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Les compositeurs de musiques de films

Musiques de films

Pour en savoir plus sur les compositeurs de musiques de films et leurs créations, parcourez les pages suivantes !

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La critique de film d'Alix

Critiques de films

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Le Top 100 des plus belles musiques de films

Les 100 + belles BO de films

Est-ce possible ? Possible, oui bien sûr mais raisonnable, beaucoup moins.

Les musiques de films (XXVII)



 
 
Mélodie Moderne n° 11 : Les nattes aliénantes (extrait) 

 

Sur un air délicieux repose le souffle de l’aventure : après la promenade de la marquise dans les jardins du château (voir page précédente) voici « Les nattes aliénantes », un second hommage aux romans d’Anne et Serge Golon puis aux films formidables de Borderie « Angélique, marquise des anges ». Un  thème joué à l’accordéon représente la poursuite de l’action, le délire des pérégrinations de la marquise, une mélodie fluide de notes soudées sur fond de batterie pour représenter l’ange en proie à ses démons, à ses impulsions de vengeance, à sa volonté farouche de contrôler la marche des évènements et non de les subir. Bref, une suite agitée mais tenace en filigrane du personnage dynamique et terriblement vivant qui l’inspire, Angélique, la marquise qui a trop belle allure ! L’accordéon n’a été inventé qu’au XIXe siècle mais peu importe, la modernité est passée par là et c’est l’état d’esprit qui compte ! À l’accordéon solo, on découvre un excellent instrumentiste de métier qui habite actuellement… Près de Toulon, ville de naissance d’Anne Golon. Le destin aidant, la boucle est donc bouclée !

  

Musique composée, arrangée et dirigée par François-Xavier Cuadrat au piano. Accordéon solo : Roger Forneris (de l’Orchestre Roger Bianchi, le grand, le beau, le magnifique !). Batterie : Philippe Gerbault. Tous droits d’exploitation réservés.

 

 

La marquise a belle allure (voir page précédente)

An original piece with first a simple melody then an original piece performed by the solo violin, accompanied by the constant rhythm of the string quintet. The lively interpretation of the music allows us to imagine a Marquise strolling proudly around the grounds of the estate. It’s one of the best New French Melodies !

Ein aufgrund der einfachen, im Weiteren etwas versponnenen Melodie der Solovioline originelles Stück mit anhaltendem, ernstem und rigorosem Rhythmus des Streicherquintetts. Die energiegeladene Interpretation lässt an die Marquise denken, die beschwingt in den Schloβgärten spazieren geht...

 

Les nattes aliénantes

The sequel to this musical portrait is the Marquise eventually strolling out of the grounds and going as far as the nocturnal festive celebrations of Bastille Day. The chromatic accordion, so typical of the “musique française”, liberates the notes from the strings in the background and reaches a fast waltz tempo. A rich and colourful piece of music, “The Braids” could be used as the soundtrack music for excerpts of a film or a documentary. This is a very original piece of music, place into the limelight the accordion, an instrument so rarely used : “Go, Roger, go!”.

Folge des vorangegangenen Titels: die Marquise geht auf Abenteuer und landet mitten im Treiben des 14. Juli … mit den Streichern im Hintergrund gibt sich das chromatische Akkordeon  einem schnellem Walzertempo hin. Da die Musik der ‚Zöpfe/Les nattes’ sehr bildhaft ist, kann sie als Filmmusik oder Begleitung für eine Reportage dienen. Ein seltenes Stück, welches dem ‚Schifferklavier’ Ehre erweist, das in der heutigen Musik so selten als Soloinstrument Verwendung findet. ‚Los, Roger, spiel!’

 

 

D’autres extraits des Mélodies Modernes vous sont offerts dans le site, par exemple Vague à l’âme qui est un bien beau cadeau auditif pour calmer les moments de fatigue ou Il faut sauver la Terre, une Mélodie Moderne à écouter dans son intégralité ! Et bientôt d’autres Mélodies Modernes !

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Brad FIEDEL, compositeur


C’est que du lourd !
C'est que du lourd !  

