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Les compositeurs de musiques de films

Musiques de films

Pour en savoir plus sur les compositeurs de musiques de films et leurs créations, parcourez les pages suivantes !

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La critique de film d'Alix

Critiques de films

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Le Top 100 des plus belles musiques de films

Les 100 + belles BO de films

Est-ce possible ? Possible, oui bien sûr mais raisonnable, beaucoup moins.

Les musiques de films (XXXI)

Philippe ROMBIPhilippe ROMBI, compositeur

 

 

 

 

Parler d’un jeune compositeur de musiques de films n’est pas chose aisée car le métier n’est pas très connu du public et encore moins reconnu par le cinéma, paradoxalement : la musique demeure le parent pauvre du cinéma français ! Certains sites (dont les Mélodies Modernes) aident la diffusion de la spécialisation auprès du public mais trouver des informations fiables sur les compositeurs reste une démarche difficile. La meilleure manière d’apprécier le talent du compositeur reste l’écoute de ses compositions lors de la sortie du film mais aussi du cd, quand il existe. Ce que pense Alix de Philippe Rombi repose sur plusieurs films d’où émerge une légèreté bien française dans la forme et toute personnelle sur le fond. Philippe Rombi est un compositeur dont on va reparler ici le plus souvent possible.     

Pour en savoir + dans l’immédiat sur Philippe Rombi : site officiel du compositeur

 

Fantastique

Ricky Mélodies ModernesRICKY, un film de François Ozon (2009) avec Alexandra Lamy, Sergi lópez, Mélusine Mayance, André Wilms… D’après La nouvelle de Rose Tremain « Les ténèbres de Wallis Simpson ». Musique de Philippe Rombi. Un film produit et distribué par une multitude de sociétés et de partenaires…

Ce film de science-fiction repose sur une histoire très originale, celle d’un bébé à qui il pousse des ailes. Deux fois hélas, le réalisateur François Ozon reste dans le registre intimiste et n’ose pas donner à son œuvre une dimension supplémentaire, celle qui fait les grands films, moins par les moyens déployés que par un scénario qui prenne aux tripes. Celui-ci est mal ficelé : avec une mère de famille aux réactions plus que curieuses, le film n’est pas crédible. François Ozon s’est placé à mi-chemin entre la fable et le fantastique, le traitement de l’histoire n’est donc pas satisfaisant, dommage. Les acteurs ne sont évidemment pas en cause (Sergi López et Alexandra Lamy sont d’excellents comédiens), la qualité de la réalisation non plus (François Ozon a fait ses preuves depuis longtemps), la musique de Philippe Rombi encore moins (idem). Avec des sonorités connues utilisées pour évoquer le monde enfantin (xylophone, carillon…), le compositeur maintien ses spécificités de légèreté tant au niveau de l’instrumentation que des arrangements qui rendent la musique du film très agréable. Alors monsieur Ozon, continuez à mettre en image des histoires tout aussi intéressantes en y apportant plus de folie, de surprises, de grandeur, de passion. Une histoire toute différente mais qui monte bien en puissance pour un dénouement tragique, c’est le film « Rage » de George C. Scott en 1974 (musique de Lalo Schifrin) ;  sans basculer dans le drame, il aurait fallu donner à l’intimiste « Ricky » le même élan cinématographique qui lui fait défaut.

 

Guerre

JOYEUX NOËL, un film de Christian Carion (2005) avec Diane Kruger, Guillaume Canet, Benno Furmann, Danny Boon, Gary Lewis, Daniel Bruhl. Musique de Philippe Rombi. Chants interprétés par Nathalie Dessay et Rolando Villazon. Une co-production européenne.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que ce film a le mérite d’exister : personne ou presque ne savait qu’une nuit de Noël, britanniques, allemands et français se réunissaient pour fraterniser au beau milieu des cadavres, des mitrailleuses et de la mort du champ de guerre. Incroyable, cette histoire est tout simplement incroyable et résume à elle seule la folie humaine. Pendant que les hauts gradés et les politiques trinquent au Champagne à l’abri du danger, ils envoient se faire tuer des millions de soldats dans d’horribles circonstances, celle de la guerre des tranchées de 14-18. Blessés, gazés, déchiquetés, agonisants ou laissés pour morts, amputés, devenus fous, la liste des traumatismes des soldats rescapés est dramatique, horrible, insoutenable. La musique de Philippe Rombi, compositeur totalement absorbé par la musique de film qui le nourrit professionnellement depuis 1999 mais qu’il affectionne depuis plus longtemps, a écrit une très belle mélodie au succès international ; magnifiquement interprétée par Nathalie Dessay, l’actrice Diane Krüger mime la cantatrice de manière tout à fait crédible pour un non spécialiste de la question. Le style d’écriture de Philippe Rombi, pur produit des conservatoires français, est très classique et convient très bien au scénario. Tout serait donc parfait dans le meilleur des mondes s’il n’y avait l’omniprésence du Mal qui génère la guerre fratricide et congénitale entre les peuples aujourd’hui encore : État d’Israël contre État Palestinien, fractions armées contre gouvernements, minorités opprimées contre dictatures… Quand l’être humain deviendra t-il adulte ? Alix trouve ce film Très bon et sa musique Très Bonne, des mots difficiles à prononcer vu la gravité du contexte.

 

Tranche de vie

Une hirondelle a fait le printemps Mélodies ModernesUNE HIRONDELLE A FAIT LE PRINTEMPS, un film de Christian Carion (2001) avec Mathilde Seigner, Michel Serrault, Jean-Paul Roussillon, Frédéric Pierrot… Musique de Philippe Rombi. Une coproduction Artémis, Canal +, Cofimage …

Alix Aime ce film pour la confrontation manichéenne entre la vieillesse et la jeunesse, le savoir-faire professionnel et l’inexpérience. Michel Serrault est doué pour ce type de rôle qu’il a toujours affectionné, son duo irrésistible avec l’inoubliable Jean Poiret y est pour beaucoup. Autre talent, celui de Mathilde Seigner qui révèle son jeu crédible et dynamique dans un rôle de composition difficile mais passionnant surtout qu’il est bâtit sur une histoire vraie. La présence de Jean-Paul Roussillon, que l’on ne présente plus dans les Mélodies Modernes (voir ici), ancre l’histoire dans le réel avec un acteur au passé prestigieux qui ne connaît pas le cabotinage. Autre réussite due au travail et au talent, la musique magnifique de Philippe Rombi ; le générique du début associe les images et la mélodie très intéressante sur un arrangement symphonique soigné. Légèreté du style et profondeur de la composition, la cause est entendue. Le plaisir serait total si le film était un peu plus pimenté sur le plan relationnel (le rôle dévolu à Frédéric Pierrot est trop effacé) et si le réalisateur nous avait épargné certaines scènes épouvantables dont la mort des veaux à l’abattoir : leur agonie, filmée en gros plan, choquerait le plus insensible des spectateurs sans que le message sur la protection animale et le respect du sombre destin qui leur est réservé soit très clair. Les agriculteurs sont proches de leurs bêtes, ils les soignent et les respectent. Mais comme dans toute profession il existe des « brebis galeuses », des personnes sans sentiments qui pratiquent l’élevage et la reproduction d’animaux dans des conditions inacceptables. Les élevages porcins en Bretagne, les chevaux âgés systématiquement destinés aux abattoirs, les monstrueux élevages en batterie, les énormes fermes de production de lait ou de viande de boucherie… Tous ces lieux immondes liés à des pratiques barbares devraient disparaître pour ne pas engendrer une race de consommateurs confrontés aux antibiotiques présents dans le fameux poulet aux hormones que chantait si bien Jean Ferrat dans « Que la montagne est belle » !

