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Les compositeurs de musiques de films

Musiques de films

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La critique de film d'Alix

Critiques de films

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Le Top 100 des plus belles musiques de films

Les 100 + belles BO de films

Est-ce possible ? Possible, oui bien sûr mais raisonnable, beaucoup moins.

Musique instrumentale et Mélodies Modernes ; les musiques de films

 

 

En guise de prologue

 

 

Présentation. L’écriture des Mélodies Modernes de François-Xavier Cuadrat est simple et très conventionnelle, avec la mélodie et l’harmonie. Elle se veut pourtant originale : la ligne mélodique se dégage en permanence sur un accompagnement, à la base, formé par un quintette à cordes (1er violon, 2nd violon, alto, violoncelle et contrebasse). La chaleur et la rigueur des cordes en fond sonore. Puis se rajoutent les solistes, violon, flûte traversière, hautbois, accordéon chromatique mais aussi guitare classique, trompette, violoncelle, alto, orgue et même en sifflant ; tout est bon pour faire rimer mélodie avec énergie. Mélodie et harmonie, voilà donc réunies les deux composantes essentielles des Mélodies Modernes. Les thèmes sont tous composés sans justification particulière ; la naissance d’une création, dans tout domaine qui soit, relève, et c’est le cas présentement, du mystère de l’alchimie cérébrale et non du calcul forcé et préparé : en plein milieu de la nuit, un début de thème noté en demi-sommeil sur une feuille qui traîne et c’est déjà presque réglé comme sur du papier à musique ! La pensée maîtrisée intervient par la suite, au moment de l’emballage ; mettre la mélodie en valeur, sans excès de zèle ni marginalisation radicale, valoriser sans étouffer, c’est le rôle de l’harmonisation, dans toute sa splendeur. Il suffit d’écouter les Maîtres pour comprendre ce que peuvent être la beauté et la grandeur de l’art musical poussés à l’extrême, qualités dignes, pour une fois, des capacités spécifiques à l’homme. J’en veux pour preuve la Chaconne de Bach jouée par Menuhin le précurseur, un Lionel Hampton déchaîné avec ses golden boys ou bien encore le London Symphonic orchestra interprétant du John Williams…

La musique classique est née dans le berceau musical de l’humanité et les influences sont si nombreuses que l’on ne sait même plus différencier une véritable création d’une re-création. Jacques Loussier a revisité Bach qui lui-même avait carrément recopié Vivaldi qui lui même… Ainsi de suite jusqu’à l’origine des temps. Cataloguer une mélodie dans un genre particulier et la laisser (délaisser) à son unique sort relève donc d’une totale ignorance de sa seule raison d’être : perdurer !Loin d’exagérer l’importance de la création originale dans son intégralité, il faut reconnaître que la mélodie va souvent de pair avec l’orchestration. L’interaction entre toutes les composantes d’un arrangement musical crée une œuvre complète aux éléments indissociables, si l’on souhaite respecter l’esprit de la création et du compositeur. Reste l’interprétation : libre à chacun de faire vivre la mélodie dans la mesure de ses moyens.

Un exemple ? Suivez le parcours extraordinaire d’une mélodie traditionnelle irlandaise devenue un tube mondial, la célèbre chanson Stewball, cliquez ici (infos La médiathèque de la communauté française de Belgique).

La musique de films ne déroge pas à la règle ; le talentueux François de Roubaix avait expérimenté et innové avec bonheur en introduisant des instruments peu ou pas usités dans la composition d’œuvres pour le cinéma. Ennio Morricone, Elmer Bernstein, Bill Conti, Jerry Goldsmith, Lalo Schifrin, Henry Mancini, John Barry et bien sûr Michel Legrand, Vladimir Cosma, Jean-Claude Petit, Georges Delerue, tant d’autres compositeurs de génie, mais encore les Dimitri Tiomkin, Alex North, Michel Emer, Georges Van Parys ou le pianiste jonglant avec ses extraits d’œuvres et ses fausses improvisations devant l’écran, ont donnés à cet art musical du 20ème siècle toutes leurs notes de noblesse. Et ce n’est pas fini. La nouvelle génération pousse et entend bien occuper à son tour le terrain. Ces jeunes compositeurs débutants ou leurs aînés en vieux routiers font de la musique de film un art majeur (n’en déplaise à certains puristes mal pensants et inintéressants).

Car la musique de film réunit toutes les possibilités d’expression musicale existantes et à créer. L’un des derniers sommets terrestres avant que les sons ne se perdent dans l’immensité galactique. Et pour ceux qui n’ont pu œuvrer pour la grande cause, la variété instrumentale permet de combler certaines frustrations, le minutage et les images en moins, la liberté en plus. Quoique c’est parfois dans la contrainte que l’on se découvre ses plus grandes capacités créatrices. Poussé dans ses retranchements, le compositeur de la musique du film révèle alors tout son talent au delà même de ses espérances, à la grande satisfaction du réalisateur… et du public !

Quant à la musique de genre, la variété instrumentale, elle est tombée dans l’oubli : elle fait les frais du nivellement mondial par le bas de la culture dite de masse. Les Mélodies Modernes sont un défi à la mode actuelle !

 

