trouver un pianiste ayant eu cette idée géniale de composer une suite de notes synchronisées au rythme des sabots des chevaux : Tam tagadagadam tagadagadam… Les compositeurs de musique classique ont bien entendu identifié ce rythme depuis longtemps : Georg Friedrich Haendel pour « Water music » vers les années 1720 employait déjà cette formule rythmique pour évoquer les jeux royaux de la Cour du Roi d’Angleterre. Le développement de l’art musical dans le domaine très fusionnel de la musique de film avec l’appropriation de toutes les formes musicales et de tous les styles a considérablement enrichi les moyens techniques mis à la disposition des compositeurs. La musique est (presque) plus imagée que les images elles-mêmes !

À noter dans ce thème nommé Black Jack :

- la tonalité de La Majeur (trois dièses à la clé)

- l’utilisation de mesures composées à 12 temps (dont quatre temps forts avec comme unité de temps la noire pointée si l’on ne décompose pas ce qui est plus confortable surtout dans un tempo rapide)

- dès la mesure 1 la notation est simplifiée. Premier temps, les notes désignées de l’accord de La septième Majeure avec son Sol (dièse), Do (dièse) et Mi ne sont pas réécrites, seul subsiste la hampe des notes pour indiquer le rythme. Il s’agit d’une facilité d’écriture et de lecture

- mesure 10 l’emploi de deux accords extrêmement bien représentés dans la musique de films pour westerns : une résolution de l’accord parfait Majeur du VIIe degré altéré (qui n’appartient pas à la tonalité) vers la septième de dominante du Ve degré. Pas une seule musique de western n’échappe à cette technique. C’est à la fois simple et magnifique d’ingéniosité !

- mesure 11, reprendre les accords de la première exposition du thème et y rajouter le contre-chant indiqué aux cors ; la mélodie est reprise par la trompette.

Rappel : les silences sont pointés, n’oubliez pas que trois croches valent ici un temps (mesures ternaires). Quant au rythme de la caisse-claire il est indiqué avec des croix sur une ligne unique et non par des notes dans une portée (exemple mesure 3).

 

 

 

Les nombrils du monde

Réflexion. Voilà une bien curieuse chose. Depuis toujours cette marque de naissance a fasciné. Le nombril aurait du nous donner le sens des valeurs véritables en nous invitant à mesurer le temps : nous venons du néant et nous y retournerons tous un jour, le moment venu. Symbole de la vie, le nombril nous remet à notre place : il se trouve au centre du temps. Le rattachement à notre mère et par conséquent aux anciens, à nos parents et grands-parents, à nos ancêtres et à leur terre, à nos racines et à leurs traditions, est symbolisé par ce petit trou bêtement placé au milieu du corps ; il nous rappelle à chaque fois notre relation physiologique avec le passé. Nombril et passé, nous en possédons tous un, glorieux ou méprisable, ordinaire ou remarquable, parfois l’un et l’autre à la fois. Cet ancrage à l’histoire est indélébile car gravée dans la chair.

Le cordon ombilical sectionné, le nouveau-né devient un être unique mais certainement pas autonome car il lui faudra beaucoup d’années, à bébé, pour devenir indépendant, pour atteindre son autosuffisance. Certains n’y parviendront jamais.

L’être humain à sa naissance et pendant son enfance reste totalement démuni dans une existence digne d’une vie carcérale. Façonné comme de la pâte à modeler, conditionné, entièrement dépendant des « grands », incapable de survivre seul à moins peut-être de s’appeler Gavroche, l’éducation et la formation forgent l’esprit des plus jeunes qui absorbent les informations en véritables éponges : la mémoire ne doit-elle pas se construire de manière empirique et structurée ? Pourtant formatée de manière désordonnée depuis plusieurs décennies, la mémoire des petits d’homme enregistre de plus en plus les informations sans qu’elles aient été filtrées ou contrôlées. De la qualité et de la quantité de ces informations dépendent pourtant la réussite du futur adulte surtout qu’il devra peut-être un jour transmettre à son tour le flambeau. Si l’on se place dans l’ordre des choses et dans la marche du temps, le décrochage des anciens doit permettre au nombril jeune et prometteur de commencer sa propre découverte du monde. Sur ce point, le prolongement prochain de l’âge de la retraite en France sera un handicap insurmontable.

Le problème est le suivant : lorsque l’être humain se regarde le nombril, il ne voit rien de tout cela. Il ne se réapproprie pas le passé et se projette encore moins dans l’avenir. Quand l’homme se regarde le nombril, il fixe le moment présent, rien de plus, rien de moins. La femme, elle, suppute sur la chose : sa santé pourrait même dépendre de l’appréciation qu’elle en fait. Trop petit, trop gros… Quand il s’agit d’évaluer leurs attributs l’homme et la femme sont ridicules. Devenu depuis l’Antiquité objet de beauté, tour à tour chéri puis répudié, l’objet angoisse les mesquins mannequins et excite les esprits les plus chauds. La mise en valeur du nombril dans la mode devient démentielle : on le perce, on le métallise, on l’exhibe. Son importance ne dure que l’instant superficiel du regard fugace de l’inquisiteur en rupture intellectuelle qui méprise la dimension philosophique, pire, il en ignore tout. L’être humain a perdu le sens de son nombril.

Toutes les espèces vivantes de la planète possèdent un lien avec leur passé et toutes les formes vivantes y compris végétales espèrent survivre, plus ou moins consciemment, dans un environnement qui demeure souvent difficile voire hostile. Seul l’être humain refuse d’utiliser les enseignements d’hier pour préparer au mieux son évolution qui s’apparente de plus en plus à un génocide. Pour certains dont les actuels ou regrettés Rachel Carson, Haroun Tazieff, Hubert Reeves ou Yves Paccalet, des humains davantage préoccupés par le sort de l’humanité que par celui de leur nombril, le suicide collectif est déjà largement engagé. Il ne s’agit pas ici d’une réflexion ordinaire : nous n’avons plus temps de discuter car la fin est proche. À moins que… À moins que l’on arrête de se regarder le nombril.

Certains ont déjà commencé. Malheureusement, ils ne voient pas plus loin que le bout de leur nez. Peut-être finiront-ils par y voir une péninsule… Le comportement de l’équipe de France de football en Afrique du sud à l’occasion de la Coupe du monde de football 2010 est une pitoyable représentation de nombrils exacerbés et débiles. Dirigeants dépassés, entraîneur incompétent, joueurs trop payés, tous pratiquent le nombrilisme. On en voit le résultat affligeant et détestable comme celui de la société moderne tout aussi introvertie et rapine que ses meilleurs représentants. L’équipe d’athlétisme aux Championnats d’Europe, soudée et regroupée autour d’un excellent entraîneur, démontre que l’on peut effectivement agir autrement.