Le cinéma et la musique de film, une histoire à la fois simple et complexe régie par l’esprit de famille : Guillaume Canet, Diane Krüger, Philippe Rombi, Christian Carion… Les uns avec les autres, parfois les uns sur les autres, tout repose sur une conception archaïque du métier où les plus ambitieux se feront une place au soleil. Acteur, réalisateur, compositeur de musiques de films sont des métiers artistiques basés sur le talent – les Mélodies Modernes n’en doutent pas -, la hiérarchie, le relationnel et la communication mais d’abord et avant tout sur une histoire de gros sous et donc de compromis, de concessions, de rapprochements, de séparations et de conflits d’intérêts. Sans un agent expérimenté et bien introduit dans le milieu maffieux du cinéma ou pire encore, celui de la télévision, sans cette personne motivée prête à jouer des coudes en votre nom, sans posséder la capacité de défendre par vous-mêmes vos propres intérêts, si vous ne savez pas vous vendre, point de chance de se faire embaucher, aucune possibilité de réunir les fonds nécessaires pour assurer le bouclage financier d’un long métrage, vous ne composerez pas pour l’image même si vous possédez de grandes capacités. Vos perspectives de réussite ? Aucune et tout le monde s’en fout. Seule l’ambition compte :  la naïveté et la crédulité ne sont plus de mise depuis longtemps dans les métiers artistiques ! Avec ces considérations, rien d’étonnant à ce que certains protagonistes se fassent un jour la guerre. Une hirondelle ne fait pas toujours le printemps et joyeux Noël !

 

Comédie

Bienvenue chez les Ch'tis Mélodies ModernesBIENVENUE CHEZ LES CH’TIS. Un film de Dany Boon (2008) avec Danny Boon, Kad Merad, Zoé Félix, Anne Marivin, Line Renaud, Stéphane Freiss, Philippe Duquesne… Musique de Philippe Rombi. Un film Pathé !, T.F.1…

Un bon départ sur un excellent générique animé. La petite famille d’Alix, réunie devant l’écran, se frotte les mains : avec son prologue amusant et son super générique, la musique très plaisante augure un développement heureux de l’histoire. On sent qu’on ne va pas s’écrouler de rire mais la soirée s’annonce vraiment bien. Action, répétition, le film se déroule tranquillement mais devient statique jusqu’au moment où les situations sans saveur ni relief se font de plus en plus nombreuses ; les gags s’alourdissent, on sombre vite dans l’ennui. Quand la fin survient enfin pour réveiller les esprits endormis, on découvre alors le côté pathétique et ringard d’un scénario bâclé. Le cinéma comique français n’a malheureusement pas tenu ses promesses. Kad Merad y croyait, Danny Boon, aussi, le succès populaire sera effectivement au rendez-vous. Tiens, et si on se repassait le début de « La grande vadrouille » ou de « La septième compagnie », histoire de se rassurer un peu et de comprendre les millions de cinéphiles qui ne seront jamais désenchantés par ces deux monuments-là ? Appréciation d’Alix sur « Bienvenue chez les Ch’tis » : Très bon techniquement et artistiquement, les acteurs sont Formidables mais le scénario est insatisfaisant. Musique : elle est Très belle mais Inconstante dans la qualité, elle accompagne en fait la lente et irrémédiable dégradation du film jusqu’à la fin. Une œuvre qui aurait tout de même mérité le César pour son immense succès populaire !

À noter : les américains devaient en faire une suite mais les multiples scénarios proposés par Will Smith à Danny Boon ne lui convenaient pas quant à l’adaptation italienne, c’est un succès populaire dans l’autre pays du cinéma avec « Benvenuto al sud » suivit de « Benvenuto al nord », une migration géographique que n’hésitera pas à franchir en parallèle Danny Boon avec son prochain « Bienvenue chez les couillons » !

 

Tranche de vie

Jeune & Jolie - Les Mélodies ModernesJEUNE & JOLIE, un film de François Ozon (2013) avec Marine Vacth, Géraldine Pailhas, Frédéric Pierrot, Fantin Ravat, Johan Leysen, Charlotte Rampling (une apparition)… Musique de Philippe Rombi. Mars distribution (France).

Que dire sur un scénario aussi plat ? Une adolescente de dix-sept ans se lance dans les relations sexuelles avec des hommes d’âge mûr rencontrés sur Internet, histoire de se faire de l’argent facile avec une insouciance difficile à croire. Ses parents s’en offusque, le psy se fait draguer, le petit frère de la jeune ado n’en reviens toujours pas et le spectateur non plus. En conservant continuellement une expression d’une froideur glaciale, Marine Vacth s’est destinée au mannequinat mais pas au cinéma, un 7e art qu’elle n’affectionne pas tout particulièrement. Ceci expliquant cela, la jeune femme rempli l’écran sans arriver à le sublimer, en cause, un réalisateur pas vraiment aimé des Mélodies Modernes. Les films de François Ozon, toujours intéressants sur le fond, entretiennent la superficialité sur la forme malgré des scénarios parfois difficiles à traiter, bravo pour l’audace mais ses œuvres sont malheureusement inachevées. « Ricky » était très prometteur (voir ci-dessus), « Jeune et jolie » déçoit. Loin de Buñuel ou de Scorsese (Jody Foster dans « Taxi driver », c’était tout de même autre chose !), l’histoire d’Isabelle s’avère sans grand intérêt, son parcours est dévoilé dans une grande neutralité à la limite du documentaire ; Alix (notre critique de film number one) finit par s’ennuyer. Tout ça pour ça… Après plus d’une dizaine de longs-métrages, il faudrait entrer un peu plus dans le vif de vos sujets de films et leur donner de la profondeur, du coffre, de la dimension : commencez par mieux choisir vos acteurs et donnez-leur la rage de jouer. Le compositeur pourrait à son tour démontrer ses capacités en réponse. Il serait temps d’oser, Ozon !

 

 

 

JackJack Hayes HAYES, arrangeur

 

 

 

 

 

Impossible de parler de la musique de film et des compositeurs sans évoquer la carrière magistrale d’un « travailleur de l’ombre », une « petite main » de la musique sans laquelle rien ne serait possible. Orchestrer pour un long métrage près de quarante-cinq minutes de musique en moyenne en un temps record (au mieux, quelques mois) reste un acte héroïque insuffisamment reconnu, la performance étant absente des autres corps de métiers artistiques. Le travail fourni par Jack Hayes est inégalable en quantité comme en qualité, la somme d’efforts intellectuels déployée n’ayant d’égal que la grandeur de son esprit inventif : pour chaque composition, Jack Hayes a su traduire concrètement les souhaits créatifs du compositeur américain lambda devenu, au fil des décennies, totalement dépendant de « son » arrangeur. C’est une des raisons pour lesquels notre Michel Legrand national n’a pas souhaité continuer à œuvrer aux États-Unis car le compartimentage des spécialités impose que chacun ne fasse que ce pourquoi il est embauché ; dans ces conditions, impossible de maîtriser librement son art (George Delerue et d’autres monstres sacrés de la musique de film sont capables de tout faire, y compris la direction d’orchestre). Les têtes brûlées Mélodies ModernesL’autre inconvénient du système est de nature auditive : malgré les styles parfois très différents des compositeurs, quelque chose de commun les rassemble, à l’évidence, ils possèdent tous le même arrangeur ! Mais les Mélodies Modernes ne critiqueront pas cette démarche ultra professionnelle typique des USA qui débouche sur un produit fini de grande qualité : les musiques de films arrangées par Jack Hayes sont toutes aussi remarquables les unes que les autres. Le soin apporté à l’instrumentation, à l’harmonisation, aux choix des différents types de percussions, le placement de la musique sur les images sont des démarches de base qui relèvent de la responsabilité du compositeur, parfois fortement rattaché au réalisateur avec lequel il a su nouer une relation de travail très étroite (les mélodies Modernes vous en ont déjà parlé à différentes occasions dans le site). Mais il ne viendrait à l’esprit de personne de penser que l’arrangeur n’est pas intervenu dans la conception même de la composition en y apportant « son grain de sel ». Il est même très possible qu’un compositeur se soit entièrement reposé sur son appréciation afin de se sortir d’une situation inextricable. Jack Hayes est décédé sans gloire à l’âge honorable de 92 ans (1919-2011) à Cœur d’Alène dans l’Idaho (la patrie de « Pappy » Boyington, rappelez-vous la série télé « Les têtes brulées » avec Robert Conrad, voir photo ci-contre) et sans lui, sans quelques autres collègues dont son partenaire Leo Shuken, saurait-on ce qu’est vraiment un arrangeur ? Bien plus que cela, il nous faut garder le nom de Jack Hayes en mémoire car il s’agit du meilleur représentant de ce qu’est un véritable artiste, un musicien doué, un homme dévoué et performant comme la profession ne saura et ne pourra probablement plus engendrer.  

