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Les compositeurs de musiques de films

Musiques de films

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La critique de film d'Alix

Critiques de films

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Le Top 100 des plus belles musiques de films

Les 100 + belles BO de films

Est-ce possible ? Possible, oui bien sûr mais raisonnable, beaucoup moins.

Les musiques de films (XXIX)

Joss BASELLI, compositeur

 

Pour une nouvelle, c’est une nouvelle !

Pour une nouvelle, c'est une nouvelle ! LE PASSE MURAILLE,un téléfilm de Pierre Tchernia (1977) avec Michel Serrault, Andréa Ferreol, Robert Rollis, Pierre Tornade, Roger Carel, Jean-Marc Thibault… D’après la nouvelle de Marcel Aymé. Musique de Joss Baselli. Un film Antenne 2/Native.

« Il y avait à Montmartre, au troisième étage du 75 bis de la rue Orchampt, un excellent homme nommé Dutilleul qui possédait le don singulier de passer à travers les murs sans en être incommodé ». Par cette petite phrase lourde de sens, la nouvelle de Marcel Aymé va prendre toute sa dimension : Michel Serrault va interpréter une nouvelle fois un personnage ordinaire à qui il arrive une chose extraordinaire. Sa chance va t-elle le quitter un jour ou vivra t-il un bonheur éternel ? Le plaisir de retrouver dans ce téléfilm les « anciens » comédiens est infini : Andréa Ferreol, Pierre Tornade, Robert Rollis… Mais aussi Roger Carel le transformiste, lui qui peut jouer tous les personnages avec une facilité déconcertante, quel comédien ! En ce milieu des années 70, Jean-Marc Thibault se lança dans la chanson dans son milieu artistique de prédilection, les refrains célèbres et immortels des bals musettes, ce qui lui donnera une aisance scénique supplémentaire en tant que comédien après sa formation solide aux Cours Florent à Paris. L’interprète à la voix parfois un peu tremblante car débordé par l’émotion (ce qui le rendait plus sympathique et encore plus accessible) produira plusieurs disques sans renier pour autant ses énormes succès populaires obtenus avec Roger Pierre, son comparse de toujours avant une nouvelle carrière à la télévision française : Jean-Marc Thibault y tiendra de nombreux rôles en phase avec ses convictions humanistes. Joss Baselli, justement, possédait lui aussi une grande personnalité et saura cultiver une popularité grandissante : accordéoniste réputé pour l’accompagnement de vedettes incontournables de la variétés, il fréquentera Bourvil, Serge Reggiani, Tino Rossi (qui sert de référence aux mésaventures de Dutilleul dans le téléfilm), Barbara qui lui sera reconnaissante pour son style fin et discret – chose plutôt rare chez les accordéonistes qui ont l’habitude de trop « tirer sur le manche » quand ils accompagnent un chanteur -, Patachou lors de ses tournées en France et aux États-unis…


Le musicien touche-à-tout composera plusieurs thèmes de variété avec Marcel Azzola, l’un de ses collègues de la bande des quatre (avec André Astier et Joë Rossi), tous prodiges de l’accordéon ; leur collaboration amicale et fidèle à une époque où explosait le genre musical verra la production d’une multitudes d’œuvres diverses. Tous les styles passeront à la moulinette des partitions de l’arrangeur talentueux qu’était Joss Baselli ; reconnu pour son sens de l’orchestration, son toucher de virtuose émerveillait les auditeurs de tous pays à chacun de ses passages. Gendre de Guy Viseur, un autre « monstre sacré » de l’instrument, il composera occasionnellement plusieurs musiques de films comme l’ont fait Michel Polnareff, Pierre Bachelet ou Burt Bacharach ; l’une de ses compositions originales sera le fameux générique du « Manège enchanté » qui comblera de plaisir toute une génération de jeunes spectateurs du monde entier : pourrait-on encore ignorer les aventures de Pollux actualisées en 3D, foi de tornicoti tornicoton ?! Cette série d’animation créée en 1963/64 par Serge Danot mettait en vedette un chien de race Lhassa-Apso au fort accent anglais, une excellente performance du doubleur Jacques Bodoin (avec sa fameuse table de multiplication !). La musique de Joss Baselli aura apporté sa contribution au chef-d’œuvre de la défunte ORTF. En 1969 le musicien composera la musique du film « L’astragale » avec Horst Buchholz et Marlène Jobert puis celle du feuilleton télé « Schulmester espion de l’Empereur » en 1971 avec Jacques Fabbri (et Roger Carel). Conscient de ses capacités et capable de les gérer, probablement investi du sens des affaires, Joss Baselli ne s’arrêtera pas en si bon chemin car son souci de développer l’accordéon auprès du jeune public, davantage porté vers les sons électriques pendant la vague « yé yé », le fera créer l’émission télé « Le monde de l’accordéon » qui favorisera les rencontres entre professionnels et jeunes musiciens afin de les aider à entrer dans un milieu sans pitié, celui des musicos (les musiciens pros), à l’instar du travail effectué par les regrettés « Petit conservatoire » de Mireille ou de « La chance aux chansons » de Pascal Sevran. Eux aussi auront contribué à leur manière à la démocratisation du « piano du pauvre », un paradoxe ! Par un coup du sort imprévisible, Joss Baselli connaîtra la fin rêvée de tout grand artiste qui se respecte en mourant sur scène en pleine représentation, une fin tragique que l’on aurait souhaité bien plus tardive. Sa retraite, il ne l’aura pas connue. Mais y en a t-il une pour les vrais artistes qui ne sont pas des fonctionnaires de la musique ? Alix est heureuse de retrouver tout ce beau monde dans le téléfilm de Pierre Tchernia « Le passe muraille » malgré quelques trucages sympathiques évidemment dépassés ; le charme et le talent qui se dégagent de l’entreprise méritent largement l’appréciation d’ Excellence des Mélodies Modernes.

Autre adaptation cinéma : « Le passe muraille » de Jean Boyer avec Bourvil en 1951 (musique de Georges Van Parys) et le spectacle de la fin des années 70 de Didier Van Cauwelaert sur les compositions originales de Michel Legrand.

 

Pour en savoir + sur Joss Baselli, (cliquez ici (infos François Faurant) / Pour en savoir encore plus, ne manquez pas un témoignage passionnant, cliquez ici (infos Mondomix). D’autres personnalités de l’accordéon chromatique : Yvette Horner, Louis Corchia, Jo Privat, André Verchuren, Louis Ferrari, Aimable… Les régionaux du Finistère Roger Forneris, Pierrick Le Meil, Fernando Cuadrat, Émile Simon, c’était des bons aussi !

Autre réalisation de l’équipe Aymé/Tchernia/Serrault : « La Grâce», musique de Gérard Calvi, voir ici.