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Instrumentalmusik und Moderne Melodien
Die Modernen Melodien wurden auf einfache und sehr herkömmliche Weise mit Melodie und Harmonie geschrieben. Trotzdem haben sie den Anspruch, originell zu sein: die melodische Linie hebt sich die ganze Zeit von der zugrunde liegenden Begleitung ab, die aus einem Streicherquintett besteht (1. Geige, 2. Geige, Bratsche, Cello und Kontrabass). Wärme und Schärfe der Streicher bilden den klanglichen Hintergrund. Dann kommen Solisten hinzu, Geige, Querflöte, Oboe, chromatisches Akkordeon, aber auch klassische Gitarre, Trompete, Cello, Bratsche, Orgel und sogar Pfeife; es ist immer vorteilhaft, wenn Melodie und Energie Hand in Hand arbeiten. Mit Melodie und Harmonie haben wir also die zwei wichtigsten Komponenten der Modernen Melodien.Alle Themen wurden ohne bestimmten Grund geschrieben; die Entstehung einer Neuschöpfung, egal in welchem Bereich, geht auf die geheime Alchimie des Gehirns zurück (das ist auch unser Fall hier) und wird nicht im Voraus berechnet: wird mitten in der Nacht der Anfang eines Themas im Halbschlaf auf ein herumliegendes Blatt notiert, dann ist die Sache fast schon unter Dach und Fach! Der kontrollierte Gedankengang kommt erst danach, wenn die Sache verpackt wird; die Melodie zur Geltung bringen, weder mit übertriebenem Eifer noch mit radikaler Verdrängung oder Vernichtung, darin besteht die wunderbare Rolle der Harmonisierung. Man braucht sich nur die groβen Meister anzuhören, um zu verstehen, worin die Schönheit und die Groβartigkeit der musikalischen Kunst besteht, wenn sie bis zum Äuβersten gehen, Qualitäten, die ausnahmsweise den Kapazitäten entsprechen, dessen die Menschen fähig sind. Als Beweise möchte ich die Chaconne von Bach nennen, so wie sie vom Vorläufer Menuhin gespielt wurde, einen entfesselten Lionel Hampton mit seinen Golden Boys oder aber das London Symphonic Orchestra bei einer Interpretation von John Williams… Die klassische Musik ist in der musikalischen Wiege der Menschheit geboren, und die Einflüsse sind so vielfältig, dass man nicht mehr wissen kann, ob es sich um eine richtige Neuschöpfung handelt oder um eine Neuauflage. Jacques Loussier hat sich bei Bach umgesehen, der wiederum selbst bei Vivaldi richtiggehend abgeschrieben hat, der selbst… und so weiter bis zum Anfang aller Zeiten. Eine Melodie einer bestimmten Musikgattung zuschreiben und sie ihrem Schicksal überlassen bedeutet also, dass ihr einziger Daseinsgrund – das Fortdauern – gar nicht wahrgenommen wird. Fortdauern! Ohne im Geringsten die Bedeutung der Originalschöpfung insgesamt übertreiben zu wollen, muss man zugeben, dass die Melodie oft mit der Orchesterbearbeitung einhergeht. Das Zusammenspiel aller Komponenten eines musikalischen Arrangements ergibt ein vollständiges Werk mit voneinander untrennbaren Elementen, will man den Geist sowohl des Werkes als auch des Komponisten respektieren. Bleibt noch die Frage der Interpretation: jedem ist freigestellt, die Melodie mit seinen ihm zur Verfügung stehenden Mitteln zum Leben erwachen zu lassen. Die Filmmusik ist keine Ausnahme von der Regel; der begabte François De Roubaix hat erfolgreich experimentiert und erneuert, indem er kaum oder gar nicht übliche Instrumente einführte, als er seine Werke für Kinofilme komponierte. Ennio Morricone, Elmer Bernstein, Bill Conti, Jerry Goldsmith, Lalo Schifrin, Henry Mancini, John Barry und natürlich Michel Legrand, Vladimir Cosma, Jean-Claude Petit, Georges Delerue, und so viele weitere geniale Komponisten, aber auch Leute wie Dimitri Tiomkin, Alex North, Michel Emer, Georges Van Parys oder der Pianist, der mit seinen Werkausschnitten und falschen Improvisationen vor der Leinwand jonglierte, haben diese Musikkunst des 20. Jahrhunderts richtiggehend in den Adelsstand erhoben. Und das Ende ist nicht abzusehen. Sie haben daraus eine groβe Kunst gemacht (möge dies auch gewissen übel denkenden und uninteressanten Puristen missfallen). Die Filmmusik vereint nämlich in sich alle Möglichkeiten des musikalischen Ausdrucks, jene die schon existieren und jene, die noch zu verwirklichen sind. Einer der letzten Weltgipfel, bevor die Klänge sich in der galaktischen Unendlichkeit verlieren. Die Instrumentenvielfalt bietet jenen, die nicht an der groβen Sache mitarbeiten konnten, die Möglichkeit, einen gewissen Frust wettzumachen, ohne den Zeitdruck und die Bilder, dafür aber in Freiheit. Obwohl man manchmal genau dann, wenn man unter Druck steht, seine gröβten schöpferischen Möglichkeiten entdeckt. Der Komponist von Filmmusik zeigt, wenn er in die Enge gedrängt ist, sein wirkliches Talent, das alle seine Hoffnungen übertrifft, zu seiner eigenen Überraschung… und zu jener des Publikums!Was die Instrumentalmusik des Varietee betrifft, so ist sie ins Vergessen geraten: sie hat die Folgen des weltweit sinkenden Niveaus der Massenkultur zu tragen. Die Modernen Melodien sind eine Herausforderung an das, was derzeit in Mode ist! Thoughts on film melodies and music  Composing Modern Melodies is quite easy and very conventional using only melody and harmony. It is always meant to be original, though. The melodic line emanates from an accompaniment composed basically of a string quintet (first and second violin, alto, cello and double bass) The warmth and the precision of the strings providing the background music. Then in come the soloists : the violins, the transverse flute, the oboe, the chromatic accordion but also the classical guitar, the trumpet, the cello, the alto, the organ and some whistling . Anything will do to make melody and energy go hand in hand. Melody and harmony, the two essential elements of Modern Melodies are thus united. All themes are composed without any particularly logical thoughts. The birth of a creation, whatever the domain, is a product of the mysteries of the alchemy of the brain. It is not simply a forced out or prepared calculation : in the middle of the night, the beginning of a theme quickly jotted down on a spare piece of paper by the composer, still half-asleep, is almost as well written as if it had been composed on a piece of music paper! Controlled thoughts intervene later, when the finishing touches are put. Harmonisation in all its splendour is meant to highlight the melody without getting carried away or letting it become maginalized, and to enhance the richness of the melody without smothering it. All you have to do is listen to the Masters to understand what the beauty and the grandeur of the art of music can sound like when pushed to an extreme degree. They are qualities which, for once, are worhty of mankind’s unique abilities. To prove it all, let’s take Bach’s Chaconne performed by Menuhin the precursor, or Lionel Hampton going wild with his Golden Boys, or the London Symphonic Orchestra playing John Williams. Classical music was born in Man’s cradle of music and there have been so many influences that we are no longer able to differentiate between an original piece of work from a copy. Jacques Loussier reinterpreted Bach who had himself copied directly from Vivaldi, who in turn had copied from … and so on, from the beginning of time. Labelling a melody as belonging to a particular genre and leaving it there (abandoned) to its sad fate shows a complete ignorance of its unique raison d’être : to endure ! Far be it from me to exaggerate the importance of an original creation in its entirety, admittedly melody often goes with orchestration. The interaction of all the different elements in a musical arrangement creates a complete composition whose elements become inseparable, if the aim is to respect the spirit of the creation and the composer. And what about interpretation ? We are all free to bring a melody to life according to our own abilities.Film music doesn’t depart from these rules; the talented composer François De Roubaix innovated and experimented in music so very well by introducing rarely used instruments in compositions written for films. Ennio Morricone, Elmer Bernstein, Bill Conti, Jerry Goldsmith, Lalo Schifrin, Henry Mancini, John Barry and of course Michel Legrand, Vladimir Cosma, Jean-Claude Petit, Georges Delerue, and many other composers of genius, without forgetting Dimitri Tiomkin, Alex North, Michel Emer, Georges Van Parys or the pianist juggling with excerpts and false improvisations in front of the screen, all these people lent credibility to this 20th century musical art. And it’s not over yet. They made it a great art form (whatever some limited and ill-thinking purists might think). Besause film music unites all possible musical expressions which already exist or are still to be created. It’s one of the Earth’s last summits before sounds get lost in the immensity of the galaxy. And for those who were not able to work for this great cause, instrumental variety helps to soothe some frustrations without the exact timing and images but with more freedom. However, it is sometimes under pressure that the greatest creative abilities are revealed. When driven into a corner, film music composers show a talent greater than they had ever hoped for, to the great satisfaction of the film director … and of the public! As for genre music, it sank into oblivion : it paid the price for levelling down what is known as «mass culture». Modern Melodies defy what is fashionable today ! 

Avertissement. Le plus grand soin est apporté aux rubriques suivantes mais les informations sont néanmoins données sous toutes réserves, nul n’est à l’abri d’une omission, d’une erreur ou d’une faute d’inattention et les Mélodies Modernes vous prient par avance de les excuser. Les appréciations, opinions et commentaires personnels exprimés dans ce site restent ouverts au débat contradictoire alors n’hésitez pas à transmettre vos éventuelles impressions en utilisant le cadre prévu à cet effet (cliquez sur Nous contacter dans le menu déroulant de droite).

 

 

 

b_501542_image1Henry MANCINI, compositeur

Né en 1924 à Cleveland, décédé en 1994, Henry Mancini devint pianiste et arrangeur après son service militaire. Grâce à de sérieuses études musicales notamment à la Julliard School, il entra à Hollywood par la petite porte. Assistant dans les arrangements de Glenn Miller story et The Benny Goodman story, c’est avec Blake Edwards que sa carrière débuta vraiment. La collaboration avec ce réalisateur exigeant et talentueux amena Henry Mancini à trouver des mélodies, des arrangements et des sonorités jusqu’alors inconnus dans le cinéma. En effet, ses changements de tonalités aussi riches que soudains lui permettent la reproduction à l’infini d’une mélodie somptueuse qui reste gravée dans les mémoires de cinéphiles, jugez plutôt : « Diamants sur Canapé, Breakfast at Tiffany’s » – Oscar en 1961 pour la chanson « Moon River », le thème principal du générique de « Columbo » et plusieurs musiques d’accompagnement des épisodes,« Le jour du vin et des roses – Days of wine and roses », Oscar en 1962 de la meilleure chanson), « Charade », « La grande course autour du monde », « Arabesque », « Hatari ! » avec la célèbre marche de l’éléphanteau, jouée par tous les orchestres d’harmonie et les fanfares du monde, « Voyage à deux », « Peter Gunn détective privé », « Victor/Victoria », « Le gang de Molly Maguires » (avec un autre thème superbe joué à la flûte irlandaise, l’action se déroule en Irlande), « L’Or noir de l’Oklahoma », « La kermesse des aigles » (très bon film avec Robert Redford), plusieurs génériques de séries T.V. dont « Sam Cade » et le film « Transamerica ExpressSilver Streak » avec plusieurs musiques magnifiques et un fameux deuxième thème romantique… Est-ce bien la peine de continuer ? Henry Mancini restera dans les esprits jusqu’à la fin des temps comme un compositeur et orchestrateur génial.

Pour tout savoir sur la série télé Sam Cade, cliquez ici (infos Le magazine des séries, en français)

 

Comédie

LA PARTY/The Party, un film de Blake Edwards (1968 ) avec Peters Sellers, Claudine Longet… Musique d’Henry Mancini. Un film MGM.

Un monument du film comique où le burlesque règne en maître. Le jeu d’acteur de Peters Sellers fît des émules : Mike Myers (les Austin Powers), les Monty Python et certainement tous les grands comiques de la planète connaissent les déboires de Bakshi alias Peter Sellers dans ce qui restera le film de référence du genre, il est Exceptionnel. Premier film du comédien à Hollywood, il collabora ensuite avec Blake Edwards avec bonheur et réussite dans la saga « La Panthère rose » avec son générique devenu dessin animé célèbre et son thème musical inoubliable joué au saxophone (composition d’Henry Mancini), sans oublier le sitar voir ci-dessous, instrument de choix pour l’ami Bakshi ! Dans le film « La Party », on utilisa pour la première fois la vidéo afin d’assister le réalisateur. La chanson du film « Nothing to Lose – Rien à perdre » est une superbe mélodie comme seul notre musicien sait en écrire. Il est regrettable que la version entendue dans le film et interprétée par l’actrice Claudine Longet ne soit pas disponible, c’est de loin la meilleure avec son cachet si suave !