Liste de ses interventions en tant qu’arrangeur :

Un pitre au pensionnat » (film avec l’irrésistible duo Jerry Lewis/Dean Martin), « L’homme au bras d’or » (le fameux film d’Otto Preminger, musique d’Elmer Bernstein), « Le jardin du Diable » (en 1954 en collaboration avec Lionel Newman, musique de Bernard Hermann), « Règlement de comptes à OK Corral » (un autre duo remarquable, Kirk Douglas et Burt Lancaster, musique de Dimitri Tiomkin), « Bagarres MontageDarylJuilletau King Creole » (avec Elvis Presley), « Les 7 mercenaires et Les comancheros » (musiques d’Elmer Bernstein) mais aussi « Le zinzin d’Hollywood, L’homme qui tua Liberty Valence, Hatari ! (Musique d’Henry Mancini), Le prisonnier d’Alcatraz, La conquête de l’ouest, Du silence et des ombres, Diamants sur canapé, La taverne de l’irlandais, La grande évasion, Les quatre fils de Katie Elder, Sur la piste de la grande caravane, Cent dollars pour un shérif (la meilleure version, celle de  1969 avec John Wayne, Kim Darby et Glen Campbell), Butch Cassidy et le kid (1969, musique de Burt Bacharach) , Airport, Le kid de Cincinnati (musique de Lalo Schifrin), Camelot, Casino Royale, Seule dans la nuit, Les chasseurs de scalps, Funny girl, L’or de MacKenna, Horizons perdus, Un silencieux au bout du canon, Taxi driver, Marathon man, Le chat qui vient de l’espace, Le souffle de la tempête, Meteor (musique de Laurence Rosenthal), Le jour de la fin du monde, Brubaker, Elephant man, Le facteur sonne toujours deux fois, La folle histoire du monde, Ragtime, La couleur pourpre, Star Treck 2, Le choix de Sophie, D.A.R.Y.L. (photo ci-contre, musique de Marvin Hamlisch) , La veuve noire, La folle histoire de l’espace, Ironweed la force du destin, Pretty woman, Chienne de vie, Le bûcher des vanités, Hudson Hawk gentleman cambrioleur, Robin des bois prince des voleurs, Tom et Jerry le film, Les trois mousquetaires (version de 1993 avec Charlie Sheen et Kiefer Sutherland), Maverick, Leçons de séduction, Sauvez Willy  3, Les indestructibles, Mission impossible 3, Là-haut, Star Treck (version 2009), Ratatouille… ». Séries télé : « Le virginien (musique de Percy Faith), Gunsmoke, La grande caravane… ». Cette liste extraordinaire, très exhaustive, recouvre d’immenses chefs-d’œuvre ; elle semble irréelle et restera pour toujours extrêmement impressionnante (voir ici la page XXVIII des compositeurs pour accéder au lien vers les films mentionnés).

 

 

Carter Burwell Mélodies ModernesCarter BURWELL, compositeur

 

 

 

 

Mildred Pierce Mélodies ModernesMILDRED PIERCE, une mini-série de Todd Haynes (2011) avec Kate Winslet, Guy Pearce, Evan Rachel Wood, Morgan Turner, James LeGros, Melissa Leo, Brian F. O’Byrne, Mare Winningham, Hope Davis… D’après le livre de James M. Cain. Musique de Carter Burwell. Un dvd HBO miniseries.

« Mildred Pierce » relate une vie mouvementée, celle d’une femme intelligente, volontaire puis ambitieuse mais dont le point faible réside dans sa naïveté, du moins, dans sa capacité à faire confiance. Cette qualité va lui coûter cher… Mis en images pour la première fois en 1945 par Michael Curtiz avec Joan Crawford, cette mini-série Agréable avec ses quatre épisodes d’une heure trente environ se veut beaucoup plus complète que le film mais tombe, presque inévitablement, dans le piège de la lenteur. Un montage beaucoup plus « serré » aurait permis à l’histoire très intéressante de se renouveler car elle reste truffée de situations, hélas, redondantes. Certains plans et dialogues sont d’une longueur monotone… Difficile de tenir jusqu’au bout même si l’envie de connaître la chute vous fait garder les yeux ouverts. Le travail remarquable du réalisateur, des acteurs et du compositeur – pour ne parler que d’eux – n’est pas à mettre en cause, au contraire, Kate Winsley prouve une nouvelle fois son immense talent. La musique de Carter Burwell fait Sensation : le générique rappelle celui de Jim Helms pour la série « Kung fu » des années 70 avec un thème délicat, vaporeux sur un arrangement orchestral réduit et très léger (petites notes dans l’aigu du piano, flûte traversière et clarinette) ; en rajoutant le basson (qui rappelle celui des musiques d’Ennio Morricone) et par l’emploi d’accords de septième, Carter Burwell signe une musique de film très fine et délicate, c’est bien vMildred Pierce Mélodies Modernesinitif2u et bien fait. Les musiques additionnelles (ragtime, chanson de Judy Garland et musiques d’opéra) s’intègrent parfaitement au scénario. Pour l’occasion, l’actrice Evan Rachel Wood se fait doubler par la chanteuse soprano sud-coréenne Sumi Jo à la voix colorature ; elle possède un timbre magnifique et un vibrato pas trop rapide (coloratura en italien désigne une maîtrise vocale parfaite sur les plans de la technicité et de l’interprétation, un terme comparable à celui de virtuosité). Pour résumer, cette série mérite d’être vue et appréciée à sa juste valeur en témoigne les nombreuses récompenses obtenue dans le circuit américain et délivrées par des critiques qui en ont pourtant vu d’autres… On peut leur faire confiance !

 

 

 

Western

TRUE GRIT/Le vrai courage, un film de Joël et Ethan Cohen (2010) avec Jeff Bridges, Hailee Steinfeld, Matt Damon, Barry Pepper, Josh Brolin… Musique de Carter Burwell. Un film Paramount.