 

 

 

Le coup de gueule des Mélodies Modernes : arrêtons la boucherie !

 

 


Le coup de gueule des Mélodies Modernes : arrêtons la boucherie !Ces hommes et ces femmes qui tuent en public des taureaux sont-ils des héros ? Bien sûr que non ! Des artistes alors ? Encore moins ! Des sportifs, des professionnels du spectacle, des démonstrateurs, des clowns, des guignols ? Rien de tout cela. Ce sont des bouchers. Tuer un animal en excellente santé pour nourrir la population n’est pas un acte gratuit. Certains diront qu’il est nécessaire mais les végétariens vous démontreront le contraire. Des mesures ont été prises dans les années 60 pour atténuer la souffrance animale et l’action volontaire de la merveilleuse Brigitte Bardot, entre autres personnalités à l’action déterminante pour protéger les animaux de la cruauté des hommes, aura permis d’atténuer les pratiques barbares du processus horrible de l’abattage des animaux d’élevage. Tuer pour se nourrir est une chose. Une corrida, c’est pire que tout, c’est une séance publique d’abattage cruelle et sanguinaire. Le massacre injustifié des taureaux n’est pas digne d’une société moderne qui se prétend civilisée. Inscrire la corrida au patrimoine culturel français est une démarche honteuse qui démontre que les personnes occupant des postes dits à responsabilité peuvent être parfaitement incompétentes voire d’une bêtise et d’une méchanceté incroyables. Comment peut-on apprécier une mise à mort et chercher à la légitimer ? Quel mépris face au combat digne mais toujours difficile des défenseurs des animaux ! Qui oserait encore envoyer ses enfants assister à la boucherie des corridas sinon pour leur enseigner la perversité de l’homme ? Les régions françaises magnifiques qui possèdent un patrimoine culturel d’une immense richesse ne doivent plus compter sur les images atroces véhiculées par les corridas pour défendre leurs valeurs ; rien ne peut plus aujourd’hui soutenir la motivation d’une poignée d’agitateurs, des excités au seul but avéré, tuer par plaisir dans l’arène devant un public de fanatiques attiré par l’odeur du sang et hypnotisé par la mort dans une mise en scène grotesque. Avé César…

La corrida n’est pas un patrimoine culturel mais une boucherie à ciel ouvert, signez maintenant la pétition de 30 Millions d’amis, cliquez ici et bravo, mille fois bravo à la Catalogne d’avoir eu l’intelligence et la sagesse d’interdire les corridas à partir de l’année prochaine malgré l’agressivité de quelques bouchers décidément bien assis sur leur bestialité. Et c’est pour quand en France ? Autre bonne nouvelle : l’UNESCO souhaite rendre obligatoire l’interdiction de fréquentation des spectacles de corrida au moins de douze ans. Et pourquoi pas au moins de 92 ans tant qu’à faire ?

Film « Les clameurs se sont tues », musique de Victor Young compositeur, page XVIII, voir ici

 

 

 

John CHARLES, compositeur

Fantastique

FantastiqueLE DERNIER SURVIVANT/The quiet Earth, un film de Geoff Murphy (1986) avec Bruno Lawrence, Pete Smith, Alison Routledge et Norman Fletcher. Musique de John Charles. Distribué par Films Mary Lines/Sinfonia.

L’affiche de ce film est très parlante, il s’agit d’une citation d’Einstein : « Les créations de votre esprit devraient être une bénédiction, pas une malédiction pour l’humanité ». Nul doute que le savant s’adressait à ses collègues apprentis sorciers jonglant avec l’expérimentation mal maîtrisée et l’exploration imprudente de mondes inconnus. Le feu nucléaire ne sortira t-il pas de leurs cerveaux illuminés ? L’expérience menée par le héros du film dans son laboratoire souterrain quelque part en Nouvelle-Zélande le conduira à son tour vers une frontière méconnue en devenant le seul rescapé d’une expérience à l’échelle interplanétaire qui a foiré. Mais la faute à qui et pourquoi ? Il est seul au monde et le voilà bien avancé dans sa recherche. Inspiré de nombreux livres et autres films traitant du sujet dont le fameux « Le monde, la chair et le Diable » en 1959 d’après le roman de M.P. Shiel, le voyage dans la quatrième dimension et dans le temps, le réalisateur apportera sa touche personnelle aidé en cela par son ami et fidèle collaborateur John Charles. Après des études classiques très classiques, le futur enseignant de la composition pour l’image à l’École australienne de la télé et de la radio nationales s’orientera dans toutes les directions : le jazz, le journalisme, la réalisation, les arrangements de tous styles… Sans renier ses origines néo-zélandaises : né à 2 000 kilomètres de la grande île, l’Australie, un continent à elle toute seule, la culture Maori apparaîtra dans ses œuvres et c’est tant mieux. Toujours actif, John Charles n’a pas été victime de l’expérience malheureuse de son film de 1986… Vous devriez connaître cette œuvre attachante qui n’a pas eu beaucoup de chance dans sa vie commerciale : Feu le Festival du film fantastique d’Avoriaz n’a pas cru bon en son temps de récompenser cette excellente réalisation. Chemin faisant, l’un a disparu corps et bien pendant que l’autre continue son parcours dans le monde des passionnés du bon cinéma indépendant néo-zélandais qui n’a aucun problème de durée de vie ni de dimension artistique, lui, au moins… Alix trouve ce film Très bon et sa musique symphonique Très attirante (le compositeur tourne autour de l’accord parfait Majeur sur un excellent arrangement qui donne de la profondeur). On en voudrait beaucoup des comme ça !

– Pour en savoir + sur les films dont la musique est composée par John Charles, cliquez ici (infos New Zealand on screen, en anglais)
– Autres films du même genre : « Le monde, la chair et le Diable », « Le survivant » et « Je suis une légende »
– Un autre compositeur néo-zélandais, Graeme Revell

 

 

 

Hugo MONTENEGRO, compositeur

 

Western

WesternLES GÉANTS DE L’OUEST/The undefeated, un film d’Andrew V. Mc Laglen (1969) avec John Wayne, Rock Hudson, Tony Aguilar, Ben Johnson, Bruce Cabot… D’après le livre de Stanley L. Hough. Musique d’Hugo Montenegro. Un film 20th Century Fox.