Distribution du film chez MGM. Pour en savoir + : http://www.mgm.com

Le CD du film est disponible chez RCA Victor Gold Series. Distributeur BMG France (livret en français, commentaires de Stéphane Lerouge).

Site officiel de Peter Sellers, cliquez ici (en anglais) / Les paroles de la chanson Nothing to lose : cliquez ici / Le film « Moi, Peters Sellers » de Stephen Hopkins (2004) avec Geoffrey Rush et Charlize Theron raconte la vie de l’acteur britannique ; il est malheureusement très Décevant.

 

 

Témoignage. J’ai vu Ravi Shankar en concert. Le moins que l’on puisse dire c’est que les sons, la musique et la construction mélodique, harmonique et rythmique surprennent par leur complexité. Ce qui n’a pas fait perdre le sens des réalités à son plus grand interprète. En effet, en plein milieu d’un concert, le Maître en pleine fougue a cassé une corde. C’est la bête noire des instrumentistes à cordes : devoir s’arrêter en pleine inspiration pour un incident matériel de la plus haute importance, une situation horrible, infernale, insupportable même dans les pires cauchemars. Pourtant notre ami changea sa corde, tranquillement, pendant qu’il continuait à jouer sur les autres cordes du sitar (le même que celui utilisé par Peter Sellers dans La Party). Méticuleusement, il accorda sa nouvelle corde en intégrant les sons peu flatteurs dans son programme. Je pense qu’une partie du public ne s’est rendu compte de rien. Chapeau l’artiste, mais tout de même, je me demande si j’oserais le faire sur mon violon en plein milieu de la Chacone de Bach… FXCPour en savoir + sur le sitar : infos Wikipedia / Pour en savoir + sur Ravi Shankar : biographie du musicien (infos L’intern@ute musique)

 

 

Poursuite

TRANSAMERICA EXPRESS/Silver Streak, film d’Arthur Hiller de 1976 avec Gene Wilder, musique de Henry Mancini.

Dans cette comédie ressemblant aux meilleurs films du maître Hitchcock, on entendra deux thèmes magnifiques, l’un, leitmotiv, qui souligne les images du train et l’autre, l’amour entre deux êtres que les déboires ont rapprochés. La rythmique saccadée des instruments accompagnateurs sous un thème paradoxalement tranquille est spécifique au mouvement du train, un effet musical très employé au cinéma depuis « L’arrivée du train en gare de la Ciotat » des frères Lumière, « L’express du colonel Von Ryan », « Le train » (avec Burt Lancaster), « Les quatre fils de Katie Elder » (avec John Wayne, musique d’Elmer Bernstein), « L’Empereur du nord » (extraordinaire film avec Lee Marvin, Keith Carradine et Ernest Borgnine, musique de Frank De Vol voir ici à ne pas manquer en DVD version française), le départ du train de Yonkers dans « Hello, Dolly ! » et « Runaway train » pour donner quelques exemples, tous ces films utilisent cette technique musicale qui reste valable pour soutenir le déplacement d’un cheval « Cent dollars pour un shérif », la série anglaise TV « Black Beauty/Prince Noir », « le Gentleman d’Epson » ou d’une voiture « Quand les parachutistes arrivent » et d’un convoi « La grande évasion » ( deux films dont la musique est signée Elmer Bernstein ), le défilé d’une troupe « Le pont de la rivière Kwaï », un bateau « L’aventure du Poséïdon » et un hélicoptère « La Tour infernale », deux excellentes musiques de John Williams, d’un carosse « La Folie des grandeurs » ( musique de Michel Polnareff), d’une fusée ( Les James Bond), d’un marcheur désabusé « Macadam cowboy » ( musiques de John Barry ) etc. Pour revenir au « Transamerica Express », il s’agit d’un long métrage très bien filmé, réalisé, interprété et doublé de façon admirable en français. À voir et à revoir trente ans après sa création pour s’apercevoir qu’il n’a pas pris une ride. Une belle leçon de talents conjugués et de modernité éternelle ! Distribution Fox France. Pour en savoir + : http://www.foxfrance.com

 

 

André PREVIN, compositeur

 

Comédie musicale

IRMA LA DOUCE, un film de Billy Wilder (1963) avec Jack Lemmen et Shirley Mac Laine. Musique d’André Previn. Un film MGM et un cd MGM Soundtrack of A Unioted Artists Film. Rykodisc inc.

André Previn est né à Berlin en 1929. Il étudiera la musique aux États-Unis après avoir quitté l’Allemagne nazie en 1939. Il entrera dans les services musicaux de la M.G.M. avant de fêter ses vingt ans au moment même ou Miklos Rozsa (voir ci-dessous) sera nommé à la tête de l’institution. On doit à André Previn quelques unes des plus belles partitions, en tant que compositeur, arrangeur ou superviseur musical des plus grandes comédies musicales américaines : « Kismet » (réalisateur, Vincente Minneli), « My Fair Lady », « Gigi », « Porgy and Bess », « Kiss me Kate » (George Sidney), « Kiss me Stupid » (Billy Wilder), Invitation à la danse »… Mais aussi des films plus dramatiques qui auront marqués leur époque : « Un homme est passé », « Elmer Gantry le charlatan », « Les quatre cavaliers de l’Apocalypse » (le chef d’oeuvre de Minelli qui voulait au départ recruter Alain Delon – ce sera Glenn Ford – : à quand la version DVD française ?) et « Millie », en collaboration avec Elmer Bernstein, sans oublier de mémorables westerns tels « La première balle tue » en 1956 dans lequel Glenn Ford joue un anti-héros ou les éternelles comédies « La grande combine/The fortune cookie » de Billy Wilder en 1966 avec l’Oscar remis à Walter Matthau pour le meilleur rôle masculin de l’année (pour son premier duo avec Jack Lemmon). Nommé chef d’orchestre en titre du London Symphonic Orchestra, André Previn consacrera beaucoup de son temps et de son énergie à la direction d’orchestre, activité qu’il affectionnera tout au long de sa brillante carrière. Ce qui ne l’empêchera pas d’exprimer son talent dans la composition et l’éciture de chansons pour Broadway, notamment pour « Coco », comédie musicale créée par Katharine Hepburn sur la vie de Coco Channel.

Le film Irma la douce est à revoir (il existe en DVD version française) et le CD de la musique du film est génial parce qu’il faut en avoir, des capacités, pour recréer l’ambiance du Paris d’autrefois, avec ses Halles et sa rue Casanova fréquentée par « les poules » (il s’agit en fait de Pigalle)… Nul doute que le scénario du film qui provient d’une comédie musicale française de boulevard au succès phénoménal (musique composée par Marguerite Monnot, spectacle récemment remis en scène par Jérôme Savary), aura été revu et corrigé par la censure américaine ; en effet, comme le rapporte dans un ouvrage ancien le spécialiste et critique musical français Alain Lacombe, il n’était pas question de réaliser un film dans les années de l’après-guerre jusqu’à la fin des sixties sans le label de l’Association des producteurs (américains) de films, les finances n’auraient pas suivi ! Une censure qui s’était déjà manifestée pour« Gigi »,, vous pensez bien, encore une histoire de péripatéticienne, d’un mari volage qui tromperait bien son épouse, bref, de bien banales histoires de maîtresses et de relations humaines racontées à l’époque sans pudeur ni retenue en Europe mais qui contrastaient trop avec le côté sans profondeur ni relief de certains films idéalistes hollywoodiens marqués par une certaine forme de puritanisme très anglo-saxon. Hormis la différence de traitement d’un film pour de simples raisons liées à nos différences culturelles d’un continent à l’autre, tout s’arrangera pour faire de ce film, apprécié tel quel sans a priori, avec ses mélodies superbes et ses orchestrations très riches (avec l’incontournable accordéon), une réussite dans le genre !

 

 

 

Charles PREVIN, compositeur

 

Western

FEMME OU DÉMON/Destry rides again, un film de George Marshall (1939) avec James Stewart, Marlène Dietrich, Brian Donlevy, Charles Winninger, Mischa Auer, Irène Harvey, Una Markel, Billy Gilbert, Allen Jinkins… D’après la nouvelle de Max Grand. Musique de Charles Previn et Frank Skinner. Un film Universal.