Tout devrait être recomposé. Autour du nombril des autres cette fois-ci. Il en est plus que temps.

 

« Un nez, que dis-je, une péninsule » est l’une des phrases célèbres du roman d’Edmond Rostand (Cyrano de Bergerac)

* « Le nombril du monde », un film avec Michel Boujenah, voir ici (La critique de films d’Alix page II)

 

Stanley MYERS, compositeur

Home sweet home
VOYAGE AU BOUT DE L’ENFER/The deer hunter,un film de Michael Cimino (1978) avec Robert de Niro, John Cazale, John Savage, Meryl Streep, Christopher Walken… Musique de Stanley Myers. Un dvd Studio Canal.« Voyage au bout de l’Enfer » est une oeuvre exceptionnelle à plus d’un titre. Premier film à montrer sans concessions les effets dévastateurs de la guerre du Viêt Nam sur le plan psychologique, il plaça le public américain en face du drame subit par sa propre société : partis la fleur au fusil, les engagés volontaires qui revinrent de l’Enfer demeurèrent traumatisés à vie. Toute guerre est une horreur absolue en soi mais les effets de celle-ci ne furent jamais décrits aussi efficacement avant le film de Michael Cimino ; divisé en trois parties bien distinctes (la joie de vivre, la guerre et le retour au pays), c’est une fresque bouleversante et terriblement humaine que nous offre le réalisateur. Les acteurs sont devenus depuis de grandes vedettes et leur jeunesse à l’écran rend l’histoire plus cruelle encore : le président Lyndon Johnson se doutait-il en 1964 que la nation américaine les envoyait au massacre ? Les bombes au napalm n’auront pas épargné grand monde non plus… Le compositeur Stanley Myers aura imaginé introduire dès le début du film une jolie mélodie jouée à la guitare classique avec l’orchestre symphonique en accompagnement : les critères habituels pour un film de guerre (une musique bruyante, rythmée et guerrière) commencèrent par tomber au bénéfice de l’opposition des situations, un genre peut-être initié par Ennio Morricone. Le paradoxe est l’une des armes de Stanley Myers pour surprendre l’auditeur. Pour une situation donnée, il saura composer autrement que ce que ferait ses collègues ; la surprise mélodique liée à l’arrangement riche en harmonies transparaît au détour de chaque partition et pas une ne ressemble à l’autre. C’est pour son travail à la télévision britannique que ce musicien talentueux né à Birmingham composa une mélodie nommée « Cavatina » en 1970. Elle fut interprétée par John Williams alors peu connu et fut reprise dans le film de Michael Cimino quelques années plus tard. L’ambiance de bonheur masque en réalité le drame à venir. Un autre réalisateur embaucha Stanley Myers pour un film au thème similaire en cette année 1978, « Le retour » de Hal Ashby (réalisateur d’Harold et Maude et d’En route pour la gloire voir ici) avec Jon Voight en vétéran paraplégique, Jane Fonda fidèle à elle-même empêtrée dans ses convictions féministes et pacifiques sans oublier la présence martiale de David Carradine marqué à vie pour son rôle dans « Kung fu » (voir ici). « Le retour » fut lui aussi un film très dérangeant sur la question du Viêt Nam mais peut-être moins choquant à appréhender car plus intellectuel, en tout cas sans la violence des images cruelles des jeux de roulettes russes découverts dans « Voyage au bout de l’Enfer ». À noter l’utilisation de plusieurs musiques russes issues des répertoires traditionnels slave et juif, de très belles mélodies. Un film Exceptionnel et une musique de Stanley Myers Excellente pour Alix.

Pour écouter l’interprétation de la musique de Stanley Myers Cavatina par un fan guitariste, cliquez ici (info lastfm)

 

Enlèvement

LA NUIT DU LENDEMAIN/The snatchers, un film d’ Hubert Cornfield (1968) avec Marlon Brando, Pamela Franklin, Richard Boone, Rita Moreno, Jess Hann, Jacques Marin…Musique de Stanley Myers. Un dvd MEP vidéo (Mes éditions préférées).

Réalisé par un européen de Turquie féru de cinéma qui poursuivra sa carrière en Amérique, « La nuit du lendemain » est un film policier peu lumineux, triste, des éléments constants chez Hubert Cornfield qui aimait ces atmosphères sombres et pesantes. D’humeur et de caractère incompatibles avec Marlon Brando (qui pouvait s’entendre avec lui ? Certainement pas Franck Sinatra qui se moquera souvent de son indolence), la relation de travail entre Cornfield et Brando pendant le tournage fut pénible, une gêne qui se retrouve dans le tempo du film. Il est vrai que le jeu du comédien repose sur une certaine nonchalance ; Marlon Brandon joue en effet mollement un chef de dangereux truands et introduit une certaine forme d’ennui (il semble s’ennuyer lui-même), un sentiment pas si désagréable que cela lorsque l’on connaît le personnage mais qui engendre un faux rythme, un tempo spécial, un sentiment contrasté car dérangeant et attirant à la fois. Assez spécial, le comédien l’était également. Sa carrière sera jalonnée de prestations brillantes ou peu énergiques mais toujours empruntes d’un talent naturel et communicatif : Marlon Brando aura fortement marqué l’histoire du cinéma mondial. Pour recentrer le propos autour du film Alix constate qu’il possède de réelles qualités toutes personnelles : cadrages originaux, montage lent qui permet de s’imprégner de l’environnement, panoramiques très artistiques, lumière tamisée, ambiance générale bien restituée, néanmoins les personnages demeurent stéréotypés, l’histoire a du mal à accrocher (les nombreux déplacements en voiture deviennent fatiguants), probablement une conséquence du poids des années. Ce film a plutôt mal vieilli, il faut donc l’apprécier avec quelques réserves d’usage. La musique de Michael Myers est elle aussi imprégnée de son époque : flûte traversière avec effets de sons multiphoniques (association simultanée du souffle de l’instrumentiste produisant les notes avec ses cordes vocales par le chant ce qui permet de créer des harmoniques), harmonica, rythmes brésiliens, passages atonaux… Plus de doute nous sommes bien en 1968. Cette maîtrise de la technique de composition pour un film renforce l’ensemble de l’œuvre très professionnelle et la classe parmi les films inclassables, une caractéristique du cinéma d’auteur ; tous les films sont uniques ! Il faut donc voir celui-ci, résolument. Pour résumer Alix le trouve Assez Bon et sa musique Bonne.