Parler d’une personne sans la connaître n’est pas une démarche honnête car on ne peut que répéter ce que l’on a vu, lu ou entendu dire. En reprenant à son propre compte des propos rapportés ou un avis émis par d’autres, l’analyse du travail fourni par un homme ou une femme et présenté publiquement reste sans valeur. Ceux qui pourraient se laisser convaincre par la facilité de son propos seraient dupés à moins qu’ils ne sachent faire une chose simple et efficace : écouter. Une musique de film doit être écoutée avec attention même si sa première qualité doit rester la confidentialité ; en se fondant aux images qu’elles soutiennent, les mélodies et les orchestrations deviennent excellentes dans la discrétion. Dans une superproduction comme « True lies » de James Cameron avec Arnold Schwarzenegger et Jamie Lee Curtis en 1994, l’action et le suspense ne permettaient pas de faire dans la dentelle : les images violentes et fracassantes exigeaient une musique spectaculaire. Trompettes à la sonorité américaine (le son caractéristique des trompettes de marque Conn), cors, trombones, toute la gamme des instruments à vents est sollicitée y compris le renfort apporté par les sons électroniques. Les cordes ne sont pas en reste ni les percussions, évidemment. C’est donc à partir d’ici qu’il est possible de parler ou non d’un musicien même sans le connaître personnellement ; par son travail et son œuvre, une personnalité se dessine peu à peu à l’écoute de son travail. En suivant sa carrière, l’évolution de l’artiste confirme tout le bien que l’on pensait de lui : Brad Fiedel est un brillant compositeur de musiques de films. Né en 1951 il traînera ses fonds de culotte de musicien professionnel alors débutant dans les couloirs des studios de la télévision pour laquelle il écrira et arrangera beaucoup : c’est en forgeant que l’on devient forgeron…. La rencontre qui dopera sa carrière dans les plus brefs délais s’appellera James Cameron. À partir de ce moment-clé de sa vie professionnelle, la mélodie aux qualités humaines jouera à cache-cache avec les sons métalliques et martelés des percussions annonçant les robots. Homme contre androïde, mélodie contre percussions et Brad Fiedel prouvera son talent au monde entier. No problemo, baby ! L’ère des «Terminator » entrera en 1985 dans sa première année d’existence et marquera une étape déterminante dans l’évolution de la musique de film et du cinéma en général ; on avait encore jamais vu ça ni entendu de semblables sonorités à l’écran. Un essai que Brad Fiedel transformera dans toutes ses compositions futures. Attention : ce musicien est un compositeur génial de tout premier plan. Quoi de plus naturel, le premier plan, dans la musique de film… 

Alix Adore les films et les musiques de Brad Fiedel qui sait composer dans la dentelle et arranger dans la finesse malgré son poids énorme de compositeur réputé de musiques de films.

 

 

 

Don COSTA, compositeur

 

MADIGAN, POLICE SUR LA VILLE/Madigan, un film de Don Siegel (1968) avec Richard Widmark, Henry Fonda, Inger Stevens, Harry Guardino, James Whitmore, Susan Clark, Michael Dunn, Steve Anhat, Don Stroud… Musique de Don Costa. Un film Universal.

 

Ce film commence par un générique d’une puissance inégalée : la musique est d’une Richesse harmonique incroyable ! L’orchestre symphonique renforcé par la basse électrique et les percussions dans un style Soul music très années 60 dégage une force, une puissance rarement entendue au cinéma, si, maintenant que l’on en parle, avec Patrick Williams pour le générique très urbain lui aussi de la série télé « Les rues de San Francisco » ou avec Bill Conti pour « Rocky ». L’arrangement de Don Costa pour « Madigan » permet de (re)découvrir les qualités musicales d’un arrangeur exceptionnel : toute sa vie, il l’aura consacrée à fournir un travail d’une très grande qualité, les orchestrations d’ « Hello, Dolly ! » résonnent encore dans nos oreilles avec un éclat d’une grande pureté. La richesse des orchestrations du champion toutes catégories permet un échange musical fin et habile entre les pupitres de cordes et les vents (cuivres et bois par alternance) sur fond de rythmes propres au jazz. Toujours prompt à varier son style, à l’améliorer, à rechercher la formule la plus intelligente pour valoriser la ligne mélodique, très au fait des règles de la composition moderne, l’arrangeur populaire œuvrera main dans la main avec Franck Sinatra pour donner à la version américaine de la chanson de Clo-Clo « Comme d’habitude » tout l’éclat mondial que l’on sait. Arrangeur attitré du crooner d’origine italienne par ses parents, comme lui, Don Costa composera paradoxalement peu de mélodies. Quelques unes deviendront néanmoins fameuses mais il se motivera d’abord pour la réorchestration des musiques composées par ses collègues ce qui lui permettra de devenir vraiment célèbre. Très connu outre-Atlantique, son talent se trouve en priorité dans un sens aigu et inné des mélanges sonores : les timbres des instruments, leurs potentialités, les accords de 4 et 5 sons, les changements de tonalités, les cassures de rythmes, aucune caractéristique technique ou instrumentale ne lui échappera. De même les audaces harmoniques ne lui feront pas peur. Totalement anti-conventionnel dans l’écriture, à l’origine du mouvement ayant engendré des vocations pour arranger les airs célèbres de la variété (Geoff Love, Franck Pourcell, James Last…), Don Costa décèdera d’une crise cardiaque à l’âge de 58 ans. En 1983, c’est le monde de l’arrangement musical qui perdait son meilleur représentant. Le Paradis est souvent trop pressé de rappeler à son service les musiciens les plus talentueux. Ce n ‘est pas une raison pour les oublier ici-bas. Les Mélodies Modernes en sont le modeste témoignage.