Ce film en noir et blanc n’est pas comme les autres. La dualité est omniprésente d’un bout à l’autre de l’histoire, une constante rivalité qui oppose le bon et le méchant, le shérif et le bandit, les contradictions de la femme tiraillée entre ses bons sentiments et son comportement démoniaque… Nous sommes en 1939 et ce film assez machiste sur les bords ne pourrait probablement plus voir le jour dans une société qui se rapproche de la parité homme-femme. Welcome to Bottleneck : c’est dans l’odeur de poudre et sous les balles que l’on vous y accueille ! Charles Previn est né en 1888 à Brooklin. Cousin du compositeur André Previn (voir ci-dessus) il aura réalisé l’essentiel de sa carrière dans la musique d’opérette et les arrangements de comédies musicales pour les théâtres de Broadway avant de s’attaquer à l’âge de cinquante ans seulement à la musique de film. Il y obtiendra rapidement ses premiers succès jusqu’au point de fournir un énorme travail pendant une bonne quinzaine d’années : l’exploit est remarquable sur le plan de la quantité avec plus de deux cents musiques composées pour les films, un genre en plein essor à Hollywood avant la seconde guerre mondiale et pendant Les trente glorieuses. Plutôt lourde orchestralement car c’était la mode, ses compositions auront su garder l’esprit de la ligne mélodique mais dans la démarche généralisée de compartimentage forcé des fonctions musicales dans l’industrie cinématographique hollywoodienne, la composition de deux chansons introduites aux moments clés du film furent attribuées à son collègue compositeur de musiques de variété, Frederick Hollander sur des paroles (lyrics) de Frank Loesser : See what the boys in the back room we have connaîtra le même succès que la chanson populaire allemande qui renforça quelques années plus tôt la célébrité de Marlène Dietrich, Lili Marleen. Avec Frank Skinner (voir ici) comme partenaire sur les partitions de ce western engagé, Charles Previn marquera l’histoire de la musique de film sans parvenir toutefois à atteindre la postérité. Lorsque quantité rime avec qualité, qualité ne rime pas forcément avec célébrité. On ne peut pas tout avoir.

À noter : photo ci-dessus (montage des images du film), le personnage en bas à gauche, la gamine qui chante dans un rôle de figuration, c’est Betta Saint John que l’on reverra dans la comédie musicale Pacifique et dans La tunique, voir ici.

 

 

Jerome MOROSS, compositeur

 

Western

LES GRAND ESPACES/The big country, musique de Jerome Moross, bande originale du film de William Wyler, 1958, avec Gregory Peck et Julie Maragon. Silva Screen Records Ldt. CD.

Voila une musique de film qui ne manque pas de souffle épique, le dépaysement est garanti à son audition ! Jerome Moross (1913-1983) aurait pu retranscrire des thèmes simples de musique traditionnelle des pays du sud des États-Unis comme l’avait fait avant lui Max Steiner pour la musique du film « Autant en emporte le vent » (voir ici). Il n’en est rien. Le compositeur préfèrera innover de manière plus surprenante. Plus intéressé par les studios d’enregistrement et les théâtres de New-York que par les plateaux de cinéma d’Hollywood à l’autre bout de l’immense pays, Jerome Moross saura saisir l’ambiance unique du western avec ses bagarres, sa poussière et ses larmes. Les orchestrations sont tout à fait remarquables (il se fera aidé par cinq arrangeurs, tout de même !) et c’est là le grand mérite du compositeur : avoir su retranscrire au cinéma l’atmosphère si particulière d’une région ou la survie dépend de sa force de caractère – et de son adresse à dégainer son colt -. L’orchestration symphonique est riche et inventive. Les doubles-croches des violons comme entrée en matière, quelle superbe idée ! Les bons arrangeurs ont une connaissance parfaite des possibilités de chaque instrument et savent en tirer le meilleur parti. Ces violons à la rythmique rigoureuse et énergique annoncent le thème leitmotiv du principal acteur du film : les grands espaces. Chaque personnage sera doté d’un thème qui lui collera à la peau. Quant aux instruments à vent, ils ont « du pain sur la planche » pour maintenir le tempo par des notes de courte valeur et donner, ainsi, le change aux cordes enthousiastes ; l’accompagnement des vents résonne comme un écho, démonstration de la maîtrise de l’art de Jerome Moross : créer une rythmique bien marquée sans l’apport des instruments à percussion hormis les incontournables timbales.

 

Du très grand art

Quand on pense que certaines personnes de la profession cinématographique méprisent le travail effectué par un arrangeur, à supposer même qu’ils (re)connaissent son existence… Jerome Moross a beaucoup travaillé pour le cinéma, pas principalement en tant que mélodiste ou compositeur mais en obscur arrangeur, un travailleur de l’ombre en quelque sorte ce qui est tout à son honneur. Sa connaissance de la musique folk américaine, sa passion du western, ses collaborations avec, entre autres et excusez du peu, Aaron Copland, Georges Gershwin, Franz Waxman, David Raskin et son grand copain Bernard Hermann (à qui l’on doit les musiques des films de Hitchcock) le place dans le peloton de tête des musiciens qui ont beaucoup apporté aux grandes Major Companies, notamment pendant la grande dépression des années 30. Il composera également une très belle symphonie pour piano et cordes en 1944. Un fait certain : sa musique pour « Les grands espaces » restera définitivement un modèle unique dans le genre. Dommage seulement que le cinéma n’ait pas su lui faire de plus belles propositions en tant que compositeur, lui qui préférait New-York à Los Angeles (Hollywood). À noter que le film lui-même est excellent par son scénario très recherché (voir ci-dessous), à redécouvrir d’urgence. Voici donc un nouvel enregistrement très brillant exécuté à partir des partitions d’époque par The Philharmonia Orchestra de Londres, direction Tony Bremner (merci, MM. Les Anglais, d’honorer la musique symphonique pour films aussi brillamment !). Les Mélodies Modernes vous décernent un double dièse de récompense pour la qualité de l’enregistrement, la profondeur de son de l’orchestre dans les passages rapides ce qui nécessite une grande dextérité ; dans le magnifique thème principal d’une très grande beauté, les violons sont magnifiques mais un tout petit bémol sur les parties dansées : les violons anglais trop classiques ne sont pas à l’aise dans le style américain balancé très film music. Circonstance atténuante : il leur manque la projection du film au moment de la prise de son ; basé sur le défilement des images, l’interprétation redeviendrait alors conforme à l’original, plus rapide et plus enjouée (cet enregistrement existe en cd, écoutez les extraits ci-dessous avec leur interprétation magistrale) !

 

LES GRANDS ESPACES/The big country, un film de William Wyler (1958) avec Gregory Peck, Jean Simmons, Carroll Baker, Charlton Heston, Burl Ives, Charles Bickford, Chuck Connors, Alfonso Bedoya. D’après la nouvelle de David Hamilton. Musique de Jerome Moross. Un film MGM

Grand, tout est grand dans ce film, presque aussi grand que l’océan ! De magnifiques paysages, de grands acteurs, un excellent doublage en français, un grand réalisateur, de grands sentiments, une grande musique. Cette histoire d’amour, de haine, de tensions extraordinaires et d’amitiés fortes ne peut pas rendre insensible le cinéphile averti que vous êtes. Et si vous aimez le cinéma mais que vous restez réfractaire au western parce que vous trouvez le genre répétitif, ennuyeux ou simplement ringard alors regardez et écoutez « Les grands espaces », vous serez conquis. Il est impossible d’apprécier les films de manière générale sans tomber sous le charme et la véracité de ce film exceptionnel. « Les grands espaces » reste un chef d’œuvre du 7e art. La musique de Jerome Moross s’immisce dans les mémoires aussi durablement que les longues chevauchées du film, pourtant cette musique reste assez méconnue. Le thème est construit sur les notes des accords parfaits qui l’accompagnent ce qui la rend rapidement identifiable : pas de doute, nous sommes au far-west. Avec ses mélodies secondaires (un terme inapproprié) construites sur la gamme pentatonique – symbolisée par les cinq touches noires de l’octave sur un clavier de piano – les arrangements sont très subtils, d’une grande richesse harmonique. Quant au choix de l’instrumentation reposant sur des violons fous, des cordes excitées, des flûtes traversières et piccolos cristallines, des cors piqués et des timbales déjantées sur les rythmes saccadés des vents, des caisses-claires, les clarinettes, les trompettes, trombones déchaînés, bref, l’auditeur réalise qu’il s’agit bien d’une prouesse technique et musicale liée à l’inventivité du très expérimenté Jerome Moross. Compositeur catalogué « musicien du petit écran », il n’aura malheureusement pas beaucoup composé pour le cinéma préférant collaborer avec d’autres compositeurs, mieux vus des réalisateurs et autres producteurs mal inspirés. Il n’empêche, quand il se mit à la tâche, ce fut toujours un coup de maître. Alors ne boudez plus votre plaisir et repartez pour les grands espaces. Vous ne pourrez pas le regretter. Alix adore ce film aussi Exceptionnel que sa musique. Sol mi sol do ré do ré mi do…

Ci-dessous,les extraits de l’enregistrement original. Une nouvelle version existe mais méfiez-vous des (très) maivais autres enregistrements (dont celui d’un orchestre japonais, catastrophique).