Hugo Montenegro est né en 1925 à New-York aux États-Unis. Son parcours n’est pas typiquement celui d’un compositeur de musiques de films car il ne s’est penché que tardivement sur la question, à l’âge de 42 ans. Côté musique de variété en revanche le personnage est devenu très jeune un excellent professionnel : arrangeur invétéré (donc travaillant dans l’ombre des compositeurs), producteur, chef d’orchestre, compositeur lui-même, les grandes vedettes des années 50 et 60 (Elvis Presley par exemple) lui doivent plusieurs succès suffisamment remarquables pour lui forger une réputation solide et durable dans le métier. Il aura exercé ses multiples talents dès l’armée et plusieurs artistes américains lui devront son travail de fond sur l’orchestration. En gagnant sa place à la RCA records à Los Angeles au début des années 60, il réenregistrera les musiques de films d’Ennio Morricone dont le fameux thème « Le bon, la brute et le truand » qui favorisera la montée en popularité du maître italien Outre-Atlantique. En n’hésitant pas à franchir le cap de la parodie, l’arrangeur Montenegro apportera sa touche personnelle et aidera l’émergence de la musique électronique à l’écran, avec « Pendez-les haut et court » par exemple (musique de Dominic Frontiere. Ses meilleurs thèmes sont orchestrés avec un sens rare de la sonorité idéale : la guitare électrique de la série « Les bannis » en 1968 mêlée à l’orchestre symphonique témoigne de son extraordinaire capacité à fusionner les genres ; il sera nommé pour un Emmy Award pour cette musique mélodique inoubliable. Son tempérament fort, ses prises de position contre le racisme ordinaire et sa prédilection pour les sonorités chaudes des percussions sud-américaines trouveront un autre épanouissement avec « Les géants de l’ouest » (photo ci-contre), un western Assez moyen avec John Wayne et Rock Hudson (3000 chevaux à convoyer au Mexique pour aider l’empereur Maximilien à combattre le rebelle Benito Juarez après la Guerre de sécession) : le spectateur reconnaît immédiatement le style d’Hugo Montenegro, une mélodie essentiellement formée d’une succession de tierces et de quartes sur une orchestration bien rythmée, en tout cas très saccadée et bien remplie d’accords de septième. Hugo Montenegro n’a pas de problèmes mélodiques, harmoniques ou rythmiques. Il est juste regrettable que sa passion et son enthousiasme lui ont forgé une carrière dans le milieu de la variété et non dans la musique de film en tant que compositeur, c’est bien dommage du point de vue des Mélodies Modernes. Il faut admettre que les places étaient déjà chères à l’époque : la recherche d’un thème mélodique pour la série très célèbre et populaire « Des agents très spéciaux » avec Robert Vaughn (Napoléon solo) et David McCallum sortie en 1967 en France aurait du lui incomber mais ce sera Jerry Goldsmith qui sera sélectionné apportant ainsi sa pierre (et son nom ?) à l’édifice. D’autres compositeurs dont Lalo Schifrin interviendront sur l’affaire décidément bien juteuse mais qu’à cela ne tienne, Hugo Montenegro produira deux albums contenant l’intégralité des musiques de la série ; ils se vendront comme des petits pains grâce à ses réorchestrations talentueuses, évidemment. Il faut bien se rendre service entre collègues…

 

 

 

Anton KARAS, compositeur


Voici l’exemple même de la réussite fulgurante d’une mélodie. Le compositeur Anton Karas a commencé à jouer de la cithare à l’âge de 12 ans dans une ville très fortement marquée par son passé et sa culture, Vienne. Venait à passer par là le réalisateur anglais Carol Reed en repérages pour son film « Le troisième homme » avec Orson Welles ; dans un bar une musique originale et percutante parvint à ses oreille. Voilà, tout venait de se jouer en une rencontre. Les deux hommes sont de la même génération, ils sont nés en 1906 et ont vécu les mêmes drames mais pas du même côté de la barrière si j’ose dire. Invité à Londres pour illustrer le film du réalisateur qui voulait absolument le musicien au générique, le succès du long métrage et de sa musique fût incroyable. Élu meilleur film du 20e siècle par les britanniques, les microsillons du « Thème de Harry Lime » se sont vendus par centaines de milliers d’exemplaires. Qui n’a pas un jour fredonné cette mélodie dans une fête populaire ? Les orchestres de bals possèdent toujours cet air de 1949 dans leur répertoire ce qui est peu dire. Hélas, toute médaille à son revers. De retour en Autriche, le public bouda la reconnaissance mondiale du compositeur ; pire, ce dernier entra dans une période tourmentée. Les images des scènes d’anthologie du film (la course-poursuite dans les égouts de Vienne par exemple) rappelaient fortement la collaboration du pays avec la barbarie nazie et l’état d’esprit terrifiant d’une partie du peuple autrichien, à l’époque de la sortie du film, n’était pas vraiment idéal pour l’apprécier à sa juste valeur avec le recul nécessaire… Au fait, ne confondez pas la cithare de concert utilisée par Anton Karas avec la cithare à accords, plus aisée et d’un usage plus répandu avec ses accords programmables, un instrument à ne pas confondre avec le sitar indien et le psaltérion… Pour en savoir + sur cette question particulière, cliquez ici (infos Les amis de la cithare)

Pour en savoir + sur l’influence de la célèbre École de Vienne sur la musique contemporaine et sur ses meilleurs représentants, cliquez ici (info Universalis l’école de Vienne)

 

 

 

Michel COLOMBIER, compositeur

 

Il existe des musiques qui vous marquent toute une vie, un phénomène difficile à expliquer. La fusion entre les sons élaborés et le cerveau humain provoque souvent une réaction sensorielle qu’il ne faut pas chercher à expliquer, à condition, évidemment, de rester ouvert à l’art et de posséder une certaine sensibilité. Une mélodie peut vous changer la vie ! Celles de Michel Colombier sont de celles-là. Une, tout particulièrement : il n’y a pas si longtemps, dans les années 70, la deuxième chaîne publique française (TF1 n’était pas encore offerte au privé) s’arrêtait d’émettre la nuit, la clôture des programmes se faisant parfois à 23 heures rendez-vous compte ! Un générique adapté devait s’imposer pour l’occasion afin de ne pas réveiller le spectateur à moitié endormi sur son fauteuil. La collaboration exceptionnelle entre deux métiers hautement artistiques, musicien et dessinateur, fera référence en la matière : les deux créateurs de génie composeront l’un des plus beaux génériques jamais conçus pour la télévision. Romantique, planant, magique, le hautbois sur fond de cordes et cor en contre-chant résonneront toujours aux oreilles de celles et ceux qui l’attendait avant de commencer la nuit, la vraie, celle qui ne pouvait débuter sans avoir absorbé la mélodie jusqu’au bout. L’ouverture des programmes du petit matin permettait également de retrouver la composition dans toute sa splendeur. Décriée comme c’est toujours le cas pour les œuvres originales et terriblement inventives mais rapidement adoptée par le public, un décalage complet avec les critiques mal lunés permettra à la musique de Michel Colombier d’illuminer le petit écran sur les personnages flottants de Folon, une réalisation planante d’une grande délicatesse. La carrière très fournie de Michel Colombier notamment aux États-unis est décrite dans un autre site que celui des Mélodies Modernes (voir ci-dessous), il n’est donc pas indispensable de revenir sur son parcours amical et professionnel d’une très grande richesse. Les Mélodies Modernes veulent toutefois rendre hommage à ce compositeur très doué de la variété française (les musiques des chansons célèbres Élisa, L’aigle noir, Bonnie and Clyde…), de musiques de films et de téléfilms et plus largement encore de ballets, de vidéos musicales, de pièces théâtrales et de symphonies plus classiques… Michel Colombier restera comme étant l’un des plus brillants exemples de la capacité d’un artiste doué à fédérer tous les genres musicaux. Qui peut en dire autant aujourd’hui ?