Décidément le roman de Portis connaît la ferveur du public américain avec cette nouvelle version des frères Cohen noyée de succès paraît-il mais hélas, la magie de « Cent dollars pour un shérif » (1969) en moins. C’est toujours la même rengaine, lorsqu’un film excellent subit un relookage de plus de quarante années il perd en fraîcheur et en spontanéité. Les réalisateurs Joël et Ethan Cohen peuvent prétendre ne pas s’être inspiré de leur aîné Hathaway, « True Grit 2010 » est un lamentable et décevant copier-coller ; pire que cela, leur film est Nul. La modernité et le comportement des protagonistes aurait pu illustrer une société moderne détestable où règnent l’agressivité, la noirceur, la saleté, l’âpreté et l’humour décalé ; en transposant notre société décadente au temps du far-west les frères Cohen pouvaient par conséquent jouer avec bonheur une carte à double tranchant, celle de la création sans concessions mais rien de cela, le film ne marquera pas son époque, il est bien trop fade. La musique de Carter Burwell est à son tour d’une platitude extrême et ne possède malheureusement aucun relief, l’affaire est grave : absence de mélodie, aucune orchestration recherchée, des erreurs s’entendent dans l’harmonisation (une note sensible qui côtoie une note tonique dans une cadence parfaite, les connaisseurs le savent, c’est pas vraiment brillant !). Quand on pense que plus de cinq cents personnes ont travaillé à l’élaboration de ce film (deux fois plus que pour « Cent dollars pour un shérif » version de 1969) on est en droit de se demander s’il ne s’agit pas en fait d’une énorme arnaque. Néanmoins pour apprécier un peu ce film sans valeur (les paysages sont d’une tristesse infinie, la photographie est banale) il faudrait n’avoir jamais vu John Wayne, Kim Darby, Glen Campbell ni entendu la musique d’ Elmer Bernstein, bref, ne pas savoir ce qu’est un résultat parfaitement abouti. Le temps résiste mal au charme de certains films des années 60 – 70 : « Cent dollars pour un shérif » (1969) restera définitivement un film idéal. Côté acteurs, l’énorme talent habituel de Jeff Bridges totalement absent dans le caricatural « True Grit 2010 » ne permet pas une seule seconde d’oublier la performance de l’immense John Wayne ni le doublage français extraordinaire; par comparaison la jeune Hailee Steinfeld, raide et tendue, s’avère très mal doublée par Catherine Wilkening avec sa voix monotone qui ne véhicule aucune émotion. Pour une fois et c’est rarissime, Alix vous recommande ici la version originale sous-titrée avec ses timbres de voix chaleureux et fruités. Au fait cette jeune actrice débutante, Hailee Steinfeld, le tout-Hollywood lui promet un avenir radieux. C’est ce que l’on disait déjà pour la jeune Kim Darby dont le talent explosait dans le film de sa vie. On connaît la suite… Le temps ne serait-il vraiment qu’un perpétuel recommencement ?

 

 

Comédie

Milliardaire malgré lui Mélodies ModernesMILLIARDAIRE MALGRÉ LUI/It could happen to you, un film d’Andrew Bergman (1994) avec Nicolas Cage, Bridget Fonda, Rosie Perez,Wendell Pierce, Isaac Hayes, Victor Rojas, Seymour Cassel… Musique de Carter Burwell. Un film TriStar Pictures.

Qui n’a jamais joué au loto, au casino ou à un quelconque jeu d’argent ? Lorsque ce policier new-yorkais va acheter un billet gagnant dont il a coché les numéros en faisant « moit-moit » avec une serveuse de restaurant, leur vie va basculer. Largement inspiré d’une histoire vraie, le réalisateur Andrew Bergman va échafauder un scénario délicieusement romantique « qui tient la route » par la présence rayonnante de Bridget Fonda (ravissante malgré une attitude parfois un peu trop niaise mais elle est belle à croquer), la performance de Rosie Perez, drôle à souhait et Nicolas Cage (avant son lifting réussit). Les personnages sont tous très bien joués (les seconds rôles sont parfaits) et le doublage français de tous les acteurs est excellent : quel bonheur auditif ! Les musiques additionnelles sont très connues du public y compris des français avec l’incontournable « Young at heart » (C. Leigh, J. Richards) créée en 1953 pour Frank Sinatra, une chanson arrangée par Johnny Mandel et rebaptisée un an plus tard pour le film du même nom (avec Sinatra et Doris Day). La musique de Carter Burwell est orchestrale, sans réelle mélodie (une suite de quelques notes conjointes comme pour « Mildred Pierce » voir article ci-dessus) mais reste elle aussi délicieuse. New-York soutient la production de films du même genre pour assurer la promotion de la ville et c’est la raison pour laquelle on voit fleurir depuis une bonne dizaine d’années des comédies légères plus ou moins réussie. « Milliardaire malgré lui » en fait partie, c’est un moment de cinéma et musical Très plaisant pour les cinéphiles qui adhèrent à la pensée philosophique suivante : « l’amour est toujours plus fort que l’argent ». Plus fort que l’agent, en l’occurrence…

 

 

 

Frederick Hollander Mélodies ModernesFrederick HOLLANDER, compositeur

 

 

 

 

Les 5000 doigts du docteur T - Les Mélodies ModernesPour l’extraordinaire film « Les 5 000 doigts du Dr T. », Frederick Hollander né Friedrich Hollaender va taper fort : mélodies, orchestrations, recherche de la perfection dans l’interprétation, minutage et synchronisation très précise de la musique par rapport aux images et aux numéros dansés (il s’agit autant d’un film musical que d’une comédie musicale), utilisation d’instruments rares et contemporains (le thérémine, ancêtre du synthétiseur utilisé par Louis et Bebe Barron dans « Planète interdite »), sa présence dans les studios hollywoodiens va engendrer un intense travail de création personnelle mais isolé, il ne parviendra à rien. Avec ses collaborateurs réputés tous appelés en renfort, l’homme va monter un septuor d’enfer, une équipe très performante, pour travailler de la plus belle manière qui soit : Heinz Roemheld (compositeur du surprenant « La vallée des géants » avec son super thème sifflé par Kirk Douglas), Hans Julius Salter (compositeur du fameux et dépassé « Sabrina » de 1954 avec Audrey Hepburn et Clark Gable), Arthur Morton, Eps Riddle et Nelson Riddle, Gil Grau, Bernard Mayers pour les arrangements, Paul Mertz pour les arrangements destinés à la chorale) et Morris Stoloff à la direction de l’orchestre philarmonique. Theodor Seuss Geisel (Dr Seuss) quant à lui se trouve être à l’origine de l’idée soumise au producteur Stanley Kramer de mettre en images ses personnages fous, tous issus de ses histoires délirantes à l’esprit totalement parodique et déjanté sur fond de critique aimable d’une société américaine autosuffisante et prisonnière de son mode de vie. Parolier des chansons et auteur des dialogues des « 5 000 doigts du Dr T. », le fameux écrivain et chroniqueur se verra récompensé un jour de sa ténacité par deux Oscar et deux Emmy Awards sans oublier le Prix Pulitzer si convoité. Par la difficulté technique des partitions et la virtuosité requise des instrumentistes, la mise en place générale de la partition va demander une immense disponibilité des artistes et techniciens d’Hollywood mobilisés sur cette production gigantesque. Pas moins de vingt-cinq jours seront nécessaires pour enregistrer la musique et plus encore pour en éliminer un bon tiers à l’issue du montage final. Un vrai gâchis artistique. Le producteur affectera à la tâche, rebutante pour Les 5 000 doigts du Dr T. Mélodies Modernesbeaucoup, un « vieux de la vieille » comme on dit, le réalisateur Roy Rowland peu connu du public mais respecté dans le milieu du cinéma pour ses courts-métrages et autres films de série B. Sans connaître l’accueil des spectateurs qui seront probablement décontenancé par « Les 5 000 doigts du Dr T. », le producteur, gagné par la peur de « se prendre un râteau » le jour de la sortie du film, jouera la carte de l’expérience avec Roy Rowland, sans en avoir vraiment le choix faute de candidatures spontanées et non-frileuses…