 

 

Aventures

 

LES AVENTURIERS DU FLEUVE/The adventures of Huckleberry Finn, un film de Michael Curtiz (1960) avec Eddie Hodges, Archie Moore, Patty McCormack, Neville Brand, Mickey Shaughnessy, Judy Canova, Buster Keaton, Andy Devine, Finlay Currie et Sterling Holloway. D’après l’oeuvre de Mark Twain. Musique de Jerome Moross. Un film distribué par la Metro Goldwin Mayer (non édité en dvd zone 2 Europe)

THE ADVENTURES OF HUCKLEBERRY FINN, un cd de Golden Age Classics (Turner classic movies), musique de Jerome Moross (film de Curtiz), chansons (brèves) composées par Burton Lane, lyrics de Alan J. Lerner. Édité à 3 000 copies.

Si vous avez aimé la musique de Jerome Moross pour le film « Les grands espaces » alors vous trouverez dans « Les aventuriers du fleuve » un prolongement de son travail tout à fait remarquable. Toujours très bien positionné pour trouver le bon thème au bon moment et pour fournir un arrangement original que l’on entendra pas chez quelqu’un d’autre, la recherche polyphonique et contrapuntique du musicien permet une nouvelle fois d’exprimer la légèreté, la spontanéité et l’enthousiasme dans une orchestration symphonique d’une richesse extraordinaire : paradoxalement peu porté sur l’utilisation excessive des accords de septième, ce sont les choix des timbres instrumentaux, des rythmes issus de la musique folk et les contretemps jazzy superbes qui collent parfaitement bien aux personnages de Mark Twain. Créés dans les années 1880 sur une base autobiographique, les aventures des jeunes Tom Sawyer et Huckelberry Finn son comparse sauront faire rire et pleurer des générations d’enfants et d’adultes. Au fil du temps, l’œuvre aura gagné en importance sur le plan historique et littéraire car il s’agit de témoignages rares d’une époque révolue : les mœurs, les expressions, les comportements des uns et des autres relatent une vie typique d’une petite communauté vivant le long du majestueux et capricieux Mississippi. L’originalité et la fluidité du récit de Mark Twain ont engendrés celles de la musique de Jerome Moross et du réalisateur Michael Curtiz au crépuscule de sa carrière. Ses preuves, ils les avaient déjà faites depuis longtemps avec une autre adaptation fameuse « Les aventures de Robin des bois » (Errol Flynn, Olivia de Havilland en 1938) et le légendaire « Casablanca » (Humphrey Bogart et Ingrid Bergman en 1943) deux chefs-d’œuvre pour lesquels le compositeur Max Steiner (voir ici) se sera lui aussi surpassé. Le point commun de tous ces talents : la lumière. Et comme chacun le sait, c’est la clé de la réussite artistique.

La musique de Jerome Moross est lumineuse : les mouvements ascendants puis descendants des gammes et arpèges des violons et de la clarinette rappellent l’avancée lente et imposante du bateau à aube (le Mississippi n’est pas profond, il faut un bateau à fond plat pour s’y déplacer). Quand vous aurez entendu le thème simple reprenant le nom d’Huckleberry Finn chanté simplement par Archie Moore (voir photo ci-dessous) alors vous ne l’oublierez jamais plus. À noter au passage que l’on doit à Alan J. Lerner les paroles des grandes comédies musicales américaines. C’est ça l’effet magique d’une mélodie, d’une orchestration et de paroles associées à la note près. Autre source de rayonnement, la lumière du fleuve : elle est radieuse, les ombres et le contre-jour de certaines scènes extérieures ressortent magnifiquement grâce à la photographie pleine de subtilité et d’effets très recherchés, une spécialité du réalisateur éclairé Michael Curtiz. Les décors évoquant les berges du fleuve sont également sophistiqués. Nous sommes pourtant éloignés de « L’île fantastique », la série télévisée de 1978 avec Ricardo Montalban et Hervé Villechaize dans laquelle le jeune héros du film Eddie Hodges aura joué dans l’épisode 12. Enfant vedette présent sur les planches de Broadway dès 1957 on le rencontrera dans la comédie musicale The music man et sur l’écran en 1959 dans la comédie « Un trou dans la tête » (il chantera en duo avec Franck Sinatra) ; il deviendra un bon chanteur de variété dont les arrangements de ses tubes seront signés Jack Nietzsche (voir ici) jusqu’à son entrée à l’université avec sa guitare basse très efficace dans le groupe rock The Sandstorms (dans les années 60). Eddie ne poursuivra pas dans le milieu difficile du cinéma mais il est à noter qu’une de ses chansons préférées s’appelle Girls girls girls qui deviendra Belles belles belles, le premier grand succès populaire de Claude François (voir ici la critique du film Podium). Retiré des lumières des studios, il travaillera dans le milieu de la psychiatrie pour faire la lumière sur plusieurs problèmes inconnus qu’il saura résoudre avec un grand professionnalisme (plusieurs ouvrages portent son nom) ; devenu retraité il prépare activement un livre de ses mémoires, il est vrai que son parcours, pour être moins mouvementé que celui d’Huckelberry Finn, reste néanmoins passionnant.

Les aventures de Tom Sawyer et d’Huckelberry Finn serviront de thème à de nombreux films et séries télévisées : Richard Thorpe en 1939 utilisera la fougue de Mickey Rooney (musique de Franz Waxman), Peter H. Hunt en 1985 en sortira un téléfilm bien fade et Stephen Sommers pour Walt Disney pictures en 1998 mettra en avant la bonhomie d’Elijah Wood (musique de Bill Conti) ; les français ne seront pas en reste avec une version de Wolfgang Liebeneiner en 1968, la gouaille et la sympathique voix zozotante de Roland Demongeot (Tom) et le malin Marc Di Napoli (Huck) y feront merveille (Vladimir Cosma composera sur un thème léger et fluide au banjo qui lancera définitivement sa carrière de compositeur de musiques de films, voir ici pour en savoir + et écouter la musique du feuilleton).

Pour voir les photos du film « Les aventuriers du fleuve » et lire l’article sur Eddie Hodges, cliquez ici (infosClassic Movies Kids, en anglais). Retoruvez l’enfant acteur dans « Un trou dans la tête » page XXVII des compositeurs, cliquez ici.

 

 

Un document rare : dernière répétition avant la séance d’enregistrement

 

Photo de gauche : Archie Moore (debout à droite), ancien champion du monde de boxe des mi-lourds en 1952, le seul à avoir combattu Rocky Marciano et Mohammed Ali (Casius Clay) enregistre une démo, la chanson « Huckleburry Finn » – voir partition retranscrite ci-dessous – sous le regard du jeune Eddie Hodges (debout à ses côtés) sur les conseils avisés du compositeur Jerome Moross (de dos avec ses lunettes) et de l’arrangeur Robert Franklin (au piano). Charles Wolcott, superviseur de la musique, un poste de travail spécifique à l’organisation à l’américaine, est absent de la photo. Le réalisateur et le compositeur choisiront plusieurs enregistrements effectués par des chanteurs très différents (classiques ou issus de la variété) mais l’interprétation d’Archie Moore aura leur préférence pour sa fraîcheur et sa spontanéité, le sportif commençant avec ce film sa reconversion professionnelle. Cet enregistrement avec le piano pour seul accompagnement sert à conforter leur choix : la mélodie sera l’unique chanson du film ; vu son importance, elle sera placée au début de l’histoire sur un accompagnement au banjo solo. La mélodie sera reprise plus longuement lors de la scène du radeau dans un arrangement symphonique fortement imprimé de la griffe Jerome Moross. On peut entendre ces enregistrements dans le cd du film. Photo de droite : un moment de détente entre deux prises (Archie Moore et Eddie Hodges). Le magnétophone, même s’il est ancien, ne date tout de même pas de l’époque d’Huckleberry Finn… Photos prises le vendredi 25 septembre 1959. Autres musiques de Jerome Moross sur un cd partagé avec Elmer Bernstein, voir ici.

 

Les aventuriers du fleuve, Les thème principal et chanson du film : analyse

Jerome Moross a conçu un thème simple et très efficace permettant de mettre en valeur les paroles d’Alan J. Lerner, le parolier des plus grandes comédies musicales américaines : le nom Huckleberry Finn forme cinq cyllabes d’où la présence de cinq notes mesures 2 (on ne compte pas l’anacrouse) reproduites mesure 8 (la dernière mesure). On note que le nom du héros du film étant la chose la plus importante à mettre en valeur dans la chanson, le compositeur utilise sans complexe la note tonique (tonalité de RéM comme en témoigne les mains du pianiste sur la photo ci-dessus) : répétée quatre fois comme on prononce le nom de façon monotone, on ne peut pas musicalement être plus clair !

