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Les compositeurs de musiques de films

Musiques de films

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La critique de film d'Alix

Critiques de films

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Le Top 100 des plus belles musiques de films

Les 100 + belles BO de films

Est-ce possible ? Possible, oui bien sûr mais raisonnable, beaucoup moins.

Les musiques de films (XXX)

Braunislau KaperBronislau KAPER, compositeur

 

 

 

 

Et si on voyageait un peu dans le temps et dans l’espace ? Impossible de parler de Bronislau (ou Bronislaw) Kaper sans aborder la question de l’immigration des habitants des Pays de l’est de l’Europe en cette  fin de XIXe – début XXe siècle. Sur ce point, Louis B. Meyer, immigré dès son plus jeune âge, est un très bon exemple du parcours professionnel et personnel qui l’amènera vers la « réussite à l’américaine » en tant que Vice-président de la M.G.M. Débarqués « aux States » par familles entières dans un pays en pleine expansion économique, de nombreux ressortissants russes et autres réfugiés juifs fuyant les pogroms y trouveront leur salut. La guerre civile en URSS (les russes blancs favorables au Tsar contre les Bolcheviks, révolutionnaires) a poussé à l’exil ceux qui ne sont pas morts dans les affrontements sanglants. La France, compatissante au drame humain, aura ouvert grandes ses frontières comme plusieurs pays européens, asiatiques, africains et finalement, comme tous les pays de la planète impliqués, de près ou de loin, dans la période des grandes migrations entre 1880 et 1930. Cet exode massif de la communauté juive ne se terminera pas pour autant dans les années 30 à cause de la montée en puissance d’un nouveau monstre ignoble, le nazisme… Le tout jeune Louis vit le jour le 4 juillet 1885 à Minsk (aujourd’hui République de Bélarus), un pays bien froid recouvert de magnifiques forêts dont la forêt primaire de Bialovèse restée à l’aspect primitif (à cheval entre la Biélorussie et la Pologne) ; sans activité humaine, les espèces disparues des autres régions européennes peuvent s’épanouir librement (bisons, chevaux, ours, cervidés, oiseaux, insectes…). Loin de la situation idyllique que l’on aimerait voir perdurer, des problèmes récents souillent le lieu privilégié notamment les effets pervers des retombées radioactives de Tchernobyl. Bref, le petit Louis n’aura pas le temps d’apprécier la beauté des paysages de sa région natale : la famille s’installera dans l’état de Rhode Island trois ans plus tard (en 1888) avant de remonter vers la Canada. Tout va se jouer, pour ces conquérants du Nouveau monde, à la force des poignets dans un esprit de saine revanche sur la vie qui ne leur a pas fait de cadeau jusque-là. Des carrières exceptionnelles vont se dessiner aussi sûrement que les notes sur le papier à musique grâce au travail acharné de ces « bosseurs » qui se projettent sur le long terme, une marche de conduite soutenue par la collaboration sans faille entre personnes qui s’entendent très bien pour être toutes dotées d’un esprit ambitieux et entreprenant. L’envie de construire quelque chose de bien et de nouveau, profitable au plus grand nombre dans un monde en mouvement en gagnant (très bien) sa vie qui plus est, quel beau challenge ! Louis B. Meyer était de cette trempe-là, Bronislau Kaper également.

Né en Pologne à Varsovie en 1902, le jeune Bronislau Kaper démontrera très tôt ses capacités pianistiques. Ses parents l’enverront au Conservatoire de Varsovie apprendre la musique pour en faire –pourquoi pas ?- son métier. Vers l’âge de 18 ans, il tentera sa chance en Allemagne où il sympathisera avec Walter Jurmann, un autre futur compositeur de talent pour la musique au cinéma. Jeunes, heureux, motivés et épanouis, leur état d’esprit cordial et entreprenant tranchera radicalement avec la destruction des valeurs liées à la montée de l’antisémitisme et de l’horreur nazi. Le pays était alors très ouvert à tous les artistes et à toutes les formes d’expression musicale, c’était les années folles et la culture populaire se développait partout en Europe, un exutoire pour oublier la dureté de la vie quotidienne et les malheurs qui frappaient les familles fortement endettées (crise du chômage, banqueroute financière…). Alternant de plus en plus une production originale de musiques de films pour la France dès 1933 et de moins en moins pour l’Allemagne, le départ des deux amis s’imposera de lui-même en 1935 pendant que leurs confrères des « Comedian Harmonists » naviguaient au sommet de leur gloire. Embauché par Louis B. Meyer rencontré à Paris, le jeune Bronislau Kaper s’engagera avec son copain dans un travail de forcené à la M.G.M., la réussite étant à ce prix : il fallait produire et produire encore plus de films, concurrence entre firmes oblige ! La musique de Bronislau Kaper, mélodique et inventive à ses débuts, deviendra académique et sans surprise ; elle subira l’influence désastreuse, sur le plan de la création artistique, des conditions de travail des Majors américaines et de la commande alimentaire des réalisateurs et autres producteurs. De ses premières musiques pour les Max Brothers au travail commercial pour des films plus ou moins intéressants, Alix retiendra les superbes mélodies de « Lili » en 1953 avec Leslie Caron (et un Oscar, un, pour le compositeur !). Les thèmes et orchestrations des « Révoltés du Bounty » en 1959, une musique qui n’en fini pas de se faire entendre d’un bout à l’autre du film mais c’était la mode à l’époque, une composition qui vaut elle aussi les compliments d’Alix. Nul doute que l’on va prochainement reparler de ce compositeur dans le site des Mélodies Modernes !

 

Guerre

TOBROUK, COMMANDO VERS L’ENFER/Tobruk, un film d’Arthur Hiller (1966) avec Rock Hudson, George Peppard, Nigel Green, Guy Stockwell… D’après une histoire vraie. Musique de Bronislau Kaper. Un film Universal.

« Tobrouk, commando vers l’Enfer » est un film Intéressant qui permet de passer une bonne soirée malgré son côté un peu désuet lorsqu’il s’agit des sentiments humains : tourné en plein milieu des années 60, les relations entre les individus étaient bien différentes, disons, à la fois plus franches et plus fraternelles – c’est ce qui transparaît dans le film-. L’action du film se base sur les évènements survenus en Lybie pendant la seconde guerre mondiale et dans le fond, qui peut prétendre aujourd’hui connaître la manière dont il réagirait en de pareilles circonstances ? Rock Hudson, en beau ténébreux (selon le titre d’un documentaire récent de la chaîne Arte), peine à convaincre dans le rôle du candide car le cinéphile s’est habitué à le voir évoluer dans des œuvres sentimentales et humoristiques qui auront construit sa réputation de « tombeur de ces dames » (Confidences sur l’oreiller, Le sport favori de l’homme…). Les tentatives de l’acteur frustré, soucieux de pouvoir entrer dans la peau d’un personnage moins « léger » en tout cas, moins superficiel, resteront vaines, son image lisse de « bel homme » et de « gendre parfait » fabriquée de toutes pièces par les studios hollywoodiens lui collant constamment à la peau. Rien de bien surprenant sauf que la vie personnelle de Rock Hudson sera différente de l’idée que l’on aura bien voulu imposer de lui, une obligation de retenue de ses propres aspirations qui le fera beaucoup souffrir.