Frederick Hollander est né à Londres à la fin d’un siècle qui aura presque tout engendré : l’aviation, les moyens de communications et les télécommunications, les découvertes scientifiques, médicales, industrielles (induit la pollution, l’élévation de la température, la surexploitation des richesses naturelles, la destruction de l’écosystème planétaire et l’extinction des espèces), les découvertes architecturales, les créations artistiques majeures… et la musique instrumentale moderne (la mise en valeur du piano, du saxophone, la montée en puissance du jazz etc). Ce siècle préparera également le pire avec l’accélération de l’antisémitisme et l’entrée en guerre du monde en 1914 puis en 1939. Influencé par son père compositeur d’opérettes et par sa mère, chanteuse classique et de variété, le jeune Frederick Hollander était prédestiné à une carrière d’instrumentiste de musique classique car il se montrait particulièrement doué pour la discipline (son modèle restera à vie Richard Strauss). Pianiste énergique, il va réussir un début de carrière prometteur à Berlin où réside l’ensemble des membres de sa famille. Classique, sûrement mais pas seulement : attiré par la musique de spectacle (les revues), porté sur le jazz, convaincu de l’émergence d’un cinéma de moins en moins silencieux mais qui honore la musique d’un bout à l’autre d’une projection (il accompagnait les films muets avec une facilité remarquable), sa rencontre professionnelle avec Max Reinhardt, directeur de cabaret, et professionnelle puis Les 5 000 doigts du Dr T. Mélodies Modernessentimentale avec l’actrice Blandine Ebinger (qu’il épousera en premières noces), le conforteront dans ses choix artistiques. Ouvertement opposé à l’antisémitisme et il ne se gêne pas de la faire savoir en usant et abusant de la caricature dans ses compositions (la musique des fanfares militaires est parodié avec le renforcement des basses, monstrueusement simplistes et lourdes car cette musique n’est pas réputée pour sa légèreté orchestrale), le jeune adulte motivé et engagé se trouvera dans l’obligation de fuir la montée évidente du nazisme afin d’éviter d’être inquiété dans son propre pays pour une simple question liée à ses origines juives, qui dérangent une dictature non encore autoproclamée (pour le plus grand des malheurs, les évènements à venir lui donneront entièrement raison). Sans attendre que l’horreur se répande en Europe, il gagnera les États-Unis d’Amérique dès 1933 après un passage éclair à Paris, fort de son succès international obtenu pour ses musiques de l’ « Ange bleu » avec Marlène Dietrich. Il poursuivra ainsi, avec quelques-uns de ses compatriotes exilés ou fils d’immigrants de la première heure (Heinz Roemheld), une œuvre prometteuse et intense en témoigne le résultat excellent du phénoménal « 5 000 doigts du Dr T. ».

Film culte pour les connaisseurs, le compositeur restera pour longtemps déçu de l’accueil mitigé du public et des critiques ce qui n’a rien d’étonnant compte tenu de la complexité et de l’originalité de l’œuvre. Le musicien composera encore et encore pour Hollywood mais finira par se décider à retrouver ses sources germaniques en s’installant à Munich en 1955, un nouveau projet artistique sous le bras. Mais tout a bien changé en vingt ans, la mode et le monde du spectacle ne sont plus les mêmes. Après avoir effectué un long travail de remise à plat d’un parcours musical remarquable au moment-clé de l’évolution du cinéma, ses Mémoires publiées, l’Allemagne moderne et réunifiée reconnaîtra le talent de Frederick Hollander en honorant (enfin) son artiste, comme il se doit.

 

 

Film et comédie musicale

Les 5 000 doigts du Dr T. Mélodies ModernesLes 5 000 doigts du Dr T./The 5, 000 fingers of Dr T., un film de Roy Rowland (1953) avec Tommy Retig, Hans Conried, Mary Healy, Peter Lind Hayes, George Chakiris, Henry Kully… Musique de Frederick Hollander (né Friedrich Hollaender). Chorégraphie d’Eugène Loning. Un film Columbia pictures.

Alix se souvient avoir vu ce film pour enfants quand elle était petite et elle fut très impressionnée ; la sortie récente du dvd permet de voir ressurgir la magie d’une production hors normes délicieusement dépassée sur le fond mais certainement pas sur la forme. Alix a plusieurs choses à vous raconter. Imaginée par un réalisateur avant tout écrivain, dessinateur et illustrateur pour la presse, l’histoire fantastique est très originale. Articulée comme « Le magicien d’Oz » avec Judy Garland autour d’un personnage principal qui va vivre une aventure extraordinaire pendant son sommeil, l’action décrit les relations entre un enfant et deux adultes, celle tumultueuse entre Tommy Retig et le méchant musicien Hans Conried (un professeur chef d’orchestre tour-à-tour détestable et fascinant, certainement paranoïaque) et celle aimante et chaleureuse avec le père de substitution, plombier de son état, joué par Peter Lind Hayes. Le petit Tommy, vous le connaissez déjà car vous l’avez vu dans « La rivière sans retour » d’Otto Preminger avec Marilyn Monroe et Robert Mitchum, deux ans plus tard dans « La dernière caravane » avec Richard Widmark et dans « Lassie », toujours en 1954 jusqu’en 1957, la série télé dont le premier héros fut un autre enfant-star très apprécié des Mélodies Modernes (il s’agit de Roddy McDowall qui tournera le premier « Lassie chien fidèle » en 1943 avec celle qui deviendra son amie et confidente pour toute la vie, Elisabeth Taylor). Bref, Tommy Retig va « assurer » à son tour en vrai professionnel dans la peau d’un personnage très investi par sa mission matrimoniale (marier le gentil ouvrier à sa mère) ; malheureusement, son visage expressif doublé d’un jeu mis en scène de manière admirable ne vont pas contenter les enfants d’aujourd’hui inondés d’images virtuelles impressionnantes : les effets spéciaux du début des années 50 reposaient sur des décors en carton-pâte qui permettaient un travail d’imagination facilité par la richesse des décors et des jeux de lumières (la présence d’animaux est suggérée par la chorégraphie des danseurs, les figurants miment les instrumentistes etc). L’univers fantastique et stressant n’était donc pas totalement visuel mais fortement suggéré par la psychologie des personnages. Plusieurs lectures sont possibles de ce film étonnant qui ne s’adresse pas qu’aux enfants (c’est l’avis autorisé de Les 5 000 doigts du Dr T. Mélodies ModernesJello Biafra dans le bonus du dvd qui y trouve très justement une dénonciation du racisme, de l’autoritarisme, du sectarisme, de l’orgueil, de la mégalomanie, de la paranoïa, du délire, des codes et usages dans la société américaine etc.) sans négliger le fait que « Les 5 000 doigts du Dr T. » glorifie l’amour familial, en témoigne une scène sentimentale chantée particulièrement touchante entre Tommy Retig et Peter Lind Hayes (voir photo ci-contre). Avec ses seize chansons, deux musiques de ballet et un concerto pour piano et orchestre, le travail du compositeur Frederick Hollander fut magistral.

Roy Rowland, le réalisateur des « 5 000 doigts du Dr T. », était un enfant du cinéma parlant en pleine mutation sonore ; il en deviendra, dès son avènement, l’un des grands contributeurs par ses scénarios et ses textes élaborés qui alimenteront les dialogues et les chansons des films, un talent rare dont les studios étaient particulièrement friands, concurrence oblige. Nous sommes dans l’âge d’or de la comédie musicale (les années 30) et Roy Rowland, seulement âgé d’une vingtaine d’années, va laisser un souvenir mémorable de son travail. Il ne fournira pourtant qu’un seul long-métrage de toute sa carrière, « Les 5 000 doigts du Dr T. », trop déçu par la déconvenue du bide retentissant : trop novateur, dérangeant, déroutant et provocateur sous bien des aspects, l’œuvre va tomber rapidement aux oubliettes après les cris des critiques et les lamentations des spectateurs, désorientés, les pauvres… L’amertume gagnera toute l’équipe du film. Si Roy Rowland avait pu savoir à quel point le public de fins connaisseurs que vous êtes et que nous sommes attendions sa sortie depuis plus de soixante ans… Avec toute l’indulgence nécessaire, la (re)découverte du film pourrait justifier à postériori un Oscar d’honneur compte tenu de ses énormes qualités artistiques : Tim Burton et Terry Gilliam ou Jean-Paul Goude dans sa spécialité, seraient-ils les mêmes sans avoir adoré les « 5 000 doigts du Dr T. ») ?