Madigan, un Très bon polar doublé par les comédiens français à la voix légendaire, un délice pour l’auditeur qui se régale avec la musique très présente jusqu’au bout des scènes d’action. Le comportement très machistes des protagonistes relègue néanmoins ce film au musée des antiquités : quelle épouse accepterait aujourd’hui d’attendre son mari adoré à la maison pour lui faire la fête sachant que celui-ci a passé une heure ou une nuit d’hôtel chez sa maîtresse ? Anne, ma sœur Anne…

 

 

 

 

Mark ISHAM, compositeur

 

 

Mark Isham vient d’entrer dans la soixantaine et franchement il n’a pas chômé depuis ses premiers pas dans le métier. Trompettiste renommé il possède plus d’une corde à son arc et son profil s’intègre parfaitement à l’air du temps : le compositeur maîtrise le Dieu synthétiseur. Les compositions du musicien accompli parviennent toujours « à faire mouche ». Ancien compositeur de l’équipe fondée par Hans Zimmer créateur de la société Media Ventures, Mark Isham reprendra son autnomie en 1995 pour le film d’Irwin Winkler « Traque sur Internet », un film au scénario bien ficelé avec une Sandra Bullock séduisante et très convaincante. La musique de Mark Isham lance parfaitement l’intrique par le rythme et les répétitions de formules non mélodiques mais qui savent créer un lien entre les scènes. Toutes les techniques d’écriture sont bonnes à prendre pour créer l’accompagnement musical d’une action sans tomber dans l’excès de la musique pour dessins animés où tous les effets visuels sont doublés par la musique et le bruitage. Basée sur les sacro saintes notes tenues (l’ostinato), ses compositions mélangeant l’électronique et l’acoustique parviennent à soutenir le scénario sans devenir trop agressives, on reste bien éloigné du bruit produit par certains compositeurs trop « modernes » insensibles aux sons naturels. D’autres films connaîtront le succès public et la musique qui leur est définitivement associée, « Nell » avec la délicieuse Jody Foster, « L’envolée sauvage » avec Anna Paquin, « Le collectionneur », « Pas un mot », « Les chemins de la dignité », « Instincts meurtriers » entre autres exemples. Le succès mitigé de certains films dont Mark Isham a signé la musique ne peut être imputé au compositeur. Dans le métier, un film moyen engendre rarement une musique de film exceptionnelle, ce qui paraît logique. À suivre…

 
Voici venir le temps des rires et des gangs…  (air connu)
 

 

ÉCRIRE POUR EXISTER/Freedom writers, un film de Richard LaGravenese (2006) avec Hilary Swank photo ci-contre. Musique de Mark Isham. Distribution Paramount Pictures France.