Voir aussi : « Le 5e commando/Raid on Rommel » d’Henry Hathaway (1971) avec Richard Burton… / « Un taxi pour Tobrouk » de Denys de la Patellière (1960) avec Lino Ventura, Hardy Krüger, Maurice Biraud et Charles Aznavour.

 

Western

La route de l'ouest Mélodies ModernesLA ROUTE DE L’OUEST/The west way, un film d’Andrew McLaglen (1967) avec Kirk Douglas, Robert Mitchum, Richard Widmark, Lola Albright, Jack Elam, Sally Field… D’après le roman d’Alfred Bertram Guthrie Jr. Musique de Bronislaw Kaper. Un film de la collection Sidonis/Calysta « Western de légende ».

Trois vedettes occupent le terrain en nous donnant trois bonnes raisons d’être Partiellement déçu(e). La première tient au scénario ; mal ficelé, le réalisateur plaide non-coupable car les producteurs l’ont obligé à couper plus de vingt minutes qui auraient permis d’approfondir la psychologie des personnages. De fait, les protagonistes ne sont pas présentés dès le départ et leur comportement, au fil du voyage, devient surprenant avec des réactions parfois incompréhensibles. La deuxième raison tient aux moyens déployés ; malgré de grands moments artistiques liés au talent créatif (des plans larges sur de magnifiques décors naturels, l’art du cadrage et de la mise en scène), les finances ont manqué pour tourner avec grandiloquence certaines scènes peu spectaculaires (la descente vers la gorge etc). La troisième, c’est la musique. Bronislaw Kaper, en ces années 50, n’appartient pas à la nouvelle génération des compositeurs « modernes » représentée par Elmer Bernstein, par exemple ; sa musique est donc trop présente et Trop lourde malgré d’évidentes qualités mélodiques et orchestrales. Alors, où se situe l’originalité de « La route de l’ouest », un film qu’il faut voir et entendre pour la qualité du doublage français ? Dans la présence de Sally Field qui joue une jeune fille aguicheuse en pleine difficulté, une tâche ardue pour son premier long métrage. Il faut dire que Kirk Douglas, le chef motivé et surexcité, en rajoute pas mal dans son interprétation : avec sa grande cape rouge qui flatte son orgueil et donne à son personnage beaucoup (trop) d’importance, l’acteur attire la caméra sur lui en monopolisant toute l’attention du réalisateur. Robert Mitchum en fera les frais : son personnage perd en consistance et le film, de manière évidente, en crédibilité. Seul Richard Widmark s’en sort pas mal. Une collaboration entre vedettes peut déboucher sur un formidable esprit d’équipe où chacun se valorise dans le respect de l’autre mais aussi, à l’inverse, sur une compétition féroce dirigée par un seul homme qui veut tout rafler. Le résultat en est toujours le même : l’entreprise échoue par égocentrisme. On dirait que l’on parle d’une certaine équipe de foot et de ses hommes qui ne connaissent qu’une seule religion :  le nombrilisme…

Autre film remarquables du même genre, d’Andrew V. McLaglen : « Chisum » (musique de Dominic Frontiere), « Banjo Hackett » (musique de Morton Stevens) ; autre western de même ampleur avec Richard Widmark : « La dernière caravane » (musique de Lionel Newman).

 

Guerre

La symphonie des héros - Mélodies ModernesLA SYMPHONIE DES HÉROS/Couterpoint, un film de Ralph Nelson (1967) avec Charlton Heston, Maximilian Schell, Kathryn Hays, Leslie Nielsen, Anton Diffring, Linden Chiles… D’après le roman d’Aaln Sillitoe « Le général ». Musique de Bronislaw Kaper. Un film Universal pictures.

Un orchestre symphonique dans la tourmente de la Seconde guerre mondiale : il fallait y penser ! Les pays anglo-saxons pour lesquels la musique classique est profondément ancrée dans les mœurs, ont pu se permettre d’envoyer un orchestre symphonique au grand complet dans les arrières-lignes pour soutenir le moral des soldats ! Nous sommes en 1944, les Alliés ont débarqués en Europe et l’État-major a l’idée de dépêcher dans la Belgique dévastée un orchestre dirigé par le chef réputé du Philarmonique de Los Angeles. Évidemment, rien ne va se passer comme prévu à cause d’une embuscade fomentée par les allemands… La scène du mitraillage des musiciens devant la fosse qu’ils ont creusée pour eux-mêmes restera un moment fort de cet évènement reposant sur des faits historiques. Pour celles et ceux qui n’ont pas vu le film, Auregane (la critique de film des Mélodies Modernes) tient à vous préciser que la chute n’est peut-être pas aussi dramatique que cela – c’est à espérer -. Le drame humain est pourtant terriblement présent à chaque image et Charlton Heston sait demeurer parfaitement crédible en chef-d’orchestre émérite ; il dirige l’action de main de maître. Même les enregistrements des grandes compositions classiques (Schubert, Bach, Mozart, Wagner, Beethoven…) sont de grande qualité et Bronislau Kaper, avec sa musique de film, joue le superviseur avec facilité. Le style général de la musique est forcément assez lourd avec des orchestrations pesantes mais le contexte ne lui laissait que peu de choix. Malgré cette débauche d’énergie, il manque quelque chose à ce Très bon film pour le faire entrer dans la cour des meilleures réalisations du genre, une réflexion qui pourrait précéder une analyse plus fine mais on ne ferait pas avancer le schmilblick pour autant alors… À vous de voir et d’écouter !

Liste des orchestres professionnels mondiaux de musique classique : cliquez ici (info Wikipedia) / Commentaire des Mélodies Modernes sur les orchestres français, voir ici (rubrique « États d’âme » , article « De l’argent pour les orchestres » ).

 

 

 

John OTTMAN, compositeur

 

 

 

 

 

INVASION/The invasion, un film d’Olivier Hirschbiegel (2007) avec Nicole Kidman, Daniel Craig, Jeremy Northam, Jackson Bond… D’après le roman de Jack Finney « L’invasion des profanateurs ». Musique de John Ottman. Un film Vertigo Entertainment/Warner Bros.