Hans Conried, vous le connaissez lui aussi. Présent dans près de deux cents longs-métrages américains (!), le séducteur parfois envoûtant comme dans « Les 5 000 doigts du Dr T. » complètera sa magnifique carrière de comédien polyvalent sur les planches de Broadway ainsi qu’à Les 5 000 doigts du Dr T. Mélodies Modernesla télévision. Son hyperactivité lui vaudra peut-être de décéder jeune d’un problème cardiaque, lu qui aura su divertir et amuser tout un public générationnel (et surtout un public féminin) littéralement tombé sous le charme d’une « bête de scène » à la voix parfaite pour les doublages de films. Walt Disney l’emploiera dans une multitude de films et de démarches (pour ses parcs d’attraction par exemple). Hans Conried savait tout faire sans jamais avoir « la grosse tête » : jouer, chanter, écrire, composer, lire (raconter), doubler, imiter, se mouvoir, devenir tragique (mais jamais bien longtemps), une sorte de Bouvil et de Louis de Funès mélangés « à la sauce américaine ». Jamais vulgaire, jamais méprisable, rien d’étonnant à ce qu’il se soit lié d’amitié avec un autre monstre sacré du divertissement, un des chouchous des Mélodies Modernes, Jerry Lewis, un comédien avec lequel il tournera par exemple « Le zinzin d’Hollywood » ou « Un pitre au pensionnat ».

Peter Lind Hayes dans le rôle du plombier est lui aussi très porté sur la comédie, ses succès excellents, il les obtiendra essentiellement à la radio où il y fera son show, comme sur le petit écran. Quant à Mary Healy, reine de beauté de La Nouvelle-Orléans dans les années 20, comédienne dans le spectacle de Broadway « Le tour du monde en 80 jours » (d’après Jules Verne) produit par Orson Welles sur la musique de Cole Porter en 1946, elle joue la maman de Bart (Tommy Retig). C’est son mari Peter Lind Hayes qui la sortira de sa retraite anticipée pour tourner ensemble dans les « 5000 doigts du Dr T. » ; à 96 ans, la comédienne n’a pas encore achevé sa très longue retraite, le rôle de sa vie qu’elle interprète magistralement ! Un autre personnage reste à signaler : George Chakiris, danseur du rang mais déjà remarquable et remarqué quatre ans avant son explosion dans « West side story » (musique de Leonard Bernstein, à ne pas confondre avec Elmer Bernstein, voir ici). Un autre moment de grâce et de bonheur comme seul le cinéma sait en faire. Un don au plus grand nombre et pour l’éternité. Merci à Columbia Pictures et à Wilside de nous avoir fait ce cadeau, une édition superbement restaurée !

Les 5 000 doigts du Dr T. Mélodies Modernes « Les 5000 doigts du Dr T. » est produit par Stanley Kramer, un homme aux capacités extraordinaires et sans équivalent pour « sentir » la direction que prendra le vent de l’entreprise artistique et technique ; visionnaire pour soutenir les nouveaux talents (Kirk Douglas, Marlon Brando…) mais homme d’affaires pas toujours inspiré (ses choix l’amèneront vers certains flops financiers), il signera, en tant que réalisateur et/ou producteur, les chef-d‘œuvres suivants : « Le dernier rivage (1959), Procès de singe, Jugement à Nuremberg, L’or noir de l’Oklahoma, Le train sifflera trois fois (musique de Dimitri Tiomkin), L’équipée sauvage, Ouragan sur le Caine (musique de Max Steiner), Pour que vivent les hommes, La théorie des dominos, Devine qui vient dîner ?… ». Très sûr de ses convictions parfois conformes à la ligne politique du moment (les films de soutien à l’armée américaine pendant la Seconde guerre mondiale, les prises de position des différents présidents américains) ou farouchement opposé aux pratiques « habituelles » d’un autre âge (la lutte contre le racisme), tous ces films ne laissent pas indifférent. La folie, la colère, l’injustice, la tolérance, l’amour, l’action, la comédie, le drame, il affectionnait les thèmes récurrents de la société pour les accompagner ou les dénoncer. En tout cas, son grand film humoristique restera à jamais ancré dans les mémoires en tant que monument du genre : « Un monde fou, fou, fou, fou ». Quand on vous disait qu’il était précurseur…

 

 

 

Riz Ortolani Mélodies ModernesRiz ORTOLANI, compositeur

 

 

 

 

Les compagnons de la gloire - Mélodies ModernesLES COMPAGNONS DE LA GLOIRE/The glory guys, un film d’Arnold Laven (1965) avec Tom Tryon, Harve Presnell, Senta Gerger, James Caan, Andrew Duggan, Slim Pickens, Jeanne Cooper, James Drury… D’après la nouvelle « The dice of God » d’ Hoffman Birney. Musique de Riz Ortolani. Un film 20th century Fox de la collection Sidonis/Calysta « Western de légende ».

Sam Peckinpah, le réalisateur bien connu de plusieurs chefs-d’œuvre du cinéma, à échafaudé un scénario dynamique et riche en situations originales par la présence de personnages aux caractères attachants ou, à l’opposé, carrément rebutants mais qui ne laissent jamais indifférent. Ils ont tous un caractère bien trempé ! Le fond de l’histoire repose sur la dénonciation, on s’en doute de la part de Peckinpah, du comportement méprisant de la hiérarchie militaire à la fois vis-à-vis de ses soldats et de la nation amérindienne, une haine renforcée par l’incompétence notoire des hommes politiques. Situé dans la mouvance des films qui commençaient, dans les années 50, à dénoncer sérieusement la ligne « officielle » bien-pensante et politiquement correcte de la mise à l’écart des indiens (les gentils colons sortaient toujours vainqueurs comme dans « La dernière caravane » par exemple), la Réussite des « Compagnons de la gloire » tient au scénario original qui prend en compte leur point de vue, enfin. Le jeu des acteurs performant permet d’adhérer pleinement au contexte. L’histoire de Little Big Horn et la dénonciation de la folie meurtrière de l’homme est largement évoquée dans « Les compagnons de la gloire ». Hélas, à cause d’une mésentente avec les producteurs, c’est un autre réalisateur qui prendra le relais de Sam Peckinpah, un sort préjudiciable au résultat final qui deviendra imparfait. James Caan, dans la peau d’une jeune recrue au tempérament incertain, réalise une très belle performance tout comme Tom Tryon, parfaitement crédible en lieutenant intelligent proche du peuple indien. Le hic du film, c’est la musique complètement Ratée de Riz Ortolani. Avec des crescendo inutiles et des coups de timbales assourdissants, le compositeur italien ne se montre pas très inspiré pour fondre sa musique aux images. Au contraire, sa musique dérange les oreilles d’Alix. Le crédo d’ Ortolani ? Se faire entendre en jouant à fond la carte du contraste, un style qui caractérise en général ses choix artistiques (contestables) mais toujours bien accordés aux aspirations des réalisateurs qui lui font confiance (une scène de massacre sera accompagnée par une musique légère et enjouée, par exemple). Attaché à son Italie natale (comme on le comprend), le musicien provocateur aux idées surréalistes très porté sur le jazz refusera l’offre des américains (United artists) d’œuvrer chez eux. C’est donc à distance qu’il travaillera sur les images des « rushes » des « Compagnons de la gloire », histoire de préparer le minutage de sa musique à rajouter au montage, les studios de la Cinecittà de Rome servant de base technique à bon nombre de films américains à cette époque-là. Mais à bien y réfléchir, quelle aventure tout de même que de produire un film : une idée première lancée par Peckinpah aux États-unis, un tournage dans la patrie de Pancho Villa (état de Durango au Mexique) en passant par Rome pour l’enregistrement de la musique et par Paris pour le doublage excellent… Ce film termine sa course cinquante ans plus tard en dvd sur notre téléviseur. Le cinéma, ça reste quelque chose de magique !