Pour revoir le générique de Colombier et Folon, cliquez ici (dailymotion)

une écriture musicale qui repose sur la marche d’harmonie (ou marche harmonique, voir ici)

Bio de Michel Colombier : cliquez ici (info François Faurant)

Bio de Michel Colombier sur le site de Jean-Michel Folon, cliquez ici


 

 

Joël HIRSCHHORN et Al KASHA, compositeur et parolier

Film animé musical

PETER ET ELLIOTT LEFilm animé musical DRAGON/Peter’s dragon, un film de Don Chaffey (1977) avec Jim Dale, Mickey Rooney, Helen Reddy, Sean Marshall… Musique et paroles de Joël Hirshhorn et Al Kasha. Un film Walt Disney Pictures.

 

Peter est en fuite, il ne veut plus vivre chez ses parents adoptifs. Par chance, son ami est un drôle de dragon que lui seul peut apercevoir. Cette histoire « tirée par les cheveux », probablement peu commerciale sur le fond, n’aura pas attiré les foules lors de la sortie du film aux États-unis au milieu des années 7O. Les producteurs imaginaient pourtant détenir un nouveau succès similaire à celui de « Mary Poppins » en 1964… La qualité du travail fourni par les spécialistes du film d’animation mélangeant les images réelles au dessin animé n’est pas en cause dans « Peter et Elliott le dragon » même s’il ne s’agit pas de la même équipe ayant produit les miraculeux « Mary Poppins » ou « L’apprentie sorcière » en 1971. Disons que l’époque n’était déjà plus très favorable au film musical, naïf et exagérément gentil. La musique de Joël Hirshhorn et les paroles d’Al Kasha (à moins que ce ne soit l’inverse car les deux artistes travaillent en interaction) ne sont pas différentes de leurs compositions précédentes, la même verve mélodieuse et les mêmes arrangements alimentant les tubes entendus dans deux films « catastrophes » célèbres, « L’aventure du Poséidon » et « La tour infernale » – voir ici– , des inventions mélodiques très coulées dans l’écriture horizontale par une mélodie toujours très fluide ; un travail identique à relever chez autre duo célèbre, celui des frères Sherman (Richard et Robert) auquel les Studios Disney doivent beaucoup, le monde de la musique de film également : en plus de « Mary Poppins » et de « L’apprentie sorcière », on se souvient des airs de « Merlin l’enchanteur », du « Livre de la jungle » ou de « Tigrou ». Plus proche de la musique de variété, les compositions du duo Hirshhorn/Kasha font la part belle à la batterie complète qui ponctue le rythme en vigueur dans les seventies, un tempo proche des airs populaires dansants (de la bossa nova par exemple) mais qui préfigure quelque part l’avènement du disco (une régularité du tempo implacable). La modernisation des arrangements est signée Irwin Kostal, au pupitre chez Disney depuis « Mary Poppins » ; ce musicien ne délaissera jamais l’orchestration riche utilisant les accords du jazz (les fameuses septièmes, voir ici) ni l’écriture symphonique avec les violons chantants, un délice pour les oreilles averties. « Peter et Elliott le dragon », c’est un vrai travail de pro pour un film aux sentiments dépassés ; le charme désuet des personnages et de l’histoire touchera tout de même les plus jeunes. À noter deux versions françaises du film dont la plus récente, sortie en dvd remastérisé, est à privilégier (les chanteurs sont proches de la version originale américaine dont Nicole Croisille s’était éloignée la première fois) : c’est bien agréable à (ré)écouter ! Appréciation d’Alix : un Bon film, de Belles musiques, que pourrions nous demander de plus, nous, les grands enfants ?

lvor SLANEY, compositeur

 

 

 

 

Une série vraiment pas comme les autres

L’AUTOBUS À IMPÉRIALE/Here come the double deckers, une série télévisée de Harry Booth (1970) avec Peter Firth, Brinsley Forde, Gillian Bailey, Michael Audreson, Douglas Simmonds, Bruce Clark, Debbie Russ, Melvyn Hayes et Tigre la peluche. Musique d’Ivor Slaney ; musique du générique « Get on board » de Melvyn Hayes et Johnny Arthey. Chorégraphie d’Arnold Taraborrelli. Une production 20th Century Fox.

Tout dans cette série sent l’anglais : le décor, l’attitude des personnages, les histoires, la musique… C’est un parfum délicieux quand on sait à quel point l’humour britannique peut réunir tous les talents :  musique, arrangements, interprétation, chorégraphie, lumière, cadrages, montage, réalisation… et doublage français ! La voix zozotante de Roland Demongeot est remarquable, le jeune acteur s’étant fait remarqué l’année précédente dans « Les risques du métier » avec Jacques Brel (voir ici) et surtout deux ans plus tôt pour son interprétation de Tom Sawyer dans un feuilleton l’associant à Marc di Napoli que l’on retrouvera, lui, dans « Deux ans de vacances ». Bref, quelques épisodes de « L’autobus à impériale » sont doublés par nos cousins canadiens et malheureusement, l’intérêt pour le scénario chute lourdement. La musique du générique donne pourtant le ton : entraînante, très dynamique, elle est bien servie par une chorale d’enfants motivés chantant à l’unisson ; rien d’étonnant à ce que la série, curieusement oubliée dans la longue liste des rediffusions estivales françaises, soit devenue si célèbre auprès du jeune téléspectateur des années 70. Certes de qualité variable avec des histoires parfois insipides, certains épisodes déclenchent inévitablement une franche hilarité ; celui qui se déroule dans un château soit disant hanté est franchement tordant : le succès de la technique utilisée, la capture « image après image » amènera d’ailleurs une partie de l’équipe à continuer dans la réalisation des « Benny Hill » avec leurs scènes saccadées. Tous les épisodes prévus de « L’autobus à impériale » n’ont pas été tourné, une démarche inaboutie fréquente chez les producteurs américains versatiles, dépendants des taux d’écoute et assez peu ouvert à la culture européenne fortement présente dans la série. Sans entrer dans le détail, la chorégraphie des jeunes, par exemple : Arnold Taraborrelli, l’artiste âgé aujourd’hui de 80 ans et toujours installé à Madrid depuis le début des années 60, aura beaucoup fait répéter les enfants pour un résultat bien surprenant : les scènes dansées sont superbes à la fois par leur originalité et leur fluidité.