Bien plus intéressant que le « Quantum of solace » mal aimé d’Alix, Daniel Craig et Nicole Kidman nous livrent ici une bonne performance. Le scénario est connu des cinéphiles (et des lecteurs de romans d’horreur), à savoir, la transmission d’un virus qui ramène à la vie les macchabées. Don Siegel, l’auteur du fameux « Inspecteur Harry » avec Clint Eastwood, aura lancé un premier film sur le sujet en 1956, avant « L’invasion des profanateurs de sépultures » de Philip Kaufman en 1978 et les « Body Snatchers, l’invasion continue » d’Abel Ferrara en 1993. Que dire de plus sinon que la version d’Olivier Hirschbiegel (au nom pas facile à prononcer) est plutôt Réussie. Bien filmé avec des cadrages artistiques sur des personnages très intéressants, l’histoire avance jusqu’à sa chute inévitable… La musique est signée John Ottman, un « touche à tout » du cinéma américain : compositeur, réalisateur, monteur, producteur, on se demande bien à quoi il ne s’est pas essayé.  Ami de Bryan Singer, son collaborateur de la première heure puisqu’ils auront lancé leur carrière avec un film tourné pendant leurs études universitaires, John Ottman va entamer un travail de professionnel en ayant « le nez creux » sur les films qui deviendront de grands succès commerciaux, en partie grâce à sa collaboration : « Usual suspects », « Un élève doué », les « X-men », « Walkyrie » avec Tom Cruise, « Superman returns » et les deux films avec « Jack » (« Jack le tueur de géants » et « Jack et le haricot magique » dont nous vous reparlerons). Sa musique ne laisse pas une grande impression car elle « colle » aux images, s’imbrique dans le film ce qui est l’une de ses vocations premières mais peut-être est-ce pour cacher quelques faiblesses, par exemple celle de ne pas être un mélodiste ou un arrangeur inspiré. Dans le  système américain où la hiérarchie existe aussi en matière de musiques de films, une composition passe entre de nombreuses (petites) mains : vous composez la musique sur le plan général (le score, c’est-à-dire que vous décidez du style, de la forme, du moment où vous voulez placer votre musique en étroite collaboration avec le réalisateur), vous faites la programmation sur votre logiciel puis un arrangeur vous orchestre vos idées (orchestrations), un copiste couche les notes sur le papier via la programmation électronique, un préparateur vous sort les partitions, un chef d’orchestre dirige le tout… Bref, entre le responsable de l’ « additional music », la fonction de « programming » et tout le reste, chacun doit effectuer sa tâche en restant bien à sa place. Ce système compartimenté n’a jamais convenu à Michel Legrand ou à Georges Delerue par exemple, les artisans de la musique de film qui fabriquent tout eux-mêmes en grands professionnels qu’ils sont. À noter dans «  Invasion » une bonne bouille bien sympathique, celle du jeune Jackson Bond (un nom qui ne s’invente pas) que l’on retrouve dans « Killer movie » en 2008, « Into temptation » en 2009 qui n’est pas sorti en France et dans la série télé « In case of emergency » épisode 12, essentiellement. Une carrière d’enfant-star qui continue à l’adolescence en espérant de nombreux autres rôles une fois adulte car la réussite des enfants-stars n’est jamais certaine dans un métier difficile pour ne pas dire cruel (voir ici l’article court sur les enfants-stars).

Site officiel de John Ottman / Pour en savoir + sur les prestations de Jackson Bond, cliquez ici (info risingstar)

À noter : de nombreux films et téléfilms portent la mention « invasion » (c’est le même mot avec un sens identique, en français comme en anglais) dont par exemple « Invasion« , un téléfilm de David Michael Latt de 2005 avec Peter Greene, C. Thomas Howell et Jake Busey (musique de Ralph Rieckermann).

 

Rapt

CELLULAR, un film de David R. Ellis (2004) avec Kim Basinger, Chris Evans, Jason Statham, Adam Taylor Gordon, Éric Christian Olsen, Noah Emmerich, William H. Macy… Musique de John Ottman. Un film New line cinema/Seven 7 distribué par Metropolitan film & video.

Action, réaction : pas de doute, ce film est Super vitaminé. Kim Basinger est une super femme très soucieuse de son devenir. Enlevée, séquestrée, son mari et son fils sont gravement menacés. En résumé, tout va mal pour elle. Heureusement, un coup de téléphone va lui sauver tout son petit monde… Ce thriller efficace et bien mené nous retient en haleine d’un bout à l’autre sur une musique très porteuse de John Ottman. Jamais assourdissante mais toujours bien présente, les arrangements soignés contribuent à faire de cette production une réussite dans le genre. Ajoutez une réflexion philosophique sur l’insertion du portable dans notre vie quotidienne et sur la corruption policière potentielle, sur le dévouement pour sauver une inconnue au péril de sa propre vie, sur la bêtise de certains de nos compatriotes et la satisfaction devient certaine. L’humour et les clins d’œil (dont celui qui est fait au film « Destination finale ») permet de clôturer ce concert de louanges. C’est Alix qui vous le dit, simplement, comme un bref coup de fil. À noter la présence de nombreuses musiques additionnelles (chansons de la variété américaine).

 

Suspense

LA LOCATAIRE/The resident, un film d’ Antti J. Jokinen (2010) avec Hilary Swank, Jeffrey Dean Morgan, Lee Pace, Aunjanue Ellis, Christopher Lee… Musique de John Ottman. Distribution, Metropolitan filmexport.

Alix connaissait Roméo et Juliette, elle découvre ici Max et Juliet. Jeu de séduction à la clé pour l’un mais pas d’amour réciproque chez l’autre, les deux principaux acteurs de ce huit-clos par moment Pathétique jouent comme il le peuvent sur un scénario d’une pauvreté affligeante. Dommage, on aurait aimé y croire. Christopher Lee, le grand personnage de nos mémorables souvenirs cinématographiques, fait pitié sur le palier de son appartement car sur ses frêles épaules, repose pour toujours son excellente prestation dans la peau de Sherlock Holmes, rappelez-vous, c’était le bon vieux temps où les films ressemblaient encore à des films sur des musiques fouillées, travaillées et subtiles avec, bien entendu, de remarquables mélodies. Aujourd’hui, quelques accords au piano, quelques notes frottées aux cordes et beaucoup, beaucoup de sons proches du bruitage suffisent à justifier le cachet d’un compositeur de moins en moins inspiré. On le savait doué mais on le voit devenir un véritable fonctionnaire de la musique, probablement absorbé par le système hollywoodien : John Ottman est en train de sombre dans la facilité et risque de devenir à son tour avant l’âge canonique, l’ombre de lui-même…

 

Action

Liam Neeson dans "Non-stop" Mélodies ModernesNON-STOP, un film de Jaume Collet-Serra (2014) avec Liam Neeson, Julianne Moore, Michelle Dockery, Anson Mount, Scoot McNairy… Musique de John Ottman. Un film Silver pictures, Universal, Studio Canal…

Aanor a beaucoup aimé « Flight plan » avec Jody Foster et l’envie de retrouver l’ambiance du film l’enchantait… Sa déception fut à la hauteur de son espérance. Scénario confus, psychologie mal cadrée, mélange des genres et copie piratée de certaines scènes et personnages de « Flight plan ». Aïe ! La musique de John Ottman, si elle s’adapte bien au contexte sans fatiguer les oreilles, n’est pas spécialement planante pour autant. Liam Neeson vaut mieux que cela, il en fait trop et peut-être devrait-il « se poser » et renouveler son personnage car le gentil qui veut gagner tout seul contre tous les terroristes de la planète, ça va bien un moment : la piste largement exploitée par Bruce Willis et compagnie devient vite ennuyeuse. Pourquoi ne pas trouver des scénarios plus intéressants ? À vingt euros le dvd, ce film, c’est (presque) du vol !