Pour en savoir + sur le réalisateur Hubert Cornfield présenté par sa fille Anaïs, cliquez ici (info La cinémathèque française)

 

Gabriel YARED, compositeur

Voyage au bout de la Terre

PREMIER DE CORDÉE, un téléfilm en deux parties de Pierre-Antoine Hiroz et Edouard Niemans (1999) avec Silvia De Santis, Didier Bienaimé, Giuliano Gemma, Frédéric Gorny, Andréa Ferréol, Frédéric de Pasquale… D’après le roman de Roger Frison-Roche. Musique de Gabriel Yared. Un dvd Gaumont télévision, France 2, MDI productions, la RAI…

Chamouny, ancien nom de Chamonix (prononcez Chamoni sans le x) désigne une ville de 9000 âmes qui voit sa population augmenter d’années en années et sa fréquentation exploser dans les périodes les plus favorables à la pratique des sports de montagne (ski, escalade….). Haut lieu mondial de l’alpinisme, la ville de Chamonix et sa vallée magique sont connues depuis longtemps pour leur magnificence. Roger Frison-Roche, auteur des trois romans qui engendreront le téléfilm « Premier de cordée », est né à Paris en 1906 mais dans ses veines coulait déjà du sang de chamoniards. Adolescent, l’appel de la montagne sera le plus fort et le personnage commencera dès lors une vie incroyable faite d’action, d’exploits et de rencontres jusqu’à ses 93 ans, année de sortie du téléfilm, un bel hommage du public rendu à l’aventurier. Rarement une personne aura pu et su démontrer à quel point un parcours choisi et assumé peut rendre heureux et fier de vivre : découvreur de voies peu royales sur les cimes enneigées ou ensablées (le Hoggar en Algérie), prisonnier de guerre et résistant actif contre les occupants allemands ou italiens, les témoignages n’en finissent pas de pleuvoir sur un homme au potentiel exceptionnel. Après la publication de l’un de ses premiers romans « Premier de cordée », Roger Frison-Roche participera en tant que conseiller technique au premier tournage du film réalisé par Louis Daquin en 1933. Maurice Herzog, collègue et ami, lui consacrera « La grande crevasse » en 1966. La version réalisée en 1999 sous la forme d’un téléfilm regroupant ces deux volets écrits à sept ans de distance (seconde guerre mondiale oblige) auquel se rajoute « Retour à la montagne » est remarquable. Original à plus d’un titre avec un budget énorme pour une production télévisée à laquelle plusieurs pays auront collaboré mais aussi avec ses deux équipes de tournage, les conditions pénibles permettront de bien retranscrites la grandeur des éléments naturels et l’adaptation des hommes qui y vivent. La montagne (comme la mer) fait rarement de cadeaux à ses admirateurs et demeure un lieu naturel dangereux et hostile.

Impossible également d’échapper aux sentiments humains avec l’actrice principale Silvia de Santis présente dans un autre feuilleton français « La bicyclette bleue » (musique de Michel Legrand, voir ici) ; chanteuse à ses heures, sa prestation de comédienne est parfaite grâce à son ravissant accent italien et sa beauté plastique avantageuse. Une scène érotique marque d’ailleurs les longs préliminaires des deux amoureux – la trame du film – et le spectateur averti ne s’en offusquera pas. Quand on aime la montagne, on aime d’abord la vie, on aime tout un point c’est tout. Peut-être aura-t-on abusé un peu trop de son sourire ravageur très présent à l’écran mais les acteurs jouent juste et sans exagération y compris les professionnels de la montagne devenus acteurs pour l’occasion. Tout est fait pour que le spectateur s’imprègne de l’atmosphère si particulière aux alpages : Chamonix Mont-Blanc, ses aiguilles et sa vallée sont représentées dans « Premier de cordée » de façon très avantageuse. Quel bonheur ! Même l’école municipale de musique dirigée par Christian Hadrot est représentée sur scène avec leur chef trompettiste et ses collègues jouant du Gabriel Yared en play-back. Pour mener à bien ce pari grandiose, la production aura engagé le compositeur très apprécié du public et des connaisseurs pour ses capacités à s’intégrer au contexte d’un film. Présent dans le cinéma français depuis le début des années 70, une période si importante pour la musique de film, le musicien possède une grande qualité : le sens de la mélodie brève. En apprenant le métier en tant qu’arrangeurt pour Francis Lai (voir ici) par exemple, en composant plusieurs génériques télé (les indicatifs de TF1, L’académie des neuf….), le musicien se sera rapidement démarqué de ses jeunes collègues – ou concurrents – incapables de composer le début de la moitié du quart d’un semblant de mélodie. Qu’ils ne s’en fassent pas une montagne, quelques notes, une arpège, une suite de cinq notes et leur propre univers sonore serait créé à l’exemple du style Yared. Son autre talent réside en la maîtrise des sons électroniques comme des instruments acoustiques : lorsque le mixage des deux devient heureux, inutile de se poser de question sur le compositeur, il est forcément bon. Ici aussi, les collaborateurs doivent être à la hauteur (Jérôme Charles, Nathaniel Mechaly et Stéphane Moucha). Leur professionnalisme n’est pas en reste alors ne nous privons pas de « Premier de portée » plus longtemps ! Alix trouve le téléfilm Excellent et la musique Très bonne, surtout les thèmes et les arrangements musicaux respectueux de l’époque traversée, les folles années 20, celles d’une nouvelle création du monde…

Pour en savoir + sur Roger Frison-Roche, cliquez ici (site officiel réalisé par sa famille)

 

Tranche de vie

LES MARINS PERDUS, un film de Claire Devers (2003) avec Bernard Giraudeau, Miki Manojlovic, Sergio Peris-Mencheta, Marie Trintignant, Audrey Totou, Nozha Khouadra et Darry Cowl. D’après le roman de Jean-Claude Izzo et son adaptation pour la bande dessinée de Clément Belin. Musique de Gabriel Yared et Stéphane Moucha. Un coproduction Salomé, Studiocanal, Arte France cinéma, Gimages développement, le C.N.C., la Sofica… I.D. Distribution