Ce danseur chorégraphe aura contribué à la réussite de Marilyn Monroë et de Franck Sinatra en leur apprenant à bien se mouvoir mais aussi à celle de Michael Jackson et de Madonna, c’est dire le niveau… Même talent, donc, côté musique : les chansons qui ponctuent les épisodes sont assurément mélodiques et très mélodieuses, les refrains donnent envie de s’y mettre : pourquoi n’a-t-on jamais proposé de les enregistrer ? Voici le drame qui caractérise le travail du compositeur Ivor Slaney : de ses centaines d’œuvres entendues à la télévision, à la radio ou stockée dans une bibliothèque sonore qui permettait aux réalisateurs d’y puiser leurs musiques de films à défaut de pouvoir financer des compositions dédiées, il n’en reste aucune trace. Un découvreur de trésors cachés, un Stéphane Lerouge local (voir ci-dessous), pourrait-il s’y pencher et nous déterrer des Catacombres anglaises les musiques extraordinaires du compositeur ? Né en 1921 à 8 kms de Birmingham (une très bonne année de naissances de futures vedettes, voir ci-dessous) dans les Midlans au cœur de l’île, Ivor Slaney se fera connaître par ses multiples prestations dans le domaine dit de la « musique légère » après ses études musicales classiques au Royal college of music de Londres, une musique instrumentale de genre qui n’intéresse plus grand monde au XXIe siècle. Son épouse Dolores Ventura, pianiste et chanteuse de variété, saura utiliser les capacités créatrices de son cher Ivor, des capacités d’inventions mélodiques et harmoniques présentes dans les chansons de « L’autobus à impériale » même si elles étaient prévues sans grande prétention. Le succès ne prévient jamais ! La prédilection du compositeur pour la musique exotique pourrait trouver une explication dans la forte immigration provenant des Caraïbes dans les années 50 et 60 dans sa région de naissance mais aussi dans le genre très prisé de la musique exotique de charme dont Gloria Lasso en fera à l’époque son « fond de répertoire » en France. Hautboïste confirmé, Ivor Slaney participera à de très nombreux enregistrements y compris pour les compositions de ses collègues, par exemple celles de Tristam Cary plus spécialisé dans la musique électronique mêlée à l’orchestre acoustique, un procédé qui autorisait toutes les expérimentations avec un résultat heureux mais aussi, parfois, désespérant…

À noter que deux chansons entendues dans les épisodes sont des reprises de compositions des français Jean-Claude Petit et Jack Arel ; quant à Jane Seymour alors jeune débutante, elle apparaît dans un épisode magique (voir la photo ci-dessous en haut au milieu, l’actrice est entourée d’un flou artistique lié à l’épisode car l’histoire se déroule dans un rêve…). Une Excellente série pour Aanor.

Ils sont nés en 1921 : Eddy Barclay, Francis Blanche, Georges Brassens, Dirk Bogarde, Charles Bronson, Jean Carmet, Maritie Carpentier, Robert Dhéry, Daniel Gélin, Arthur Grumiaux, Patricia Highsmith, Henri Labussière, Alain Mimoun, Jean Richard, George Roy Hill, Peter Ustinov…

Pour en savoir + sur la série : le site d’un fan club anglais, cliquez ici

 

 

Christopher YOUNG, compositeur

 

 

 

 

 

Aventures

Robby - Les Mélodies modernesROBBY, un film de Ralph C. Bluemke (1968) avec Warren Raum, Ryp Siani, John Garces et Rita Elliot. Musique de Christopher Young. Un dvd Award films.

Aucun doute sur la question, le réalisateur Ralph C. Bluemke, co-scénariste du film « Robby », s’est nettement inspiré du roman de Daniel Dafoe « Robinson Crusoe »  à part une cure de  rajeunissement de ses acteurs : Robinson et Vendredi ne dépassent pas la douzaine d’années. Le propos en devient peu psychologique et sur ce point, les motivations réelles du réalisateur s’obscurcissent malgré une démarche à l’évidence Très généreuse qui rappelle les films décomplexés et provocants des années 60 et 70. « Jonathan Livingstone le goéland » vivait librement dans le ciel, nos deux compagnons d’infortune vivent nus sur la plage, un choix qui n’est pas habituel dans les films destinés aux enfants et au public familial. Ce parti pris n’a pas plus aux distributeurs plutôt frileux et soucieux des critiques éventuelles, ce que l’on peut comprendre : les images impudiques de mineurs (mêmes dépourvues de toute connotation sexuelle) choqueront toujours une partie de la population ce qui en fait une démarche peu commerciale. Inutile d’en faire trop de bruit pour autant car d’un côté, les images ne sont pas choquantes et de l’autre, elles n’apportent pas grand-chose au récit. Le réalisateur aura essayé d’apporter des éléments sentimentaux au niveau relationnel (de l’amitié, de l’amour) mais pas d’éléments forts (de la haine, de la vengeance…) comme l’aura fait avec audace, par exemple, le réalisateur de « Sa majesté les mouches », un film qui a grandement inspiré Bluemke. La musique de Christopher Young est formidable dans la même légèreté : très bien orchestrée avec une jolie mélodie à la flûte traversière, le compositeur est entré dans l’état d’esprit du réalisateur qui raconte une histoire simple jouée simplement dans un état d’esprit libertaire. Le dépaysement est donc réussi, l’exotisme est au rendez-vous. Pour voir un film consistant et passionnant, il faudrait mieux voir ailleurs. Pour Aanor, ce film n’est pas dérangeant (la nudité des enfants, elle s’en fiche car la démarche trouve sa logique dans le film) mais sur le fond, il n’est surtout pas intéressant avec un scénario trop pauvre. Il y avait pourtant beaucoup Mieux à faire pour valoriser un huis-clos en le sortant du contexte d’une histoire sclérosante sans créer pour autant un paradoxe !

 

Fantastique

LA MOUCHE 2/The fly II, un film de Chris Walas (1989) avec Éric Stoltz, Daphne Zuniga, Lee Richardson, John Getz, Harley Cross… D’après la nouvelle de George Langelaan. Musique de Christopher Young. Un film 20th Century Fox.