 

 

DickDick Maas MAAS, réalisateur et compositeur

 

 

 

 

Policier

AMSTERDAMNED, un film de Dick Maas (1988) avec Huub Stapel, Monique Van de Ven, Serge-Henri Valcke, Tanneke Hartzuiker, Hide Maas, Lou Landré… Musique de Dick Maas (chanson du générique de fin de Loïs Lane). Un film Vestron pictures.

« Amsterdamned » est un Excellent film malgré un doublage assez moyen en français une fois n’est pas coutume (on appréciera tout de même dans un petit rôle la voix de René Bériard, l’androïde de la série « L’âge de cristal »), un film policier hollandais à mi-chemin entre l’horreur et le policier qui a connu un succès public très important de par le monde, à la surprise générale. Rien d’étonnant à cela, tous les acteurs jouent parfaitement bien sous la direction du pointilleux Dick Maas. La scène de poursuite avec deux hors-bords est visiblement inspirée d’un film néerlandais de 1971 mais aussi des scènes du film « Le guignolo » du regretté Georges Lautner avec Jean-Paul Belmondo dans les ruelles de Venise en 1980. Pour un « James Bond 007 » également, celui de Terence Young en 1963 « Bons baisers de Russie », l’action mettait en valeur ces engins monstrueux en vitesse. L’originalité consistait donc à mettre en scène une course-poursuite comme on ne l’avait encore jamais fait, un pari osé et couronné de succès : le réalisateur peut être fier de ses efforts. Doté d’une imagination débordante et d’une capacité de mise en image très artistique, certains moments deviennent mémorables. La recherche du tueur dans les égouts d’Amsterdam vaut elle aussi le détour sauf qu’il n’y en a pas dans la réalité, du moins, ils ne sont pas aussi grands. Le travail des décorateurs en studio s’avère donc particulièrement remarquable (chef déco : Benedict Schillemans). La seule ombre au tableau se situe dans les dix dernières minutes du film. Une erreur de scénario n’attribue pas le rôle de l’assassin à celui que l’on pouvait supposer (pour ne pas vous en dire plus). L’effet de surprise espéré ne marche pas, le rebondissement voulu par Dick Maas alourdi un épilogue qui s’éternise. Parfois cher ami, il faudrait savoir rester sobre ! Côté musique du film en revanche, c’est justement l’excès de sobriété qui dérange Aanor : quelques sons électroniques bien rythmés et placés intelligemment ne font pas pour autant une œuvre significative. Damned !

 

Suspense

ISSUE DE SECOURS/Do not disturb, un film de Dick Maas (1999) avec Francesca Brown, Denis Leary, William Hurt, Jennifer Tilly, Michael Chiklis, Corey Johnson… Musique de Dick Maas. Un dvd FilmOffice.

Passionnant, ce film est passionnant, on y trouve tous les ingrédients des meilleures productions américaines, sauf qu’il est hollandais ! Une nouvelle fois, le cinéma européen prouve ses capacités dès qu’un réalisateur motivé parvient à rassembler les fonds nécessaires à l’expression de son talent pour notre plus grand plaisir. Suspense, thriller, horreur, poursuite, psychologique, impossible de le définir : « Issue de secours » est atypique car il mélange tous les genres sans oublier de rester divertissant et non dénué d’humour (noir). On peut y entendre une musique d’ambiance pas très performante car le réalisateur scénariste producteur excelle déjà dans beaucoup de domaines ce qui permet à Aanor de lui pardonner très facilement un certain manque de rigueur, disons une absence de grand professionnalisme dans un domaine aussi difficile et complexe que la composition pour le cinéma. Cette critique d’Aanor est valable pour le film précédent de Dick Maas « Amsterdamned »… La jeune actrice anglaise Francesca Brown joue très bien dans un rôle difficile et sa carrière peu transcendante débute ici ; son entrée parmi les stars se fera tôt ou tard par la grande porte. Sinon elle devra emprunter l’entrée de derrière, celle réservées aux artistes, la fameuse « Issue de secours » !

 

 

Jean MARION, compositeur

 

 

 

 

 

Comédie

LA GROSSE CAISSE, un film d’Alex Joffé (1965) avec Bouvil, Roger Carel, Paul Meurisse, Françoise Deldick, Daniel Ceccaldi, Tsilla Chelton… Musique de Jean Marion. Un dvd L.C.J. « Les films du collectionneur».

Serge Gainsbourg écrivit en 1958 « Le poinçonneur des Lilas », une formidable chanson reprise en forme de clin d’œil par Bourvil dans « La grosse caisse ». Autant dire que l’univers du métropolitain prend le spectateur nostalgique à la gorge avec ses rames de métro si particulières, le bruit de la mécanique, les portiques et le cliquetis des poinçons, la gouaille des parisiens sur les quais qui ne se battaient pas encore tous après le chronomètre… Le scénario repose sur un réel « fait d’hiver » et est mené tambour battant par André Robert Raimbourg (de son nom d’artiste Bourvil par analogie au village de son enfance, Bourville, dans la Seine-Maritime), au meilleur de sa forme ; le comédien inoubliable privilégiait les rôles d’ « imbécile heureux » avec une justesse de jeu extraordinaire ce qui maintient l’intérêt d’Aanor jusqu’au bout de l’histoire. Roger Carel et sa voix reconnaissable entre toutes est, lui aussi, formidable. Le duo Bourvil-Alex Joffé, scénariste et réalisateur, se renouvellera en 1968 avec « Les cracks » pour une comédie encore plus déjantée et toujours aussi agréable à souhait. La musique de Jean Marion est à son tour remarquable : mélodique, symphonique, entraînante, jazzy, elle ponctue les scènes parfois de manière excessive en étant trop expressive et imagée mais c’est dans l’esprit de l’époque, la logique de la composition pour l’écran : une chute est ponctuée par une descente chromatique à la trompette, le rythme de la rame de métro est accentué par les percussions et « la grosse caisse » illustre la rame de métro. Ce procédé de fondre l’image et la musique remonte aux origines du cinéma muet et sera développé pour le dessin animé. William Lava, par exemple, l’utilisera pour la série des « Zorro » de Walt Disney. Formé à la batterie compète, vite reconnu par ses pairs car très talentueux (il fut de la bande à Ray Binder, lui-même membre de l’équipe de Ray Ventura), Jean Marion enchaînera les tournées de concerts et autres animations avec son orchestre de danse. Il aura fréquenté de nombreux groupes et visité tous les caveaux de la capitale avant de « tourner » à Chamonix-Mont-Blanc puis à Monte-Carlo dans les années 30. Compositeur, réalisateur, comédiens, tous les corps de métier ont fourni un Excellent travail sur le coup de la « Grosse caisse », un hold-up fumeux à (re)voir d’urgence !