Le meilleur adjectif qui pourrait s’adapter à ce film est Glauque, dans le sens triste et sombre du terme. Tout est moche dans les images de ce film et on espère toujours apercevoir un coin de ciel bleu afin de se rappeler que l’action se situe à Marseille. Cette ville est d’une beauté et d’une vitalité rares, il suffit de se promener du côté du Vallon des Auffres ou sur le vieux port, d’arpenter ses ruelles, de parler à ses habitants ou de se rendre un soir au stade pour comprendre que Marseille, c’est vraiment autre chose que l’image glauque que le film véhicule. Il existe des marins perdus (on évoque ici la galère des marins de commerce surnommés les fayots par les marins pêcheurs, les seuls vrais marins libres et indépendants) et les situations dramatiques, les rencontres terribles, les quartiers peu recommandables où la misère des plus démunis n’est pas moins présente qu’ailleurs, illustrent les difficultés sociales et économiques des grandes cités cosmopolites qui souffrent comme à Marseille de problèmes renforcés par l’ouverture de la ville sur la mer. Soit, on sait tout cela mais rien ne justifie un film glauque, quitte à se répéter. Les décors sont austères, les personnages restent figés, ils sont tristes et désabusés, mous ou surexcités selon leur humeur, on les voit nus à la sortie du pieu ou roués de coups dans le bordel, en fait, on retrouve les décors quotidiens d’un mauvais film français avec son fil conducteur pitoyable sous-jacent : savoir qui va coucher avec qui. Le plus insupportable demeure les longs silences qui entrecoupent les dialogues : une phrase, un silence de même longueur, une phrase, un silence de même longueur, une phrase, un silence etc. Et tout ce temps perdu sert à révéler quelle pensée profonde ? Un autre adjectif utilisable pour définir ce film pourrait être statique : visionnez les dix premières minutes du film et passez aux dix dernières, vous n’aurez pas raté grand-chose, même pas la musique qui est ennuyeuse, pardon Gabriel Yared mais sur cette affaire là, votre sensibilité et la légèreté de votre musique ne passe pas, comme tout le reste. Pourquoi s’y mettre à deux pour un médiocre résultat ? Pourtant l’attention du public ne pouvait qu’être bonne avec un excellent Bernard Giraudeau qu’Alix adore pour avoir suivi l’ensemble de sa carrière (bonne continuation au Paradis des artistes, Bernard !), tous les acteurs du film, les cadrages, le montage et les autres aspects artistiques et techniques étant signés de grands professionnels. Les qualités reconnues de Gabriel Yared compositeur ne sont pas en cause non plus. La déception d’Alix provient donc du scénario insipide et de son traitement maladroit, probablement la mauvaise adaptation d’un roman déjà basé sur un huis clos : voici une histoire spéciale, en fait, que l’on va aimer beaucoup ou pas du tout. Pour Alix, ce sera pas du tout on l’a compris et son appréciation du film est Mauvaise, un avis à prendre ou à laisser à vous de choisir. Allez circulez M’ssieurs dames, ici y’a plus rien à voir. Juste un flop. Et sans rancune !

P.S.

- Revoyez « Max et Jérémie » de 1992 avec Noiret, Lambert, Marielle et les autres, Sarde à la musique : encore une histoire sombre traitée par la même réalisatrice mais différemment, c’est du moins ce dont se rappelle Alix qui ne va pas tarder à se le repasser pour rafraîchir sa mémoire

- Pour prendre la tangente, s’immerger dans une époque maritime et glorieuse, s’imprégner d’une atmosphère particulière et pour connaître de vrais marins, pour découvrir un pays régional et ses habitants, la Bretagne, Alix vous souhaite de pouvoir lire un jour « Les seigneurs de la mer » du docteur Mével.

 

Drame

ZONE ROUGE, un film de Robert Enrico (1986) avec Sabine Azéma, Richard Anconina, Hélène Surgère, Jacques Nolot, Jean Bouise, Jean Reno… Musique de Gabriel Yared. Un film produit par Revcom Films et TF1 Films production (édité uniquement en k7 vidéo).

Voici une nouvelle histoire du pot de terre contre le pot de fer (voir ici le film Rage !), celle de victimes en lutte contre le pouvoir détenu par de véritables salauds. On ne peut s’empêcher de penser au fermier qui voit les bulldozers creuser son terrain pour le passage d’une nouvelle autoroute inutile, à la défense des hôpitaux de proximité avec tous leurs services, aux modifications catastrophiques du système judiciaire et de l’atteinte à son indépendance, à la circulation automobile qui détruit la vie, à cette fichue centrale nucléaire que l’on voulait construire à Plogoff, à tout ce qui irrite les français remplis de bon sens et d’opiniâtreté. Lorsque la vérité se trouve du côté de la population, elle se heurte à la connerie des décideurs motivés par l’appât du gain, des financeurs, des politiciens, des maffieux assassins. Sauf qu’ici, la vie des habitants d’un paisible village est menacée par une machination incroyable mais vraie : tuer et détruire pour sauvegarder le trafic de matières polluantes dont on ne sait quoi faire. Claire broie du noir, elle se trouve être seule rescapée d’un rmassacre programmé : va t-elle combattre les forces du mal ? Aidée par Jeff dans son impossible combat, ils affronteront les pièges qui précèdent l’accès aux médias : l’information ne passait pas encore par Internet ! Auront-ils le temps et la capacité de tout déballer au journaliste de France 3, peuvent-ils lui faire confiance ? Ne va t-il pas se faire avoir lui aussi ? Pourquoi et comment un village a t-il été sacrifié et rayé de la carte ? Qui connaîtra l’effroyable vérité ? Sur une musique discrète de Gabriel Yared qui utilisera le bruit de fûts métalliques pour soutenir des images de fûts métalliques (un procédé facile mais ça marche), les aventures de nos deux héros tiendront le spectateur en haleine d’un bout à l’autre de l’action. Richard Anconina est un très bon acteur, Sabine Azéma est une excellente comédienne et de plus, sous la douche histoire de ne rien gâcher au plaisir de la retrouver, elle est aussi très jolie (avec le bout de ses seins en érection, on dirait Alix…). Attention ! La nuit de cauchemar commence dans la même scène et le contraste entre la belle et la bête est saisissant, une opposition qu’affectionne souvent Robert Enrico le réalisateur ; il sait nous émouvoir en profondeur sur les questions de lutte inégale, celle de la brebis égarée qui se retrouve face au loup. C’est rarement la naïveté de l’une qui triomphe de la perversité de l’autre, surtout quand la dégueulasserie humaine est traitée avec une force et un naturel exceptionnels. Les enfants, la zone interdite du film est couleur rouge-sang. Alix Aime beaucoup ce film et sa musique efficace mais hélas Trop peu présente. À noter la présence de Jean Reno dans sa notoriété internationale naissante.

P.S. Pour ce film dérangeant lui aussi, à quand la sortie DVD et Blu-ray ? À moins qu’il ne soit pas politiquement correct de nos jours, le temps n’arrangeant décidément rien…

 

 

Montage FX d’après la jaquette du CD

 

Drame

RETOUR À COLD MOUNTAIN, un film d’Anthony Minghella (2003) avec Jude Law, Nicole Kidman, Renée Zellweger, Nathalie Portman, Jack White, Eileen Atkins, Brendan Gleeson, Philip Seymour… D’après le roman de Charles Frazier. Musique de Gabriel Yared. Oscar du meilleur second rôle et Golden globe pour Renée Zellweger. Un dvd TF1 vidéo. CD Sony music soundtrack.