Le souci de la perfection mélodique justifie également le Mi dièse des mesures 2, 4 et 5 afin de rendre bien fluide la mélodie douce et sans violence (pas de grands écarts, les notes forment un mouvement conjoint, seules les tierces et les quartes permettent d’y échapper un peu).

Comme d’habitude, les notes de la mélodie sont extraites des notes principales des accords dont elle sont rattachées : mesure 1 par exemple, l’accord est celui de la tonalité soit Ré Majeur, les notes de l’accord sont donc Ré, Fa dièse (à la clé) et La. Que trouve t-on dans la mélodie ? Sur les onze notes des deux premières mesures, dix appartiennent à l’accord : qui dit mieux ?

L’arrangement pour orgue ou synthé présenté ici respecte scrupuleusement la musique originale entendue dans le film : c’est maintenant à vous de jouer ! Tempo lent (noire = 80, environ). N’hésitez pas à interpréter librement (ad libitum) cette composition en respectant le phrasé indiqué (les grandes liaisons au-dessus de la première portée) ; les notes tenues de l’accompagnement suivent l’avancée tranquille de la mélodie.

À noter le bécarre de précaution mesure 4 devant le Ré du premier temps qui redevient naturel (plus qu’une précaution, c’est une nécessité). Le piano joue seul les deux dernières mesures avant la reprise ; ce court fragment sert également d’introduction au refrain et peut tout aussi bien être joué en introduction.

À noter que les dernières mesures de cette musique dans leur arrangement original sont jumelles aux dernières mesures de la chanson de Michel Legrand A place in Paris du film Le temps d’aimer en 1971. Une rencontre fortuite et involontaire de talents fous.

 

 

LE SEIGNEUR DE LA GUERRE/The war lord, un film de Franklin J. Schaffner (1965) avec Charlton Heston, Rosemary Forsyth, Richard Boone, Guy Stockwell, James Farentino, Henry Wilcoxon… D’après le roman de Leslie Clark Stevens III. Musique de Jerome Moross. Un film Universal.

Ah quel plaisir, la musique de Jerome Moross ! Avec une mélodie très fluide jouée aux violons chantants, un thème doublé par les cors au contre-chant, le compositeur des   « Grands espaces »se fait remarquer une nouvelle fois dès les premières images du générique. Sa partition se devait d’évoquer la musique dite classique du XIe siècle par l’utilisation d’une tonalité mineure se terminant par un accord majeur (utilisation de la tierce picarde, voir le B.a-ba de la composition). À l’époque, la polyphonie commençait seulement à émerger, sortant de sa solitude la monodie mais c’est véritablement à partir du XXIe siècle que la technique d’écriture va s’orienter vers le contrepoint pour s’éloigner de la notion plus vague d’harmonisation. Hélas, la reprise fréquente du thème reste le seul élément durablement intéressant, Jerome Moross n’hésitant pas à surcharger l’écran par un orchestre symphonique bien trop présent, sa musique fini par devenir épuisante avec des violons en masse et les images en souffrent. Le réalisateur de « Patton »(avec George C. Scott), « La planète des singes » (toujours avec Charlton Heston) et de « Papillon »  (avec Dustin Hoffman et Steve McQueen) aura d’ailleurs misé sur un autre maître de la composition pour le cinéma à l’occasion de ses trois chefs-d’œuvre : Jerry Goldsmith. Quant à Charlton Heston, il est superbe dans un rôle taillé sur mesure, l’actrice québécoise de Montréal Rosemary Forsyth est pas mal non plus (elle débute également cette même année 1965 dans « Shenandoah, les prairies de l’honneur ». Le spécialiste du cinéma Patrick Brion nous dit tout sur ces artistes dans le bonus du dvd. Le doublage du film est lui aussi remarquable avec une voix française qui améliore à la perfection le jeu élaboré du comédien, écoutez sa voix naturelle et comparez-la avec celle du doubleur de John Wayne, Raymond Loyer, c’est édifiant ! Pour Aanor, ce film est Excellent malgré de nombreuses coupures voulues par le producteur et qui nuisent gravement au bon déroulement psychologique de l’histoire, quel dommage !

 

 

 

Miklos ROZSA, compositeur

Aventures

MOONFLEET, musique de Miklos Rozsa, bande originale du film de Fritz Lang ‘Les contrebandiers de Moonfleet’, 1955, avec Stewart Granger. Turner Entertainment Co. CD.

Miklos Rozsa est né dans les environs de Budapest en 1907 (Los Angeles, 1995). Enfant prodige, il est premier violon dans un orchestre mais déjà se sent attiré vers la composition : il a dix ans, comme le héros du film pour lequel il écrira cette superbe partition. Sa rencontre avec Arthur Honegger à Paris fixera définitivement l’orientation de sa vie musicale. En Angleterre puis à Hollywood, il deviendra, avec un autre pilier de la M.G.M. Bronislaw Kaper, Le compositeur attitré des plus grands réalisateurs de l’époque. Miklos Rozsa composera aussi de la musique classique, qui reflètera là aussi son style dramatique, pessimiste voire sombre mais qui ne manque pas de lyrisme, d’allure et de panache. À ce titre, la musique du film « Les contrebandiers de Moonfleet » est révélatrice de son tempérament artistique bouillonnant et tourmenté : ce musicien dans l’âme sera surnommé « Le grand tzigane wagnérien d’Hollywood ». Le thème de la musique de ce film (oeuvre à petit budget malheureusement mais peu importe c’est une réussite) ressemble à celui d’un traditionnel écossais et l’orchestration est plus que brillante dans la tonalité mineure (mode mineur ancien, sans note sensible) ; l’alternance des cuivres et des cordes est remarquable, les mouvements de gammes enchaînées par les flûtes traversières et les piccolos vous donnent à jamais la chair de poule : un film à l’atmosphère particulière et en tout cas une musique envoûtante, Incontournable !

 

 

Épopée historique

BEN-HUR, un film de William Wyler (1955) avec Charlton Heston, Jack Hawkins, Haya Hararett, Stephen Boyd, Hugh Griffith, Martha Scott, Cathy O’Donnell, Sam Jaffe. Musique de Miklos Rozsa.Un dvd Warner Bros.

« Colossal », « Géant », « Énorme », « Époustouflant », voici un exemple de ce que furent les mots des spectateurs à la sortie des salles à l’issue des premières projections de « Ben-Hur ». Petite description de l’ambiance générale dans la salle : la projection débute par l’apparition d’un panneau indiquant « Ouverture », une introduction sonore imposante de Miklos Rozsa qui dévoile pendant cinq minutes les thèmes du film et la couleur de la symphonie : il n’y a rien à voir et tout à écouter, quel plaisir ! Cette « mise en oreille » était une bien fameuse habitude jusqu’aux années70 en imposant le principe développé pour les génériques de téléfilms : le conditionnement du spectateur. Au milieu du film suivait l’entracte pour une reprise en fanfare avec « L’intermission », de nouvelles minutes de bonheur symphonique pour se replonger en Judée ou dans les intrigues de Rome… La musique de Miklos Rozsa est plus que convaincante, elle séduit tout à chacun pendant les 3 heures 45 de l’épopée historique revisitée par Hollywood. Le ton dramatique et solennel de ses musiques trouve une résonance naturelle dans l’époque traversée, d’ailleurs, personne ne connaît vraiment les musiques qui étaient jouées par les romains. On peut supposer qu’il s’agissait d’une gamme monodique (une simple mélodie sans harmonisation) constituée d’un tétracorde (utilisation d’une gamme constituée de quatre notes seulement) jouée par la flûte en bois à double anche, la lyre, la cithare et l’orgue pour les cérémonies ou les fêtes (idéales pour les fameuses orgies romaines qui accompagneront le déclin de l’Empire), la trompette et la tuba (et non le tuba moderne) pratiquées pour les plus grandes occasions (le retour des soldats, l’entrée des gladiateurs dans l’arène…). « Ben-Hur » possède un scénario idéal pour le jeu excellent de Charlton Heston, impeccable dans son rôle de justicier, de révolté et d’insoumis ; il reprendra de manière récurrente ses caractéristiques psychologiques dans le célèbre « Soleil vert ». Parmi ces tous ces éléments de bonheur, comment ne pas donner au compositeur du film le plus « oscarisé » une place de choix dans la liste des 100 plus belles musiques de films ?

 

Science-fiction

LE MONDE, LA CHAIRLe monde, la chair et le Daible - Les Mélodies Modernes ET LE DIABLE/The World, the flesh and the Devil, un film de Ranald MacDouglas (1959) avec Harry Belafonte, Inger Stevens et Mel Ferrer. D’après le roman « The purple cloud » de M.P. Shil. Musique de Miklos Rozsa. Un film Warner Bros édité par la FNAC dans la collection « Les introuvables ».