C’est un film qui décrit une démarche altruiste et terriblement positive : l’histoire vraie d’une enseignante motivée fraîchement bardée de diplômes mais sans expérience professionnelle et qui affronte le monde des gangs dans un contexte explosif, celui du « passage à tabac » de Rodney King par certains flics allumés de Los Angeles. Les émeutes qui suivirent consolidèrent dans les écoles les groupes d’étudiants formés selon leur appartenance à telle ou telle ethnie, une caractéristique du cloisonnement des castes dans la société américaine dont la France arrive encore – pour l’instant- à échapper. Les « latinos » combattent les noirs qui combattent les blancs qui combattent les jaunes qui combattent les rouges qui combattent les « latinos » tel un cercle vicieux : haine, racisme, violence, absence d’éducation et de repères en appliquant la thèse du « no future ». Enseigner dans ses conditions relève de l’exploit. Pourtant la ténacité et les qualités humaines d’Erin Gruwell jailliront pour devenir une performance d’enseignante ; elle fera des émules. En expliquant le processus qui mène naturellement l’homme a sa perte, en racontant la folie destructrice et meurtrière des fous qui nous amènent un jour au chaos, par la démonstration que la défense et le respect de la vie doivent rester la priorité sur les pulsions meurtrières et terrifiantes de certains individus agissants, en démontrant aux jeunes le cheminement de la saloperie humaine qui a conduit au génocide de plus de six millions de personnes dans les chambres à gaz nazis, cette démarche permettra une prise de conscience de la responsabilité de chacun et de la contribution que nous devons tous apporter pour survivre ensemble. Petit à petit les mentalités changent et les futurs délinquants se transforment en nouveaux diplômés. Une belle leçon de courage et de morale à ne pas dédaigner en sachant qu’elle s’applique typiquement à une société américaine en plusieurs points différente de la nôtre. Bon film et Bonne musique.

Le site des fans de l’actrice, cliquez ici (site en anglais)

Autre performance remarquable d’Hilary Swank, la fille à un million de dollars, voir ici

Autres critiques de films liés à l’enseignement de manière générale, voir ici (page Musique, film et éducation)

 

 

 

 

Pierre BACHELET, compositeur

 

 

Pierre Bachelet est né à Paris en mai 1944. C’est pourtant à Calais qu’il se sentira « chez lui » d’où ses multiples hommages à sa source d’inspiration, le Nord de la France. Diplômé de l’école de l’École nationale supérieure Louis Lumière anciennement installée rue de Vaugirard à Paris, c’est au Brésil qu’il réalisera son premier documentaire avant d’intégrer la télévision française pour divers travaux artistiques (illustrateur sonore, principalement). Sollicité pour imaginer avec Éddie Vartan la meilleure musique de film possible pour « Quelques messieurs trop tranquilles » de Lautner en 1972, c’est en tant qu’instrumentiste qui fondera son groupe Résonance : la carrière du musicien Bachelet était enfin lancée. Aidé par la reprise d’une de ses chansons dans « Emmanuelle », un film érotique bien gentillet au succès populaire considérable, le réalisateur Just Jaekin (il mettait les femmes nues en scène aussi joliment que Pierre Bachelet les mettait à l’honneur dans son répertoire) sortira « Hitoires d’O », ce film à sa sortie en salles, quelle histoire…! Le compositeur de musiques de films enchaînera sur « La victoire en chantant » avant « Coup de tête » tous deux de Jean-Jacques Annaud. « Les bronzés font du ski » en 1979 nécessitera un travail bien particulier : plagier une chanson célèbre interprété par Line Renaud « Étoile des neiges ». Pour une raison ou une autre peu importe, son utilisation fut impossible dans le film alors Pierre Bachelet trouva pour l’Équipe du Splendid la solution idéale, l’infortuné Jean-Paul Dusse (Gérard Jugnot)  sur son télésiège en sait toujours quelque chose. Quand il nous déclame (plus qu’il ne chante) « Le pays merveilleux », quelle scène extraordinaire, c’est inoubliable ! Autre travail de première importance pour « Coup de tête », trouver la musique qui donnera toute sa dimension à l’image, une mission passionnante pour Pierre Bachelet. Parfaitement conscient du piège dans lequel il pouvait facilement tomber, à savoir, utiliser l’accordéon pour un film qui se voulait « populaire », les essais d’une musique de film mettant à l’honneur « le piano du pauvre » ne convenait pas, il mettait trop de distance entre le spectateur et le scénario, ça ne sonnait pas juste avec le côté dramatique de l’histoire. Les recherches de Pierre Bachelet l’amenèrent à tester une musique de style country mais là encore, ce fut un nouvel échec. En évaluant bien le contexte à la fois grave et humoristique du film, le compositeur trouva la solution parfaite : la mélodie sera sifflée. À la satisfaction générale il s’y colla lui-même, le siffleur professionnel engagé étant momentanément indisponible… Les quelques carences de Pierre Bachelet en matière d’harmonisation et de construction harmonique mais cela est sans importance auront paradoxalement donné à ses compositions toutes leurs saveurs devenant ainsi une véritable marque de fabrique, à l’image du travail produit par François de Roubaix aidé lui aussi par un arrangeur de talent (voir ici). Pierre Bachelet composa plusieurs mélodies remarquées pour le cinéma puis il se mit à travailler plus intensément encore avec Jean-Pierre Lang ; ils offriront à la variété française sur des paroles de l’écrivain Yann Queffélec quelques unes de ses plus belles chansons. Mais ceci est déjà une autre histoire…