Après le gros succès commercial et populaire du premier film « La mouche » avec Jeff Goldblum, un huit-clos terrifiant et pourtant réalisé avec humour (au second degré) par David Cronenberg, il était naturel de prévoir une suite non moins passionnante mais curieusement, un seul acteur participera à cette nouvelle version plutôt convaincante. La téléportation, sujet à controverse du film, montre une scène pathétique, celle d’un brave chien totalement « transformé en légume » enfermé pendant cinq ans dans d’horribles conditions ce qui fera pleurer Alix notre critique de films. L’homme pourrait bien subir à son tour le même sort… Bravo les trucages ! L’horreur de l’expérimentation sur les êtres vivants est clairement dénoncée dans l’histoire avec des images spectaculaires ; le réalisateur notera tout de même (à voir dans le bonus du dvd) que le public sera plus réactif au sort des pauvres bêtes qu’à celui des humains… Né en 1957, le compositeur Christopher Young est un batteur de jazz assez côté dans le milieu des jazzmen des boites de Los Angeles, une activité artistique qu’il mènera jusqu’à l’âge de 23 ans après plusieurs années d’études musicales approfondies dans deux universités américaines. Le fait d’avoir reçu une formation très complète dans tous les styles musicaux va lui ouvrir les portes d’Hollywood. Pris sous la coupe de David Raksin dans les années 50 (l’arrangeur de Charlie Chaplin dans « Les temps modernes » et le compositeur de la magnifique mélodie de « Laura » en 1944, le chef d’œuvre d’Otto Preminger avec Gene Tierney), la carrière de Christopher Young va réellement débuter au milieu des années 80 après quelques travaux pour des courts-métrages inconnus en France. Vite spécialisé dans les films d’horreur à fort suspense, son sérieux et sa capacité à traduire sur partition les désirs des réalisateurs vont lui permettre de mettre en pratique ses connaissances du dodécaphonisme. À suivre.

Signez la pétition de 30 millions d’amis pour interdire définitivement l’expérimentation sur les animaux, voir ici !

 

Une histoire vraie

MADISON, un film de William Bindley (2004) avec Jim Caviezel, Jake Lloyd, Mary McCormack, Brent Briscoe, Paul Dooley et Bruce Dern. Musique de Christopher Young et Keven Kiner. Un DVD MGM.

« Madison » est un super film comme toutes les bonnes productions bâties sur une histoire vraie. Il rassemble plusieurs éléments indispensables à sa réussite : action, humour, sentiments, passion et surtout un défi impossible à relever, un challenge comme on les aime. Souvenez-vous de David contre Goliath ou plus récemment de « Rocky » : sans le courage et la volonté d’un Sylvester Stallone convaincu du bien-fondé de sa mission et très actif devant et derrière la caméra, le petit budget du film et le fait que peu de monde y croyait n’auraient pas permis le succès mondial de l’entreprise, rendez-vous compte, la planète des cinéphiles aurait manqué la musique de Bill Conti… Plus modeste en impact car moins connu, « Madison » reste un film très agréable. Un engin diabolique piloté par un casse-cou sur une rivière fréquentée par d’autres fous de la vitesse, voilà le cocktail explosif qui tuera bien des pilotes, prisonniers d’une coque en bois d’un off-shore parfois incontrôlable (hydroplan en anglais), un engin qui ne doit pas être confondu avec un aéroglisseur (sur coussin d’air). La frêle embarcation atteint des vitesses incroyables sur la surface de l’eau et le danger est présent à chaque instant. Il fallait donc la détermination d’un homme à l’esprit revanchard contre un destin malheureux pour amener la ville de Madison à gagner la célèbre coupe qui en fera sa gloire. Pour une ville de 12 000 habitants, son énorme réputation n’est pas ternie depuis plus de 35 ans, le bateau issu de la recherche de passionnés reçu un moteur à explosion doté de compresseurs à gaz inerte (le nitrogène), le premier du genre. Miss Madison concoure toujours dans de spectaculaires compétitions de vitesse. Le film retrace le parcours héroïque de ce vaisseau des temps modernes et rend hommage à ceux et celles qui l’ont hissé aux plus hautes marches du podium. À noter dans le bonus du dvd les images du reportage télé de 1971 et la ressemblance frappante avec le film de fiction ; on comprend mieux le formidable travail de reconstitution effectué par un réalisateur motivé ! Alex a Beaucoup aimé ce film familial très bien réalisé, sobrement et efficacement bien joué et bien doublé en français. Les mélodies sont de Christopher Young qu’on ne présente plus sur de beaux arrangements symphoniques de Keven Kiner, une musique qui bat son plein et qui remplie, elle aussi, son contrat lyrique ! Pour Alix, un Bon film dynamique, positif et divertissant sur une Belle musique revigorante.

À ne pas confondre : Madison est d’abord un prénom féminin très prisé aux États-unis depuis le film de Walt Disney « Splash » (voir ici). Une bonne raison pour appeler ou ne pas appeler ainsi votre futur enfant même s’il vous mène en bateau, comme beaucoup d’autres… Le madison, lancé au début des années 60, est également une danse très particulière (les partenaires sont alignés côte à côte), un style proche des danseurs de musique country.

 

Suspense

La prison de verre - Les Mélodies ModernesLA PRISON DE VERRE/The Glass house, un film de Daniel Sackheim (2001) avec Leelee Sobieski, Trevor Morgan, Diane Lane, Stellan Starsgard, Bruce Dern, Kathy Baker, Chris Noth… Musique de Christopher Young. Un film Columbia pictures.

Paradoxalement, le réalisateur Daniel Sackheim a travaillé pour la télévision et moins pour le cinéma ; le huis-clos de son film n’est donc pas une surprise. Le scénario ne l’est pas davantage : tout est simple et prévisible. Et pourtant… Sans devenir un film de référence, « La prison de verre » est Excellent dans le genre. La traduction française ne reprend pas le titre américain à double sens « La maison de la famille Glass » (glass, en anglais, désigne à la fois un nom propre et un verre) ce qui ne l’empêche aucunement d’annoncer le thriller noir aux situations parfois illogiques mais bon, passons, c’est du cinéma. La jeune Leelee Sobieski, remarquée trois ans plus tôt dans le film-catastrophe « Deep impact » parvient à rendre l’histoire crédible pour peu que l’on soit disposé à s’attendrir sur la situation malheureuse des deux jeunes orphelins aux parents adoptifs complètement cinglés. Trevor Morgan est, lui aussi, un habitué des grands rôles : « Chienne de vie, Sixième sens, The patriot le chemin de la liberté, Jurrasic Parc 3 »… La musique de Christopher Young fait également l’affaire, sans tambour ni trompette dans une atonalité légèrement interprétée par un orchestre réduit dans une multitude d’effets sonores connus (par exemple les notes aiguës du piano pour marteler le temps ou la note tenue des basses pour soutenir le suspense…). En tous points, « La prison de verre » est Une réussite.