Ce film fantastique, à sa sortie, impressionna très fortement le public qui n’avait jamais connu un aussi grand moment d’angoisse pour un film de science-fiction. La déambulation d’un homme seul dans les rues de New-York déserté aura marqué le spectateur de 1959, une ambiance exceptionnelle qui rejoignait la triste réalité d’une époque où la peur des conflits mondiaux faisait rage sous un régime d’explosions atomiques expérimentales en tous genres. La course au nucléaire encourageait la recherche sur l’invention d’une arme de destruction massive et le premier ministre de l’U.R.S.S., un certain Khrouchtchev, rejeta la proposition d’un certain autre homme politique nommé Eisenhower, désireux de ne plus pratiquer d’essais nucléaires du tout. Les américains ne s’en priveront pourtant pas le moins du monde avec plus de mille bombes déclenchées dans le désert du Nevada de 1945 à 1992, en surface et dans le sous-sol du Grand Bassin des États-Unis, près de Monument Valley, en territoire indien. D’autres états dont la France en firent de même… On sait aujourd’hui que le sable du désert rapporté sur les plateaux de cinéma d’Hollywood pour tourner les westerns avec John Wayne lui auront provoqué son cancer fatidique. Autre source d’angoisse du film, la présence d’une femme entourée de deux mâles qui se disputent ses faveurs : comment trois survivants, obligés de s’unir et de faire preuve d’entraide peuvent-ils en arriver là ? D’autres spectateurs s’offusqueront de l’omniprésence d’un homme à la peau noire en héros du film, Harry Bellafonte, l’un des premiers à damer le pion aux hommes blancs dans un rôle principal ; pour son action large et généreuse au service de la bonne cause, pour ses engagements en tant qu’acteur, producteur, chanteur et homme de conviction luttant contre les discriminations raciales (il n’existe pas de races mais des racistes car nous sommes tous issus d’un seul et même génome humain), le public saura se montrer reconnaissant comme celle d’un certain président Kennedy. En 1997, New-York sera désertée de la même manière dans « L’associé du Diable » avec Al Pacino, une prouesse technique et humaine qui ne suffit pas à faire une bonne histoire. En alimentant le scénario très romancé de Shil d’une profonde réflexion psychologique et d’une course-poursuite digne d’un grand polar, le film mélange, en fait, trois genres : l’introduction du contexte fantastique, la psychologie avec la description des causes et l’arrivée inattendue d’une femme libérée puis la confrontation en troisième période sous la forme d’un thriller. La censure s’invitera à son tour à la fête en exigeant une modification « équitable » de l’épilogue. Fichue censure quand tu nous tiens ! Impossible, enfin, d’oublier la musique épouvantable de Miklos Rozsa. Épouvantable dans le bon sens du terme : mélodie grave, orchestration (très) lourde, accents et « coups de vents », trémolos des cordes, la frayeur puise sa source dans la musique du film dès les premiers accords. Dès les premières scènes, le décor est planté : vous allez stresser. Dans « Le monde, la chair et le Diable » vous verrez le monde comme jamais, vous adorerez l’image de la chair avec l’excellente actrice Inger Stevens naturellement intéressée par « le sexe fort » et réellement dépressive dans sa vie (d’où sa performance dans le film) jusqu’au point de se suicider, pense-t-on, à l’âge de trente-six ans seulement et vous aimerez Mel Ferrer, digne et splendide comme à son habitude (mais pas sur un plateau de cinéma où ses colères furent grandioses), un très grand acteur à la carrière étouffée par l’une de ses épouses, Audrey Hepburn, ce qui ne l’empêchera pas d’aimer « le sexe faible » avec cinq mariages et une ribambelle de gosses à la clé. Avant tout, frissonnez à l’écoute de la musique du film que ne renierait pas le Diable.

Liste des explosions atomiques pratiquées de par le monde par les nations depuis 1945, cliquez ici (info Wikipedia)

 

 

 

 

Georges DELERUE, compositeur

 

Comédie

MAN TROUBLE, un film de Bob Rafelson (1992) avec Jack Nicholson et Elen Barkin. Musique de Georges Delerue. Un film Twenty Century Fox.

Georges Delerue était un passionné de musique. Né en 1925 à Roubaix (Burbank, Los Angeles, 1992), autodidacte dans un premier temps, son professeur fut ensuite Darius Milhaud. L’O.R.T.F. le nomma en 1952 compositeur et chef d’orchestre. Pour avoir fait partie de la « Nouvelle Vague » du cinéma français, il travailla avec Truffaut, Resnais, Godard, Philippe de Broca… Il fut également un musicien d’images pour des spectacles Sons et Lumières et écrivit pour des musiques de ballets et de scène ce qui lui valut en 1967 à New York l’Emmy Award : sa carrière outre-Atlantique sera une vraie réussite. Doté d’un sens inné de la mélodie, représentatif d’une musique expressive et sentimentale « à la française », Georges Delerue, populaire car très apprécié du public pour son style musical personnel et professionnel, en étonnera toujours plus d’un. Ses musiques illustreront les meilleurs films et d’autres réalisations au succès plus confidentiel mais peu importe car tous possèdent la griffe du maître. Parmi les comédies célèbres on peut retenir « La gifle » de Claude Pinoteau (1974) qui lança la carrière d’Isabelle Adjani, une fabuleuse actrice qu’il retrouvera en 1983 dans « L’été meurtrier » (voir ci-dessous), un drame poignant de Jean Becker dans lequel Georges Delerue réutilise sa chansonnette remarquable « Trois petites notes de musique » composée à l’origine pour « Une aussi longue absence » en 1963 ; « Tendre poulet » avec le duo Noiret-Girardot, « Un homme amoureux » en 1987 avec Peter Coyote, un film de Diane Kurys (et très Kurys dans le style) ; des films d’aventures dont le légendaire « L’homme de Rio » avec notre ami Bébel et la très regrettée Françoise Dorléac en 1964 (voir photo en bas de page) ; les films de guerre comme « Platoon » d’Oliver Stone en 1986, un réalisateur qui aura le même comportement méprisant vis à vis de Georges Delerue que son collègue Stanley Kubrick pour le travail d’Alex North dans « 2001 L’odysée de l’espace » : ces deux réalisateurs passeront commande aux compositeurs d’un travail titanesque pour choisir d’utiliser in fine de la musique classique… Belle mentalité ! Heureusement, le formidable « Man trouble », une comédie aussi déjantée que peut l’être son comédien principal Jack Nicholson, sera dirigé par un réalisateur sérieux et exigeant. Avant de statuer sur les choix musicaux retenus pour son fillm et pour s’assurer que George Delerue était bien le compositeur de la situation, le réalisateur le questionna lors de l’entretien d’embauche : « Pouvez-vous me composer une musique légère destinée à une comédie mais qui en même temps restituera l’atmosphère tendue et dramatique du film ? ». Le réalisateur Bob Rafelson questionna avec détermination le compositeur et tous deux évoquèrent Milhaud, Satie, Poulenc… Mais Delerue sourit et répondit en grand professionnel : « Je ne peux pas décrire encore ce que j’écrirai mais je pense que je peux faire mieux que cela ». Effectivement, sa musique est exceptionnelle de simplicité, de beauté et de grâce tout comme l’était le père de ces musiques exceptionnelles ; Georges Delerue était un être terriblement touchant et attachant. Nous tous comme Alix soyons émus à l’écoute du thème de « Man trouble », un piano avec orchestre à cordes romantiques à souhait. Ce fut sa dernière œuvre (il ne vit jamais le montage final), un testament pour l’éternité. Cette musique pourrait devenir l’hymne mondial de la sérénité. Le film, une comédie rafraîchissante rondement menée mérite toute votre attention. À noter que les musiques de Georges Delerue attirent de plus en plus d’interprètes classiques en manque de mélodies originales, par exemple la pianiste Yoko Sawai qui vient de sortir un album de reprise des plus beaux thèmes du compositeur arrangés pour piano, flûte et violoncelle. Un trio qui aura curieusement oublié la musique de « Man trouble ». Bizarre, vous avez dit bizarre ?

 

 

 

Man trouble, thème principal du film : analyse

Georges Delerue a composé cette mélodie (extrait ci-contre) avec un talent fou en concevant lui-même l’harmonisation d’après les souhaits du réalisateur Bob Rafelson. Puisque ce dernier envisageait une musique française à la fois évanescente et émotive, il parla à Delerue de la Bande des six et de l’école française de musique moderne représentée entre autres par Milhaud, Honegger et Poulenc mais surtout par Éric Satie pour son humour légendaire : le film est bien une comédie légère alors pourquoi pas ? Georges Delerue comblera les espoirs du réalisateur et contentera le spectateur au-delà de toutes les espérances : plutôt que de reproduire bêtement et facilement une musique existante du début du XXe siècle, il en utilisera les codes, le style, les couleurs et la forme pour créer une adaptation cinématographique d’une très rare et très grande beauté. Par la construction de la mélodie en fragments de notes conjointes, grâce aux notes tenues des accords joués par un orchestre à cordes (ici présentées dans la version pour orgue ou synthé), par l’interprétation très libre de ce formidable morceau, le compositeur frappera fort.