 

 
Comédie
  Comédie

COUP DE TÊTE, un film de Jean-Jacques Annaud (1979) avec Patrick Dewaere, France Dougnac, Jean Bouise, Michel Aumont, Paul Le Person, Corinne Marchand, Robert Dalban, Bernard-Pierre Donnadieu, Janine Darcey… Musique de Pierre Bachelet. Un film SFP production.

François Perrin est un personnage imaginé de toutes pièces par le scénariste Francis Veber au même titre qu’il a créé François Pignon, on pense entre autres à « L’emmerdeur, aux Compères, aux Fugitifs, au Dîner de cons, à La doublure » et François tout court (« Le magnifique, Les séducteurs, La boum 1 et 2… »). François Perrin, lui, c’est « Le grand blond avec une chaussure noire 1 et 2, Le jouet, La chèvre, Le jaguar… » et ce superbe « Coup de tête ». Révélateur du milieu très fermé qui environne les sportifs professionnels et semi-professionnels, la caricature de 1979 est devenue une triste réalité. Trucages, petits arrangements entre amis, fric et « dessous de table », hommes politiques complices et corrompus, le comportement général de type maffieux rencontré dans le foot est égratigné par Jean-Jacques Annaud dans un film mémorable. Des tonnes d’argent pas toujours très propre transitent dans les caisses des clubs de football notamment lors des transferts de certains joueurs d’un niveau censément international ; les énormes liquidités en jeu font passer au second plan l’esprit sportif et les valeurs extraordinaires véhiculées par le milieu amateur. Le fric corrompt tout et ceci n’est pas nouveau. Pourtant Jean-Jacques Annaud n’a pas bénéficié des largesses d’un milieu occulte : le financement de son deuxième film « Coup de tête », sûr de ses choix depuis l’Oscar du meilleur film étranger obtenu quatre ans plus tôt avec « La victoire en chantant », il ne le doit qu’à son courage et à sa détermination sans faille. Le résultat est Remarquable, le film tient le spectateur d’un bout à l’autre « sans temps morts ». Patrick Dewaere joue à la perfection et la perte de ce grand acteur laisse toujours des traces indélébiles dans l’esprit des cinéphiles ; Pierre Bachelet fait lui aussi bien des regrets. Avec une mélodie sifflée très agréable, un accompagnement léger personnalisé (on reconnaît bien là son style), une rengaine très « foot » reprise par les supporters déchaînés, le travail est excellent. De plus cette année-là, le succès de Bachelet rejoindra celui d’Annaud qui rencontrera sa future épouse sur le plateau de tournage. D’autres bonheurs professionnels suivront pour les deux artistes bénis des Dieux. La fidélité à ses propres convictions et l’Amour avec un grand A ne s’obtiennent pas toujours sur un simple coup de tête !

 
Comédie dramatique
  Comédie dramatique

UN CRIME AU PARADIS, un film de Jean Becker (2000) avec Jacques Villeret, Josiane Balasko, André Dussolier, Suzanne Flon, Jacques Dacqmine, Roland Magdane, Daniel Prévost, Dominique Lavanant… D’après le film de Sacha Guitry (1951). Musique de Pierre Bachelet. Un film distribué par Studio Canal.