Autre film dont Jean Marion a signé la composition : « Le Bossu », voir ici

 

 

Nathan Van CLEAVE, compositeur

 

ROBINSON CRUSOË SUR MARS/Robinson Crusoé on Mars, un film de Byron Haskin (1964) avec Paul Mantee, Victor Lundi, Adam West et la guenon Mona. D’après le roman de Daniel Dafoe « Robinson Crusoé » édité en 1917. Musique de Nathan Van Cleave. Un film

Parler de ce film permet d’évoquer deux carrières particulièrement intéressantes : celles de Nathan Van Cleave et celle de Joseph Schillinger dont il a été l’élève. Ce dernier est né à Kharkiv en Ukraine ; compositeur et théoricien de la musique, il a effectué des travaux permettant le rapprochement entre deux activités cérébrales, les mathématiques et la composition. Joseph Schillinger verra, dans les règles et systèmes musicaux existant, une possibilité d’extension et de modification de la théorie musicale grâce aux calculs mathématiques et l’apport instrumental de nouvelles inventions dont le thérémine (inventé en 1919 par le russe Léon Theremin), un appareil produisant des ondes électromagnétiques qu’il suffisait de traverser d’une main pour produire un son très spécial, recherché pour pour les films de science-fiction, sans même avoir à toucher l’instrument. On pense qu’il s’agit du premier appareil musical du genre qui annoncera l’arrivée de profonds bouleversements dans le monde de la composition avec le développement de la musique électronique et des possibilités d’expression offertes par les synthétiseurs (Louis et Bebe Baron pour « Planète interdite »). Il fut le professeur, pendant plusieurs années, de George Gershwin et une polémique existe avec Ira (son frère) sur les compositions pour « Porgy and Bess » : Joseph Schillinger y revendiquait son rôle prépondérant.

Joseph Schillinger a inventé un système très influant de composition contemporaine et formé tant d’élèves que l’un d’entre eux, Lawrence Berk, sera à l’origine de la création de la fameuse école Berklee college of music reposant sur ses préceptes ; un beau témoignage de confiance et de fidélité de l’élève à son maître. Joseph Schillinger, inventeur de ce concept qu’il croyait révolutionnaire (la musique contemporaine), influencera une génération extraordinaire de compositeurs de musiques de films (George Gershwin, Burt Bacharach) mais aussi les grands compositeurs de jazz (Benny Goodman, Glenn Miller…). Il ne verra pas, heureusement pour lui, la disparition progressive de sa méthode et de ses inventions dans les années 60 à un point tel qu’aujourd’hui, seuls de rares spécialistes s’y penchent encore.

Nathan Van Cleeve, né en 1910 et décédé en 1970, a orchestré les musiques d’Irving Berlin pour « Parade de printemps » en 1948 avec Judy Garland, Fred Astaire, Peter Lawford et Ann Miller, arrangé avec Adolph Deutch et les frères Gershwin « Noël blanc/White Christmas » en 1954, les mélodies de « Funny Face » (film de 1957 avec Fred Astaire et Audrey Hepburn), la série « La 4e dimension ». Il aura consacré sa vie à la musique sans occuper le devant de la scène car il appartenait viscéralement au milieu de la création et du spectacle ; son épouse, issue d’une famille célèbre d’artistes de cirque originaire d’Allemagne, l’aura amené à s’intéresser à la composition et aux arrangements pour les musiques d’accompagnement des numéros effectués sous les chapiteaux (en France aussi, la musique de l’orchestre de « La piste aux étoiles » – présentée par Roger Lanzac – était fameuse) !

Avec tout cela, qu’en est-il du film en lui-même ? « Robinson Crusoë sur Mars » est complètement dépassé : effets spéciaux épouvantables, histoire invraisemblable, des décors, des couleurs et une lumière Très « kitch » et le pauvre Vendredi fait vraiment pitié à voir. Bref, seule une musique au thème inoubliable va perdurer dans le temps et l’espace. C’est terrible, certains films vieillissent très mal et Alix comme Aanor gardaient pourtant un excellent souvenir de ce film de science-fiction au scénario classique transposé dans la galaxie. Elles étaient jeunes et naïves et depuis, forcément, elles en ont vues d’autres. En écoutant le disque compact à défaut de revoir le film non édité en version française, elles ont retrouvé les sensations de l’enfance avec ses peurs et ses rêves. Pour un public peu exigeant des années 60, « Robinson Crusoë sur Mars » remplissait les fonctions que l’on peut espérer d’un divertissement original. Aujourd’hui, il n’en reste que sa musique qui n’a l’air de rien…

 

 

 

David Raksin Mélodies ModernesDavid RAKSIN, compositeur

 

 

 

 

Will Penny Mélodies ModernesWILL PENNY LE SOLITAIRE/Will Penny, un film de Tom Gries (1968) avec Charlton Heston, Joan Hackett, Jon Gries (appelé également Jon Francis et Jonathan Gries), Donald Pleasence, Lee Majors, Bruce Derne, Ben Johnson, Slim Pickens… Musique de David Raksin (arrangements de Nathan Van Cleave). Un film Paramount Pictures.

Plus sauvage que Will Penny, impossible de trouver. Le personnage campé par Charlton Heston avec conviction se situe hors de sentiers battus – c’est le cas de la dire -. Ce Bon western possède quelques points communs avec « L’homme des vallées perdues » et l’aspect psychologique prend le dessus sur un enchaînement de scènes parfois poussif : nous sommes en 1968 et de nos jours, les affaires seraient sans doute expédiées plus rapidement. Pourtant, jouer du pistolet dans un film – surtout quand on sait s’en servir – permet de régler sans appel certaines rencontres très désagréables. Et la chance dans tout ça ? Will Penny va rencontrer l’amour mais peut-être pas avec un grand A car ses relations mouvementées avec ses compatriotes ne peuvent jamais aboutir simplement. L’osmose avec une femme de caractère et son fiston de onze ans – Jon Gries, le propre fils du réalisateur qui fera carrière à la télé dans les séries célèbres comme « Supernatural, Lost, Les experts, 24 heures chrono, X-Files, The pretender » – vont mal tourner, la faute à Donald Pleasence et à ses deux fils aussi fous que lui : comment l’homme solitaire incarné par le massif Charlton Heston va-t-il se sortir de ce qui ressemble de plus en plus à un véritable bourbier ? La musique de David Raksin, l’un des piliers de l’Âge d’or des compositeurs américains (personne n’ignore la chanson de « Laura » en 1944), n’est Pas très Bonne malgré la qualité des orchestrations. De la part d’un mélodiste, on pouvait espérer beaucoup mieux. Peu importe, l’ensemble reste assez plaisant et très original. Avec une chute terriblement décevante…

 

 

Johnny MandelJohnny MANDEL, compositeur

 

 

 

 

 

Road movie

La dernière corvée - Les Mélodies ModernesLA DERNIÈRE CORVÉE/The last detail, un film d’Al Ashby (1973) avec Jack Nicholson, Otis Young, Randy Quaid, Clifton James, Carol Kane… D’après le roman de Darryl Ponicsan. Musique de Johnny Mandel. Un dvd Warner Bros/Wild side video de la collection « L’âge d’or du cinéma américain ».