 

André Gagnon - mélodies ModernesAndré GAGNON, compositeur

 

 

 

 

Mélodies ModernesLes Appalaches déroulent leurs couleurs magnifiques du nord au sud du continent américain ; bordés à l’est par l’Atlantique et par les Grands lacs à l’ouest, les douces montagnes fortement érodées commencent une lente et superbe ascension dans le bassin du Mississippi au sud pour se fondre dans la neige terre-neuvienne près de deux mille quatre cent kilomètres plus au nord. Sans chercher à rivaliser avec les plus hauts sommets du continent, les 2 000 et quelques centaines de mètres d’altitude des Appalaches accueillirent avec majesté, avant leur érosion, les premiers hommes, ces courageux « européens » qui traversèrent le Détroit de Béring il y a 20 000 ans… La montagneuse renferme les plus beaux paysages américains. Comme le chantait Jean Ferrat, que dire lorsque l’automne vient d’arriver au Canada ! Saint-Pâcome dans le Bas-Saint-Laurent fait partie des plus beaux villages du Québec. Patrie du compositeur André Gagnon, benjamin d’une famille de dix-neuf enfants (!), on peut se demander comment il est possible de devenir l’un des musiciens les plus prolifiques de la planète dans le domaine de la musique dite « de genre » : musiques de films, musique orchestrale et de variété, accompagnement d’instrumentistes ou de chanteurs, musiques d’opéras et de spectacles musicaux, illustration sonore, création de génériques, tournées de concerts etc. La réponse tient en trois mots, toujours les mêmes : talent, travail, chance. Il faut avoir entendu une fois la musique d’André Gagnon pour le film « Le vainqueur », sorti en 1979, pour tomber définitivement raide mort sous le charme de ses compositions de grande qualité. Mélodiste dans l’âme, une denrée rare, le mélange des timbres et des formes rend heureux l’usage de l’harmonie rythmique du jazz et font du compositeur un maître incontestable et incontesté du génie musical sous toutes les formes. « Du style et du genre, c’est donc du André Gagnon » pourrait-on dire.
Nous, pauvres petits français maltraités sur le plan musical (nos enfants ne savent plus écouter), connaissons peu ou pas André Gagnon à cause de l’abandon d’un genre très prisé autrefois, les orchestres de bal et la musique de variété. La télévision, la radio, les salles et autres lieux de spectacles regorgeaient d’ensembles musicaux orientés vers le « tout instrumental » d’où le terme de « musique instrumentale » ; dotés d’instruments acoustiques, de l’accordéon ou du bandonéon jusqu’à la trompette sans oublier la guitare basse et la batterie, les « musicos » seront définitivement chassés par les régulateurs de la mode (les grosses maisons internationales de disques, les trusts financiers en tous genres, les maffias et grosses familles musicales) au bénéfice des « dj » sans références (ni grandes connaissances musicales, souvent). La musique électronique enregistrée et remâchée jusqu’à satiété pour un public de masse ont pris le contrôle des salles de musique, des discothèques et autres lieux de prestation jusqu’à nous en détruire les oreilles. Par chance, le Québec fait encore de la résistance et n’oublie pas ses artistes. Fort de plus de cinquante albums depuis sa première œuvre sortie à l’âge de 22 ans en 1964 alors que la terre venait de trembler en Alaska et que Martin Luther King recevait son prix Nobel de la paix, André Gagnon n’a cessé de cumuler les succès internationaux. Pianiste émérite, grand copain de Michel Berger (encore un pianiste, ce qui démontre une nouvelle fois à quel point l’étude de cet instrument permet d’accéder à la connaissance harmonique), le compositeur québécois va continuer sans relâche un parcours plus que remarquable, c’est-à-dire exceptionnel. C’est un puits de création artistique et ses musiques sont belles comme la chaîne des Appalaches en automne. On en reparlera donc ici, une occasion rare par les temps qui court…

 

LE VAINQUEUR/Running, un film Steven Hilliard Sterne (1979) avec Michael Douglas, Susan Anspach, Chuck Shamata, Eugene Levy, Philip Akin, Lawrence Dane, Lesleh Donaldson… Musique d’André Gagon. Un film distribué par Fusion.

Depuis peu, ce film vieMélodies Modernesnt de sortir en dvd dans une édition correcte et il était plus que temps ! Il ne manque plus que la sortie en c.d. de la superbe musique du film d’André Gagnon mais il faudra encore attendre une éternité pour s’imprégner sans relâche ni lassitude d’un générique aussi Enthousiasmant, ce qui n’est pas si fréquent ! Le film est rempli de bons sentiments et éveille nos sens. « Oui, si je crois en mon destin, si j’ai envie de me faire mal, alors le résultat que j’obtiendrai dépassera toutes mes espérances ». C’est ce que dit en substance Michael Douglas et cette leçon de ténacité, André Gagnon l’aura déjà appliqué à lui-même ! Michael Douglas, au look sportif plus proche du frimeur que du vrai coureur de fond, arrive malgré tout à nous convaincre sans difficulté de l’exploit. La scèMélodies Modernesne où tous les enfants du quartier, rencontrés sur son passage, vont le suive et le soutenir lors de sa course d’entraînement rappelle étrangement la scène de « Rocky » (antérieure à celle-ci, musique de Bill Conti) et une séquence de « Forrest Gump » (postérieure, musique d’Alan Silvestri). À chaque fois que Michel court, c’est un grand moment de cinéma qui nous permet d’entendre la composition délicieuse d’André Gagnon, un très bon thème joué au piano (simple et terriblement efficace) sur un tapis de cordes pour la douceur et la continuité des sons, sans oublier les percussions douces pour marteler les pas du coureur… de quoi nous rappeler la musique oscarisée des « Chariots de feu », musique de Vangelis). André Gagnon l’aurait-il inspiré ? « Le vainqueur » est resté dans un tiroir en attendant de (re)trouver son public qui va lui faire un très bon accueil. Pour ne pas se priver du plaisir d’entendre les « hourra ! » des connaisseurs de musiques de films, il est donc temps de le ressusciter. Avis aux amateurs !

 

 

 

Ralph BURNS - Les Mélodies ModernesRalph BURNS, compositeur

 

 

 

 