Jacques Villeret et Josiane Balasko sont extraordinaires dans ce film au scénario cruel. Proche du « Chat » avec Gabin et Signoret qui reprenait lui aussi le thème de « La poison » de Sacha Guitry avec Michel Simon et Germaine Reuver, les deux époux Braconnier ne peuvent plus se supporter : le drame, c’est que tout va mal se terminer, probablement par un meurtre ! L’histoire qui pourrait rester tristement banale sur le fond prend toute sa dimension sur la forme avec l’interprétation magistrale des deux compères : capables de manier avec autant d’aisance la parodie que les situations catastrophiques, Balasko la poison et Villeret le timbré nous livrent un numéro artistique d’une qualité rarement égalée. Sans craindre de se montrer sous un jour dévalorisant pour leur image de marque, ils sont parfaitement investis par des rôles dévastateurs qu’ils rendent crédibles en suscitant une grande émotion. Soutenus par des collègues à la hauteur, Alix est totalement Bleuffée ! La psychologie des personnages, bien étudiée par  un spécialiste des relations humaines, Sacha Guitry, permet de relater de manière sous-jacente les problèmes rencontrés dans un petit village de province. Bref, tout est étudié sous tous les angles, rien n’est laissé au hasard. Comme la musique de Pierre Bachelet : basée sur un orchestre à cordes, la clarinette et l’accordéon enchaînent un thème guilleret soutenu par le piano et les guitares. Quentin Bachelet, son fils, sera partie prenante pour les arrangements (avec J.-B. Spagnolo et B. Levitte) ; aujourd’hui compositeur de la chanson d’Amaury Vassili pour l’Eurovision 2011, la relève semble assurée même si le succès populaire ne se commande pas : de la musique de film paradisiaque à la chanson de variété corsée, la transition doit pouvoir se faire tranquillement sans commettre de crime (de lèse-majesté) !

EMMANUELLE, un film de Juste Jaekin (1974) avec Sylvia Krystel, Marice Green…D’après le roman d’Emmanuelle Arsan. Musique de Pierre Bachelet. Un film Trinacra/Orphée priductions/Parafrance/Studio Canal.

«  …Mélodie d’amour chante le corps d’Emmanuelle… ». Les paroles de cette chanson de Pierre Bachelet auront trotté dans bien des esprits d’adolescents et d’adultes en manque d’affection ; nous sommes en 1974 et plus de neuf millions de français se sont rendus dans les salles obscures par simple curiosité mais aussi par voyeurisme afin d’y découvrir les pratiques masturbatoires et sexuelles d’une très belle actrice. Il faut dire que le spectacle d’une jeune femme totalement motivée par les sensations diverses et variées procurées par des mâles en rut (ils ne feraient craquer aucune femme aujourd’hui, les canons esthétiques ayant bien changé), cela valait largement un ticket de cinéma malgré la peur du « quand-dira-t-on ». En cette année qui éloignait les français de leur période « fleur bleue », la femme décidait d’assumer pleinement sa sexualité « Emmanuelle adore faire l’amour et elle le fait très bien », une mannequin de métier qui se retrouvera presque par hasard dans une histoire simpliste d’un bout à l’autre (sans sous-entendu) mais d’une extrême simplicité. Le cinéma érotique était en plein essor après des décennies de censure ; les réalisateurs osaient filmer les actes sexuels suggérés avec des actrices (enfin) nues. D’ « Emmanuelle » à « 9 semaines et demi », le cinéma abordaient tous les thèmes de société portant sur le dessous de la ceinture jusqu’aux films pornos « hardcore » qui ne laissaient aucune ambiguïté sur leur contenu : rien n’est plus laid, sur le plan cinématographique, qu’un film pornographique. Avec le film érotique, le spectateur ne se trouve pas aux antipodes du 7e Art avec des productions sans talent technique et artistique. La différence se situe à ce niveau : « Emmanuelle » restera comme une référence dans le domaine du cinéma « érotique », creux sur le fond (toujours sans sous-entendu) mais excessivement esthétique. C’est déjà une Très Bonne chose pour Alix. À noter les débuts au cinéma de Pierre Bachelet en tant qu’auteur-chanteur-interprète. Une des musiques d’illustration entendue lors d’une séquence sera en revanche dénoncée pour plagiat à l’occasion d’un procès. Cela n’enlève rien au talent de Pierre Bachelet ni à la grande qualité de ses compositions pour ce film en particulier ni pour le cinéma, plus généralement. 