Jack, Jack, Jack… L’œil toujours malicieux, le regard toujours aussi intelligent, l’acteur au jeu parfois nonchalant et souvent impulsif commençait à se faire connaître et apprécier du public comme des producteurs, moins de deux ans avant d’atteindre un sommet cinématographique avec l’incroyable « Vol au-dessus d’un nid de coucou ». Il faut dire que des potes, à Hollywood ou plutôt autour de la Columbia, une forteresse dirigée par des personnes réfractaires au changement malgré le passage du cyclone hippie des années 60/70, il en pouvait en trouver plusieurs et des talentueux, sûrement pas des manchots ! L’un d’entre eux, Al Ashby, réalisateur d’ « Harold et Maud » et  d’ « En route pour la gloire », ne cachait pas son affection pour la « marijane » tout en sachant rester suffisamment lucide pour dénoncer un système hiérarchique complètement dépassé, propre à l’armée ; la société puritaine et les sept ans de conflit avec le Viêt Nam d’un gouvernement va-t-en-guerre seront également parodiés dans son film anticonformiste. « La dernière corvée » sera tourné au Canada, loin d’une Marine nationale n’appréciant pas énormément un scénario la bousculant dans ses sacro-saints principes… « Ils sont tous idiots » pourrait-on répéter avec Al Ashby et Jack Nicholson dans un film assez lent mais très intéressant. Otis Young et le grand Randy Quaid nous font, eux aussi, un numéro alternant l’effet comique (genre grosse farce) et nostalgique (à en pleurer) qui range l’œuvre dans une catégorie bien à part, très caractéristique d’une époque sentimentale en pleine mutation. La musique de Johnny Mandel est d’une légèreté extraordinaire, voilà bien un autre pote musicien qui a de la classe, comme Jack, bien sûr. L’utilisation des caisse-claires repose sur une rythmique très accentuée, une ambiance de fanfare de défilé militaire c’est de circonstance à tel point que l’on peut entendre le même roulement de tambour que celui du départ de générique de la 20th Century fox (musique d’Alfred Newman). Bien doublé par les voix incontournables de ces années bonheur dont le comédien Jean-Pierre Moulin qui doublait Jack pour la première fois, « La dernière corvée » n’en sera pas une pour nous. On vous aime tous, les gars !

 

 

Fantastique

LA MONTAGNE ENSORCELÉE/Escape to Witch mountain, un film de John Hough (1975) avec Ike Eisenmann, Kim Richards, Eddie Albert, Ray Milland… D’après le roman d’Alexander Kay. Musique de Johnny Mandel. Un film Buena Vista.

C’est un film dans la plus grande tradition des productions Disney : il s’adresse en priorité aux enfants et au public familial mais repose sur une histoire passionnante. La présence d’Ike Eisenmann illumine le film ; ce gamin au visage très expressif et au jeu si agréable (présent et discret à la fois) aura marqué toute une série de films et de téléfilms dans les années 60 et 70, une carrière commencée jeune mais qui ne l’aura pas mené à sa professionnalisation pourtant évidente une fois devenu adulte. La réalisation de « La montagne ensorcelée » n’est pas celle d’un débutant non plus : avec une énième version de « L’île au trésor », avec les films fantastiques et d’horreur « La maison des damnés, Les yeux de la forêt, Incubus », la suite de « La montagne ensorcelée » c’est-à-dire « Les visiteurs d’un autre monde », le faiseur de rêve (et de cauchemars) John Hough prouvera toutes ses cLa montagne ensorcelée - Les Mélodies Modernesapacités, parfois emprisonnées dans des scénarios simplistes ou usés jusqu’à la corde du style « Hurlements 4 ». Le compositeur fera, pour sa part, des merveilles : son esprit mélodique, harmonique, rythmique et ses compétences sont quasiment illimitées car issues du jazz mais aussi d’un environnement très riche acquis dès la naissance (classique, opéra, variété, musiques traditionnelles, il a tout connu) et il assemble tous les styles pour créer le sien propre ; impossible d’oublier ces images magiques de la danse des marionnettes ou, à l’opposé, celles complètement dépassées de l’envol du camping-car (les trucages numériques ont énormément progressé). À l’époque, l’élévation dans les airs (la lévitation) jusqu’à quinze mètres de hauteur se faisait grâce à des câbles de couleur fondus dans le paysage ; l’exploit des responsables des effets spéciaux et autres trucages valait largement celui des comédiens qui devaient accepter toutes sortes d’attitudes pour nous faire croire à l’irréel tout en adoptant des postures peu recommandables. Le rôle attribué à Kim Richards après les essais de circonstance était dévolu à l’origine à Jody Foster, égérie de la maison Disney mais la jeune actrice s’était déjà engagée pour tourner dans une autre production sur un rôle pourtant plus modeste, « Un petit indien ». C’est dommage car la rencontre aLa montagne ensorcelée - Les Mélodies Modernesvec Ike Eisenmann aurait été très intéressante sur le plan cinématographique et peut-être que cet échange de talents conjugués aurait influencé plus avantageusement la carrière d’Ike Eisenmann. La présence de Jodie Foster à l’écran aurait donc apporté un plus dans l’interprétation de Tina, l’héroïne du film, sa capacité à interpréter de fortes personnalités n’ayant jamais été démentie depuis ! Néanmoins, Kim Richards convient parfaitement dans son rôle. Pour Alix, ce film est Très bon et sa musique Excellente, les Mélodies Modernes vous reparlerons de Johnny Mandel. La suite du film, deuxième et dernier volet des aventures de nos deux extraterrestres poursuivis par les humains se trouve page suivante avec « Les visiteurs d’un autre monde ». Autre film avec le duo Eisenmann/Richards : « Devil dog », voir ci-dessous.

Autres articles sur Ike Eisenmann et « La montagne ensorcelée » version 2009 (avec Kim Richards dans un tout petit rôle), cliquez ici

 

 

La Montagne Ensorcelée version tv LA MONTAGNE ENSORCELÉE/Beyond Witch mountain, un téléfilm de Robert Day (1982) avec Eddie Albert, Tracey Gold, Andy Freeman, Efrem Zimbalist Jr, Hettie Lynne Hurtes, Lola Manson, Erica Aved, Kirk Cameron… Musique de George Duning. Un film Walt Disney.

C’est commun de le dire : quand un film a connu le grand succès populaire, les producteurs veulent renouveler la performance. Des suites formidables ont été réalisées après un film inoubliable, d’autres sont devenues calamiteuses. Pour  « La montagne ensorcelée » version télé, il s’agit d’une réédition ni bonne ni mauvaise, en fait, ce téléfilm permet de se retourner très vite vers le film originel (voir ci-dessus) voilà tout. D’une durée de 50 minutes, les scènes possèdent un goût de Déjà vu. Sympathique dans la démarche, la musique ne peut pas être entendue par Aanor car ce dvd n’est sorti qu’en zone 1, il reste illisible en Europe. On se demande pourquoi les français, élevés par « Disney dimanche » de l’ami Pierre Tchernia et chaperonnés par « Le journal de Mickey », sont interdits du plaisir de découvrir les trésors de cette série « Disney générations collection ». On y retrouverait des téléfilms déjà doublés et diffusés sur une chaîne française dont « Le ciel de grand-papa » avec un thème de musique de film extraordinaire et l’acteur-enfant chouchou des Mélodies Modernes (Ike Eisenmann). Peut-être qu’un responsable français pourrait prévenir la maison-mère américaine de cette faute intellectuelle (et commerciale) impardonnable ?