Ce film suscite une réaction mitigée d’Alix car il alterne le bon et le moins bon. Pour commencer, le côté très positif s’appelle Musique. Le compositeur français Gabriel Yared se sera associé à deux ou trois musiciens pour bien travailler les styles folk et bluegrass ; il s’entourera de spécialistes du genre dont John Bell pour les arrangements et T-Bone Burnett pour les chansons ; guitariste, auteur-compositeur et producteur inconnu du grand public européen mais très connu outre-Atlantique, ce musicien fera entendre tout au long du film ses compositions très typées vu le contexte historique et romanesque. Évidemment, il faut aimer ce genre bien éloigné de la musique élaborée voire sophistiquée que représente une grande musique de film. Le gros du travail de création de Gabriel Yared reposera sur la symphonie d’une durée de cinquante minutes (!) qui se devait de fédérer tous les éléments complexes de l’œuvre (les périodes et situations changeantes du film, les retours en arrière ou avancées de l’histoire…), une difficile épreuve maîtrisée par le compositeur. Notre musicien deviendra l’homme de la situation en faisant appel une nouvelle fois à ses talents de mélodiste et de créateur d’ambiances chaudes et colorées (pour soutenir le propos contrasté sur la rudesse de la vie en montagne), riches et populaires (pour jouer le contraste sur la pauvreté des gens et l’attitude bourgeoise de l’héroïne d’où la mise en avant du piano), un héritage naturel et culturel dont l’enfant du Liban saura tirer parti tout au long de sa carrière, une évolution personnelle et professionnelle qui n’est d’ailleurs pas terminée à notre plus grande satisfaction. Le thème principal du film « Retour à Cold Mountain » est simple : il s’agit ni plus ni moins d’une succession de notes conjointes et de quelques tierces enchaînées dans un mouvement descendant et montant par alternance, une fluidité musicale très française qui n’est pas sans rappeler les grandes plages musicales de Fauré, Debussy ou Ravel, une finesse d’écriture renforcée par l’orchestration fine et légère. C’est magnifique de profondeur et de délicatesse. Par l’utilisation d’instruments « féminins » ou « masculins », par exemple la flûte traversière et la harpe classique en soutien de la déambulation de l’actrice noyée dans ses pensées, les arrangements intelligents permettent de donner un relief supplémentaire aux images : Jude Law reviendra t-il vivant de la guerre de sécession ? C’est ici que le bât blesse : la romance « gnan gnan » devient redondante et possède un goût très fort de déjà vu ; dans le genre « Je t’aime, attends-moi, je reviendrais en héros », merci, on a déjà donné. Alix n’adhère pas jusqu’au bout au scénario mais comprend que l’on peut y souscrire. La longue et deuxième partie du film laisse le spectateur sur sa faim, la crédibilité de l’histoire et le comportement des protagonistes devenant sujet à discussion sur la crédibilité des choses mais bon passons, les montagnes, la lumière, les acteurs, la musique, tout est fait pour assurer le dépaysement, le mélange des genres fait recette. « Césarisé » pour « L’amant » puis « Camille Claudel », Gabriel Yared semble assumer son « oscarisation » avec le « Patient anglais » en vrai professionnel et ce n’est qu’un début, continuons le combat pour que cesse la Sécession ! Alix pense que ce film est Bon (il serait excellent sans l’histoire assez difficile à admettre pour son épilogue décevant) et trouve la musique Excellente. Un point noir : le cd de la musique du film. Rempli par l’ensemble des plages folk (dont il manque 2 titres mais pas les voix horribles des chanteurs de l’église, un ensemble de voix polyphoniques corses sans la polyphonie et la Corse), les diverses versions des compositions symphoniques de toute beauté de Gabriel Yared n’y figurent pas. C’est pourtant cela le meilleur. Ici aussi un retour s’imposerait en grandes pompes…

 

Aventures

AMELIA, un film de Mira Nair (2009) avec Hilary Swank, Richard Gere, Ewan McGregor, Christopher Eccleston… Musique de Gabriel Yared. Un dvd 20th Century Fox.

Soyons clair : si vous avez apprécié la performance d’ Hilary Swank dans « Million dollar baby » du grand Clint Eastwood (voir ici) alors vous n’aimerez pas cette excellente actrice dans un film décevant Si de surcroît vous connaissez le documentaire « Les ailes des héros » de France 3 sur la passionnante histoire des pionniers de l’aviation alors la cause est entendue : vous aurez du mal à vous en remettre. Les choix de la réalisatrice indienne sont douteux. Connaissant la personnalité froide et distante de la vraie Amelia Earhart (l’équivalente en femme de Charles Lindberg), il ne fallait pas demander à Hilary Swank de mimer tous ses faits et gestes ! En copiant à l’excès son modèle des années 20 et 30 elle en devient presque ridicule, la caricature n’est pas loin. Quant à Richard Gere, il cabotine mais c’est une spécialité qui ne le change pas. La fin du film reste dramatique : plutôt que de se fâcher des japonais dont on continue à faire la guerre sur le plan économique (ils furent responsables de la disparition de l’aviatrice à l’aube de Pearl Harbor), Mira Nair laisse au spectateur le soin d’imaginer le triste sort de l’aviatrice : chacun peut choisir la manière dont décède Amelia parmi deux options aux conséquences similaires. Ce n’est pas une idée fine mais vraiment idiote. En admettant que ce film ne soit pas une comédie, il faut reconnaître à son héroïne volontaire et déterminée la capacité de rire et de sourire sans discontinuer du matin jusqu’au soir ce qui paraît tout de même étonnant ; Hilary Swank en fait vraiment trop. Son personnage totalement détaché des préoccupations basiques et quotidiennes la fait vivre dans une bulle bien connue des artistes dans laquelle ne subsiste que la passion et un amour immodéré de soi-même, éventuellement des autres. Comme Amelia était douée elle deviendra également assez fainéante ce qui l’entraînera lentement mais sûrement à sa perte. Notez à ce propos un point très positif, la musique de Gabriel Yared ; le compositeur trouve les notes justes dans un état d’esprit général qui reste tout de même correct mais sans panache. Alix trouve « Amelia » relativement distrayant mais n’accroche pas au jeu des acteurs ni au traitement ambigu de l’histoire. La note d’évaluation est Moyenne malgré une Belle musique. Quand on découvre dans le bonus du dvd de magnifiques prises de vues d’avion mais hélas, coupées au montage, on a la confirmation des mauvais choix de la réalisatrice. Avec tout cela, impossible de décoller de son siège en compagnie d’Amelia même si l’on passe un assez bon moment… Que l’on oubliera en un éclair !