 

 

 

Nelson RIDDLE, compositeur

 

 

Ce musicien plutôt arrangeur que compositeur est une « bête humaine ». Artiste mais aussi homme d’affaires, excellent en communication, fraternel en amitié, ce sont ses yeux qui illustrent le mieux sa grande détermination et sa capacité incroyable à produire de la substance : entre 1953 et 1985 date de son décès, il enregistrera plus d’une centaine d’albums de chansons de variété arrangées pour les plus grands interprètes de ce monde. Chaque album contenant environ dix chansons mais parfois aussi une centaine dans les versions « pot pourri » (un medley), faites le compte ! Présent dans les œuvres originales conçues pour l’opéras et l’opérette, dans les musiques des pièces de théâtre de Broadway, disponible pour les shows télévisés, pour les tournées de concerts des vedettes, fidèle à sa réputation, il laissera de quoi produire plusieurs autres albums à titre posthume ! Considéré comme l’un des plus grands arrangeurs de l’histoire de la musique populaire américaine, Nelson Riddle n’oubliera jamais de vivre pleinement un destin très riche. Né en 1921 dans une famille plutôt aisée, son intérêt pour la musique le fit débuter le piano à l’âge de 8 ans puis le trombone à 14. Comme toujours, la réussite viendra de manière très empirique : remarqué adolescent dans un orchestre de jazz (le Charlie Spivak jazz band) c’est dans la marine marchande qu’il se perfectionnera le trombone et l’arrangement pendant deux années, un séjour qui lui sera plus profitable que celui effectué de son côté par l’infortuné Jack Kerouac embarqué à la même époque vers d’autres horizons (l’écrivain de « Sur la route »). Revenu encore plus musicien dans l’âme mais pas encore professionnel, Nelson Riddle travaillera avec Les Baxter, l’arrangeur des chansons du baryton Nat King Cole. Il rencontrera en 1952 le « crooner » Franck Sinatra et lui offrira un arrangement somptueux de la célèbre chanson de Ray Evans et Jay Livingston « Mona Lisa » composée pour le film « Le dénonciateur » avec Alan Ladd sorti la même année. Présent dans les arrangements de plusieurs comédies musicales ou films musicaux tels que « Haute société » avec les fameuses mélodies de Cole Porter, notre arrangeur infatigable produira des orchestrations de haute facture pour Judy Garland, Ella Fitzgerald, Dean Martin mais aussi pour le pianiste et musicien québécois Oscar Peterson (voir photo ci-contre) : le jazz, la variété, le classique, la musique de film, rien n’effrayera jamais Nelson Riddle toujours prêt à assumer ses responsabilités et à relever tous les défis. Il sera père de six enfants !

 

Ella Fitzgerald produira cinq albums regroupant tous les succès de George Gershwin. Qui sera à la direction de l’orchestre après avoir planché sur les orchestrations, un travail colossal à une époque où tout se faisait à la main ? C’est Bibi… Un autre extraterrestre de la musique à profusion verra ses compositions honorées par l’orchestre de Nelson Riddle, notre Michel Legrand national. Amoureux de ses thèmes et de sa musique, l’arrangeur américain lui rendra un vibrant hommage en 1963 dans un album intitulé « Vive Legrand ! » sous-entendu « Vive mon ami de Paris ! ». Dans une critique de l’album (cf blog de Loungelegends), Nelson Riddle et Michel Legrand  - alors sur le marché américain de l’emploi dans le même domaine d’intervention qu’Henry Mancini – sont considérés comme « deux icônes de l’industrie musicale »… Sa première prestation d’arrangeur de musiques de films s’effectuera dans la fabuleuse réalisation « Les 5000 doigts du docteur T. », un film musical et fantastique sorti l’année du lancement du procédé de coloration de la pellicule avec les trois couleurs de base (vert, rouge et bleu) impressionnées sur une seule et même pellicule, l’Eastmancolor (contrairement au Technicolor), un procédé qui permettait un meilleur rendu des couleurs mais enlevait leur côté chatoyant voire saturé aux tenues et décors des vedettes du cinéma, une révolution ! Présent dans les arrangements de « La kermesse de l’ouest », des séries télé « Route 66, Batman, Des agents très spéciaux, La croisière s’amuse, Matt Helm », compositeur de la musique du film « Madame Croque-maris » avec un quatuor prestigieux (Shirley Mac Laine, Paul Newman, Robert Mitchum et Dean Martin), d’« ElDorado » avec John Wayne, des « Quatre du Texas » un western humoristique avec Dean Martin et Franck Sinatra, du célèbre « Lolita » de Stanley Kubrick, Nelson Riddle ne chômera pas. Sa chanson pour le film « Un trou dans la tête » recevra l’Oscar de la meilleure chanson de film, la première récompense à être délivrée pour un film qui n’est pas musical justement, propulsant une nouvelle fois au premier rang du box office son interprète attitré Franck Sinatra. Un succès populaire mélodique dont l’équipe de John Fitzgerald Kennedy s’appropriera pour soutenir l’élection à la présidentielle de 1961 du candidat démocrate, en ayant pris soin de modifier les paroles : « Votez pour Jack, c’est le meilleur candidat des Nouvelles Frontières ». Une mélodie commune, deux destins différents, la vie est parfois sans pitié.