 

Horreur

Devid Dog Mélodies ModernesDEVIL DOG, THE HOUND OF HELL, un téléfilm de Curtis Harrington (1978) avec Richard Crenna, Kim Richards, Ike Eisenman, Yvette Mimieux, Lou Frizzel, Ken Kercheval, Tina Menard, Victor Jory, Gertrude Flynn, Bill Zuckert, Jerry Fogel, Lois Ursone, Frederick Franklin, Bob Navarro, Jack Carol, James Reynolds… Musique d’Artie Kane. Un dvd Rareflix.com

Magie noire, possession, shaman, envoûtement, cette production à (très) petit budget est représentative de ce que l’on pouvait créer dans les années 70 : l’aspect psychologique et les dialogues sont prédominants ce qui est une Très bonne chose puisque la brochette de talents rend crédible une histoire épouvantable, celle de la diabolisation d’un petit chien adorable, un erreur de scénario qui laisse à penser que nos amis à quatre pattes peuvent être dangereux. Cette image détestable véhiculée par un gentil berger allemand devenant maléfique n’enlève rien à sa préoccupation, obéir à son dresseur ;  le chien a le regard fixé sur son maître. Le plaisir de retrouver les deux héros de « La montagne ensorcelée » et des « Visiteurs d’un autre monde » ne sera pas renouvelé sauf dans le remake raté de « La montagne ensorcelée » en 2009, voir ici. Kim Richards a participé deux ans plus tôt au film de John Carpenter « Assaut » en 1976 dans un petit rôle et Ike Eisenmann à « Banjo Hackett », en vedette, la même année. « Devil dog » demeure un téléfilm bien fait mais non doublé en français (en italien, oui !) : une nouvelle fois, merci MM. les diffuseurs du dvd en zone 2 !

 

 

Jean-Michel DefayeJean-Michel DEFAYE, compositeur

 

 

 

 

Avec le temps, impossible de ne pas réaliser le nombre impressionnant de compositeurs et de musiciens de renom formés par Nadia Boulanger. Jean-Michel Defaye en fait partie avec Vladimir Cosma, Michel Legrand, Quicy Jones, Lalo Schifrin et tant d’autres encore c’est extra ! Sœur de Lili Boulanger disparue très jeune (à 24 ans), la benjamine Nadia va exercer au conservatoire américain de Fontainebleau en ce début de XXe siècle qui connaît un véritable chambardement pas seulement musical (le jazz, la musique contemporaine, les ballets, la peinture, le cinéma… l’industrialisation et la guerre). Avec son bagage déjà très brillant de musicienne accomplie du haut de ses 24 ans, la réputation de la surdouée dépassera vite les frontières hexagonales. Copland, Stravinsky, Menuhin, Rubinstein, Casadesus, Bernstein… Nadia les aura tous bien connu. Quelques années plus tard à peine une poignée de décennies, Jean-Michel Defaye deviendra un étroit collaborateur de Léo Ferré en l’accompagnant sur scène et dans les séances d’enregistrement. C’est pas la peine d’aller chercher plus loin : c’est à Paris que se construira petit à petit leur réputation. En tant que lauréat du Grand prix de Rome de composition, pianiste et tromboniste naturellement attiré vers les possibilités techniques et expressives qu’offrent les instruments à vent, Jean-Michel Defaye assurera les arrangements du poète anarchiste fin connaisseur, lui aussi, en musique classique. Loin d’avoir vendu son âme pour quelques sous, notre compositeur créera un orchestre de variété comme cela était de mode à l’époque. Il sera sollicité pour composer, arranger, accompagner et diriger les musiques entendues dans les légendaires « Bonne nuit les petits » et « Colargol » pour lequel Mireille écrira une mélodie remarquable sur des paroles de Victor Villien soutenant les personnages issus de l’imagination sans limite d’Olga Pouchine. Ces deux séries de la télévision française, avec « Chapi Chapo » (musique de François de Roubaix) et quelques autres encore, constituées de marionnettes extravagantes et franchement amusantes, auront marqué toute une génération d’enfants baignés dans la qualité et la mise en valeur du talent de toutes les parties concernées : des mélodies et des arrangements de la sorte, faudra repasser pour en retrouver d’aussi géniales ! En fa en sol, en do dièse en mi bémol, aucune tonalité n’échappera aux compositions inventives de Jean-Michel Defaye. Alors avec le temps, tout ne s’en va pas, la preuve, les Mélodies Modernes savent toujours aimer !

 

 

 

 

William LOOSE, compositeur


 

Tarzan Mélodies ModernesTARZAN ET L’ENFANT DE LA JUNGLE/Tarzan and the jungle boy, un film de Robert Gordon (1968) avec Mike Henry, Steve Bond, Rafer Johnson, Aliza Gur, Ron Gans, Ed Johnson… D’après les personnages imaginés par Edgar Rice Burroughs. Musique de William Loose. Un film Paramount Pictures.

Pour les amateurs du genre, le choix est simple : Jonnhy Weissmuller restera comme le meilleur représentant de « l’homme- singe » créé par Edgar Rice Burrouhs. Alors pour les cinéphiles exigeants, ce « Tarzan et l’enfant de la jungle » n’est Pas exceptionnel. Tourné en 1968 en Amazonie (Brésil), le scénario simpliste avance sa grande surprise dans un monde aseptisé, un peu trop « hollywoodien »,  une ambiance feutrée qui manque singulièrement de naturel, de spontanéité et de crédibilité. En clair, bonjour la caricature : Mike Henry, ancien joueur de football américain recyclé en acteur, ne sait pas vraiment jouer la comédie mais sa présence dans les trois volets réalisés par Robert Gordon est liée, évidemment, à son physique et ses « biscoteaux » avantageux. Peu importe en y réfléchissant bien, le plaisir de retrouver les personnages célèbres perdure malgré l’absence, dans ce dvd, d’une version française. On reverra l’acteur dans le dépassé « Rio Lobo » avec un John Wayne très « confortable » (musique de Jerry Goldsmith, tout de même) puis dans le célèbre « Cours après moi shérif » (avec Burt Reynolds et Sally Field en 1977) et dans « Les bérets verts », ces deux derniers films ayant davantage marqués leur époque. Côté musical, rien de surprenant : les percussions africaines collent aux personnes à la peau noire, les trompettes annoncent l’arrivée des « blancs », des sons légers ponctuent les déplacements de « Chita », les balancements de Tarzan et de l’enfant abandonné font penser aux musiques des dessins animés et pour cause, le compositeur en fera son métier. Il illustrera les personnages des « Merrie Melodies » de la Warner, la série de cartoons mettant en vedette Bib-Bip et Vil coyote, Elmer Fudd, Bugs Bunny, Titi et Grominet, Sylvestre le chat, Daffy Duck, Speedy Gonzales… des années 30 jusqu’à la fin des années 60. Pour assurer la réussite incroyable de ces personnages imaginaires hors du commun, William Loose assurera une partie des mélodies et des arrangements avec « ses compères de l’ombre », ces artistes sans lesquels rien ne serait possible : William Lava « Zorro », Leigh Harline « Shenandoah les prairies de l’honneur », Carl W. Stalling « Le prisonnier »… Quelle vie musicale riche et intense en création, c’était certainement la bonne période pour travailler sur des projets extraordinaires !