 

 

Harald KLOSER, compositeur

LE JOUR D’APRÈS, un film de Roland Emmerich (2004) avec Denis Quaid, Jake Gyllenhaal, Emmy Rossum, Perry King… D’après le livre d’Art Bell et Withley Strieberg « Le grand dérèglement climatique ». Musique d’Harald Kloser. Un film 20th Century Fox.

Imaginez que devant vous des hommes, des femmes, des enfants, des animaux meurent les uns après les autres ; vous êtes là, impuissant, en voyant votre tour arriver. C’est la situation dans laquelle nous nous trouvons aujourd’hui face au désastre écologique qui a commencé : nous assistons passivement à la destruction de notre environnement et de notre cadre de vie qui provoque l’extinction de la vie. Le film « Le jour d’après » permet de visualiser les conséquences du dérèglement climatique en cours : la fiction n’en est plus une, la réalité dépasse largement les prévisions les plus pessimistes. Pendant plusieurs millénaires le gaz carbonique déversé dans l’atmosphère par les volcans déchaînés à l’aube de l’apparition de la vie sur Terre a été absorbé par les forêts et les océans dans un lent, très très lent processus mais soudainement le pétrole, le gaz et le charbon fossilisés vont être réinjectés en très grandes quantités dans l’atmosphère par les excès de l’industrialisation débutée au 19e siècle. Parce qu’on a décidé de produire plus et plus vite, l’homme a cédé sa place aux machines dévoreuses d’énergie. Résultat : nous sommes maintenant entré dans un terrifiant cercle vicieux : nous détruisons la forêt qui rejette du gaz carbonique ce fait fondre les glaciers et réchauffe l’atmosphère qui fait fondre à son tour les glaciers qui étouffe les forêts… La pollution de l’air, de la terre et des océans est apparue si rapidement que le changement climatique actuel ne pourra pas être géré en si peu de temps par la nature : il aura fallut des millénaires pour rendre l’atmosphère respirable, il faudra quelques décennies à peine pour la rendre mortelle. Le film de Roland Emmerich arrive après bien d’autres films sur le même sujet dont le fameux et courageux documentaire d’Al Gore. L’homme scie la branche sur laquelle il s’est confortablement assis et la chute vertigineuse fait déjà très mal… Pendant ce temps-là les hommes politiques n’en finissent pas de débattre, les administrations suivent leur petit bonhomme de chemin et les pollueurs continuent de polluer tranquillement : l’avenir se présente bien pour les criminels. Tout va très bien, Madame la Marquise (air connu)… Alix pense que ce film est un film catastrophe Très bien fait avec sa musique Très bien adaptée dûe aux capacités d’Harald Kloser, un compositeur allemand vite devenu spécialiste des musiques de films catastrophes grâce à sa collaboration professionnelle et amicale avec Roland Emmerich.

 

Mise à bla

Réflexion. Bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla ba bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla ba bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla ba bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla ba bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla ba bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla ba bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla ba bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla. Pendant que les femmes et les hommes politiques blablatent, pendant que les administratifs blablatent, pendant que les spécialistes en climatologie blablatent, pendant que tout le monde blablate, la Terre se détériore à la vitesse grand V. Quand il sera trop tard, quand les glaciers auront fondu, quand la mer aura vaincu les dernières digues, quand il n’y aura plus d’animaux, quand toute la population mondiale criera famine et plus seulement un bon tiers d’entre elle, viendra « Le jour d’après », c’est à dire demain. On entendra alors au loin une voix. Trois voix exactement. Ce seront celles d’un ancien politique, d’un ancien agent administratif, d’un ancien spécialiste du climat qui blablateront sur ce temps béni où ils pouvaient encore blablater tranquillement, blablater tranquillement, blablater tranquillement, blablater tranquillement….

 

Vous êtes prévenus

2012, un film de Roland Emmerich (2009) avec John Cusak, Arnanda Peet, Chiwetel Ejiofor, Danny Glover… Musique d’Harald Kloser et Thomas Wander. Un film Centropolis entertainment / Columbia pictures.

Avec « Stargate, la porte des étoiles » en 1992 les fans des films de science-fiction étaient au comble de l’enchantement. Puis ce fut « Independance day » en 1996 (un grand spectacle), « Godzilla » en 1998 (un grand film catastrophe) et « Le jour d’après » en 2004 (une grande catastrophe très bien filmée). Alix pourrait vous citer d’autres films de qualité plus variable du réalisateur mais restons concentrés sur « 2012 » et sa véritable catastrophe annoncée. C’est clair, en décembre de cette année-là, nous allons tous y passer sauf les individus prévoyants retranchés dans leurs bunkers des montagnes rocheuses américaines. Très sérieusement, un alignement des planètes du Système solaire va se produire prochainement ce que les Incas avaient prévus mais en matière de catastrophe il va falloir se contenter seulement – et c’est heureux – du film « 2012 ». Avec un scénario désordonné très peu crédible, une réalisation académique, une musique linéaire et sans intérêt, des effets spéciaux répétitifs, des exploits parfois risibles alors qu’ils se veulent dramatiques, Alix s’ennuie. D’une durée de 2h40 et des poussières d’étoiles, le film déroule sa psychologie primaire (la famille américaine reconstituée) en déroulant les états d’âmes de personnages insipides au-delà du réel : le spectateur prend du recul, la magie des images n’opère plus, bref, « 2012 » est raté. Normal pour un film catastrophe, non ? Avec les prévisions alarmistes des prédicateurs qui nous annoncent la fin du monde pour le 21 décembre 2012, Alix s’était déjà préparée au pire avec l’arrivée des extraterrestres, la destruction du monde par le feu nucléaire, la grippe A, la contamination de l’humanité par le gène de la connerie humaine… Il faut maintenant trembler pour 2012. Vous voilà prévenu(e)… Appréciations d’Alix : un film Raté, une musique Banale, forcément. À oublier très vite.

 

Catastrophe

AU CŒUR DE LA TEMPÊTE/Die sturmflut, un film de Jorgo Papavassiliou (2005) avec Nadja Uhl, Natalia Wörner, Bruno Fürmann, Heiner Lauterbach, Bettina Zimmermann… Musique d’Harald Kloser et Thomas Wankler. Non édité en version française.