Vive le jazz ! Les Mélodies ModernesCet artiste est l’exemple même de ce que le milieu du show-business américain peut engendrer de meilleur. Sa réussite, évidemment, il ne la doit qu’à lui-même et à son immense talent. Pianiste à la base (les Mélodies Modernes ne vous répèterons jamais assez : le piano reste l’instrument privilégié de la formation musicale et de la connaissance fondamentale), le jeune étudiant du conservatoire du musique de Boston, en fervent admirateur des grands maîtres du jazz (qui ne le serait pas), écoutera, analysera et reproduira la technique de ses aînés jusqu’à en devenir un excellent arrangeur puis compositeur inspiré. Jean-Sébastien Bach a bien procédé de la sorte, lui qui aura beaucoup recopié la musique de ses collègues, Vivaldi par exemple, avant de créer du 100% Bach…Charlie Barnett (de l’équipe de Glenn Miller), Benny Goodman, Stan Getz, Count Basie, Nat King Cole, Art Tatum, le Duke (Ellington), Ray Charles, il deviendra, d’une manière ou d’une autre, leur admirateur puis un précieux collaborateur. Du jazz à la chanson de variété il n’y a qu’un pas à franchir, un geste facile pour un « touche à tout » capable de tout sur le plan musical : composer, arranger, diriger, conseiller, superviser, innover et apporter sa touche personnelle. Ses arrangements sont d’une grande subtilité et bourré de la richesse harmonique par le mélange des genres, la musique classique, le jazz, les musiques traditionnelles et contemporaines. Rien ne lui échappe en matière de sonorité nouvelle et aucun style ni instrument existant ne sera passé, un jour, sous son fidèle serviteur, le crayon magique de l’arrangeur et du compositeur à l’œuvre sur sa feuille d’écriture. Collaborateur de Woody Allen dans « Bananas », il dotera son film déjanté d’une bande son extraordinaire, idem pour les spectacles de Bob Fosse « Cabaret » et « Que le spectacle commence (All that jazz) ». Des planches de Broadway aux films et comédies musicales de l’écran tels « Funny girl », « Sweet charity » ou « Chicago », ces chefs-d’oeuvre n’auraient pas existé sans Ralph Burns. Il est possible d’affirmer, à l’écoute de son travail prolifique et constant, que peu d’artistes ont su et pu étaler au grand jour leurs capacités créatrices si rares et si précieuses.

 

Les aventuriers du Lucky Lady - Les Mélodies ModernesLES AVENTURIERS DU LUCKY LADY/Lucky Lady, un film de Stanley Donen (1975) avec Burt Reynolds, Gene Hackman, Liza Minnelli, Geoffrey Lewis, John Hillerman… Musique de Ralph Burns. Un film 20Th Century Fox de la collection « Hollywood classics », distribution Keep case.


Copains depuis leurs débuts, Liza Minnelli et Ralph Burns se retrouvent dans ce film de Stanley Donen, réalisateur de plusieurs comédies musicales à succès du temps de sa jeunesse dont le fameux « Chantons sous la pluie ». Le réalisateur aura beaucoup misé sur la réussite des « Aventuriers du Lucky Lady », malheureusement pour lui et pour nous. Après sa vision spéciale du « Petit prince » (avec une chorégraphie originale de Bob Fosse) et avant son intéressant film de science-fiction « Saturne 3 » (musique d’Elmer Bernstein) – l’un de ses derniers films -, « Les aventuriers du Lucky Lady » quant à lui ne tient pas toutes ses promesses. Gene Hackman, sûr de son talent et de la façon dont il devait le monnayer, coûta très cher à la production. Liza Minnelli quant à elle, s’orientait déjà sur une carrière d’actrice en délaissant son talent de « bête de scène » (chanteuse, danseuse) sans parvenir pour autant à séduire totalement les critiques ; ce film fut, soyons honnêtes, un échec commercial et une galère en investissement (dépassement du budget, augmentation du nombre de jours de tournage avec de nombreux soucis etc.). Par chance, Martin Scorcese saura repositionner peu de temps après la brillante Liza tout en haut de l’affiche avec son film « New-York, New-York » et la célèbre chanson avant une nouvelle notoriété toute anglo-saxonne par la réussite d’« Arthur » (musique de Burt Baccharah). Burt Reynolds, pour sa part, n’était pas dans le doute de sa réussite professionnelle ou à la recherche d’un second souffle ; d’un tempérament entier, l’acteur actif et motivé, en pleine possession de ses moyens (il savait se faire aimer des femmes) livrera dans ce « Lucky Lady » une prestation dans la droite lignée de son personnage de fiction, le « dur au cœur tendre », celui que l’on a rencontré dans « Gator » ou dans le curieux western « Le fantôme de Cat Dancing » sans oublier la magnifique mise en scène de John Boorman pour l’excellent « Délivrance ». Dans l’alternance des séquences de violence et de romantisme, le personnage alambiqué de Burt Reynolds est infiniment attachant car il s’intègre au contexte du film : la candeur et les amours impossibles face à la prohibition, le trafic d’alcool et le milieu maffieux. Le compositeur Ralph Burns aura baigné, toute sa tendre enfance, dans un univers d’une très grande richesse musicale (le ragtime, le jazz…) en témoignent ses compositions et arrangements mélodiques, harmoniques et rythmiques. On ne s’ennuie donc pas dans ce qui reste un film à regarder une fois avec sa musique à écouter en boucle. Un film Moyen, à l’arrivée. Tout le monde n’est pas performant au jeu de dames…

 

 

Bear McCreary - Les Mélodies ModernesBear McCREARY, compositeur

 

 

 

The walking dead - Les Mélodies ModernesTHE WALKING DEAD, un feuilleton télévisé de Gwyneth Horder-Payton, Ernest Dickerson, Gregory Nicotero (de 2010 à 2016) avec Andrew Lincoln, Steven Yeun, Norman Reedus, Melissa McBride, Lauren Cohan, Chandler Riggs (voir montage photo ci-contre)… D’après la bande dessinée de Frank Darabont et Robert Kirkman. Musique de Bear McCreary. Distribution Wild Side (France).

Le générique du feuilleton est accrocheur avec sa musique répétitive, rythmée, très peu mélodique mais de très bonne qualité, on sent le talent poindre le bout de son nez. Le compositeur est loin d’être un novice : il fut l’élève d’Elmer Bernstein qui l’appréciait beaucoup ; il lui aura certainement appris le métier avec toute la technicité, la musicalité et l’efficacité rencontrées dans ses œuvres. Bear McCreary (bear veut dire « ours » en anglais) s’est immergé depuis l’enfance dans la musique de films durant la décennie la plus prolifique en diversité créatrice, autant pour le grand écran que pour les feuilletons et séries télévisées. Son instrument de prédilection, l’accordéon, ne l’empêche pas de faire preuve de compétence sur d’autres instruments, une capacité avérée sur scène quand il se met au piano, aux flûtes diverses, aux percussions et aux synthés, évidemment ; c’est que l’artiste se produit régulièrement en public et endosse par conséquent la casquette de concertiste ! Favorable à la mélodie (son maître Elmer Bernstein l’était de manière viscérale), c’est dans la série des années 2000, « Ballestra Gallactica », que Bear McCreary se fera remarquer et récompenser par la profession cinématographique. Doté pour cette série d’un petit budget musical, il arrivera à imposer, au fil des épisodes et au réalisateur qui n’en voulait pas, la mélodie comme élément leitmotiv incontournable. Après plusieurs saisons sur la base d’un succès public grandissant, chaque personnage principal disposera de son thème joué par un grand orchestre symphonique à l’instar des séries de science-fiction précédentes du même genre, « Star Treck » par exemple (musique d’Alexander Courage). La démarche positive et généreuse du compositeur très favorable à l’état d’esprit nécessaire pour maintenir un haut niveau de « la culture musique de film », c’est-à-dire pour garder une place prépondérante à la discipline artistique originale dans les films, fera prochainement l’objet d’une attention toute particulière des Mélodies Modernes car nous ne manquerons pas de vous reparler de Bear mcCreary. Le feuilleton « The walking dead », avec ses Très bons moments et ses longueurs inévitables (des passages moralisateurs, des états-d’âme sans importance etc.) est très bien doublé en français. L’intrigue, elle reste bien pourvue en rebondissements fréquents ce qui renouvelle sans cesse l’intérêt du spectateur. La preuve, la saison 6 sortira en 2016. Si soixante-six zombies ne nous ont pas dévorés avant l’An 2666…

 

Page suivante : Richard M. SHERMAN, Robert B. SHERMAN, Paul J. SMITH, Frederick LOEWE, Alan JAY LERNER, Roy WEBB, Alexander COURAGE, compositeurs et paroliers.

 

« Les Mélodies Modernes, je les croque à pleines dents. Et les musiques de films j’adore ça, j’en dévore au moins une par jour » !

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