Pour accéder au commentaire des Mélodies Modernes sur « La prison de verre 2 », cliquez ici

 

 

 

danny-elfmanDanny ELFMAN, compositeur

 

 

 

Né dans une famille d’artistes, très porté sur la musique « populaire » (le rock, le New wave, le ska et sa rythmique sud-américaine…), Danny Elfman aura réservé l’essentiel de ses travaux pour son fidèle et proche collègue Tim Burton. Il est toujours étonnant de se demander comment un instrumentiste, aussi doué soit-il, peut devenir l’un des principaux compositeurs américains de musiques de films en se retrouvant à la tête de partitions d’une longueur phénoménale pour orchestre philarmonique… La réponse se trouve évidemment dans l’organisation d’une équipe qui se veut – et qui doit – être performante car des délais trop courts doivent être respectés de la conception à la livraison, un inconvénient que n’ont pas subi de manière systématique tous les compositeurs de musique classique ! L’organisation est pyramidale. Tout en haut, Danny Elfman distille ses thèmes, ses mélodies et ses choix en matière d’arrangement ; il choisit le tempo, les instruments utilisés selon l’ambiance à créer, les interventions et les divers enchainements musicaux entre les parties du film en étroite collaboration avec le réalisateur. Puis intervient le travail « pratique » de l’arrangeur. Pour Danny Elfman, il s’appelle Steve Bartek. La partition se présente différemment selon la personnalité du compositeur et ses indications sont donc minimalistes ou très fournies : soit l’arrangeur doit effectuer son travail selon des directives strictes avec la possibilité, éventuellement, de les discuter ; soit il dispose d’une plus grande marge de manœuvre et peut se permettre de rajouter les sonorités ou le nombre de musiciens qu’il souhaite aux parties instrumentales laissées vacantes. Certains grands professionnels savent tout faire et peuvent se permettre le luxe de se passer d’un collaborateur, c’est le cas de Michel Legrand ou d’Ennio Morricone par exemple. Et encore, il faut le dire vite… Bref, le travail d’écriture des partitions et leur préparation finissent par passer entre les mains des copistes qui entrent en action avant l’arrivée du chef d’orchestre (les compositeurs ne possèdent pas forcément la technique nécessaire). Souvent, un répétiteur est sollicité dans les grandes compositions style « Le seigneur des anneaux ». Au final, on retrouve toute une équipe (le « staff » en anglais) qui se charge de l’enregistrement, du mixage et des autres techniques élaborées…

 

Comédie

midnight_run_dvd_1675MIDNIGHT RUN, un film de Martin Brest (2002) avec Robert De Niro, Charles Grodin, Yaphet Kotto, John Ashton, Joe Pantoliano, Dennis Farina… Musique de Danny Elfman. Un film Universal.

La mafia, un flic incorruptible, un comptable doué pour le chantage, un prisonnier récalcitrant… Toutes les conditions sont réunies pour nous faire passer Un extraordinaire moment de détente avec de très bons acteurs et un doublage français absolument remarquable. Dommage, la version française est coupée de trente minutes de scènes de poursuite. La musique de Danny Elfman est d’une efficacité redoutable par le style choisi mélangeant plusieurs genres musicaux (le rock, la ballade, la chanson populaire, les instruments de musique traditionnelle…) et la construction harmonique sous-jacente à son thème principal (d’une grande banalité) repose sur le même enchainement d’accords que la musique de Paul Bonneau pour la série télé française des années 60 « Les globe-trotters » (réalisée par Boissol et Pinoteau avec Yves Rénier et Edward Meeks), une suite utilisée comme base dans la musique country. En détail : en Do Majeur, accord de do 7e mineure (formant l’accord de 7e de dominante avec le si bémol), accord de Fa Majeur 7 (avec le mi bémol formant l’accord de 7e de dominante), retour sur l’accord de Do7 puis Sol7 (accord de Sol Majeur avec le fa pour former une 7e de dominante). En clair, tout repose sur les trois accords de 7e formés sur les Ie, IVe et Ve degrés de la tonalité Majeure. La musique de film, c’est parfois simple comme bonjour.

Pour en savoir + sur les accords et la composition, cliquez ici (page B.a-ba de la composition)

 

Drame

DOLORES CLAIBORNE, un film de Taylor Hackford (1995) avec Cathy Bates, Jennifer Jason Leigh, Judy Parfitt, Christopher Plummer, David Strathaim, Éris Bogosian… D’après le roman de Stephen King. Musique de Danny Elfman. Un film Castle rock et Colombia pictures.

Passionnant, ce film l’est assurément ; il devient l’une des Meilleures adaptations des romans de l’intarissable Stephen King. Tous les acteurs entretiennent le suspense et l’action : que va-t-il se passer dans cette petite ville paisible du Maine et que va-t-on découvrir sur les uns et les autres ? Une situation relationnelle inextricable entre personnes qui se détestent va se débloquer lors d’une éclipse totale du soleil… Rien de très surnaturel mais l’ambiance générale du film est tout de même fantastique, l’atmosphère tendue en permanence rend le climat électrique jusqu’à l’apaisement final. Cathy Bates réussit une nouvelle performance identique à une autre adaptation réussie de Stephen King, « Misery » ; elle nous prouve ses qualités d’actrice très talentueuse grâce, en partie, au doublage français très soigné. La musique de Danny Elfman, par moment très belle avec des violons chantants, s’adapte comme d’habitude aux circonstances, une rigueur nécessaire due aux exigences de la composition musicale pour film, publicité ou jeu vidéo. Le compositeur est l’employé permanent des productions délirantes de Tim Burton, son alter égo depuis plus d’une vingtaine d’années. Alix, malheureusement pour elle, n’apprécie pas sa conception des films à part « Mars attacks » qu’elle trouve excellent. La rencontre fortuite entre les deux compères amènera une émulation exceptionnelle, l’un mettant en pratique ce que l’autre imagine et inversement ; ils se comportent comme une éponge imprégnée de l’univers visuel et sonore du cinéma mondial, une mousse spongieuse que l’on desserre pour permettre le rejet d’une mixture réunissant les genres et les codes établis depuis plus d’un siècle de cinéma et de musiques de films. Bref, pour Alix, la musique de Danny Elfman, c’est parfois un peu n’importe quoi…