Liste des films sur Tarzan, voir ici (info Wikipedia)

 

 

 

Jerold IMMEL, compositeur

 

 

 

 

THE SHADOW RIDERS, un téléfilm d’Andrew V. McLaglen (1982) avec Tom Selleck, Katharine Ross, Dominique Dunne, Sam Elliott… D’après la nouvelle de Louis L’Amour. Musique de Jerrold Immel. Un film Columbia.

Jerrold Immel est né en 1936 à Los Angeles, la patrie d’Hollywood. Autant dire qu’il était prédestiné au métier de compositeur de musiques de films. C’est pourtant la télévisée qui va aspirer son talent sans réduire pour autant ses prétentions : il a toujours préféré les petits ensembles à la grande masse orchestrale. Cela se remarque dans les épisodes, entre autres, de « Gunsmoke, L’âge de cristal, Dallas et le thème américain de la série, La quatrième dimension, Walker Texas ranger ». La musique de « The shadow riders » est donc élaboré selon le même schéma : de style country music, les mélodies basiques (une sorte d’enchaînement des notes aigues des accords ce qui forme bien une mélodie mais ne fait pas forcément sa richesse) sont arrangées pour orchestre de chambre, elle alimente bien le propos du film, à la fois sérieux et décontracté. Porté sur la qualité de l’orchestration qui permet de bien créer une ambiance plutôt que de rechercher des mélodies élaborées, Jerrold Immel deviendra le compositeur-arrangeur incontournable de toute une génération. Dans le gentillet téléfilm « The shadow riders » traduit abruptement par « Les coureurs de l’ombre » ce qui ne veut pas dire grand-chose, deux frères opposés durant la Guerre de Sécession vont s’unir contre des trafiquants d’esclaves pour défendre leur famille et leurs amis. La musique de notre compositeur aidera effectivement le spectateur à plonger dans l’atmosphère parfois pesante du contexte traité de manière assez humoristique, la marque du réalisateur Andrew V. McLaglen (voir « Banjo Hackett » et « Chisum », deux excellents films) et de l’écrivain Louis L’Amour ; ce dernier, né de parents franco-irlandais, aura beaucoup servi l’intérêt des scénaristes en imaginant des histoires formidables sur les légendes de l’ouest : « Hondo l’homme du désert, Catlow, Les cavaliers du désert, Les Desperados… ». Le second degré, c’est aussi la marque de fabrique des personnages joués par Tom Selleck. Pour Alix, ce téléfilm est À voir.

 

 

J.A.C. REDFORD, arrangeur et compositeur

 

 

 

 

 

 

LES SECRETS DU SILENCE/What the deaf man heard, un film de John Kent Harrison (1997) avec Matthew Modine, Frankie Muniz, Claire Boom, Judith Ivey, Tom Skerritt, James Earl Jones, Bernadette Peters, Jerry O’ Connell… D’après le roman « J’ai tout entendu » de G.D. Gearino. Musique de J.A.C. (Jonathan Alfred Clawson) Redford. Un dvd distribué par Hallmark Entertainment.

Imaginez votre petit garçon de dix ans, seul et livré à lui-même sur une banquette d’autobus pour une destination qu’il ne connaît même pas ; pendant la Seconde guerre mondiale dans un pays qui ne subira pas les affrontements sur le terrain (les états du sud- américain), l’enfant va mener son propre combat contre un destin malheureux pendant 22 années consécutives. Durant tout ce temps, il n’ouvrira pas la bouche ; tout le monde le croira sourd et muet jusqu’au jour où sa vie va basculer à cause de trois petits mots très lourds de conséquence… Alix vous jure que ce film est très original et divertissant malgré une certaine lenteur dans l’action ; beaucoup de dialogues jalonnent le téléfilm mais ouf ! le doublage est excellent avec la voix du comédien Bernard Tiphaine qui double Matthew Modine mais aussi James Caan et Christopher Walken entre autres acteurs parfaitement bien doublés en français. Dans l’un de ses tous premiers rôles on découvrira, dans le personnage de Sammy enfant, le visage expressif de l’acteur Frankie Muniz (voir photo ci-dessous) qui s’est spécialisé dans les séries télés de la Fox et dans les films et téléfilms non distribués en France.

La chanson « My ship » illustre « Les secrets du silence » à travers une boite à musique, une mélodie composée et arrangée par Kurt Weill (photo ci-contre), le grand collaborateur de Bertolt Brecht de la fin des années 20 jusqu’en 1935 d’où sortira « L’opéra de quat’sous », leur plus belle réalisation. Quant à J.A.C. Redford, après des débuts très prometteur en Allemagne il gagnera Paris, l’une des capitales culturelles européennes à accueillir très volontiers de nombreux juifs allemands victimes de la propagande nazi montante. Conscient de l’amplification des persécutions en Allemagne et de la montée orchestrée de l’antisémitisme en France, notre arrangeur aura probablement su saisir une opportunité pour gagner les États-Unis afin de continuer à produire ses œuvres magnifiques ; il deviendra l’ami du compositeur et parolier Ira Gershwin (frère aîné de George Gershwin). Avec un parcours assez proche de celui de Bronislau Kaper obligé lui aussi de fuir le cataclysme politique qui allait déboucher sur la Seconde guerre mondiale (voir article ci-dessus), J.A.C. Redford restera au fil du temps très apprécié des connaisseurs, y compris en Europe, par le compositeur de musique de film français Jean Wiener par exemple. L’interprète de la chanson « My ship » aux paroles poétiques (Judy Garland, Dee Dee Bridgewater, Miles Davis, Herbie Hancock, Sonny Rollins ont assuré une reprise) joue également un petit rôle dans la première partie du téléfilm ; il s’agit de la très grande vedette américaine Bernadette Peters qui démontre une nouvelle fois sa polyvalence et toute l’étendue de son talent. La musique du téléfilm est elle aussi digne d’intérêt avec son côté mélodique et harmonique façon Bernard Hermann ; rien d’étonnant à cela puisque le compositeur-arrangeur-chef d’orchestre J.A.C. Redford adore ce dernier. Musicien complet, compositeur pour le Cirque du soleil ou arrangeur des célèbres Thomas Newman, Mark Isham, Marc Shaiman, Danny Elfman, Randy Newman, Rachel Portman, la rencontre de Redford avec ces « secrets silencieux » fini par rendre notre petite affaire très, très intéressante ! Un téléfilm À voir, pour Alix.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Accès page XXXI des compositeurs : Philippe ROMBI, Carter BURWELL, André GAGNON, Jack HAYES, Ralph BURNS et Bear McCreary, compositeurs et arrangeurs

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