L’eau est partout présente à Hambourg, deuxième ville allemande après Berlin qui possède une particularité géographique : un fleuve et deux rivières se rejoignent en centre-ville. L’Elbe, un grand fleuve né en Tchéquie traverse le pays sur plus de mille kilomètres. Avec ses lacs artificiels et son ouverture sur la Mer du nord (l’embouchure de l’Elbe ne se situe qu’à une centaine de kilomètres), la ville possède toujours l’un des plus grands ports du monde. D’une superficie égale à la Ville de Paris, une tempête plus violente qu’à l’accoutumée va déclencher le drame en ce 17 février 1962. Les digues prévue pour empêcher la remontée de la mer vers la ville vont se rompre les unes après les autres ce qui ne permettra plus à l’eau douce de s’écouler normalement : canalisée, totalement bloquée par le reflux conjugué aux pluies torrentielles, elle va rapidement submerger le béton sur plus de quatre mètres de hauteur : panique dans la ville ! Le téléfilm « Au cœur de la tempête » respecte parfaitement la chronologie des évènements et les trucages ; la musique d’Harald Kloser reste très agréable et se fait remarquer pas de belles orchestrations comme quoi il est possible de concevoir une musique pour film catastrophe sans sombrer dans le délire sonore à coups de zim boum boum clash bling prouiffff et sans provoquer de tension nerveuse auditive. Le doublage français comme le jeu des acteurs (spécialement la ravissante Nadja Uhl) sont eux aussi performants. Ce téléfilm a des allures de grand film catastrophe sans caméra « flottante » ; bien rivée sur son pied, elle ne nous donne pas le mal de mer. Assistant réalisateur en 1997, le réalisateur semble inconnu en France on se demande bien pourquoi. Ses précédents téléfilms dont une nième version des « Dents de la mer » n’aurair pas reçu l’adhésion sans faille des téléspectateurs ce qui laisse Alix dubitatif : « Au cœur de la tempête » est indéniablement une réussite et présage d’autres réalisations réussies. Attendons voir ce que Jorgo Papavassiliou va proposer à Alix qui espère une prochaine réalisation… Pas trop catastrophique !

À noter dans le téléfilm le rôle d’un élu qui fait parler de lui grâce à son implication dans l’organisation des secours en prenant les bonnes décisions au bon moment contre vents et marées (son influence sur l’administration et les militaires se fera sentir afin qu’ils réagissent vite et efficacement). Qui est-il et comment agit-il ? Rendez-vous dans ce Très bon téléfilm à la Très bonne musique qui n’est pas encore édité en dvd, pour le moins ?

 

C’est fichu !

Réflexion. Le scénario catastrophe. On le sait aujourd’hui, c’est une certitude démontrée et déjà en partie vécue : le climat change radicalement. Va t-il faire de plus en plus chaud ? Pas du tout selon les meilleurs spécialistes (chercheurs, mathématiciens, scientifiques, ingénieurs prévisionnistes…), le climat va devenir glacial par l’arrêt du Gulf Stream. Ce courant, né dans les eaux chaudes de l’ouest africain, longe le Brésil, les Antilles, l’Amérique centrale et la Floride avant sa puissante remontée jusqu’à Terre-neuve ; il apporte à l’Europe et aux français la douceur d’un climat bien tempéré. À cause de l’homme on sait pourquoi, la température de l’air s’élève à la vitesse grand V, il fait effectivement de plus en plus chaud. Mais les nuages gorgés d’eau se déversent en masse dans les fleuves, donc dans la mer, et l’eau douce cumulée avec la fonte des glaciers rencontre la fin de parcours du Gulf Stream : d’ici peu et sans nous avertir, il va s’arrêter. On imagine aisément la suite. Cette histoire manque de sel mais pas de piment : préparez vos skis aussi bien qu’au Québec au plus fort de l’hiver, ramonez votre cheminée, calfeutrez votre datcha, nous allons devoir réapprendre à vivre « à l’ancienne » pour survivre : réunir plusieurs personnes dans une même pièce autour du poêle à bois, manger froid, lire à la bougie… Très important : n’oubliez pas la réserve de piles pour faire fonctionner votre baladeur qui adore les Mélodies Modernes ; dans les mauvais moments, elles savent verser du baume dans le coeur et réchauffer les esprits engourdis par le froid !

 

 

Nino ROTA, compositeur

 

Fellini, Visconti, Comencini, Rossi, Clément, Christian-Jacque, Coppola… Nino Rota aura travaillé avec de grands réalisateurs pour des films très différents et c’est là sa force : pourvoir composer d’un côté des musiques extrêmement légères, fluides et aériennes et d’un autre côté créer des ambiances sombres, tristes et dramatiques à l’image des films de Fellini avec lequel il collaborera très régulièrement tout au long de sa carrière. Le point commun à ses compositions demeure la mélodie, cet élément fédérateur entre les images et les sons si cher aux meilleurs compositeurs. Les mélodies populaires présentes dans nos esprits sont issues du cinéma du 20e siècle et bon nombre de ces airs, chansons ou ritournelles sont de Nino Rota, l’exemple le plus célèbre étant le leitmotiv du film « Le Parrain ». Pourtant, le compositeur préfèrera stationner en Italie, berceau d’œuvres sentimentales incontournables, fondamentalement humaines et profondément populaires en se démarquant ainsi d’un travail parfois davantage basé sur la production strictement commerciale et « alimentaire » nécessaire au système de fonctionnement du cinéma hollywoodien mais trop éloigné des sources originelles d’inspiration de Nino Rota. Bref, le musicien saura rester fidèle à lui-même et gardera son style si particulier comme a su garder son âme le cinéma italien dont il est intimement lié. Nino, on te doit une fière chandelle ! Né à Milan en 1911 (décédé en 1979) c’est à Rome que Nino Rota mènera ses études de composition musicale. Remarqué très jeune pour son don, de passage à Philadelphie aux Etats-Unis au début des années 30, il s’orientera vers l’enseignement et deviendra professeur au conservatoire de Milan à l’aube de la seconde guerre mondiale tout en continuant à composer, bien entendu. On lui doit près de deux cents musiques de films et des oeuvres de musique classique, du quatuor à l’opéra, là aussi pour nous démontrer si nécessaire combien est immense sa capacité à passer des sons simples et fluides aux résonnances plus massives et complexes.

Photo : Marlon Brando dans Le Parrain, un film de Francis Ford Coppola (Paramount, 1972).