L’influence de John Williams (lui-même inspiré de l’époque de la grande masse orchestrale avec chœur) ou de Nino Rota (ses musiques font souvent penser aux musiques de rue ou de cirque du compositeur italien) témoignent de l’éclectisme d’un « re-créateur » prêt à se lâcher lorsque son réalisateur fétiche lui donne « carte blanche ». Compositeur du groupe « Oingo Boingo et Toto » né dans les années 70 avec ses mélodies, rythmes et sonorités dansantes (le rock, le ska…), la première composition de Danny Elfman pour un film sera une participation remarquée de son groupe New Wave à « Forbidden zone », un film de 1982 réalisé par son frère peu chanceux dans la discipline (3 films seulement à son actif). Puis ce sera la rencontre avec Tim Burton en 1985… Par l’utilisation de « riff » (Ostinato) c’est-à-dire par l’emploi redondant d’une courte mélodie parfois formée de quelques notes seulement, la base musicale ainsi édulcorée permettait aux instrumentistes d’improviser souvent jusqu’à l’absurde. C’est évidemment le principe de la musique de variété commerciale à vocation internationale qui se doit d’être facile à approprier par toutes les populations d’où une simplification extrême dans sa conception. La répétition constante des mêmes notes servant à créer une mélodie puis, la fois suivante, à servir de base à l’accompagnement, est un procédé qui remonte probablement à l’explosion du jazz New-Orleans des années 20 quoique Maurice Ravel en sache quelque chose sur la question : son légendaire « Boléro » créé dans la décennie reproduit une phrase rythmique de deux mesures plus de 160 fois ! Musicien averti et accompli, la technique de la composition pour le cinéma n’a pas beaucoup de secrets pour Danny Elfman même s’il fait appel à un orchestrateur pour mettre en forme la version symphonique de ses idées souvent enthousiasmantes. Eh oui, même chez les pros de la musique de film, les journées ne font que 24 heures…

Pour en savoir + sur l’origine du jazz et les différents courants, cliquez ici (infos Sorties jazz nights)

 

Science-fiction

MEN IN BLACK III (MIB III), un film de Barry Sonnfeld (2012) avec Will Smith, Tommy Lee Jones… Musique de Danny Elfman. Un film Columbia Pictures.
De Bon à Mauvais : le premier volet était drôle et original. Le second beaucoup moins. Celui-ci est pitoyable. C’est paraît-il dans l’ordre des choses. À noter que le quatrième volet sera gratifiant : la production a décidé de rémunérer les spectateurs qui se risqueront à voir le film à sa sortie. Faut-il prévoir des files d’attente ?

AMERICAN BLUFF, un film Raté, voir ici

 

 

 

StéphaneStéphane LEROUGE, le nouvel Indiana Jones

 

Cet homme est génial et mérite le coup de chapeau des Mélodies Modernes : il a su rendre indispensable au grand public la reconnaissance d’une activité professionnelle méprisée en France, compositeur de musiques de films. Douarneniste passionné dès son plus jeune âge par le cinéma et la musique, une fusion d’envergure de ces domaines artistiques majeurs ne pouvait que s’opérer dans un cerveau fertile : c’était dit c’était écrit, il œuvrerait pour une grande cause nationale. Son travail de fourmi recenseuse commencé sur de simples cassettes audio a atteint son objectif ambitieux, sortir définitivement de l’oubli les trésors cachés des compositeurs français souvent peu soucieux de préserver leurs propres œuvres, âme d’artiste oblige. La collection Universal pour laquelle Stéphane Lerouge est nommé Grand officier révèle la richesse et la diversité d’un milieu musical en pleine effervescence depuis l’avènement des frères Lumière, la musique au cinéma. Sans l’intervention de Stéphane spécialisé tout particulièrement dans la période féconde 1950-1980,  il n’en resterait rien ou pas grand-chose. Que les musiciens français, amateurs ou non de musiques de films, soient éternellement reconnaissants à cet orfèvre d’un genre instrumental enchanteur : tout est bon pour valoriser les images d’un film, de l’instrument à la voix, de la meilleure vibration au mélange des sonorités les plus improbables ; toutes les mélodies et les orchestrations les plus modernes se retrouvent un jour sur pellicule et sur disque. Sur les disques compacts à Stéphane, bien entendu. Les Mélodies Modernes souhaitent maintenant longue vie à cette collection fondamentale longtemps espérée devenue institution publique d’assistance médicale d’urgence où l’on pratique la plastique reconstructrice d’une mémoire musicale défaillante. Notre genre musical nouveau très riche en émotions ne flanchera plus dans un pays reconnu pour sa fâcheuse tendance à oublier de ce qu’elle a tant adoré… Bravo au missionnaire Stéphane qui laissera une trace indélébile et intemporelle de son passage, lui qui n’a jamais douté que « La folie des grandeurs » s’avère parfois très valorisante. Son bébé –l’œuvre de toute une vie – en est bien la preuve !

Un article parmi d’autres sur Stéphane Lerouge, cliquez ici (Stéphane revisite le film Le pacha, musique de Serge Gainsbourg et Michel Colombier)

 

 

BON À SAVOIR sur la jaquette des cd de musiques de films :

Girl with dog ready for travel for summer vacation– « Motion picture soundrack » signifie que vous y trouverez toutes les musiques et chansons sans qu’elles aient été spécialement composées pour le film (dans une scène, on peut entendre une chanson diffusée par un autoradio, par exemple)

– « Original motion picture score » permet d’entendre la musique composée pour le film mais il est rare de pouvoir disposer exactement du même enregistrement : la prise de son pour le film est conçue pour permettre de « coller » la musique aux images à la seconde près ; elle perd artistiquement de son intérêt à la simple écoute du cd (les ralentis, les accélérés, les accents ne sont plus justifiés par la vision du film). De plus, une séance d’enregistrement consacrée à la réalisation directe d’un cd permet d’entendre l’intégralité de la composition souvent coupée dans un film ; les compositeurs nous livrent alors « sur un plateau » leur imagination libérée des contraintes liées à l’enregistrement et nous permettent de savourer des suites ou des thèmes non composés (ou non retenus) dans le film…

– « originale soundrack (OST) » ou Bande originale du film (BO ou BOF) ou encore « Score » signifie que vous retrouverez la musique entendue dans le film mais qui préexistait peut-être avant la sortie du film dans le cadre d’une promotion anticipée : vous connaissiez la musique ? Vous irez donc voir le film…  

Il importe de repérer l’origine de l’enregistrement et les interprètes qui en découlent. Lorsque vous verrez inscrit « Orchestre symphonique ou philarmonique » d’un pays de l’est (Roumanie par exemple), soyez à peu près certain qu’il s’agit d’un réenregistrement à fuir de toute urgence. Les orchestres des pays de l’est sont évidemment excellents, la qualité de leur prestation n’est absolument pas à remettre en cause mais vous vous éloignerez beaucoup trop de l’interprétation originale qui vous a tant séduit(e).

 

 

Pour rester en ligne, il faut se mettre au régime des musiques de films, remplir ses oreilles de Mélodies Modernes, prendre du poids intellectuel et privilégier toujours la carotte au bâton !                                                                                                                                                                                                                                               

Page suivante : les musiques de films page XXX avec Braunislau KAPER, John OTTMAN, Dick MAAS, Jean MARION, Nathan Van CLEAVE, Joseph SCHILLINGER, Johnny MANDEL, Jerrold IMMEL, J.A.C. REDFORD compositeurs et Ike EISENMANN, acteur

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