UN TROU DANS LA TÊTE/A hole in the head, un film de Franck Capra (1959) avec Eddie Hodges, Franck Sinatra, Edward G. Robinson, Eleanor Parker, Carolin Jones, Thelma Ritter, Keenan Wynn… Musique de Nelson Riddle. Un film MGM tourné à Miami en Floride, désuet mais charmant (un film inspiré par Walt Disney où tout le monde s’aime dans le meilleur des mondes…). En savoir + sur Eddie Hodges, voir ici

 


Western
Western  

EL DORADO, un film d’Howard Hawks (1966) avec John Wayne, Robert Mitchum, James Caan, Arthur Hunnicutt, Charlène Holt, R.G. Armstrong, Michèle Carey, Paul Fix, Johnny Crawford, Christopher George, Edward Asner… D’après la nouvelle de The stars in their courses d’Harry Brown. Musique de Nelson Riddle. Un film Paramount.

Un éleveur de bétail qui s’appelle Mac Donald, un shérif alcoolique chargé de faire respecter la Loi, un adjoint chasseur de scalps (d’indiens), une femme dont le cœur balance entre deux hommes, tout cela ne s’invente pas et pourtant les personnages sont fictifs. Le récit à l’origine de « Rio bravo » aura inspiré plusieurs films où quelques personnes sont assiégées et doivent défendre leur carré au péril de leur vie (on pense à « Assault » de John Carpenter) mais sa meilleure adaptation restera « El dorado ». Howard Haws avait réalisé une première version en 1959 avec le célèbre « Rio bravo » et déjà la présence imposante de John Wayne assurait le spectacle mais de l’avis des spécialistes, cette version de 1966 restera la meilleure. L’intrigue est plus complexe, les personnages plus nombreux, les dialogues plus approfondis. Les acteurs sont tous excellents (Robert Mitchum, c’est la classe !) et il faut admettre que le jeu de James Caan surpasse de beaucoup la pâle performance de Ricky Nelson dans « Rio bravo » ; à contrario, la musique de Dimitri Tiomkin avec la trompette qui plombait l’ambiance par son « deguello », c’était vraiment extraordinaire… La musique du film d’ « El dorado » est confiée à un spécialiste, Nelson Riddle. Plus arrangeur que compositeur, c’est paradoxalement son collègue, un obscur et efficace travailleur de l’ombre, qui effectuera tous ses arrangements conformément au fonctionnement compartimenté du système américain : une personne doit se charger des thèmes et de l’ossature musicale, une autre des arrangements, une autre de tout écrire, une autre diriger l’orchestre, une autre de tout superviser… Les compositeurs français ayant effectué « une percée » au pays de l’Oncle Sam (Michel Legrand , Georges Delerue, Alexandre Desplat…) en reviennent toujours dubitatifs : en France, on doit tout faire soi-même pour parvenir à imposer son travail car la musique reste « le parent pauvre » du cinéma mais au moins, le compositeur maîtrise sa création jusqu’au bout de la chaîne de ses compétences alors qu’aux Etats-Unis, chacun doit exécuter sa charge ni plus ni moins en passant rapidement le relais aux collègues. En créant son propre studio d’enregistrement par la fourniture d’un produit musical « clé en main », les réalisateurs et producteurs de films auront suivi l’allemand Hans Zimmer dans son projet des années 80 (voir ici) : il a en son temps révolutionné un système cloisonné avec le succès que l’on sait. Son El dorado s’est forgé sur les pas de John Wayne… Voici un Très bon film et une Très bonne musique (mélodique et orchestrale) dont on ne se lasse pas.                     

 

 

 

 

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