Biographie de Nino Rota, liste de ses compositions, cliquez ici (infos Wikipedia, en français)

Autre site avec biographie, pour tout savoir sur Nino Rota, cliquez ici (infos Nina Rota Collection, en anglais)

 

 

Paul DURAND, compositeur

Paul Durand était un artiste disposant de plusieurs cordes à son arc : compositeur, interprète, chef de sa propre formation d’orchestre de variété, producteur d’une émission de radio à la fin des années 40 qui aidera le lancement de la carrière des Sœurs Étienne par exemple, Paul Durand deviendra plus célèbre encore avec sa musique pour le film d’Henri Verneuil « La vache et le prisonnier » sorti en 1959. La déambulation du prisonnier obligé de caler ses pas sur ceux de la vache afin de donner l’illusion qu’ils se rendent du pré à la ferme est une démarche géniale car en réalité, ils sont en fuite. Les français auront toujours aimé se moquer de l’armée allemande aux temps terribles du nazisme, histoire de se venger un tout peu et de manière cordiale aujourd’hui des malheurs semés par le passé. À la seule vue de l’évolution des bonnes relations internationales entre les deux pays, il serait possible de considérer l’œuvre comme étant complètement dépassée et irrévérencieuse suite à l’abondance des films sur le même registre. Pourtant il n’en est rien. Ce film n’a pas mal vieilli mais les gens et leur environnement, si, fondamentalement. Dans sa version colorisée, les sentiments, la nostalgie et les difficultés apparaissent plus supportables, plus humaines pourtant l’environnement demeure hostile et cruel. Le solo du saxophone alto qui déclame la mélodie lancinante et nostalgique produit un thème qui résonnera toujours aux oreilles de ceux qui l’ont entendu. Doué pour l’orchestration, mélodiste, dynamique et sympathique, Paul Durand marquera le paysage musical français avant l’avènement de la chanson « hippie » qu’il ne connaîtra pas. Et inversement, les jeunes ne connaissent pas ou très peu le nom du compositeur.. Imaginatif, toujours à la recherche de l’originalité et du talent caché, Paul Durand saura se faire remarquer et apprécier sans sortir du rang. La vache, quel exploit !

Plus d’infos sur le compositeur ici (pages perso Orange)

 

Marguerite, toi si jolie…

Réflexion. « J’ai pour voisin et compagnon un vaste et puissant paysage qui change et luit comme un visage devant le seuil de ma maison ». Écrit vers 1899 par un poète belge à l’esprit lyrique, ouvert et préoccupé par l’avenir de l’homme, Émile VERHAEREN. Peut-on en dire autant de cet homme que nous renommerons ici Monsieur Machin mais qui existe vraiment ? Jugez plutôt. Pauvre homme que ce monsieur Machin, il habite dans une vallée magnifique entourée de montagnes superbes dans un hameau tranquille et charmant au beau milieu des champs. Sauf que la nuit quelques vaches d’humeur vagabonde viennent chercher l’herbe fraîche sous les fenêtres de son chalet. Et là rien ne va plus : monsieur Machin ne trouve plus le sommeil. On ne peut que comprendre cet admirable travailleur désireux de sombrer dans un profond sommeil après une dure journée de labeur dans la ville du bas… Mais au lieu de se laisser bercer par le tintement joyeux des cloches qui résonnent dans l’air pur et choisir de compter les vaches pour s’endormir, notre héros préfère porter l’affaire devant les tribunaux, pour faire simple. Et vlan ! Jugement en sa faveur : le fermier responsable des quadrupèdes ne devra pas laisser ses vaches s’approcher à moins de 100 mètres du balcon de la victime entre 21 heures et 6 heures du matin.

L’histoire ne dit pas quel aurait pu être le témoignage de la vache. Si on avait pensé à la convoquer au tribunal, peut-être aurait-elle dit son désarroi devant le comportement d’un excité en pyjama qui n’arrêtait pas de s’agiter devant son chalet en criant Vade retro Satanas ! « Chaque nuit il me surveillait, monsieur Le Président, et dès qu’il me voyait bouger il gesticulait comme une vache. Il n’arrêtait pas de s’agiter dans tous les sens en cherchant la meilleure manière de nous faire fuir, moi et mes compagnes d’infortune du troupeau. Il a utilisé une corne de brume, le klaxon de son 4X4 et même des pétards ; ses voisins semblaient soutenir sa démarche : Mort aux vaches ! criaient-ils. En tout cas le manque d’amour (vache) de cet homme le rapprocherait davantage d’un diable possédé par le démon de minuit que d’un être civilisé et conscient du bonheur qu’il a de vivre dans un endroit privilégié : combien de milliers de banlieusards donneraient tout pour avoir sa chance ? Cet homme ne sais pas dire Je t’aimeuh ! Et pour citer Platon : La simplicité véritable allie la bonté à la beauté ». C’est vrai qu’une vache, c’est pas compliqué et dans cette histoire bien réelle, la cloche du délire ne se trouve pas d’emblée où l’on pense…

 

Le temps des vaches maigres

Réflexion. Non non, c’est très sérieux : une chaîne américaine célèbre de restauration rapide se demande comment changer l’alimentation des vaches afin qu’elles émettent moins de méthane responsable de la pollution atmosphérique. En donnant aux pauvres vaches davantage de graine de lin par exemple on réduirait ainsi de 30 % les rejets de gaz stomacaux provenant de leur lente journée de digestion. Le rot des vaches et dans une moindre mesure leurs pets vont devenir enfin plus acceptables car leur réduction va contribuer à lutter contre la rapide dégradation de notre environnement. L’I.N.R.A. (Institut national de recherche agronomique, un organisme français qui n’est pas connu pour être composé que de rigolos) délivrent des études impressionnantes sur la question, des recherches (coûteuses ?!) qui ne demandent qu’à être approfondies. Sans plus attendre les américains se montrent déjà très intéressés car leur volonté de se donner la meilleure conscience possible pour plaire au grand public (et donc pour vendre plus) amènerait un rapide changement des mentalités : oui, les vaches des McDo. vont roter et péter moins. Une victoire mémorable dans la lutte contre la pollution atmosphérique !

Cette histoire démontre une nouvelle fois la folie dans laquelle l’homme se complaît à évoluer. Après le trou du c… des sales chiens qui s’expriment sur les trottoirs magnifiques des villes, après le trou du c… des oiseaux qui lancent des obus dégueulasses sur les merveilleux citadins et leurs superbes carrosses, voici que des trous du c… d’hommes bien-pensants se penchent sur celui des vaches minables. Mais où va donc s’arrêter le progrès ma brave dame ?! À force de faire n’importe quoi on fini par se rendre ridicule, la preuve, la recherche scientifique se discrédite totalement en pondant ce type de rapport : n’y a t-il vraiment rien de mieux à faire que de se préoccuper du méthane émis par les vaches ?

 

 

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