Une autre version entendue dans le film et sur le c.d. permet de démarrer la partie de basse différemment : première mesure, prolongez la note Mib (le bémol est à la clé, attention, n’oubliez pas de respecter l’armure ou armature composée de trois bémols, nous sommes en Mi bémol Majeur) pendant deux temps, répétez cette note tonique le troisième temps et descendez sur le Ré qui s’enchaînera immédiatement mesure 2 sur le Do. Une autre version permet également d’entendre un contre-chant dans le suraigu des violons, tout comme le hautbois, le basson, la clarinette, le saxophone alto ou encore les pizzicatis des cordes dans les pièces plus rythmées.

La particularité de cette mélodie magique se trouve mesures 5 et 6 : la quinte juste formée par le Si bémol à partir du Mi bémol monte d’un ton pour devenir sixte ; afin de bien faire ressortir ce mouvement aussi simple qu’extraordinaire, le compositeur a doublé ce passage de la quinte vers la sixte en l’écrivant sur deux octaves (mains droite et gauche du clavier, violoncelles et altos dans la version orchestrale). Le procédé de la mesure 5 est renouvelé mesure suivante (la 6) mais pas une troisième fois (mesure 7) où le thème et les accords changent : il ne s’agit donc pas d’une marche harmonique car le schéma de départ (mesure 5) n’est reproduit qu’une seule fois (une marche harmonique se crée sur trois mesures au moins). Une écriture peu conventionnelle comme celle-ci ne peut être que signée Georges Delerue. L’idée musicale, le compositeur doué et inspiré saura toujours la trouver. Puisque c’est chose faite présentement, c’est nous qui ne l’oublierons jamais.

Non indiqué sur la partition, le phrasé qui dure une mesure ou deux mesures au choix mais de façon systématique.

 

 

Drame

L'été meurtrier - Les Mélodies ModernesL’ÉTÉ MEURTRIER, un film de Jean Becker (1983) avec Isabelle Adjani, Alain Souchon, Michel Galabru, Suzanne Flon, Maria Machado, François Cluzet, Manuel Gélin, Jenny Clève, Jean Gaven, Roger Carel, Martin Lamotte, Maïwenn Le Besco… D’après le roman de Sébastien Japrisot. Musique de Georges Delerue. Un film aux 4 Césars. Un dvd Warner Bros.

Il est facile de comprendre le succès populaire du film : Isabelle Adjani y joue parfaitement. Dans son rôle du gentil naïf, Alain Souchon est lui aussi impeccable et tous les acteurs sont remarquables. Il faudrait dire plutôt comédiens car tous connaissent les joies et les difficultés de se produire sur les planches des théâtres français. Isabelle Adjani adolescente s’était elle-même illustrée dans une pièce de Molière et son travail à la Comédie française portera ses fruits en lui permettant de devenir l’une des meilleures actrices et comédiennes de sa génération. Les scènes parfois outrées de « L’été meurtrier » n’enlèvent rien à l’histoire passionnante, au contraire, la beauté plastique d’Isabelle Adjani sert le propos de son personnage tourmenté et machiavélique. Les cadrages, le montage, l’ambiance générale, la lumière, le bruitage, tout n’est que plaisir. Lorsqu’un roman est réussi le film qui s’en suit a toutes les chances de se transformer en nouveau succès surtout si l’auteur est impliqué dans l’écriture du scénario et des dialogues au grand dam du réalisateur peu libre de ses mouvements. La musique de Georges Delerue apporte sa contribution à la réussite de l’entreprise hautement artistique. Le thème entendu dès les premières images du film aux pianos mécaniques séduit l’oreille. « Trois petites notes de musique » reste une chansonnette qui fonctionne toujours aussi efficacement, une recette déjà utilisée vingt ans plus tôt pour le film d’Henri Colpi « Une aussi longue absence » avec Alida Valli et Georges Wilson (le père de Lambert), preuve de plus de l’impact considérable de la musique dans un film quel qu’il soit. Chantée par Cora Vaucaire en 1963 puis par Yves Montand et sa voix veloutée dans « L’été meurtrier », l’association de la mélodie de Georges Delerue, des paroles d’Henri Colpi et de l’interprète inspiré(e) font sensation. « L’été meurtrier », lui, fait honneur au cinéma français. Plus qu’un plaisir, un délice. Alix estime que ce film est Excellent avec sa musique Excellente.

 

Comédie

Va voir maman, papa travaille - Les Mélodies ModernesVa voir maman… papa travaille, un film de François Leterrier (1978) avec Marlène Jobert, Philippe Léotard, Daniel Duval, Vladimir Andres, Micheline Presle, Macha Méril, Catherinee Rich, Sylvie Joly, Laurence Badie… D’après le roman de Françoise Dorin. Musique de Georges Delerue. Un film Gaumont de la collection « Gaumont à la demande ».

Construit sur un roman de Françoise Dorin, auteure bien connue pour ses succès littéraires (elle fut l’épouse du regretté Jean Poiret), le scénario de « Va voir maman, papa travaille » fait la part belle aux acteurs qui s’éclatent à la suite du sillage énergique tracé par la délicieuse Marlène Jobert. Les Mélodies Modernes a-do-re-nt l’actrice et ne tarissent pas d’éloge à son encontre. Ah ! Sa voix si mélodieuse qui passe du médium aux aigus, mine de rien, sur un visage très expressif, rien d’étonnant à ce que notre égérie connaisse un énorme succès auprès du public à chaque apparition : Marlène la rousse, on t’aime ! Virevoltante sur un scénario de 1978 taillé sur mesure, ses collègues font très bonne impression, en particulier Philippe Léotard, un acteur à la personnalité attachante décédé depuis trop longtemps déjà. La musique de Georges Delerue produit elle aussi un effet marquant avec une belle mélodie au saxophone, une spécialité conceptuelle du compositeur pour une musique de film assez passe-partout. François Leterrier a réussi un film brillant très bien réalisé (on lui doit aussi l’étonnant « Tranches de vies »), un film qui a mieux vieilli que « Trocadéro bleu citron » ou « Le temps des vacances » pourtant sortis la même année donc à l’arrivée, Auregane aura passé un Très bon moment de détente et d’amusement. Mais tout de même, Marlène Jobert, quelle grande grande actrice !

 

 

Tranche de vie

Le vieil homme et l'enfant - Les Mélodies ModernesLE VIEIL HOMME ET L’ENFANT, un film de Claude Berri (1967) avec Alain Cohen, Michel Simon, Roger Carel, Paul Préboist, Luce Fabiole, Charles Denner… Musique de Georges Delerue. Un film Pathé !

Pour un premier long métrage, ce fut un coup de maître ! En grande partie autofinancé et autobiographique, l’investissement de Claude Berri est total. Bien entouré par une équipe de techniciens et d’artistes motivés (Georges Delerue fait des merveilles en toute discrétion), le réalisateur va faire un choix judicieux en recrutant Alain Cohen, un enfant turbulent mais terriblement attachant, à l’image de ce qu’il était probablement lui-même dans ses jeunes années. Le film repose sur les frêles épaules du petit Claude mais aussi sur celles bien solides de Michel Simon, parfait dans le rôle d’un grand-père raciste complètement replié sur sa vie campagnarde avec ses moments de liesse et de grande tristesse. Anti-juifs, anti-Francs-maçons, anti-communistes, anti-plein de choses, sa participation à la Première guerre mondiale l’aura fait vénérer (comme beaucoup de français à l’époque) le maréchal Pétain : nous sommes sous l’Occupation et la guerre prend une tournure cataclysmique avec la Déportation. Claude est donc envoyé en province, près de Grenoble, pour échapper aux rafles et sa présence aux côtés d’un pépé bougon va permettre un échange intergénérationnel et culturel incroyable. Finalement, le grand-père n’est peut-être pas si insensible qu’il le pense et le petit garçon pas si dur que cela… Malgré un épilogue heureux loin de la réalité, l’histoire brossée par Claude Berri est prenante sans être surprenante : le gamin retrouvera ses parents et tout finira bien. Les enfants qui ont pu être mis à l’abri de la folie meurtrière des nazis par des familles françaises compatissantes n’auront malheureusement pas connu un tel bonheur… Alix trouve ce film Excellent et sa musique Parfaite. En utilisant l’accordéon, le saxophone et la sonorité mélancolique de la clarinette (jouée de manière classique, sans vibrato), le compositeur illustre les passages tantôt gais et tantôt tristes du film. « Le vieil homme et l’enfant » est incontournable et mérite d’être (re)découvert.

 

 

Accès page suivante : Jerry HERMAN, Francis LAI, Franz WAXMAN, Richard RODGERS & HAMMERSTEIN, Michael KAMEN compositeurs

 

 

 

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